La Vie économique

Plateforme de politique économique

Dans un rapport très remarqué, le gouvernement britannique a calculé les conséquences des changements climatiques. Rédigé sous la direction de Sir Nicolas Stern, il aboutit à la conclusion que les coûts économiques pourraient être considérables. Les changements climatiques ne toucheront pas toutes les régions du monde de la même manière. En Amérique du Nord, les ouragans et les tornades, accompagnés de vents violents, devraient se multiplier. En Asie, les risques d’inondation s’étendront. L’Europe, elle, devrait être confrontée à des périodes de forte chaleur et à des inondations record, mais aussi à de fortes tempêtes; dans les régions alpines, les chutes de pierres, les coulées de boue et les avalanches seront en augmentation.

La concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère a déjà presque atteint le niveau au-delà duquel les dommages subis par le climat deviendraient irréversibles. La combustion des énergies fossiles, comme le charbon, le pétrole et le gaz, favorise des changements climatiques dangereux. Pour les maîtriser, il faut que les économies développées diminuent fortement leurs émissions et remplacent l’usage des énergies fossiles dans les moteurs. C’est pour cela que les émissions de gaz à effet de serre doivent pratiquement être gelées à leur niveau actuel. Le principal d’entre eux est le CO2, que libère la combustion de matières fossiles. Le méthane et l’oxyde nitreux proviennent, eux, surtout de la production agricole. Les principaux pays responsables des émissions de gaz à effet de serre sont les États-Unis, suivis de la Chine, de l’Europe, de la Russie et du Japon.

Composante économique des changements climatiques

Le rapport Stern montre clairement que les changements climatiques comportent une importante composante économique. Jusqu’en 2100, leur coût pourrait atteindre 20% du produit intérieur brut (BIP) mondial. Durant les cinquante années à venir, l’économie allemande devrait, selon nos calculs, dépenser jusqu’à 800 milliards d’USD sous forme de réparation des dommages climatiques, hausse des coûts énergétiques et frais d’adaptation. Avec l’introduction immédiate d’une politique visant à protéger le climat, des dégâts énormes pourraient être évités. Si les principaux responsables des changements climatiques coopéraient pour promouvoir rapidement des techniques exemptes de CO2 et mettaient en place un commerce des droits d’émission, les coûts ci-dessus pourraient être sensiblement réduits. Ils se chiffreraient à seulement 1% de l’économie mondiale, comme le confirme le rapport Stern. Prendre des mesures coûte, par conséquent, beaucoup moins cher que de ne rien faire du tout. Au cours de ces dernières années, l’Europe a connu plusieurs périodes de chaleur et de précipitations extrêmes. En Europe centrale et orientale, des précipitations et des inondations dévastatrices se sont produites en 2002. À l’est et au sud de l’Allemagne, au sud-ouest de la Tchéquie, en Autriche et en Hongrie, le Danube, l’Elbe, la Moldau, l’Inn et le Salzach ont débordé. Outre l’Autriche et la Tchéquie, l’«inondation du siècle» a frappé en premier lieu l’Allemagne, où les dégâts ont atteint quelque 9,2 milliards d’euros. En 2003, toute l’Europe a souffert d’une vague de chaleur sans précédent. Les dommages économiques incluent les problèmes de santé dus à une hausse des risques de maladies, les pertes de récoltes, les dysfonctionnements dans l’approvisionnement énergétique et une augmentation des incendies de forêt. Dans l’ensemble, les dommages économiques causés par la canicule de 2003 ont coûté à l’Europe, selon les estimations, entre 10 et 17 milliards d’euros. Aux États-Unis, les dégâts provoqués par l’ouragan Katrina ont été estimés à 200 milliards de dollars US par les compagnies d’assurance, soit une perte de croissance correspondant à 0,2-0,4% du PNB. Il faut ajouter à ce montant les destructions d’infrastructure, les cas de maladie et de décès dus à l’apparition d’épidémies ainsi que les dégâts à l’agriculture et à l’environnement. Les moyens mis en oeuvre par l’État pour réparer ces dommages font défaut ailleurs dans l’économie. La reconstruction des infrastructures endommagées a, néanmoins, profité à certaines branches, comme la construction (environ +0,1% du PNB en 2005). Dans le cas de l’ouragan Katrina, la situation était encore aggravée par le fait que des plateformes pétrolières avaient aussi été endommagées, ce qui a provoqué une diminution de l’offre et donc une forte hausse des cours du pétrole. Si l’on tient compte de tous ces éléments, les dommages économiques dus à Katrina ont coûté environ 450 milliards d’USD, soit quelque 2 à 3% du PNB des États-Unis en 2005.

Protéger le climat dans le cadre de coopérations techniques

Il existe une longue liste d’options technologiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’amélioration de l’efficacité énergétique, par exemple à travers des mesures ciblées d’isolation des bâtiments, pourrait contribuer à diminuer les coûts à la fois de la production et de la consommation d’énergie. À l’avenir, les énergies renouvelables joueront un rôle de plus en plus important, aussi bien dans la production de courant et de chaleur que dans le domaine des transports. Enfin, d’autres technologies innovantes pourront être mises en oeuvre, comme la capture et le stockage des émissions de CO2 dans la croûte terrestre. De telles innovations représentent la clé de la protection climatique et de la sécurité de l’approvisionnement. Voilà pourquoi il est important, d’une part, d’accroître notablement les dépenses de recherche et de développement et, d’autre part, d’augmenter les co-opérations internationales pour promouvoir des technologies sûres et exemptes de CO2. Des objectifs contraignants de réduction des émissions donnent les signaux nécessaires pour réaliser à temps les bons investissements. Si le prix du carbone, par exemple, grimpe à plus de 30 euros la tonne sur le marché des droits d’émission, la capture et le stockage du CO2 seront tout à fait rentables en comparaison de la production traditionnelle des énergies fossiles. En raison de leur raréfaction, le pétrole et le gaz verront leur cours augmenter massivement durant les deux prochaines décennies. Par conséquent, les technologies qui libèrent peu de gaz à effet de serre peuvent se révéler rapidement rentables. Il est nécessaire que les activités soient menées à l’échelle du globe au nom tant de la protection du climat que de l’efficacité des coûts. Des coopérations ciblées dans le domaine technologique peuvent créer des incitations et favoriser l’adhésion à un accord de protection climatique. On peut ainsi encourager des percées technologiques garantes d’un approvisionnement énergétique sûr, sans CO2 et respectueux de l’environnement. Avec des économies en forte croissance, comme la Chine et l’Inde, les coopérations technologiques s’avèrent particulièrement cruciales.

Conclusion

Pour atténuer, voire prévenir les changements climatiques, les émissions de gaz à effet de serre doivent considérablement diminuer. Les climatologues estiment qu’il faudrait les réduire de 60 à 80% d’ici 2100. Compte tenu de la longévité des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les États responsables doivent s’atteler à la tâche le plus tôt possible. Une politique de protection climatique efficace doit imposer des objectifs contraignants, surtout aux pays qui rejettent beaucoup de gaz à effet de serre. Dans le Protocole de Kyoto, la plupart des pays industrialisés se sont certes engagés à réduire, très modestement, leurs émissions jusqu’en 2008-2012. Pourtant, c’est de manière chaotique que se déploient les efforts pour instaurer des mesures de protection du climat efficaces et coordonnées au plan international. Il n’est pas sûr qu’il soit possible d’imposer des objectifs de réduction concrets et contraignants à l’issue de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto, en 2012. Alors que l’Allemagne et l’UE cherchent à faire adopter des engagements contraignants et qu’elles ont déjà pris de nombreuses mesures, d’autres pays – notamment la Chine et les États-Unis – refusent de s’y soumettre. Pour convaincre les principaux pays responsables d’adhérer à un accord de protection du climat, il faut pouvoir atteindre les objectifs recherchés à un coût aussi bas que possible. Des coopérations pour développer des technologies énergétiques sûres et écologiques constituent peut-être la clé pour réussir à protéger le climat à un prix avantageux.

Graphique 1 «Dommages dus aux changements climatiques selon la hausse des températures»

Encadré 1: Bibliographie – Edenhofer O., Lessmann K., Kemfert C., Grubb M. et Koehler J., «Induced Technological Change: Exploring its Implications for the Economics of Atmospheric Stabilization», The Energy Journal, 27, Special Issue, 2006, p. 57-107.- Kemfert Claudia et Schumacher Katja, Costs of Inaction and Costs of Action in Climate Protection: Assessment of Costs of Inaction or Delayed Action of Climate Protection and Climate Change, Final Report. Project FKZ 904 41 362 for the Federal Ministry for the Environment, Berlin 2005. (dans: Politikberatung kompakt 13. DIW Berlin).- Kemfert C., «Weltweiter Klimaschutz – Sofortiges Handeln spart hohe Kosten», Wochenbericht des DIW Berlin, 12, 2005.- Kemfert C., «Der Klimawandel kostet die deutsche Volkswirtschaft Milliarden», Wochenbericht des DIW Berlin, 13, 2007.- Stern N., The Stern Review: The Economics of Climate Change, Cambridge University Press, 2006.

Leiterin Abteilung Energie, Verkehr und Umwelt (EVU), Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung, Berlin, Professorin für Umweltökonomik, Humboldt Universität Berlin

Leiterin Abteilung Energie, Verkehr und Umwelt (EVU), Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung, Berlin, Professorin für Umweltökonomik, Humboldt Universität Berlin