La Vie économique

Plateforme de politique économique

L’Euro 2008 sera la plus grande compétition sportive jamais organisée en Suisse. La Confédération et les sites d’accueil vont fournir une contribution substantielle au plan financier et organisationnel, pour faire de ce méga-événement une réussite. Outre une multitude d’effets intangibles – en termes d’image par exemple -, on en attend des impacts économiques considérables. Selon de récents calculs, l’Euro 2008 devrait générer en Suisse une valeur ajoutée brute comprise entre 640 et 860 millions de francs, avec quelques incertitudes quant au succès des projections publiques. Cela dit, les retombées macroéconomiques de l’événement – un apport au PIB estimée entre 0,14 et 0,18% – seront minces et ne laisseront que des traces ponctuelles.

L’Euro 2008, c’est beaucoup d’argent en jeu, ce qui suscite évidemment certains espoirs dans l’exploitation économique d’un tel méga-événement tout à fait unique pour notre pays. Dès 2004, l’UEFA et l’Association suisse de football (ASF) avaient fait évaluer, dans une étude Voir Rütter H., Stettler J. et al. (2004)., les impacts économiques possibles de l’Euro 2008 pour notre pays et ses quatre sites d’accueil: Bâle, Berne, Genève et Zurich. Depuis lors, le processus de préparation de l’Euro 2008 a acquis une dynamique propre, qui entraînera des dépenses nettement plus importantes que prévu pour quasiment tous ses principaux acteurs, avec des incidences à l’avenant sur l’économie nationale (voir encadré 1 – Relèvement du budget d’Euro 2008 SA à un niveau nettement supérieur au montant initial de 167 millions de francs.- Dépenses directes pour l’UEFA (projections publiques dans les sites d’accueil, par ex.).- Extension gigantesque du cadre financier initial de la Confédération, qui passe de 3,5 à 82,5 millions de francs au titre de la sécurité, des infrastructures et du transport, de la promotion nationale, des projets et manifestations, ainsi que de la direction générale du projet.- Dimension et importance nouvelles des projections publiques après le Mondial 2006, à la fois dans les sites d’accueil et dans les 17 autres villes qui recevront les UBS Arenas. D’où des chiffres de fréquentation en nette hausse et des retombées touristiques en conséquence.- Outre Bâle (extension du stade), Zurich a lui aussi approuvé un budget spécial de 11 millions de francs pour la reconstruction du stade du Letzigrund et Genève reçoit des subsides au titre de la Conception des installations sportives d’importance nationale (Cisin).- Tous les sites d’accueil ont prévu des budgets substantiels aux titres de la sécurité, des infrastructures et du transport, de la promotion nationale et des manifestations.). Comme pour Expo.02, l’évolution du processus préparatoire de l’Euro 2008 indique que des événements uniques de grande ampleur sont réceptifs à une telle dynamique: soit que l’on n’ait pas voulu, dès la phase de candidature, compromettre l’éclosion du projet par des discussions financières, soit que l’on n’ait pas correctement apprécié la portée des tâches et enjeux en cours de préparatifs, soit encore que de nombreux acteurs ne décèlent qu’au coup par coup les opportunités qu’ils pourraient saisir, d’où leur propension à investir davantage au fur et à mesure. Constatant ces profonds changements, l’Office fédéral du sport (Ofspo) a décidé, conjointement avec le coordinateur général des pouvoirs publics pour l’Euro 2008, de faire actualiser l’étude de 2004 Voir Rütter H., Stettler J., Müller H. et al. (2007)..

Des flux financiers complexes

Les flux financiers que génère l’Euro 2008 sont complexes, car ils impliquent un grand nombre d’acteurs unis eux-mêmes par des liens financiers. L’analyse des impacts économiques pour la Suisse porte sur des flux financiers qui ont leur source dans les stades, les budgets suisses d’EURO 2008 SA, de l’UEFA et de UEFA Media Technologies SA (Umet), dans les budgets de la Confédération et des sites d’accueil, dans la masse des visiteurs qui assisteront aux matches et aux projections publiques On entend par projection publique la retransmission de matches de football sur un écran géant installé dans un lieu public. (tourisme) ainsi que dans les activités publicitaires et médiatiques, les télécommunications et d’autres domaines (voir graphique 1). S’il est un élément capital de ces flux financiers, ce sont bien les recettes que l’UEFA tirera de la vente des droits de retransmission télévisée et du parrainage («sponsoring»). Une partie de ces fonds ira aux pays membres de l’UEFA – notamment pour la promotion de la relève – et tout spécialement aux 16 pays participant à l’Euro 2008. Une autre partie servira à financer la société EURO 2008 SA, fondée spécialement pour organiser et réaliser le championnat; celle-ci percevra, par ailleurs, les recettes de la vente des billets et des programmes d’hospitalité. Une grande partie des ressources financières d’EURO 2008 SA proviendra de l’étranger (droits TV, sponsors, billets), ce qui constitue des exportations de services et provoquera donc un élan économique en Suisse.

Distinguer les impacts bruts et nets

La prudence est de mise lorsqu’on recense les impacts économiques de compétitions sportives de grande ampleur. Il faut distinguer deux optiques: celle de l’événement et celle de l’économie nationale dans son ensemble. Aussi l’étude actuelle opère-t-elle une distinction entre les impacts bruts et nets. Les impacts bruts englobent toutes les ressources nécessaires à l’Euro 2008 ou, plus exactement, la totalité des retombées déclenchées (dans l’optique de l’événement). Les impacts nets renseignent sur les retombées effectives pour l’économie suisse. Il est donc fait abstraction ici des effets dits d’éviction (nuitées dans l’hôtellerie), des reports de budgets et des imputations (internes). Les dépenses des autochtones (ou résidents) fréquentant les projections publiques ne sont comptabilisées comme impacts nets selon la méthode de l’«Event-Scorecard» L’«Event-Scorecard» est une méthode standard qui mesure l’impact économique, sociétal et écologique de manifestations sportives et culturelles. Pour de plus amples informations, consulter le site www.event-scorecard.ch. que dans les zones où de telles projections ont lieu. Toutes les autres dépenses des résidents hors de cette zone (restaurants locaux, transport, etc.) ne sont pas prises en considération.  Les impacts ainsi calculés portent sur toute la période qui s’étend de la date de candidature à la fin du championnat. Ainsi, les dépenses augmentent de façon notable jusque dans les premiers mois de 2008. Comme il s’agit d’une étude prévisionnelle, des incertitudes subsistent, ce qui explique l’élaboration de deux scénarios, l’un minimum, l’autre maximum. L’incertitude la plus grande a trait à la fréquentation des projections publiques Cette fréquentation se mesure en jours de séjour par personne.. Celles-ci seront en effet influencées par les facteurs suivants: – résultats des qualifications; – tirage au sort des équipes (Allemagne en particulier) et des lieux des matches; – nombre et attrait des zones de projection publique; – performances de l’équipe; – déroulement du championnat en général (événements graves, problèmes de sécurité, etc.); – état d’esprit de la population et des visiteurs; – météo.

Jusqu’à 5,4 millions de visiteurs et 1,1 million de nuitées

L’estimation de la fréquence des visites est fondée sur le nombre attendu d’équipes, d’officiels de l’UEFA, de journalistes et de sponsors/VIP ainsi que de visiteurs assistant aux matches et aux séances de projection publique, UBS Arenas comprises. Les chiffres de fréquentation des stades sont relativement bien prévisibles et donc identiques pour les deux scénarios. En Suisse, on attend environ un million de visiteurs étrangers. Pour les projections privées, les fréquentations minimales et maximales reposent sur les estimations d’Infras Sutter D., Maibach M. (2006).. À partir de ces chiffres, nous avons établi une grille quantitative détaillée en distinguant les jours, les veilles et lendemains de matches ainsi que les autres jours, en fonction des catégories de visiteurs et de leurs dépenses quotidiennes. Le scénario maximum table pour les stades, les aires de projection privée et les zones réservées aux supporters sur 5,4 millions de spectateurs (résidents, journées-visiteurs et nuitées-visiteurs), le scénario minimum sur la moitié (2,8 millions; voir graphique 2 et tableau 1). La part des journées-visiteurs est estimée à 78% dans le scénario maximum contre 72% pour le scénario minimum, car en cas de déroulement favorable, on attend nettement plus de résidents aux projections publiques. Les pourcentages importants de population locale, soit 46 et 55%, montrent que grâce à ces projections privées, l’Euro constituera bien un événement pour les Suisses. Il devrait générer de 800000 à 1160000 nuitées, dont 500000 à 640000 dans l’hôtellerie. À noter toutefois qu’il convient de compter avec un effet d’éviction représentant de 25000 à 50000 nuitées en hôtel. La majeure partie des nuitées-visiteurs concernent des touristes étrangers.

Impacts globaux de l’Euro 2008

En données brutes, soit dans l’optique de l’événement, l’Euro 2008 générera en Suisse un chiffre d’affaires compris entre 1,6 et 2,2 milliards de francs. Un tiers environ n’aura aucune incidence sur l’économie nationale, car il s’agit de compensations, de reports dans le temps ou de dépenses des pouvoirs publics et d’entreprises. Le chiffre d’affaires ayant une incidence sur l’économie nationale (impact net) se situe entre 1,1 et 1,5 milliard de francs, dont 56% constituent des impacts directs. Le chiffre d’affaires indirect (effet multiplicateur) représente 44% et se compose de consommations intermédiaires de tiers (31%) et des dépenses de consommation induites par les revenus salariaux (13%). Il générera une valeur ajoutée brute de l’ordre de 640 à 860 millions de francs, soit, rapportée à une année, un apport au PIB suisse d’à peine 0,14 à 0,18%. Étant donné le grand nombre des autres incidences majeures sur l’économie nationale (cours de change, conjoncture, etc.), ces retombées ne pourront guère apparaître à l’échelle macro-économique. Comparé au chiffre d’affaires et à la valeur ajoutée, l’impact sur l’emploi est encore moindre en proportion dans la mesure où, dans l’hôtellerie et la restauration, une partie du surcroît de travail pourra être assurée avec le même effectif de personnel. Cela signifie que la productivité du travail sera légèrement supérieure à la moyenne sectorielle pendant l’Euro. Il est possible de compter sur un volume supplémentaire de 5300 à 7350 emplois en équivalents plein-temps.

Le gros de l’impact émanera des visiteurs

À l’échelle macroéconomique, les 2,8 à 5,4 millions de visiteurs attendus jouent de loin le rôle clé. Ils dépenseront au total entre 250 et 400 millions de francs, ce dont profitera au premier chef l’industrie du tourisme. Le nombre de visiteurs étrangers, soit 1,0 à 1,4 million, aura une très forte incidence sur l’économie nationale, puisqu’il contribuera pour 175 à 230 millions de francs à la balance des paiements. Selon le scénario maximum, 57% des dépenses totales de tous les visiteurs concerneront les nuitées (voir graphique 3). Le groupe représentant la fréquentation de loin la plus nombreuse (72 à 78%), c’est-à-dire les journées-visiteurs, ne fournira que 43% des dépenses totales. La part de la nourriture dansles dépenses est estimée à 44%, suivie des dépenses de logement (30%) et des achats en magasin (16%). Compte tenu des impacts indirects, les visiteurs généreront un chiffre d’affaires total pouvant atteindre 740 millions de francs (scénario maximum, voir graphique 4). Les visiteurs représentent 49% du chiffre d’affaires de 1,5 milliard de francs généré par l’Euro 2008.

Du rôle essentiel des pouvoirs publics

Un événement d’une telle ampleur serait inimaginable sans l’engagement des pouvoirs publics. Au total, ceux-ci (Confédération, cantons, sites d’accueil et autres villes) dépenseront quelque 140 millions de francs pour l’Euro 2008, à raison de 70 millions pour la Confédération (hors réserve), 60 millions pour les sites d’accueil et 10 millions pour les autres cantons et villes. En contrepartie, les pouvoirs publics encaisseront des recettes fiscales de 80 à 110 millions de francs, dont 40 à 55 millions au titre de l’impôt sur le revenu et 30 à 40 millions de TVA.

Un impact économique plus important pour les sites d’accueil

Sur la base des flux financiers dont on connaît actuellement l’affectation, plus d’un tiers de l’impact en termes de chiffre d’affaires et de valeur ajoutée échoit dès maintenant aux sites d’accueil. Par rapport au pays dans son ensemble, les impacts économiques de l’Euro 2008 sont ici plus importants, notamment en ce qui concerne le secteur du tourisme. À Zurich et Bâle, compte tenu des impacts directs et indirects, le scénario maximum table sur un chiffre d’affaires pouvant atteindre 170 millions de francs, une valeur ajoutée de 90 millions et un volume d’emplois induits de quelque 900 postes en équivalents plein-temps. À Berne et Genève, ces impacts sont moindres en raison d’un nombre de matches inférieur et d’agglomérations drainant moins de population.

Conclusion

L’Euro 2008 sera de loin la plus grande compétition sportive jamais organisée en Suisse. Les événements d’une telle ampleur ont des retombées économiques nettement positives à court et moyen termes. Toutefois, les impacts bruts de l’Euro 2008 seront autrement plus substantiels que ceux nets sur l’économie nationale, c’est-à-dire après déduction des compensations, reports budgétaires et autres effets d’éviction. L’Euro 2008 aura également des retombées à plus long terme, monétaires et non monétaires, qu’il est difficile d’évaluer ou même de mettre en évidence. Il s’agit en particulier de l’effet publicitaire et du formidable impact international en termes d’image qu’exerceront la télévision, la radio et Internet sur le tourisme et l’attrait de la Suisse. L’Euro 2008 contribuera par ailleurs largement à la coopération entre le tourisme, les autorités et le reste de l’économie, créant ainsi un savoir-faire utile pour le futur. Ce faisant, la Suisse pourra se profiler comme un organisateur compétent sur le marché événementiel. Enfin, l’Euro 2008 est important aussi pour la population suisse. La «grande fête du ballon rond» est promise à devenir un événement rassembleur, intégrateur, incitant plus généralement à l’activité physique et sportive.

Graphique 1 «Tableau des flux financiers et des incidences de l’Euro 2008»

Graphique 2 «Origine des visiteurs de l’Euro 2008»

Graphique 3 «Dépenses ventilées par visiteurs»

Graphique 4 «Chiffre d’affaires et valeur ajoutée brute générés par l’Euro 2008»

Tableau 1 «Impact de l’Euro 2008 sur l’économie»

Encadré 1: L’augmentation des dépenses depuis 2004 – Relèvement du budget d’Euro 2008 SA à un niveau nettement supérieur au montant initial de 167 millions de francs.- Dépenses directes pour l’UEFA (projections publiques dans les sites d’accueil, par ex.).- Extension gigantesque du cadre financier initial de la Confédération, qui passe de 3,5 à 82,5 millions de francs au titre de la sécurité, des infrastructures et du transport, de la promotion nationale, des projets et manifestations, ainsi que de la direction générale du projet.- Dimension et importance nouvelles des projections publiques après le Mondial 2006, à la fois dans les sites d’accueil et dans les 17 autres villes qui recevront les UBS Arenas. D’où des chiffres de fréquentation en nette hausse et des retombées touristiques en conséquence.- Outre Bâle (extension du stade), Zurich a lui aussi approuvé un budget spécial de 11 millions de francs pour la reconstruction du stade du Letzigrund et Genève reçoit des subsides au titre de la Conception des installations sportives d’importance nationale (Cisin).- Tous les sites d’accueil ont prévu des budgets substantiels aux titres de la sécurité, des infrastructures et du transport, de la promotion nationale et des manifestations.

Encadré 2: Indications bibliographiques – Rütter H., Stettler J. et al., Economic impact of the UEFA Euro 2008TM in Switzerland; Study on behalf of the UEFA and Swiss Football Association, 2004.- Rütter H., Stettler J., Müller H. et al., Wirtschaftliche Wirkungen der UEFA Euro 2008TM in der Schweiz, mise à jour de l’étude de 2004, Ofspo, 2007.- Sutter D. et Maibach M., Euro 2008: Public Viewing – Mengengerüst und Empfehlungen für den Verkehr, 2006.

Directeur, Rütter+Partner, Rüschlikon

Directeur de l'Institut de recherche sur les loisirs et le tourisme (FIF) de l'université de Berne

Directeur de l’Institut d’économie touristique (Institut für Tourismuswirtschaft, ITW), Haute école de Lucerne

Directeur, Rütter+Partner, Rüschlikon

Directeur de l'Institut de recherche sur les loisirs et le tourisme (FIF) de l'université de Berne

Directeur de l’Institut d’économie touristique (Institut für Tourismuswirtschaft, ITW), Haute école de Lucerne