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La politique financière de la Confédération face à la conjoncture, de 1975 à nos jours

Le présent article propose un survol des principales actions décidées ces trente dernières années en matière de politique financière pour stabiliser la conjoncture. Au-delà de leurs différences de forme et d’accent, les six interventions sur lesquelles nous nous sommes penchés ont beaucoup de points communs. Dans le tout récent débat de politique conjoncturelle, on est frappé de voir avec quelle rapidité les dépenses de soutien ont été votées par le Parlement lorsque la situation économique s’est renversée. Les énormes problèmes des marchés financiers ont imposé cette célérité1.

L’article conjoncturel

Après un premier échec, le peuple et les cantons acceptaient en 1978 de refondre l’article «conjoncturel» dans la Constitution (art. 100 Cst). Dans cette deuxième version, la Confédération n’a plus le droit d’intervenir dans la politique financière des cantons et des communes. Elle ne peut compter que sur son propre budget (environ 10% du PIB) pour stabiliser la conjoncture. En période de difficultés économiques, sa première tâche consiste dès lors à aligner l’activité budgétaire des collectivités publiques de niveau inférieur. Notons que la Confédération elle-même – malgré ses programmes conjoncturels – n’a pas toujours pu éviter un comportement procyclique; trop souvent, des déficits sont venus charger son budget dans l’urgence.

Chronologie des interventions en matière de politique financière

Le programme de création d’emplois de 1975/76

Après des années de «boom» économique, au cours desquelles diverses mesures destinées à combattre la surchauffe étaient restées sans effets, la Suisse plongeait en 1975 dans la crise économique la plus sérieuse de l’après-guerre. Entre 1974 et 1976, son PIB reculait de 7,5%. Les responsables de la politique économique réagirent avec trois programmes de création d’emplois, qui s’élevaient à plus de 5 milliards de francs en moyenne entre 1971 et 1975, et cela malgré les déficits budgétaires.

Le programme d’investissement (n° I) de juin 1975 s’était traduit par 990 millions de francs de commandes et consistait, pour 95%, en un programme de construction (200 millions pour le patrimoine de la Confédération, 790 millions pour le domaine subventionné). Dans le programme d’investissement II de décembre 1975, les commandes de matériel (de guerre et pour les hautes écoles, projets d’aménagement) absorbaient déjà 24% des 946 millions de francs de dépenses supplémentaires. Le programme d’investissement III de mars 1976, d’un volume de 1,2 milliard, portait les acquisitions de matériel à 59% du total (achat d’appareils de conduite de tir). Pour la première fois, un «bonus à l’investissement» s’ajoutait à l’ensemble: c’est ainsi que la Confédération couvrait 10% des projets d’investissement supplémentaires ou anticipés mis en œuvre par les cantons, les communes et d’autres organismes de type public. La Confédération mobilisait ainsi 2,1 milliards de francs de ressources propres. Les auteurs du rapport d’évaluation final ont estimé que sans cet apport (impulsion primaire uniquement, sans multiplicateur) le fléchissement de la demande intérieure se serait aggravé en 1975 et 1976 de 0,4% et 1,2%, tandis que sa croissance aurait été moindre de 2,8% et 0,8% en 1977 et 1978.

Les mesures de 1978 destinées à atténuer les difficultés économiques

Les mesures prises en 1978 déployèrent leurs effets dans la phase de redressement qui suivit. Elles furent décidées parce que la sur-évaluation du cours du franc menaçait d’asphyxier l’économie. Elles devaient aussi servir à compenser le retard enregistré dans le domaine de la microélectronique. S’y ajouta pour la première fois une action en faveur des économies d’énergie. Par la même occasion, certains aspects de la politique de croissance («brains, not bricks») faisaient irruption dans le débat de politique conjoncturelle.

Dans son introduction, le message du 23 octobre 1978 précisait que la dégradation de la situation conjoncturelle provenait davantage de l’évolution des cours des changes que du fléchissement de la demande. Les mesures prises par la Banque nationale – comme la priorité donnée à la politique des changes par rapport au pilotage de la masse monétaire – ont été complétées par des possibilités de réescompte facilitées offertes aux banques pour les traites émises par des entreprises industrielles suisses; introduites en Suisse dès 1975, elles se trouvaient à présent prolongées. La Confédération accorda également 20 millions de francs à la promotion de la Suisse à l’étranger. Dans son domaine propre, la Confédération a notamment dépensé, outre des sommes limitées pour des poutres DIN et du matériel de transmission, 30 millions de francs pour des maillots de corps militaires («liquettes Gnägi»). Aux 24 millions de francs qu’elle avait affectés à la recherche et au développement axés sur la pratique (Cers, devenue depuis la CTI) vinrent s’ajouter 39 millions destinés à cinq programmes d’impulsion («mesures destinées au développement technologique et à la formation»). Les ressources mobilisées totalisaient 120 millions de francs. Au plan fiscal, la période de report des pertes fut prolongée à sept ans et les taux d’amortissement augmentés.

Le programme d’acquisition de 1983

En 1983, un nouveau programme d’acquisition était mis en place dans une période de refroidissement conjoncturel mondial, jugée (pour la Suisse) relativement modérée par la suite. Là encore, ces mesures conjoncturelles traduisaient le souci de stimuler, au-delà de la construction, l’industrie en général.

En janvier 1983, le PIB suisse ayant reculé de quelque 2,5% en rythme annuel au 3e trimestre de 1982 (selon l’estimation d’alors), le Conseil fédéral proposa aux Chambres un train de mesures destiné à renforcer l’économie suisse. Celui-ci comprenait 660 millions de francs dacquisitions (dont des biens d’armement et de protection civile pour 315 millions, ainsi que des dépenses pour des chemins de fer privés et la construction de logements). Il s’y ajoutait une aide de 25 millions de francs destinée à encourager la recherche, et une autre de 302 millions en faveur de l’économie extérieure (100 millions pour des crédits mixtes et des «aides à la balance des paiements», 170 millions pour la garantie des risques à l’exportation, 22 millions au titre de l’encouragement général des exportations et 10 millions pour la promotion touristique). On estimait que les acquisitions du domaine propre à la Confédération et les dépenses de transferts généreraient un volume de commandes de 1,7 milliard de francs, et que les mesures relevant de l’économie extérieure entraîneraient quelque 550 à 800 millions de commandes supplémentaires. Les plans financiers de la Confédération avaient prévu des paiements pour 305 millions de francs (1983), 320 millions (1984), 191 millions (1985) et 72 millions (1986). L’acquisition de cinquante wagons de chemin de fer E IV avaient par ailleurs été portés au budget des CFF.En juillet 1983, le Conseil fédéral compléta ce train de mesures à court terme en faveur de l’emploi qu’il avait présenté en janvier par des mesures visant à faciliter les efforts d’adaptation. Il proposait de modifier les mesures en faveur des régions économiquement menacées et de montagne, et de créer une garantie des risques de l’innovation, que le peuple refusa.

Les bonus à l’investissement de 1993–1995

En 1993, la politique financière fut à nouveau mobilisée pour stabiliser la conjoncture. L’État central fit à cette occasion un intense usage du bonus à l’investissement, par lequel il incitait les cantons et les communes à mettre en route des projets d’investissement supplémentaires ou à réaliser des projets par anticipation. C’était une façon d’atténuer les problèmes de coordination entre collectivités publiques mentionnés au début de l’article.

Au printemps 1993, les Chambres fédérales approuvaient un crédit d’engagement d’un montant de 200 millions de francs. De plus, elles libéraient une somme de 100 millions destinée à promouvoir la construction de logements ainsi que de bâtiments agricoles. Les ressources mobilisées au titre du bonus à l’investissement profitaient essentiellement aux communes qui, de 1993 jusqu’au milieu de 1995, avaient réalisé des projets de construction supplémentaires ou en avaient anticipé d’autres. Le volume de commandes déclenché par cette mesure avoisina 1,4 milliard de francs. Le bonus à l’investissement déploya son effet le plus important en 1994, en portant cette année-là le volume de commandes induit à quelque 2% de la totalité de l’activité de construction (ce taux ne dépassa pas 1% en 1995).

Le bonus à l’investissement de 1997

On recourut une fois de plus à l’instrument du bonus en 1997. En raison notamment d’un défaut criant de coordination entre les principaux acteurs de la politique de stabilité, le chômage était passé à 206 000 personnes en février 1997; il fallait agir. Auparavant, de janvier 1994 à septembre 1995, le nombre des chômeurs était tombé de 188 000 à 143 000 personnes.

Après des entretiens du Conseil fédéral avec les partis gouvernementaux, les partenaires sociaux et les représentants des cantons et des communes en hiver 1996/97, le Parlement avalisa lors de la session de printemps 1997 une dépense de 481 millions de francs à des fins de stabilisation conjoncturelle. Cette somme se répartissait ainsi: maintien de la qualité du réseau des routes nationales (154 millions), maintien de la qualité des constructions fédérales (20 millions), suppression du blocage de crédits sur des rubriques d’investissement (43 millions), utilisation rationnelle et économe de l’énergie dans le secteur privé (64 millions), maintien de la qualité des infrastructures publiques (bonus à l’investissement). Les 200 millions du bonus à l’investissement ont généré, sur trois ans, 1352 millions de dépenses de construction qui bénéficièrent aux cantons et aux communes (423 millions en 1997; 676 millions en 1998 et 432 millions en 1999). L’ensemble du programme comprenait pour 2,2 milliards de construction. Sous réserve des effets d’aubaine, l’aide d’un montant de 64 millions destinée à l’assainissement énergétique des immeubles s’est traduite par un important volume de constructions (environ 600 millions), qui bénéficia toutefois pour les deux tiers à l’année 1999.

Le tassement conjoncturel de 2003

Les finances publiques ne furent pas mises à contribution lors du creux conjoncturel de 2003. La mise en œuvre du frein à l’endettement a été simplement retardée. L’apparition de déficits cette année-là pourrait être attribuée au cycle financier (voir encadré 1).

Les mesures de stabilisation de 2008

Une des particularités des mesures de stabilisation prises en 2008 est le moment très précoce de l’intervention. Face au profond dérèglement des marchés financiers mondiaux, les premières dépenses de soutien conjoncturel d’un montant de 427 millions de francs ont été votées par le Parlement fédéral dès la session de décembre 2008.

Une intervention déclenchée par les turbulences monétaires et l’instabilité des marchés financiers

Le fait que trois programmes conjoncturels se soient révélés nécessaires en 1975/76 provient du désordre économique général qui s’était soldé en 1973 par la fin brutale du système de Bretton Woods, avec ses taux de change fixes. Ramener ensuite rapidement à un niveau supportable un taux de renchérissement très élevé – en décembre 1973, l’indice national des prix à la consommation avait progressé de 11,9% sur 12 mois – n’a pas été sans dommage pour léconomie. L’année 1978 apporta les premiers enseignements sur les défis posés par le régime de changes flexibles à la politique de stabilité. Celui-ci permettait de dissocier le renchérissement domestique du renchérissement étranger, mais au prix de fortes fluctuations des cours de change. La création monétaire tolérée en 1978 avait poussé l’inflation à 6,6% en 1981. Le cours du franc resta un thème très débattu après 1978, notamment lorsqu’au début des années nonante, une spéculation de grande ampleur se déchaîna contre le système monétaire européen (SME) et fit plonger le cours de la lire. Il fallut attendre l’arrivée de l’euro pour qu’un répit relatif s’installe.La cause du refroidissement conjoncturel de 1992 ne tenait pas tant aux développements monétaires internationaux qu’à des décisions de politique monétaire discutables et au comportement inadapté du secteur bancaire, qui s’ajoutaient à la dévalorisation de la place économique suisse après le refus de l’EEE. Sous l’effet du «lundi noir» (27 octobre 1987), jour où le Dow Jones avait reculé de 22%, l’introduction en 1989 du Swiss Interbank Clearing fut liée à un approvisionnement généreux en liquidités. La baisse du renchérissement de plus de 6% que connurent en 1991 les biens de consommation fut une opération douloureuse qui ne put se faire sans refroidissement conjoncturel.Le politique monétaire et du crédit sans doute un peu trop généreuse2 que l’on observa durant les années quatre-vingt peut avoir contribué à faire subir au marché immobilier helvétique suisse, vers la fin de la décennie, des phénomènes semblables à ceux qui ont été observés aux États-Unis dernièrement. Certaines banques helvétiques allaient, par exemple, jusqu’à encourager l’acquisition de nouvelles maisons en offrant des crédits s’élevant à 107% du prix d’achat, afin d’inclure le service de la dette de l’emprunteur pour la première année. Quant à la Confédération, sa politique d’accession à la propriété prenait pour base une formule qui se fondait sur l’augmentation constante du salaire nominal des emprunteurs. D’autant plus brutales furent alors les moins-values que le secteur bancaire essuya dans les années nonante sur le marché immobilier helvétique.En 1995, la politique monétaire a dû se rapprocher de la trajectoire fixée en matière de masse monétaire, après que la direction de la banque centrale, échaudée par les expériences de 1989, eut tardé en 1994 à abaisser son taux directeur au-dessous de 4%. De véritables tendances déflationnistes se manifestèrent, dans lesquelles la Confédération, les cantons et les communes eurent aussi leur part de responsabilité. Ces dernières durent absorber dans leurs budgets le fléchissement conjoncturel de 1992 qui, en raison de l’imposition post-numerando, déploya ses effets à retardement; elles durent aussi lancer des programmes d’économies, puisque les dépenses sociales progressaient. Le taux de cotisation à l’assurance-chômage (AC) fut relevé. Il est également probable que le remplacement de l’impôt sur le chiffre d’affaires (IChA) par la TVA, grâce auquel l’État escomptait des suppléments de recettes, ait eu un effet plutôt déprimant sur la conjoncture.La crise de 2008 porte très clairement la marque de la mondialisation des marchés financiers et de leur instabilité. Notre pays ne présente pas de déséquilibre lorsqu’elle survient. Les budgets publics se présentent sous des dehors favorables et la construction et l’immobilier ne connaissaient un semblant de surchauffe que dans un nombre limité de régions. La nouveauté réside essentiellement dans la division du système bancaire entre, d’une part, des grandes banques qui voient des clients retirer leurs fonds et leur crédibilité mise à mal dans les échanges interbancaires et, d’autre part, la quasi totalité des autres établissements bancaires qui en sont presque à se plaindre d’un excès de liquidités.

Politique financière et renforcement de l’offre

Les points communs entre les différents cycles et épisodes de politique financière ne ressortent pas seulement de l’examen des causes, mais aussi du fait que l’action stabilisatrice sur la conjoncture a été le plus souvent associée à des mesures visant à renforcer la capacité productive de léconomie. Au fil des temps, des approches s’inspirant plutôt de la politique industrielle ont cédé leur place à d’autres mettant l’accent sur des mesures stimulant la concurrence.En 1978 pour la première fois, des mesures visant à renforcer l’offre furent présentées au Parlement parallèlement aux mesures de stabilisation conjoncturelle. Des acquisitions, d’un montant très limité, furent liées aux premiers programmes dits d’impulsion (entre autres pour promouvoir les composants de la montre électronique ou l’assainissement thermotechnique des bâtiments).Le programme d’acquisition de 1983 fut précédé en octobre 1982 de la deuxième série des programmes d’impulsion (informatique, domotique, CAO).D’après le message de l’époque, le bonus à l’investissement de 1993 ne s’accompagne d’aucune mesure portant sur l’offre. On discerne toutefois dans le programme mis en place pour conjurer les effets économiques du non à l’EEE (en particulier le programme de revitalisation avec la révision du droit des cartels et l’élaboration d’une loi sur le marché intérieur et d’une loi fédérale sur les entraves techniques au commerce) la contrepartie «offre» de la stimulation conjoncturelle, focalisée cette fois-ci sur les principes de l’économie de marché et non sur l’innovation.Dans le message accompagnant le bonus à l’investissement de 1997, on trouve en revanche de nouvelles mesures agissant plutôt sur l’offre que sur la demande macroéconomique. On autorisa ainsi les étrangers à acquérir des constructions industrielles ou artisanales de toute sorte. Une fois de plus, certes, l’assainissement des immeubles était à l’ordre du jour, mais il y eut aussi l’arrêté sur les places d’apprentissage.Le DFE publia son rapport sur la croissance lors du fléchissement conjoncturel de 2002. Voté en 2004, le train de mesures en faveur de la croissance 2004–2007 devait mettre un terme à la stagnation observée des revenus depuis le début des années nonante. L’opinion défendue entre autres par le KOF, selon laquelle la faiblesse de la croissance était dû à une série d’années marquées par une insuffisance de la demande, fut repoussée.Les débats de politique conjoncturelle actuels peuvent s’alimenter des intentions de l’UE, qui se déclare en faveur d’une «stimulation de l’offre». Elle désire investir dans les «voitures vertes», les bâtiments à faible consommation d’énergie et les «usines de demain». L’UE préconise également de renforcer la formation initiale et continue, afin non seulement de favoriser l’insertion des personnes actives dans le marché du travail, mais aussi de contribuer à améliorer la productivité de l’économie dans son ensemble.Lier des mesures de stabilisation conjoncturelle à des réformes structurelles doit aussi être considéré comme l’expression de «l’économie politique» dans la politique conjoncturelle. Le débat sur le bonus à l’investissement de 1993 s’était déroulé parallèlement à celui de l’introduction de la TVA, laquelle fut acceptée par le peuple le 28 novembre 1993. À l’occasion de la session spéciale de fin avril 1997, les Chambres fédérales ont commencé à débattre du message sur le programme d’investissement en même temps que de celui sur la première réforme de l’imposition des sociétés (premier Conseil).

Éléments limitant le besoin d’agir en matière de politique financière

Face au petit nombre d’instruments dont disposent les responsables des finances publiques pour mener une action discrétionnaire ciblée, le renforcement des forces auto-stabilisatrices de l’économie revêt une importance primordiale. Depuis 1975, on assiste à un développement remarqué des stabilisateurs automatiques, comme l’AC (laquelle a notamment profité de la réglementation du chômage partiel), le passage à la taxation annuelle pour les impôts directs et le frein aux dépenses.En 1975, l’assurance-chômage n’existait que sur la base du partenariat social, et la proportion des travailleurs concernés était très faible. Le régime obligatoire a radicalement transformé le mécanisme de réaction conjoncturelle, en conjonction notamment avec les mouvements migratoires.Dans les années nonante, l’AC a été appliquée de manière souple, principalement en allongeant la durée d’indemnisation. Du moment que les automatismes pour la diminution du nombre d’indemnités journalières n’avaient pas été introduits, la politique conjoncturelle commençait à se mêler à la politique sociale. Les réglementations relatives à la compensation du fonds de l’AC améliorent cette situation aujourd’hui. Parmi les stabilisateurs automatiques, il faut mentionner la modification des périodes de taxation des impôts directs de la Confédération et des cantons. Prendre en compte les revenus dil y a deux ou trois ans pour établir les montants de l’impôt direct ne cadrait pas avec une politique conjoncturelle. Il importe toutefois que les cantons et les communes, qui encaissent aujourd’hui des recettes plus étroitement liées à l’évolution conjoncturelle, ne réagissent pas par une politique de dépenses encore plus pro-cyclique qu’auparavant.À l’échelle de la Confédération, le frein à l’endettement a représenté un mécanisme de stabilisation des dépenses nettement plus performant que celui qui avait cours auparavant. Selon l’ancienne règle, le déficit du bilan devait être réduit en fonction de l’évolution conjoncturelle. Le facteur de correction conjoncturelle du frein à l’endettement mérite, toutefois, une analyse bien plus détaillée, car il est possible qu’il ne tienne pas suffisamment compte du produit fiscal du secteur financier. L’évolution cyclique de ce dernier est aujourd’hui plus prononcée que celui de la construction, considéré comme «conjoncturellement sensible».

Conclusion

L’auteur de ces lignes estime qu’en termes d’efficacité, la politique monétaire (ou les événements monétaires) joue un rôle clé tant dans le déclenchement que dans la maîtrise des périodes de stagnation économique. La place nous manque ici pour traiter plus en détail des effets stabilisateurs des différents concepts de la politique monétaire et des décisions discrétionnaires de la Banque nationale en matière de taux d’intérêt, bien que cela fasse pleinement partie de la politique conjoncturelle. Quoi qu’il en soit, les instruments de politique monétaire ne sont pas toujours disponibles dans la même mesure et ne font pas preuve de la même efficacité en toute circonstance. Des programmes de dépenses supplémentaires des pouvoirs publics peuvent notamment fournir un soutien conjoncturel bienvenu durant la phase qui permet à un assouplissement de la politique monétaire de produire ses effets. À condition de disposer des instruments appropriés, il est souhaitable de répondre aux fléchissements de la demande en agissant sur les carnets de commandes des entreprises et pas seulement en bouchant les trous dans les budgets des ménages par des revenus compensatoires.Il n’est cependant pas facile de respecter des critères tels que «en temps opportun», «bien ciblé» ou «temporaire». Les fléchissements conjoncturels ont toujours été reconnus comme tels au dernier moment, de sorte que les décisions en matière de dépenses, et leurs effets, sont souvent tardives dans le cycle (voir graphique 1 et encadré 2). Même s’ils sont liés à des mesures portant sur l’offre, les programmes de stabilisation peuvent avoir pour effet de perpétuer des structures obsolètes. Soutenir la construction en priorité pouvait se justifier dans les années nonante, compte tenu de la quote-part traditionnelle de cette branche dans l’économie. On a, toutefois, pu observer avec le temps, en comparant les années de haute conjoncture, une tendance au recul de la part des investissements liés à la construction dans le PIB. Les mesures prises dans les années de faible conjoncture (comme l’arrêté fédéral en faveur des zones économiques en redéploiement, de 1975), ont été prorogées à diverses reprises, de sorte qu’elles ne satisfaisaient pas au critère «temporaire».D’une manière très générale et en l’absence d’efforts internationaux coordonnés, on peut admettre l’argument selon lequel l’utilité des interventions en matière de politique financière a régulièrement diminué depuis 30 ans. Cela tient, d’une part, à l’ouverture internationale de l’économie (qui affaiblit le multiplicateur keynesien, selon lequel toute dépense supplémentaire en entraîne dautres) et, d’autre part, à l’extension des stabilisateurs automatiques, qui soutiennent dans les crises les revenus des ménages, principaux déterminants de la consommation.

Peter Balastèr

Chef du secteur Croissance et politique de la concurrence, Secrétariat d’État à l’économie SECO, Berne

1 Jusqu’à son transfert au Secrétariat d’État à l’économie (Seco) en 1981, l’auteur du présent article travaillait à l’Office fédéral des questions conjoncturelles. Il remercie ses anciens collègues Peter Saurer (alors directeur suppléant de l’Administration fédérale des finances DFF) et Hans Mühlemann (adjoint de direction de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie OFFT) pour les précieuses informations qu’ils ont bien voulu lui communiquer.

2 Voir les manques de liquidités qui se manifestaient les derniers jours du mois.

Particularités du refroidissement conjoncturel de 2002

Le refroidissement conjoncturel de 2002 doit être placé dans le contexte de la bulle Internet, autrement dit une survalorisation des entreprises qui évoluaient dans le nouveau domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) et qui s’est transformée en une déroute spéculative. Le refroidissement conjoncturel se rapproche beaucoup d’un cycle d’investissement normal. On peut l’expliquer ainsi: le surplus de demande lors de la relance conjoncturelle provoque un accroissement des capacités qui, de son côté, élargit la demande. Celle-ci soutient, ensuite, la relance qui ne se calme que lorsqu’une certaine saturation – dans le domaine des machines textiles par exemple – apparaît, ce qui entraîne un tarissement de la demande en biens d’équipement.L’argument a souvent été avancé que, après le pic de l’an 2000, le cycle conjoncturel ordinaire, expliqué par l’activité des investissements, coïncide avec celui des marchés financiers. Au vu des derniers événements, on peut toutefois se demander si l’un et l’autre peuvent être vraiment dissociés et si les cycles financiers ne provoquent pas, somme toute, les cycles conjoncturels. Quoi qu’il en soit, l’industrie suisse, grande productrice de biens d’équipement, a souffert du passage à vide qui suivit le grand battage de l’an 2000, si l’on se souvient que le nombre de chômeurs était passé de 60000 personnes durant l’été 2001 à 160000 fin 2004.

Évolution du PIB et moment des décisions parlementaires

On reproche souvent à la politique d’intervention conjoncturelle le temps trop long qui s’écoule jusqu’à ce que le sérieux de la situation soit reconnu par le Parlement et que celui-ci prenne les décisions adéquates en matière de dépenses. Le graphique 1 fait le lien entre le moment de l’entrée en récession et le trimestre des premières dépenses conjoncturelles décidées par le Parlement (session de mars = 1er trimestre, etc.). Sept trimestres y figurent avant l’entrée en récession, pour montrer à quel point le climat conjoncturel peut parfois se modifier subitement. Le trimestre où débute la récession est celui qui précède un taux de variation annuel du PIB réel négatif. À ce 8e trimestre du graphique correspondent les trimestres 3/1974, 4/1981, 4/1990, 3/1995, 2/2001 et 4/2008 (provisoire). Les décisions parlementaires sont tombées sur les trimestres 2/1975 (= 13), 1/1983 (= 11), 1/1993 (= 19), 1/1997 (= 14) et 4/2008 (= 8). En 1993, l’on a réagi uniquement à un deuxième tassement, cette fois très marqué.En 2008, les fortes secousses des marchés financiers ont poussé le Parlement a prendre rapidement des décisions en matière de dépenses conjoncturelles.

La crise de 2008 porte très clairement la marque de la mondialisation des marchés financiers et de leurs instabilités. Dans notre pays même, les choses sont tout sauf catastrophiques lorsqu’elle survient. L’inflation est sous contrôle et les budgets publics se présentent sous des dehors favorables.

Photo: Keystone

Chef du secteur Croissance et politique de la concurrence, Secrétariat d’État à l’économie SECO, Berne

Chef du secteur Croissance et politique de la concurrence, Secrétariat d’État à l’économie SECO, Berne