La Vie économique

Plateforme de politique économique

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Le Centre de recherche de politique économique de la Haute école spécialisée de Coire (HTW Chur) a examiné, à la demande d’Economiesuisse, l’importance économique des entreprises cotées en Bourse en Suisse. Il en ressort que celles-ci constituent un pilier important de l’économie helvétique, puisqu’elles génèrent directement un franc sur six alors qu’elles sont moins de 300. En Suisse, les sociétés anonymes (SA) cotées en Bourse paient plus de 40% de l’ensemble des impôts sur les entreprises et représentent directement et indirectement quelque 600 000 emplois.

L’initiative «Sur les rémunérations abusives» est actuellement traitée par le Parlement. Celle-ci entend prescrire en détail les modalités de la gouvernance des SA cotées en Bourse. Ce projet concernerait 274 SA suisses cotées dans les Bourses de notre pays de même que certaines autres introduites uniquement auprès de Bourses étrangères. C’est peu si on considère les quelque 340 000 entreprises actives en Suisse, mais cette proportion ne reflète pas l’importance économique des sociétés cotées.

L’étude comble une lacune dans l’information

La statistique officielle ne fournit aucune donnée sur lensemble des entreprises cotées en Bourse. En effet, l’Office fédéral de la statistique (OFS) classe ses données selon la taille des entreprises. Celle-ci est fonction du nombre d’employés et non de la forme juridique de la société ou de sa cotation en Bourse. Afin de combler cette lacune, nous avons estimé l’importance de ce groupe d’entreprises à partir des données financières disponibles et des informations collectées dans le cadre de notre enquête (voir encadré 1Moser Peter, Hauser Christian et Hauser Heinz, Die volkswirtschaftliche Bedeutung börsenkotierter Schweizer Aktiengesellschaften, 2009. L’étude a été réalisée à la demande d’economiesuisse, la Fédération des entreprises suisses. Elle est disponible en allemand sur Internet: http://www.economiesuisse.ch, rubrique «Publications», et http://www.htwchur.ch/fow.).

Résultats quantitatifs de l’étude

Emploi

Les SA cotées en Bourse employaient plus de 350 000 personnes (équivalents temps plein) en 2008 en Suisse, soit près de 11% des emplois (voir tableau 1). Elles sont particulièrement présentes dans les services financiers (46% des emplois) et dans la chimie-pharmacie (42%). Si on ne considère que les SA, celles cotées en Bourse représentent un cinquième des emplois.Ces dernières embauchent beaucoup de travailleurs diplômés des hautes écoles. S’il n’a pas été possible d’estimer le nombre total d’employés titulaires d’un tel diplôme pour l’ensemble de ce groupe d’entreprises, on sait en revanche que les 75 entreprises ayant répondu aux questions de l’enquête ont embauché 3507 diplômés d’une haute école en 2007 en Suisse. Cela signifie qu’un diplômé d’une haute école sur cinq commence son parcours professionnel dans une société anonyme cotée en Bourse.

Valeur ajoutée brute

Les SA cotées en Bourse génèrent un chiffre d’affaires avoisinant les 146 milliards de francs en Suisse. En 2008, leur valeur ajoutée brute se montait à 83 milliards de francs, ce qui représente 16% du produit intérieur brut suisse. Ce chiffre s’élevait même à 18% avant la crise économique de 2007. Leur quote-part dans la valeur ajoutée des branches est particulièrement élevée dans les services financiers (59%) et la chimie-pharmacie (57%). Elles sont, par ailleurs, mieux représentées dans l’industrie (28%) que dans les services (12%). Cela s’explique par le fait que les petites sociétés et d’autres types d’entreprises dominent le secteur tertiaire (les sociétés coopératives dans le commerce de détail, par exemple). Les domaines de la finance ainsi que ceux de la logistique et de la communication constituent toutefois des exceptions.

Exportations et investissements directs

Les SA suisses cotées en Bourse exportent depuis leurs sites nationaux des marchandises pour une valeur de 63 milliards de francs et génèrent 31% des exportations de marchandises. Elles emploient plus de 1,2 million de personnes à l’étranger, soit plus de trois fois leur personnel en Suisse. Au total, plus de la moitié des personnes travaillant pour des entreprises suisses à l’étranger sont employées par des SA cotées en Bourse.

Recherche et développement

Les SA cotées en Bourse sont les principaux acteurs de la recherche et développement (R&D) menée dans le secteur privé en Suisse. Elles y investissent chaque année près de 6,7 milliards de francs et sont à l’origine de 51% des dépenses du secteur privé dans ce domaine en Suisse. Les entreprises chimiques et pharmaceutiques sont responsables de la plus grande partie de ces dépenses, soit 5,4 milliards de francs.

Impôt sur les entreprises

Les SA cotées en Bourse revêtent également une grande importance sur le plan fiscal. Les 80 entreprises ayant répondu aux questions sur ce thème affirment avoir payé 3,3 milliards de francs au titre de l’impôt sur les entreprises en Suisse en 2007. À partir des informations fournies, on peut supposer que le montant pour l’ensemble des SA cotées en Bourse s’élèverait à 7,5 milliards de francs. Autrement dit, ce groupe d’entreprises paie 42% des impôts sur le bénéfice et sur le capital aux niveaux fédéral, cantonal et communal.

Particularités des sociétés cotées en Bourse

Nombre de SA suisses cotées en Bourse sont de grandes entreprises fortement capitalisées dans une phase avancée d’internationalisation. Ainsi, 83,5% de toutes les SA cotées en Bourse emploient nettement plus de 250 personnes, alors que c’est le cas de seulement 1% des SA suisses. Les entreprises cotées en Bourse ont leur siège en Suisse, y exploitent un site important pour la R&D et y possèdent un site de production qui revêt une certaine importance pour notre place économique. Elles mènent le gros de leurs activités à l’étranger. Cette domination des grandes entreprises parmi les sociétés cotées à la Bourse n’est pas surprenante: lorsqu’elles ont besoin de fonds, elles s’adressent généralement au marché des capitaux, tandis que les petites entreprises font appel à des investisseurs extérieurs aux marchés institutionnalisés.

Productivité élevée

Les entreprises cotées en Bourse ont besoin de capitaux importants pour produire et proposent des emplois affichant une forte productivité. Si on établit le rapport entre la valeur ajoutée brute et le nombre d’emplois à temps plein, on constate qu’un travailleur d’une société anonyme cotée en Bourse génère 324 988 francs en moyenne de valeur ajoutée (voir tableau 2). Ce chiffre est deux fois et demie plus élevé que la moyenne suisse. La productivité est particulièrement forte dans le domaine des services, du fait que les entreprises cotées en Bourse se spécialisent surtout dans les domaines affichant une forte productivité comme les services financiers, les télécommunications et la logistique.La forte productivité du travail affichée par les entreprises cotées en Bourse peut avoir deux origines. Elle peut être liée à une forte capitalisation ou aux qualifications importantes de leurs employés. N’ayant pas rassemblé d’informations sur la capitalisation des entreprises, nous avons comparé les salaires bruts. Les employés des SA cotées en Bourse gagnent, en moyenne, 20% de plus que ceux de l’économie privée dans son ensemble et 13% de plus que les employés des entreprises comptant 50 employés et plus. Si on admet que tous les employés sont rémunérés en fonction du produit marginal de leur travail, on peut en conclure que, grâce à leurs qualifications, les employés des entreprises cotées en Bourse sont 20% plus productifs que la moyenne nationale. En conséquence, le capital est le facteur décisif pour la productivité élevée des emplois.

Orientation internationale

En matière d’internationalisation, la comparaison du comportement des SA cotées en Bourse avec la moyenne suisse fournit des indications intéressantes. Il apparaît ainsi que les entreprises industrielles cotées en Bourse exportent pratiquement la même part de leur chiffre d’affaires (49%) que l’ensemble des entreprises industrielles suisses. En outre, les SA cotées en Bourse ont une orientation multinationale: elles produisent sur plusieurs sites à travers le monde et approvisionnent de plus en plus les marchés étrangers depuis leurs sites à l’étranger. Cela se reflète dans le nombre relativement élevé des personnes employées à l’extérieur du pays. Dans les entreprises cotées en Bourse, on compte 4,7 postes à l’étranger pour chaque emploi en Suisse, alors que pour l’ensemble des entreprises suisses ce même chiffre n’est que de 0,7. L’orientation multinationale de la production et de l’emploi est particulièrement marquée au sein des entreprises industrielles. En effet, ces dernières produisent quelque 70% de leur chiffre d’affaires mondial à l’étranger. Il faut noter cependant que les trois plus grandes entreprises – Nestlé, Novartis et Roche – influencent fortement ce résultat.

Chaînes de fournisseurs

Les SA suisses cotées en Bourse entretiennent des liens de diverses natures avec l’économie de leur pays et l’influencent par divers canaux. En conséquence, il est difficile de quantifier les effets indirects. Sur la base des réponses données à notre enquête, nous estimons l’effet multiplicateur à 1,4 pour la valeur ajoutée et à 1,8 pour l’emploi. Cela signifie que, grâce à leurs activités, les entreprises cotées en Bourse ont induit indirectement 6% de la valeur ajoutée et 8% des emplois en Suisse, par lintermédiaire de leurs chaînes de fournisseurs.

L’effet de réseau

De nombreuses SA cotées en Bourse jouent un rôle important dans les pôles de compétences suisses. Du fait de leurs importantes activités de recherche et de leur engagement en faveur de la formation continue de leurs collaborateurs, ces entreprises contribuent à renforcer la recherche et l’emploi en Suisse. Naturellement, les avantages liés à ces réseaux ne sont pas à sens unique, les sociétés cotées en Bourse y trouvent aussi leur compte. Les entreprises locales qui proposent des prestations préalables de qualité élevée de même que la main-d’œuvre bien formée contribuent à leur succès sur la place économique suisse. Cette symbiose productive entre grandes et petites entreprises, établissements multinationaux et locaux, institutions privées et publiques est également désignée par l’expression «avantage des pôles de compétences». Ces effets, sans doute très importants pour la place économique suisse, sont toutefois difficiles à quantifier.

Conclusion

Les SA suisses dont les actions sont cotées en Bourse forment un pilier important de notre économie ouverte sur l’extérieur. Bien que seule une personne sur neuf travaille pour une telle société, ces dernières génèrent un franc sur six et le rapport atteint un franc sur deux dans le domaine des services financiers et dans la branche de la chimie et de la pharmacie. Leur forte orientation internationale se reflète aussi dans le fait qu’un franc sur trois généré grâce aux exportations l’est par des entreprises cotées en Bourse et que sur l’ensemble des postes proposés à l’étranger par des investisseurs directs suisses, un sur deux l’est par ces entreprises. Les SA cotées en Bourse sont souvent de grande taille et dans une phase avancée d’internationalisation. Elles sont à l’origine de la moitié des dépenses en R&D et de près de la moitié des impôts sur les entreprises. Elles ont leur siège en Suisse et effectuent une partie importante de la recherche dans notre pays. Même si une grande partie de la production se déroule à l’étranger, celle effectuée sur le sol suisse revêt une grande importance pour notre pays.

Graphique 1: «Quote-part des sociétés anonymes cotées en Bourse dans l’économie suisse, 2008»

Graphique 2: «Quote-part des sociétés anonymes cotées en Bourse dans la valeur ajoutée brute, incidence directe et indirecte, 2007–2008»

Tableau 1: «Répartition de l’emploi par branche (en équivalent plein temps), 2008»

Tableau 2: «Comparaison de la valeur ajoutée brute par travailleur, en francs, en 2007»

Encadré 1: L’étude complèteMoser Peter, Hauser Christian et Hauser Heinz, Die volkswirtschaftliche Bedeutung börsenkotierter Schweizer Aktiengesellschaften, 2009. L’étude a été réalisée à la demande d’economiesuisse, la Fédération des entreprises suisses. Elle est disponible en allemand sur Internet: http://www.economiesuisse.ch, rubrique «Publications», et http://www.htwchur.ch/fow.

Encadré 2: MéthodologieL’étude examine 249 sociétés anonymes suisses cotées en Bourse sur les 274 connues. Elle ne tient pas compte des sociétés d’investissement cotées en Bourse. Les données proviennent de deux sources. L’étude s’appuie notamment sur les données Bloomberg. Ce système rassemble des informations tirées des rapports annuels de 232 des entreprises examinées. Elles concernent l’ensemble des activités mondiales des entreprises. Afin de rassembler des informations sur les activités en Suisse, une enquête a été réalisée pendant l’été 2009 auprès de 249 entreprises. Après avoir relancé nos interlocuteurs, le nombre total de questionnaires retournés sétablit à 84, soit 34% des demandes. Les entreprises ayant répondu représentent 74% de la capitalisation boursière du SMI. Sur la base des résultats de l’enquête, nous avons procédé à des estimations pour les 155 entreprises pour lesquelles nous n’avions que les données de Bloomberg. La procédure utilisée à cette fin se fonde sur l’hypothèse selon laquelle des entreprises d’une même branche et de taille identique adoptent un comportement similaire. De cette façon, il a été possible d’estimer les activités suisses de toutes les entreprises cotées en Bourse. En conséquence, l’étude porte sur la totalité des sociétés anonymes suisses cotées en Bourse. Sauf indication contraire, les résultats présentés sont le fruit de ces estimations.

Professeur de sciences économiques, Centre de recherche en politique économique, Haute école spécialisée des Grisons (FHGR), Coire

Professeur d’économie d’entreprise générale et de management international, Institut suisse pour l’entrepreneuriat (Sife), Haute école technique et économique (HTW) de Coire

Schweizerisches Institut für Aussenwirtschaft und Angewandte Wirtschaftsforschung, université de Saint-Gall

Professeur de sciences économiques, Centre de recherche en politique économique, Haute école spécialisée des Grisons (FHGR), Coire

Professeur d’économie d’entreprise générale et de management international, Institut suisse pour l’entrepreneuriat (Sife), Haute école technique et économique (HTW) de Coire

Schweizerisches Institut für Aussenwirtschaft und Angewandte Wirtschaftsforschung, université de Saint-Gall