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Les cantons suisses possèdent une grande marge de manuvre en matière d’économie politique, ce qui se traduit par une vive concurrence. L’Indicateur de ­compétitivité cantonal (ICC) d’UBS compare leur compétitivité économique et ­renseigne sur leur potentiel relatif de croissance. Il en ressort que Zurich, Bâle-Ville et Zoug sont les cantons les plus compétitifs de Suisse. L’ICC repose sur une approche à dix piliers qui permet d’analyser en détail les atouts et les faiblesses des économies cantonales et d’adopter ainsi la politique la plus appropriée en la ­matière.

La Suisse est l’économie nationale la plus compétitive. C’est ce que rapporte le Global Competitiveness Report
WEF (2012). qui compare chaque année bien plus de 100 pays. De même, dans des études comparables comme le World Competitiveness Yearbook (WCY)
IMD (2012). de l’IMD, notre pays figure dans les trois premières places.Cette forte compétitivité économique repose en principe sur deux piliers. Premièrement, les entreprises suisses peuvent recourir à des conditions-cadres de premier ordre, par exemple un large réservoir de travailleurs bien formés et une excellente infrastructure. Deuxièmement, le système politique suisse se caractérise par une grande stabilité et une réglementation favorable à l’économie. Autre élément clé: le système fédéraliste et la concurrence entre cantons, sources d’une administration publique efficiente et d’impôts relativement bas. Afin d’augmenter la compétitivité de la Suisse et d’en exploiter 
le potentiel, il faut également miser sur les économies cantonales.

L’indicateur de compétitivité 
cantonal 2012

Les politiciens, les promoteurs de l’économie et les décisionnaires stratégiques dans les entreprises s’intéressent beaucoup à l’analyse et à l’évaluation des compétitivités cantonales. L’ICC répond à cet intérêt. L’idée de base consiste à comparer les économies cantonales dans le cadre d’une analyse pluridimensionnelle et de déterminer ainsi leurs atouts et points faibles relatifs. La somme des notes obtenues dans les différentes dimensions permet de déterminer la compétitivité relative des cantons et de les classer (voir 


encadré 1

Qu’est-ce que la compétitivité?

La compétitivité signifie l’aptitude à se maintenir dans une situation concurrentielle. Les définitions des études citées présentent un transfert potentiel du concept sur les économies nationales. Elles incluent les notions de moteur de productivité d’un pays ou de capacité d’augmenter la valeur ajoutée et la prospérité. Dans le cadre de l’ICC, nous entendons par compétitivité cantonale le potentiel d’augmentation durable de la performance économique d’un canton. Les éléments suivants sont cruciaux à cet égard:

  • Potentiel: l’indicateur est tourné vers l’avenir. Les cantons dont l’économie est forte au-jourd’hui n’ont pas forcément les meilleures perspectives.
  • Performance économique: seul le potentiel de croissance économique par tête est visé. La variable cible est l’augmentation du produit intérieur brut cantonal par tête.
  • Durabilité: les mesures qui augmentent la performance économique à court terme mais n’ont pas d’effet persistant sur le niveau à long terme ne sont pas récompensées.
  • Délimitation géographique: on prend en compte les frontières cantonales géographiques, autrement dit le principe intérieur. Les cantons disposent d’une politique économique propre ainsi que d’une large autonomie en matière de conditions-cadres économiques. Leurs bases de données sont relativement bonnes dans ce domaine.

).Le 

reproduit ce classement, qui repose sur plus de cinquante variables. Zurich, Bâle-Ville et Zoug sont les cantons les plus compétitifs en 2012. Argovie, Bâle-Campagne, Lucerne et Nidwald présentent également un potentiel de croissance élevé et supérieur à la moyenne. Les cantons à compétitivité relative solide forment le gros du peloton. Alors que Neuchâtel, Glaris, le Tessin et Appenzell Rhodes-Intérieures se situent parmi les ­cantons dont le potentiel de croissance est moyen, les Grisons, le Valais, le Jura et Uri appartiennent à un groupe à faible compé­titivité relative. Si un canton obtient de mauvais résultats dans l’ICC, cela ne veut pas dire que son potentiel de croissance est de peu d’envergure, mais qu’il est inférieur à la moyenne des autres cantons.Le classement des cantons donne une bonne vue d’ensemble des rapports relatifs, mais il n’est qu’un instantané dans le temps. Toutefois, comme le cœur de l’étude repose sur l’analyse des atouts et des faiblesses des économies cantonales, l’ICC permet de déterminer les domaines où il convient d’agir.

Une approche à dix piliers

L’ICC se fonde sur l’analyse comparative de cinq paramètres de compétitivité: la structure économique, les entreprises, l’emplacement, la population et l’État. Chaque dimension concurrentielle se compose de deux piliers intégrés séparément dans le calcul de l’ICC.

Dimension Structure économique

Les branches représentées et l’ouverture internationale des cantons ont une incidence déterminante sur le dynamisme mais aussi sur les risques inhérents à la croissance économique future. Le positionnement des sociétés établies dans chaque canton, que ce soit par rapport à la concurrence ou sur le marché, ainsi que leurs perspectives de croissance en Suisse et à l’étranger servent d’indicateur principal à cet égard. Une diversifi­cation insuffisante ou une forte spécialisation dans un nombre restreint de branches peuvent freiner l’expansion économique. Les cantons où quelques branches industrielles concentrent le potentiel de croissance s’exposent à un gros risque.

Dimension Entreprises

L’entrepreneuriat et l’activité des entreprises sont des moteurs de croissance centraux d’une économie. La dimension Entreprises décrit le cadre qu’un canton offre aux entreprises. Leur expansion et le maintien de la compétitivité économique reposent, en premier lieu, sur l’innovation, soit la capacité à créer et à commercialiser de la nouveauté. Un pôle de compétitivité (haute concentration régionale d’employés dans des branches dépendantes les unes des autres) offre un environnement propice en ce domaine. L’innovation peut également se mesurer au nombre de brevets ou au capital-risque ­investi. En 
second lieu, la décision d’implantation dépend fortement des coûts sur place. Ceux-ci se composent des taux d’imposition des bénéfices et du capital, du niveau des loyers pour les surfaces professionnelles ainsi que du prix de l’énergie.

Dimension Emplacement

L’accessibilité des marchés et la main-d’œuvre disponible sont essentielles à la croissance d’une économie. L’ICC tient ainsi compte de la capacité d’accueil – autrement dit du nombre moyen de gens pouvant atteindre une région précise en un temps déterminé – et de l’accessibilité des aéroports, universités et centres régionaux.

Dimension Population

La croissance économique dépend du nombre d’actifs ou de leur niveau de productivité. Le capital humain disponible est un moteur important de la croissance économique. Ainsi, une main-d’œuvre bien formée a, en règle générale, une productivité élevée. Le potentiel économique dépend également de la participation de la population au marché de l’emploi. Le chômage structurel ou une population vieillissante réduisent le potentiel de main-d’œuvre.

Dimension État

L’État définit les conditions-cadres économiques et crée ainsi la base de la compétitivité. Il faut donc tenir compte de sa politique financière, qui doit être favorable à l’économie, et de la marge de manœuvre dont il ­dispose pour la maintenir ou la développer. Une grande part de l’efficience financière se révèle dans les efforts en vue de maximiser l’efficacité de l’administration publique et l’attrait des conditions-cadres pour les entreprises. Un frein à l’endettement fort et une activité d’investissement intense sont essentiels à cet égard. La marge de manœuvre ­financière décrit le potentiel d’amélioration des conditions-cadres de la politique financière. Plus le niveau d’endettement est élevé, plus il réduit les possibilités d’améliorer la compétitivité par des baisses d’impôt ou des investissements dans l’infrastructure.

Analyse des atouts et des faiblesses

L’ICC permet de déterminer les atouts et les faiblesses relatifs dans les domaines importants pour la croissance d’une économie cantonale et d’en tirer des recommandations. Pour illustrer ce propos, on a mis en vis-­à-vis, dans trois exemples différents, les atouts et les faiblesses de deux cantons à situations initiales comparables (voir
).Les cantons de Zurich et de Genève sont les centres économiques internationaux du pays. Le profil concurrentiel de Zurich est exceptionnellement fort dans tous les domaines et ne présente aucune faiblesse prononcée. Celui de Genève est nettement plus hétérogène. Le canton est en tête de classement en ce qui concerne certains facteurs déterminants pour une implantation économique, comme la situation des transports et la disponibilité d’une main-d’œuvre bien formée. Les prix élevés de l’immobilier et les impôts supérieurs à la moyenne intercantonale réduisent, toutefois, considérablement son attrait. Zurich n’est pas non plus une ville avantageuse, mais elle demeure nettement meilleur marché, moins endettée et équipée d’une administration publique plus 
efficiente qu’à Genève. Ceci explique éga-
lement sa note globale bien plus élevée. Alors que Zurich occupe la première place, il ne peut être attribué à Genève qu’une compétitivité légèrement supérieure à la moyenne malgré la bonne qualité de son cadre économique.Les cantons de Lucerne et de Saint-Gall se caractérisent tant par leurs centres ur-bains − les villes de Lucerne et de Saint-Gall sont au cœur l’une de la Suisse centrale et l’autre de la Suisse orientale − que par leurs régions rurales et périphériques. Ceci se 
reflète dans les profils de compétitivité. Les deux cantons présentent une structure sectorielle également compétitive. Nous attribuons à Saint-Gall une capacité d’innovation légèrement plus élevée et sa marge de manœuvre financière est un peu plus forte en raison d’un endettement plus faible. Dans tous les autres domaines, Lucerne se présente comme plus compétitive. Hormis une population plus jeune et mieux formée, ce canton profite d’une situation centrale du point de vue des transports. Son bon résultat (6e place) a été possible grâce à une charge fiscale fortement réduite pour les entreprises: Lucerne offre les taux d’imposition les plus bas de tous les cantons. Saint-Gall n’ob-
tient dans ce domaine, comme dans sa note globale, que la moyenne.Les notes les plus basses reviennent aux cantons périphériques du Jura et d’Uri. Un coup d’œil sur les profils de compétitivité montre toutefois que, malgré des résultats similaires, ces cantons présentent des atouts et des faiblesses très différents. En raison des perspectives toujours bonnes pour l’industrie horlogère, le canton du Jura séduit par un fort dynamisme. Nous considérons, en revanche, que le poids écrasant que cette branche occupe dans l’économie locale constitue un gros risque, ce qui justifie la note la plus basse dans la diversification. En outre, la compétitivité du canton est grevée par des dettes élevées et un chômage structurel. En revanche, ces domaines figurent parmi les atouts relatifs du canton d’Uri. Des impôts et des prix immobiliers bas font de cette région de montagne l’un des emplacements les plus attrayants en termes de coûts. Ses faiblesses sont sa géographie et d’autres facteurs structurels. La situation des transports ainsi que les infrastructures de formation – dont le manque se reflète dans le niveau de qualification relativement faible de la population et les maigres performances en matière d’innovation – ne peuvent guère être améliorées ou alors à très long terme. Selon nous, il est donc peu probable que la compétitivité relative d’Uri s’améliore rapidement. En revanche, le canton du Jura pourrait augmenter plus rapidement son potentiel de croissance par des réformes 
qui amélioreraient son attrait fiscal ou 
diminueraient les dettes.À ces trois comparaisons intercantonales, ajoutons le cas de Berne qui bénéficie d’une solide compétitivité. Globalement, les différents piliers donnent au canton un caractère assez homogène. Son plus grand atout est la grande diversification de l’économie, qui lui permet de résister assez bien aux fluctuations. Les seuls domaines dans lesquels le canton s’éloigne de la moyenne et obtient des résultats relativement faibles sont l’innovation et le bassin de réception.

Les cantons ne sont pas des pays

La compétitivité des cantons ne peut pas se mesurer avec les mêmes critères que celle des États. Les cantons sont soumis à des conditions-cadres supérieures identiques, telles que des institutions et des réglementations valables pour toute la Suisse. En raison de la monnaie unique, ils sont confrontés aux mêmes taux de change et ­niveaux d’intérêt. Les interactions et dépendances réciproques des différentes économies sont nettement plus élevées qu’au niveau national. Il faut, toutefois, se demander jusqu’à quel point l’on peut comparer les économies d’Appenzell Rhodes-Intérieures et de Zurich.Des différences apparaissent également dans l’application pratique. Ainsi, les données disponibles au niveau national sont plus importantes. Pour les cantons, des indicateurs essentiels doivent parfois être estimés approximativement à travers des variables «innovantes». Il existe, toutefois, des avantages. Ces conditions-cadres similaires et des sources de données uniformes et transparentes garantissent une meilleure comparabilité. Il est également plus facile de vérifier et de retracer les différents résultats et données.

Perspectives

La première édition de l’ICC a été publiée début 2012. Elle a été accueillie avec un vif intérêt et trouve son application auprès des politiciens et des promoteurs de l’économie de plusieurs cantons ainsi que des entreprises de l’économie privée
Voir, par exemple Wyrsch et Graf (2012).. L’ICC 2013 paraîtra au mois de mars. En raison du mélange de facteurs à moyen et long termes, il ne faut pas s’attendre à des changements radicaux dans le classement. Néanmoins, quelques cantons échangeront probablement leurs places. Nous sommes impatients de découvrir les répercussions qu’auront eues les mesures politiques et l’évolution économique sur la structure relative de la compétitivité, de même que sur les atouts et les faiblesses des cantons au cours de l’année dernière.

 

 

Encadré 1: Qu’est-ce que la compétitivité?

Qu’est-ce que la compétitivité?

La compétitivité signifie l’aptitude à se maintenir dans une situation concurrentielle. Les définitions des études citées présentent un transfert potentiel du concept sur les économies nationales. Elles incluent les notions de moteur de productivité d’un pays ou de capacité d’augmenter la valeur ajoutée et la prospérité. Dans le cadre de l’ICC, nous entendons par compétitivité cantonale le potentiel d’augmentation durable de la performance économique d’un canton. Les éléments suivants sont cruciaux à cet égard:

  • Potentiel: l’indicateur est tourné vers l’avenir. Les cantons dont l’économie est forte au-jourd’hui n’ont pas forcément les meilleures perspectives.
  • Performance économique: seul le potentiel de croissance économique par tête est visé. La variable cible est l’augmentation du produit intérieur brut cantonal par tête.
  • Durabilité: les mesures qui augmentent la performance économique à court terme mais n’ont pas d’effet persistant sur le niveau à long terme ne sont pas récompensées.
  • Délimitation géographique: on prend en compte les frontières cantonales géographiques, autrement dit le principe intérieur. Les cantons disposent d’une politique économique propre ainsi que d’une large autonomie en matière de conditions-cadres économiques. Leurs bases de données sont relativement bonnes dans ce domaine.

Encadré 2: Indications bibliographiques

Indications bibliographiques

  • Wyrsch M. et Graf S., «La boussole économique de Lucerne: des mesures ciblées pour une économie très variée», La Vie économique, 11-2012, pp. 51–54.
  • Institute for Management Development (IMD), World Competitiveness Yearbook 2012, Lausanne, 2012.
  • World Economic Forum (WEF), The Global Competitiveness Report 2012–2013, Genève, 2012.

Économiste CIO Wealth Management Research, UBS SA

Chef de Swiss Real Estate Investments, Chief Investment Office, UBS Switzerland SA, Zurich

Économiste CIO Wealth Management Research, UBS SA

Chef de Swiss Real Estate Investments, Chief Investment Office, UBS Switzerland SA, Zurich