La Vie économique

Plateforme de politique économique

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L’Espace Mittelland se compose des cantons de Berne, Fribourg, Neuchâtel, Soleure et Jura. Couvrant presque un quart de la superficie de la Suisse, il englobe une partie du Plateau et des territoires qui n’en font pas partie du point de vue géographique, comme l’Oberland bernois ou le canton du Jura. Du fait de son bilinguisme, cette grande région joue un rôle charnière entre les parties francophone et germanophone du pays.

Dans l’Espace Mittelland, plus de 20 % des actifs suisses produisent au total 19 % de la valeur ajoutée nationale. En outre, cette grande région abrite 22 % de la population du pays. Ces trois indicateurs permettent déjà quelques observations sur sa capacité économique. La productivité du travail et le produit intérieur brut (PIB) par habitant y sont inférieurs à la moyenne suisse: le PIB régional par habitant correspond à seulement 86 % de la valeur nationale.

Une performance économique inférieure à la moyenne suisse…

C’est ce que montre l’indice de performance, qui mesure la capacité économique d’une région. L’Espace Mittelland obtient 105 points. Ce score le place au-dessous de la moyenne suisse, qui est de 111 points (voir graphique 1), mais encore nettement au- dessus de celle de l’Europe occidentale (100).Si l’on considère les composantes de sa croissance entre 2002 et 2012, les résultats de l’Espace Mittelland ne sont que très légèrement inférieurs à ceux de la Suisse. Comme le montre le graphique 2, tant le PIB que le PIB par habitant et le revenu national ont évolué de manière un peu plus dynamique en Suisse que dans cette région au cours de la décennie écoulée. C’est surtout entre 2004 et 2008, de bonnes années pour l’économie, que l’évolution y a été légèrement inférieure à la moyenne nationale.

… mais égale ou supérieure à d’autres régions européennes

Sur le plan de la performance, l’Espace Mittelland se retrouve à peu près à égalité avec les régions d’Allemagne, d’Autriche et de Finlande retenues pour la comparaison internationale. En revanche, il se classe beaucoup mieux que la Franche-Comté, sa voisine française, et la Lombardie. Une disparité importante apparaît quand on le compare avec la région de Bruxelles-Capitale, qui affiche une performance économique nettement supérieure aux autres régions. Dans l’ensemble, l’Espace Mittelland a sensiblement amélioré sa position internationale depuis la dernière analyse de la capacité économique des régions suisses, publiée dans cette revue. Durant la période 1990–2006, sur laquelle portait le précédent examen, l’Espace Mittelland a évolué – comme le reste de la Suisse d’ailleurs – à un rythme beaucoup plus lent que la moyenne de l’Europe occidentale 1 La Vie économique 6-2008, pp. 46–47. . Sa croissance s’est accélérée à partir de 2004 avant de dépasser celle du continent en raison de la crise financière.L’indice d’attractivité mesure l’attrait qu’exerce une région sur les entreprises. Dans ce domaine, l’Espace Mittelland atteint 111 points. Il se situe au-dessous de la moyenne suisse, qui s’établit à 114 points, mais dépasse largement les régions européennes retenues pour la comparaison Les différences par rapport à la moyenne suisse seront abordées plus loin.. Par rapport à ces dernières, plusieurs facteurs jouent un rôle particulier: une bonne accessibilité, une charge fiscale relativement modérée et une réglementation relativement faible des marchés. Cela signifie que les conditions-cadres économiques de l’Espace Mittelland – une composante essentielle de la concurrence pour l’implantation des entreprises – sont supérieures à la moyenne en comparaison internationale. En ce qui concerne l’indice de potentiel structurel, qui exprime la capacité de développement économique futur, l’Espace Mittelland obtient 116 points. Là aussi, il ne rejoint pas la moyenne suisse, qui est de 122 points. Ce faible score provient du fait que le potentiel de croissance de son économie – calculé sur la base de la composition sectorielle – et la productivité de ses branches exportatrices sont inférieurs à la moyenne. En comparaison européenne, Bruxelles, la Moyenne-Franconie et surtout le sud de la Finlande disposent d’un meilleur potentiel de croissance. Cependant, l’Espace Mittelland fait beaucoup mieux que la moyenne de l’Europe occidentale, dont l’indice est de 100.

Composition sectorielle: un pôle technologique et administratif

En observant la composition sectorielle de l’Espace Mittelland, on est d’abord frappé par ces proportions: la quote-part du secteur secondaire dans la valeur ajoutée (32 %) est supérieure à la moyenne suisse (28 %), tandis que celle du secteur tertiaire (67 %) est inférieure de 5 points de pourcentage. Ainsi, l’Espace Mittelland revêt un caractère plus industriel que l’ensemble de la Suisse. Toutefois, le secteur public est la branche la plus présente dans la valeur ajoutée de l’Espace Mittelland. Il comprend l’administration publique, le système de la santé et les institutions de formation (voir graphique 3). Cette surreprésentation n’est pas surprenante, étant donné la présence de l’administration fédérale. Le secteur public génère environ 22 % de la valeur ajoutée régionale. Lorsque la conjoncture est bonne, l’importance de cette branche très peu cyclique agit comme un frein sur la croissance de l’Espace Mittelland. Cela peut expliquer en partie le retard économique de la région ainsi que son potentiel de croissance inférieur à la moyenne. Dans des périodes plus troublées, une telle structure économique a toutefois un effet stabilisant. Ainsi, l’évolution du PIB et du revenu régional par habitant de l’Espace Mittelland a été meilleure que pour la moyenne suisse après les turbulences de la crise financière.Si l’on observe en détail le secteur relativement important de la technologie (industrie des biens d’équipement et de l’horlogerie), on s’aperçoit que la branche «électro- nique, optique et montres» Fabrication de produits informatiques, électroniques, optiques et de montres (Noga 26). se distingue des autres. Elle comprend en particulier l’horlogerie, la fabrication d’appareils médicaux électriques et la production de composants électroniques. Dans l’Espace Mittelland, cette branche a un poids qui correspond à plus du double de la moyenne nationale, puisqu’elle génère 9 % de la valeur ajoutée régionale (Suisse: 4 %).

Trois points chauds industriels

En même temps, l’industrie est très concentrée localement au sein de la région. C’est ce que montre le graphique 4. Dans la plupart des communes de l’Espace Mittelland, la participation de la branche «électronique, optique et montres» à la valeur ajoutée est inférieure à la moyenne suisse (4 %). Elle est, en revanche, élevée dans l’Arc jurassien. Il existe à cet égard trois points névralgiques: les zones qui entourent la Chaux-de-Fonds, la région de Porrentruy ainsi que les communes situées entre Granges et Soleure. Dans certains cas, la participation de la branche «électronique, optique et montres» à l’économie globale y dépasse (nettement) 50 %. Dans l’Arc jurassien, l’économie locale s’est spécialisée depuis des siècles sur l’horlogerie. Aujourd’hui, des marques prestigieuses – comme Breitling, Longines, Omega, Tag Heuer ou Rolex – y produisent des montres de luxe. Cette région est aussi le siège de Swatch qui fabrique des montres meilleur marché. Au cours des dernières années, un bon nombre de nouvelles entreprises s’y sont implantées et beaucoup de firmes existantes ont augmenté leurs capacités. Plusieurs groupes horlogers, tels que LVMH, Richemont et Swatch Group, ont construit de grands sites de production (souvent à proximité de la frontière française) ou substantiellement agrandi les fabriques existantes. Tandis que l’industrie horlogère domine dans la plus grande partie de l’Arc jurassien, la région de Soleure est marquée par la technologie médicale électronique et le fabricant d’implants DePuy Synthes.

Le nombre de frontaliers a fortement augmenté

Il suffit de jeter un coup d’œil sur les flux de frontaliers et de pendulaires dans l’Espace Mittelland pour réaliser qu’un nombre considérable de Français franchissent tous les jours la frontière pour venir travailler dans les cantons de Neuchâtel et du Jura. Durant les dix dernières années, l’emploi frontalier s’y est fortement accru, plus précisément de 7,8 % par an en moyenne dans le canton de Neuchâtel et de 5,4 % dans celui du Jura (Suisse: 4,9 %).Il est certain que le réservoir de travailleurs frontaliers a largement contribué au dynamisme de la branche «électronique, optique et montres» dans ces deux cantons au cours des dernières années. La mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse, acceptée par le peuple le 9 février dernier, sera d’une grande importance pour leur évolution future. Dans les autres cantons de l’Espace Mittelland, en revanche, les frontaliers jouent un rôle plus limité.

L’attrait de la place économique Espace Mittelland

Le graphique 5 présente les résultats de l’Espace Mittelland et de la Suisse par rapport à différentes dimensions de l’indice d’attractivité et à d’autres critères qui font l’attrait d’une place économique. Une norme de 100 points a été attribuée à la valeur moyenne suisse. Sur tous les indicateurs à l’exception du secteur secondaire, l’Espace Mittelland réalise un score inférieur à la moyenne. Sur la qualité de vie, qui comporte des facteurs économiques, sociaux et écologiques, la différence est toutefois minime. De même, l’Espace Mittelland fait presque aussi bien que la Suisse en ce qui concerne la taxation des entreprises. S’agissant de l’imposition des travailleurs hautement qualifiés, il obtient 95 points d’indice Dans le domaine de la taxation, les valeurs se réfèrent à la ville de Berne.. L’accessibilité continentale (mesurée au centre de la ville de Berne) est évaluée à 91 points, ce qui défavorise l’Espace Mittelland. Cela tient principalement à l’absence d’un grand aéroport. Vu la situation relativement périphérique de certaines régions, son accessibilité à l’intérieur de la Suisse (mesurée au niveau des communes) est également au-dessous de la moyenne, que ce soit par les transports publics (TP) ou par le trafic individuel motorisé (TIM). Sur les deux facteurs que sont les créations d’entreprises par habitant et les brevets par habitant, l’Espace Mittelland est à plus de dix points de la moyenne nationale. En comparaison avec la Suisse, ce résultat traduit un environnement moins novateur et moins dynamique. La quote-part du secteur secondaire Partie de la population active disposant d’une formation professionnelle secondaire – par exemple diplôme de maîtrise – sur le total des actifs. dans l’Espace Mittelland est supérieure à la moyenne nationale, ce qui reflète l’importance de l’industrie dans sa structure économique.

La haute technologie, à la fois moteur de la croissance et facteur de risque

Sur le plan de la capacité économique, l‘Espace Mittelland se situe au-dessous de la moyenne suisse. En cela, la situation n’a guère changé depuis la publication dans cette revue de la dernière série d’articles sur les régions économiques suisses La Vie économique, 6-2008, pp. 43–44.. La part du secteur public dans la valeur ajoutée et la relative sous-représentation du secteur financier ont modéré durant les dernières années la croissance économique de l’Espace Mittelland. Dans le contexte international, ce dernier est très attrayant pour les entreprises – un atout qu’il partage toutefois avec les autres régions suisses. La branche «électronique, optique et montres», très présente et très novatrice, a connu ces dernières années une forte croissance qui devrait rester supérieure à la moyenne dans l’avenir. Cependant, la forte concentration de cette industrie dans l’Arc jurassien, liée aux avantages offerts par les agrégats d’entreprises, représente aussi un cumul de risques: en raison de son orientation internationale, l’industrie horlogère est très exposée aux fluctuations des marchés d’exportation. La récente baisse de la demande chinoise l’a bien montré. La possible diminution des frontaliers constitue un autre risque, dans la mesure où la croissance de ces dernières années s’est basée notamment sur cette catégorie de travailleurs.

Collaborateur scientifique, Croissance et politique de la concurrence, Secrétariat d’État à l’économie (Seco), Berne

Collaborateur scientifique, Croissance et politique de la concurrence, Secrétariat d’État à l’économie (Seco), Berne