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Les partenaires sociaux suisses en mission en Chine pour y améliorer les conditions de travail

L’accord de libre-échange signé entre la Suisse et la Chine s’est doublé d’un accord de coopération en matière de travail et d’emploi. Pour la première fois, des syndicats et des employeurs suisses, accompagnés de représentants du Secrétariat d’État à l’économie (Seco), se sont rendus dans l’Empire du Milieu. Le dialogue instauré avec les autorités chinoises et les actions projetées devraient permettre de renforcer la sécurité au travail dans les usines.

Le projet Score de l’OIT cible les conditions de travail en Chine. Un salarié de l’usine de cable TBEA à Deyang explique à la délégation suisse ce que le projet a changé. (Photo: Karin Federer, Seco)

Photo de groupe : la délégation suisse avec des employés de l’usine de cable TBEA et les représentants des autorités chinoises à Deyang. (Photo: TBEA Deyang Cable Co., Ltd.)

Les accidents de travail en Chine font régulièrement la une des médias. L’explosion d’un entrepôt dans le port de Tianjin au mois d’août, qui a fait plus de cent victimes, en est un exemple flagrant : il est important que la Suisse s’implique dans ce pays pour que la santé et la sécurité des travailleurs s’améliorent.
Pour la première fois cette année, un dialogue sur le thème du travail a réuni le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), les partenaires sociaux suisses[1] et les autorités chinoises compétentes. La rencontre, qui s’est tenue au cours de la deuxième semaine de mars, a permis de mettre en œuvre l’accord sur la coopération en matière de travail et d’emploi. Cet événement est important pour les relations bilatérales entre les deux pays.
La même semaine se tenait à Beijing le Congrès populaire national. La protection de la santé et la sécurité au travail étaient au cœur des discussions. Le quotidien China Daily, contrôlé par l’État, titrait ainsi sa une du 11 mars 2015 : « Trop de morts au travail ».
Selon les déclarations des autorités chinoises responsables de la sécurité au travail, les cas d’accidents professionnels enregistrés au cours des dix dernières années ont reculé de deux tiers. Il reste, toutefois, beaucoup à faire. C’est pourquoi le gouvernement chinois considère que des questions comme la sécurité et la santé sur le lieu de l’activité professionnelle doivent avoir la priorité.
Le dialogue entamé lors de la rencontre de haut niveau au mois de mars était, dès lors, stimulant. Il a notamment été question de la façon dont la protection de la santé et les inspections effectuées sur le lieu d’activité pouvaient s’améliorer. Jusqu’ici, ces visites étaient principalement synonymes de contrôles et de sanctions ; la Chine mise désormais plutôt sur la prévention. La longue expérience suisse en ce domaine est précieuse.
Il est surprenant de constater à quel point les enjeux auxquels sont exposés ces deux pays en matière de marché du travail sont identiques, en dépit de leurs fortes divergences. Comme la Suisse, la Chine est aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre et le vieillissement démographique, deux thèmes devenus pressants.
Parallèlement, il existe un fossé béant entre ces deux nations. En voici un exemple : selon les indications du ministère chinois des Ressources humaines et de la sécurité sociale, 9 millions de jeunes diplômés arrivent chaque année sur le marché de l’emploi, un chiffre supérieur à la population totale de la Suisse.

La productivité des entreprises chinoises augmente grâce à l’OIT

Déjà avant la signature de l’accord, la Suisse collaborait avec des partenaires chinois. En effet, le Seco soutient depuis près de dix ans des projets de développement économique dans ce pays. À cet égard, un projet lancé par l’Organisation internationale du travail (OIT) joue un rôle central : le programme de formation et de conseil Score (« Sustaining Competitive and Responsible Enterprises ») a pour objectif d’améliorer la productivité et les conditions de travail au sein des petites et moyennes entreprises (PME)[2].
Réparties en modules, les formations Score concernent la collaboration sur le lieu d’activité professionnelle, la gestion de la qualité, la sécurité au travail et la protection de la santé, la gestion du personnel ainsi que les méthodes de production respectant l’environnement. À l’issue des formations, des experts locaux fournissent aux PME participantes des conseils sur la mise en œuvre de ces thématiques. Depuis 2010, plus de cent PME chinoises ont pris part à ce programme, si bien que Score a d’ores et déjà atteint 48 000 employés d’usine.
Grâce à de telles formations, près de neuf entreprises sur dix sont parvenues à optimiser leurs coûts, tandis qu’une sur deux a pu réduire sa consommation de matériaux. Par ailleurs, le taux d’erreur dans la production a chuté de 12 % en moyenne. Cette hausse de la productivité s’est également répercutée sur les collaborateurs : près de la moitié des PME ont augmenté les salaires, alors que le taux de rotation du personnel diminuait de 40 %.

La prévention, domaine propre à la Suisse

Au cours de sa mission en Chine, la délégation tripartite suisse a pu se convaincre sur place des améliorations survenues au sein des entreprises (voir encadré). Cette mise en pratique a complété de manière optimale l’échange politique entre la Suisse et la Chine, car de tels résultats tangibles ne peuvent que profiter à la politique chinoise. En conséquence, le Seco a l’intention de poursuivre ses activités liées au projet Score. Il mise sur le savoir-faire suisse en matière de prévention des accidents et des maladies professionnelles, ainsi que sur son expérience dans le partenariat social. Une prévention efficace sur le lieu de travail profite non seulement aux employés, mais également à l’ensemble de la population.
Au niveau institutionnel, la Suisse invitera l’an prochain la délégation chinoise afin de poursuivre le dialogue. Les deux parties ont déjà manifesté leur intérêt pour des échanges sur l’assurance-chômage, le service de l’emploi et le mode de fonctionnement des commissions tripartites fédérales. Ces discussions permettront à la Chine et à la Suisse de mieux se connaître et de renforcer, outre leurs relations commerciales, leur collaboration dans le domaine sociétal. La mise en œuvre de l’accord en matière de travail et d’emploi vient juste d’être lancée.

  1. Ont pris part aux discussions Marco Taddei, responsable des affaires internationales auprès de l’Union patronale suisse, et Luca Cirigliano, secrétaire central de l’Union syndicale suisse. Ces deux personnes s’expriment dans ce numéro. []
  2. Pour davantage d’informations : (http://www.ilo.org/beijing/what-we-do/projects/WCMS_142938/lang–en/index.htm) www.ilo.org/score. []

Collaboratrice scientifique, Affaires internationales du travail, Secrétariat d‘État à l’économie (Seco), Berne

Ambassadrice, cheffe des Affaires internationales du travail (Dain), Secrétariat d’État à l’économie (Seco), Berne

Grâce à Score, les travailleurs identifient les dangers dans une usine de plastique

C’est au milieu de Chongqing, une des plus grandes cités industrielles chinoises, que la délégation tripartite a été convaincue de l’utilité du programme Score (« Sustaining Competitive and Responsible Enterprises »), lancé par l’OIT. L’entreprise visitée fabrique des pièces en plastique pour l’industrie automobile. Elle est donc étroitement liée aux marchés chinois et internationaux. Score a permis à cette usine d’améliorer fortement ses processus. Certains collaborateurs, qui avaient suivi le cours, ont proposé à la direction de remplacer une scie circulaire dangereuse par une machine plus sûre et plus productive. Ils ont été entendus. L’entreprise affirme que de telles améliorations lui ont permis de diminuer considérablement son taux d’erreur, d’augmenter son chiffre d’affaires et, par la même occasion, les salaires.
Plus d’informations :(http://www.ilo.org/empent/Projects/score/case-studies/WCMS_362384/lang–en/index.htm) www.ilo.org.

Collaboratrice scientifique, Affaires internationales du travail, Secrétariat d‘État à l’économie (Seco), Berne

Ambassadrice, cheffe des Affaires internationales du travail (Dain), Secrétariat d’État à l’économie (Seco), Berne