La Vie économique

Plateforme de politique économique

Cet article fait partie de la thématique «La transparence dans la branche des matières premières»

Transparence des paiements : le bon choix pour Trafigura

L’année dernière, Trafigura a été la première entreprise active dans le négoce des matières premières à adhérer à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). Elle a franchi ce pas en raison de l’intérêt grandissant de l’État et de la société civile pour la question.

Le négoce et la transparence n’ont pas toujours fait bon ménage dans l’industrie extractive. La question est particulièrement vive pour les rapports qu’entretenait la branche avec les organismes publics des pays dont le sous-sol regorge de minerais. Plus d’un aura été surpris par l’adhésion l’an passé du négociant en pétrole et métaux Trafigura à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). C’était une première pour une entreprise de cette branche. L’ITIE a pour principal but de chercher à rendre publics les paiements que les entreprises pétrolières et minières effectuent en faveur des gouvernements au titre de droits de licence, de redevances de concession et d’impôts. En sa qualité de négociant situé en aval, Trafigura a certes un intérêt limité dans le secteur de l’extraction, mais le rapprochement avec cette initiative est utile à bien des égards. En premier lieu, l’attention soutenue avec laquelle les autorités, la société civile et les partenaires commerciaux observent le secteur appelle davantage de transparence. En effet, certains négociants en matières premières sont devenus des entreprises de grande taille et leur influence a grandi au diapason de leur expansion, attirant inévitablement les regards. Il est d’autant plus nécessaire d’expliquer nos activités.

L’ITIE, un espace d’échange

Autre raison, le débat concernant la divulgation des paiements effectués par les négociants en matières premières en faveur des gouvernements prend de plus en plus d’ampleur. L’an passé, Trafigura a ainsi réalisé un sondage d’opinion anonyme pour connaître l’avis d’acteurs importants sur le rôle et l’influence de ces sociétés. Les personnes qui y ont répondu ont notamment déploré l’opacité des paiements réalisés en faveur des gouvernements. Or, l’ITIE est le principal espace d’échange sur ces questions pour les autorités, les entreprises et les organisations de la société civile. L’extension de cette initiative aux achats effectués par les négociants auprès des sociétés pétrolières publiques est envisagée depuis peu. Le troisième motif qui explique la décision de Trafigura est l’évolution de la réglementation : l’Union européenne et les États-Unis, en particulier, vont en effet exiger la divulgation des paiements effectués par les sociétés extractives aux gouvernements. Jusqu’ici, les efforts se sont concentrés sur les entreprises actives dans l’extraction de matières premières. De plus en plus d’États membres de l’ITIE divulgueront les paiements effectués par des négociants et exigeront d’eux qu’ils fassent de même, afin de garantir la concordance des données. L’Irak a ainsi déjà adhéré au mouvement. Notre démarche constitue aussi une réaction aux recommandations du gouvernement suisse, formulées dans son « Rapport de base : matières premières » paru en 2013. Ce texte préconise de réformer l’ITIE, afin que les négociants en matières premières divulguent eux aussi les paiements qu’ils effectuent en faveur des sociétés pétrolières publiques.

Trafigura : la publication attendue dès cette année

À la fin de cette année, Trafigura commencera à divulguer ses paiements en faveur des sociétés pétrolières publiques dans les pays qui mettent en œuvre l’initiative. Nous nous sommes en outre engagés à collaborer avec le secrétariat de l’ITIE et avec les entreprises qui soutiennent l’initiative, afin d’accroître la transparence dans l’industrie extractive. Certes, la divulgation des paiements ne concernera qu’une petite partie de nos activités commerciales, mais les réactions positives que nous avons reçues des États, de nos partenaires commerciaux, des organisations non gouvernementales et des médias montrent que cette décision est tout à fait justifiée. La question est désormais de savoir combien de temps il faudra aux autres négociants en matières premières pour sentir d’où vient le vent et adhérer eux aussi à l’ITIE.

Directeur des affaires, Trafigura, Genève

Directeur des affaires, Trafigura, Genève