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Plateforme de politique économique

Un pont vers le monde du travail

Pour beaucoup de gens, le travail temporaire est un pont qui mène vers un emploi fixe. Il permet aux salariés de rester intégrés dans la vie active et de s’orienter sur le marché du travail. C’est pourquoi environ 80 % des travailleurs temporaires sont encore actifs un an après la fin de leur engagement. La moitié d’entre eux trouvent un poste fixe. Pour les personnes d’un certain âge et les étrangers, le schéma est toutefois différent.

La recherche d’un poste fixe n’empêche pas ceux qui ont un travail temporaire de tomber au chômage. (Photo: Keystone)

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L’intégration dans la vie professionnelle et l’exploitation du potentiel national sont au centre de la politique actuelle du marché du travail. Une analyse de Swissstaffing illustre la fonction de pont que joue le travail temporaire. En Suisse, plus de 315 000 personnes occupaient un emploi temporaire en 2014. Les intérimaires sont généralement bien intégrés dans le monde du travail : la probabilité qu’ils restent professionnellement actifs un an après leur engagement dépasse les 80 %. Deux groupes présentent toutefois un destin différent : les étrangers et les personnes de plus de 50 ans. Ces dernières sont en principe convoitées par les employeurs. Même un an après leur mission intérimaire, elles ont de grandes chances de rester intégrées au monde professionnel – en exerçant toutefois des formes de travail flexibles pour la plupart. Par comparaison avec des salariés plus jeunes, ceux de plus de 50 ans sont moins nombreux à trouver un emploi fixe. En ce qui concerne les travailleurs temporaires étrangers, par contre, leurs chances réduites semblent principalement être imputables à un niveau de formation plus faible. À cet égard, des offres de perfectionnement peuvent améliorer la situation. Enfin, environ un quart des intérimaires affirment ne pas viser un emploi fixe. Les formes de travail flexibles semblent donc répondre à un besoin important parmi les salariés.

Le progrès technique, le changement démographique et la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse constituent des défis de taille pour le marché suisse du travail. D’un côté, les êtres humains sont remplacés par des machines dans de nombreux domaines professionnels. De l’autre, le vieillissement de la population et le frein à l’immigration créent une grave pénurie de main-d’œuvre spécialisée. Si l’on veut éviter que ce phénomène ait des répercussions néfastes sur l’économie suisse, il conviendra d’accorder encore plus d’importance à l’intégration dans le marché du travail et à l’exploitation du potentiel national. Le travail temporaire bénéficie d’une longue tradition en Suisse. Qu’en est-il, toutefois, de sa force d’intégration ? Cette forme d’activité, limitée dans le temps, aide-t-elle à rester sur le marché du travail ou à trouver un emploi fixe ?

Une solution transitoire pour la plupart des travailleurs

Parmi les quelque 3000 personnes interrogées[1], 58 % ont opté pour un emploi temporaire à titre transitoire, parce qu’elles n’ont pas trouvé de poste fixe. Environ 77 % d’entre elles indiquent même qu’elles sont en quête d’un emploi fixe à long terme. Ces chiffres montrent que beaucoup de salariés conçoivent leur épisode temporaire uniquement comme une étape intermédiaire dans la recherche d’un nouvel emploi. Grâce au travail temporaire, ils restent intégrés dans la vie active. Ils peuvent faire la preuve de leurs compétences dans les entreprises locataires et le service de l’emploi les accompagne dans leur recherche de travail. Ainsi, ils peuvent tester leurs capacités dans différents champs d’activité professionnelle et s’orienter sur le marché du travail.

Les souhaits des demandeurs d’emploi débouchent-ils vraiment sur une activité lucrative de longue durée ? Les résultats de l’enquête apportent une réponse claire à cette question : les intérimaires en quête d’un emploi fixe ont une probabilité de 88 % de rester intégrés dans le marché du travail un an après le dernier jour de leur mission. Cela signifie qu’ils continuent de travailler, soit à titre temporaire, soit avec un emploi fixe ou de durée limitée, soit en tant qu’indépendants. La probabilité qu’ils atteignent leur but, à savoir un emploi fixe, est de 51 % (voir illustration 1). Il s’agit là d’une très bonne valeur, si l’on pense que plus de 75 % des travailleurs temporaires en quête d’emploi fixe n’avaient pas trouvé un tel poste avant leur engagement intérimaire. 

Ill. 1. Les chances des travailleurs temporaires de trouver un emploi fixe un an après leur engagement

Remarque : Le graphique montre quelles sont les chances d’un travailleur temporaire de trouver un emploi fixe un an après son engagement. L’intervalle de confiance indique la fourchette dans laquelle se situe la vraie valeur de l’estimation, avec une probabilité de 95 %.

Source : Swissstaffing / La Vie économique

Convoités, mais trop chers pour un emploi fixe

Le travail temporaire a-t-il aussi un effet intégrateur pour les groupes dont on sait qu’ils ont du mal à s’insérer sur le marché du travail ? Dans le débat politique, on se focalise actuellement sur la durée disproportionnée du chômage parmi les plus de 50 ans et sur son taux élevé parmi les étrangers. Concernant les travailleurs temporaires de plus de 50 ans, l’enquête fait apparaître une image surprenante : si l’on inclut toutes les formes de travail – emploi fixe, temporaire ou à durée limitée et statut d’indépendant –, la probabilité que ces salariés restent dans la vie active un an après leur intérim est de 85 %. Cela représente 5 points de pourcentage de plus que leurs collègues plus jeunes (voir illustration 2). Trouver un emploi fixe s’avère cependant plus difficile pour les personnes de cette tranche d’âge : leurs chances se situent à 32 %, soit 12 points de pourcentage de moins que les travailleurs temporaires plus jeunes (voir illustration 1).

Ill. 2. Les chances des travailleurs temporaires de rester actifs un an après leur engagement

Remarque : Le graphique montre quelles sont les chances d’un travailleur temporaire d’exercer une activité lucrative un an après son engagement. La notion d’activité lucrative inclut le travail temporaire, le travail à durée déterminée, l’emploi fixe et le statut d’indépendant. L’intervalle de confiance indique la fourchette dans laquelle se situe la vraie valeur de l’estimation, avec une probabilité de 95 %.

Source : Swissstaffing / La Vie économique

Le taux d’emploi élevé montre ceci : les personnes de plus de 50 ans sont une main-d’œuvre recherchée. Elles ont même plus de chances que des collègues plus jeunes de trouver un emploi. Cependant, il existe apparemment des facteurs qui entravent leur accès à un emploi fixe. Les données récoltées ne permettent pas de montrer de manière empirique quels sont ces facteurs, mais seulement de les supposer. L’un d’eux pourrait être le niveau élevé des salaires et des déductions sociales au-delà de 50 ans. Les frais de personnel étant plus lourds, les entreprises sont réticentes à conclure des contrats fixes. En revanche, si les travailleurs de plus de 50 ans sont prêts à accepter un engagement à titre temporaire, cette flexibilité ainsi que leur savoir spécialisé compensent les coûts élevés. Cela fait d’eux une main-d’œuvre convoitée. Il conviendrait d’étudier cette question plus en détail pour savoir si c’est bien là une raison de ce phénomène et si d’autres facteurs ont une influence sur les chances des travailleurs âgés de trouver un emploi fixe.

La formation continue est essentielle

Les chances des étrangers de trouver un emploi fixe un an après l’épisode temporaire s’élèvent à 40 %, ce qui représente 5 points de pourcentage de moins que les Suisses. Cette différence disparaît cependant si l’on intègre dans le calcul le niveau de formation de ces deux catégories[2]. La probabilité de trouver un emploi fixe atteint alors respectivement 42 % pour les Suisses et 43 % pour les étrangers (voir illustration 1). En d’autres termes, si les premiers ont plus de chances que les seconds de trouver un emploi fixe, cela s’explique uniquement par des différences de qualification professionnelle. La formation est donc essentielle, afin de sécuriser le chemin qui mène à un emploi fixe pour les étrangers. Avec la création en 2012 du fonds « temptraining », qui a suivi l’entrée en vigueur de la convention collective de travail (CCT) Location de services, les travailleurs suisses et étrangers disposent maintenant d’un instrument de financement efficace. Après une mission intérimaire d’un mois seulement, ils peuvent obtenir une subvention allant jusqu’à 5000 francs pour suivre des cours de formation continue. On a ainsi franchi une étape importante en matière de qualification professionnelle. Par ailleurs, les étrangers sont eux aussi bien intégrés sur le marché du travail un an après leur engagement temporaire. Leurs chances de rester dans la vie active sont en effet supérieures à 86 %. Cette probabilité est même de 10 points plus élevée que celle des Suisses (voir illustration 2). La raison principale est la suivante : les travailleurs temporaires suisses sont 13% de moins que les étrangers à souhaiter un engagement fixe.

Flexibilité expressément recherchée                                                   

Parmi les travailleurs temporaires, 23 % ne souhaitent pas d’emploi fixe. Ils se sentent bien dans le monde du travail flexible. Un an après le dernier jour de leur mission, seuls 12 % de ces travailleurs ont malgré tout accepté un poste fixe (voir illustration 1). Ce taux montre que le désir d’un travail flexible n’est pas purement théorique dans ce groupe de personnes. C’est une réalité vécue. Les travailleurs temporaires en quête de flexibilité sont très souvent des Suisses au bénéfice d’une formation professionnelle. Par contre, il n’existe aucune différence significative entre les branches. On trouve apparemment dans toute l’économie des salariés qui souhaitent une forme de travail flexible.

En 2014, plus de 315 000 personnes exerçaient un travail temporaire en Suisse. L’étude de Swissstaffing a monté que la majorité d’entre elles y recourent afin de rester dans le monde professionnel. Le travail temporaire représente un pont important vers la vie active, en particulier pour les groupes qui sont menacés de chômage. La branche temporaire ne peut toutefois pas se soustraire aux réalités du marché du travail. C’est pourquoi les travailleurs temporaires qui rencontrent des difficultés fondamentales dans leur quête d’un emploi fixe ont moins de chances que les autres. Pour des raisons psychologiques, sociales et économiques, il est particulièrement important pour ces groupes d’avoir accès à des formes de travail flexibles. Ainsi, les portes du marché du travail leur restent largement ouvertes.

  1. L’ensemble de données contient au total 3030 observations. Compte tenu de valeurs manquantes, environ 2500 observations sont disponibles pour les estimations Logit. []
  2. Pour tous les autres chiffres mentionnés dans le texte, les « average partial effects » se basent sur un modèle Logit qui prend en compte l’ensemble des variables disponibles. Les graphiques montrent exclusivement les estimations résultant de la spécification complète. []

Économiste, Swissstaffing, Dübendorf

L’étude

Depuis 2006, Swissstaffing, l’association des services suisses de l’emploi, réalise tous les quatre ans une étude sur la situation sociale des travailleurs temporaires en Suisse. Elle pose une question clé : quelles sont les chances de ces personnes de rester dans le marché du travail ou de trouver un emploi fixe ? Mandaté par Swissstaffing, l’institut gfs-zürich mène trois sondages représentatifs, chacun auprès de mille travailleurs temporaires, environ un an après la fin de leur engagement. Il les interroge sur cet emploi intérimaire, sur leurs motivations et sur leur situation professionnelle. Les données recueillies permettent d’estimer quelles sont les chances des travailleurs temporaires de trouver une activité lucrative – flexible ou fixe. Ces estimations se basent sur des modèles Logit, dans lesquels on tient compte aussi bien des caractéristiques socioéconomiques des travailleurs temporaires que de la situation sur le marché du travail durant l’année de l’enquête. Les effets estimés sont des « average partial effects ». Les erreurs types ont été calculées à l’aide de la méthode delta.

Économiste, Swissstaffing, Dübendorf