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Entreprises à forte croissance : la Suisse dans le peloton de tête

La Suisse comporte une proportion d’entreprises à forte croissance, qui lui donnent une stature internationale. Elle est à égalité avec des pays comme Israël, l’Allemagne et la Suède.

LeShop est en pleine croissance grâce au commerce en ligne. Dominique Locher, CEO de l’entreprise. (Photo: Keystone)

Le pionnier des capsules à café Nespresso emploie plus de 12 000 personnes dans le monde. À Avenches (VD), 300 d’entre eux testent les différentes variétés. (Photo: Keystone)

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Mandatée par le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), la société de conseils et de recherches Ecoplan a étudié ce que révèlent les statistiques sur les créations d’entreprises et les sociétés à fort taux de croissance. Le dépouillement portant sur les entités qui sont parvenues à augmenter fortement le nombre de leurs employés montre que la Suisse figure dans le peloton de tête aux côtés des pays suivants : Israël, Allemagne, Suède et Royaume-Uni. Rapporté au nombre d’habitants, celui des entreprises à forte croissance est même nettement plus élevé que dans la plupart des pays servant de référence. En ce qui concerne les emplois créés, la Suisse, où 11 % des employés travaillent dans des entreprises à croissance moyenne à forte, se situe juste derrière les premiers pays cités. Si l’on ne considère que les entreprises à croissance particulièrement forte, leur participation au marché du travail est relativement élevée (4,5 %).

La Suisse manque-t-elle d’entreprises à forte croissance ? Cette question est souvent posée dans les milieux politiques, comme en 2013, dans un postulat du conseiller national PLR vaudois Fathi Derder[1]. Pour y répondre, le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) a commandé une étude à la société de conseils et de recherches Ecoplan[2]. Celle-ci montre qu’en comparaison internationale, la Suisse est bien placée en ce qui concerne les entreprises à croissance rapide, qu’elles soient jeunes ou anciennes. Leur nombre par habitant est même nettement plus élevé sur notre territoire que dans la plupart des pays de référence. Les données existantes ne permettent donc pas de confirmer l’idée que la Suisse compterait peu d’entreprises à forte croissance et que ce secteur créerait peu d’emplois.

Pour réaliser son étude, Ecoplan a croisé entre elles, pour la première fois, différentes données de l’Office fédéral de la statistique (OFS)[3]. Là où la relative rareté des données le permettait, le rapport compare la Suisse à différents pays de l’OCDE. On manque en particulier de données sur les jeunes pousses (« start-ups »). Toutefois, grâce à la nouvelle statistique structurelle des entreprises (Statent) établie par l’Office fédéral de la statistique (OFS), les bases s’amélioreront sensiblement ces prochaines années.

Au cours de la période sous revue (2007 – 2013), le nombre des créations d’entreprises est resté relativement stable en Suisse, tous secteurs confondus. Il s’est écarté au plus de 5 % de la moyenne annuelle à long terme. La même évolution s’observe en Belgique et aux États-Unis, encore que les chiffres soient difficiles à comparer, les données étant relevées de manière différente.

Tous les secteurs n’ont pas connu la même effervescence. Si les créations d’entreprises tendent à augmenter dans le tertiaire, ce n’est pas le cas de l’industrie et de la construction qui ont subi un net fléchissement après la crise économique de 2008. Ce dernier secteur s’est certes repris rapidement, alors que le recul des créations d’entreprises perdure dans l’industrie.

Les jeunes entreprises résistent

En comparaison internationale, les chances de survie des jeunes entreprises suisses sont élevées puisque 60 % de celles créées en 2007 sont encore actives après cinq ans. Sur les 18 pays de référence de l’OCDE, ce taux n’est supérieur qu’en Autriche, en Belgique et en Suède. Les autres pays voisins se situent dans le gros du peloton (40 à 50 %). Il est vrai qu’en Suisse, les entreprises nouvellement créées sont souvent liquidées dans l’année à une fréquence supérieure à la moyenne, mais cela pourrait découler des méthodes utilisées pour relever les données.

En comparaison internationale, l’économie suisse comporte un nombre important de petites et moyennes entreprises (PME). Elles absorb ent 67 % des actifs occupés et créent quatre nouveaux emplois sur cinq. Cette partie de l’économie a ainsi gonflé ses effectifs, entre 2011 et 2013, de quelque 19 500 personnes par an, dont 17 000 dans le secteur tertiaire et 2500 dans l’industrie. Les PME ont ainsi créé quatre fois plus d’emplois que les grandes entreprises[4] (5500 postes). Quant au secteur tertiaire, il en a créé cinq fois plus que l’industrie.

Entreprises à forte croissance en Suisse (2008-2013)

  Entreprises à partir de dix employés Employés Total Entreprises à croissance moyenne à forte Entreprises à forte croissance « Gazelles » (limite inférieure et supérieure)
Nombre d’entreprises Nombre d’employés Nombre d’entreprises Nombre d’employés Nombre d’entreprises Nombre d’employés
2008 44 000 2 957 400 5500 397 400 1590 139 500 79-a 5800-a
2011 49 200 3 308 500 6300 374 100 1880 146 100 78-340 3300-22 100
2013 49 800 3 355 700 6100 280 700 1820 93 400 104-463 3800-19 500

a Il n’est pas possible d’établir de limite supérieure pour les gazelles en 2008.

Remarque : les valeurs sont arrondies.

Source : Ecoplan (2016) / La Vie économique

Égalité avec Israël, l’Allemagne et la Suède

En Suisse, 12 % des entreprises sont à croissance moyenne à forte. Elles occupent au moins dix employés et progressent de plus de 10 % en moyenne par an, en comparaison triennale (voir encadré). Ce taux reste stable d’année en année. Israël, l’Allemagne, la Suède ou la Grande-Bretagne connaissent des taux similaires, avec des valeurs s’étageant entre 11 et 15 %.

Si l’on considère uniquement les entreprises à forte croissance (au moins 20 % en moyenne triennale), la situation est également stable. Celles-ci représentent 3,5 % de toutes les firmes occupant au moins dix employés, ce qui rapproche la Suisse des premiers pays de référence (Suède, Grande-Bretagne, Israël) qui présentent des taux de 4,0 à 5,5 %. C’est surtout dans les années suivant la crise économique de 2008 que la Suisse se distingue. Le taux des entreprises à forte croissance y est particulièrement élevé dans le secteur tertiaire (4,5 %).

Faute de données, l’on ne peut indiquer qu’une limite inférieure et supérieure pour les jeunes entreprises (moins de cinq ans d’âge) à forte croissance. En Suisse, la proportion de ces « gazelles » se situe entre 0,2 et 0,8 %, soit 80 à 400 entreprises. Divers indices, comme la comparaison internationale des entreprises à forte croissance, suggèrent que la proportion de ces jeunes pousses y est plutôt proche de la limite supérieure de 0,8 %. À titre de comparaison, la proportion des gazelles est de 0,9 % dans le pays champion (Israël).

La Suisse se situe nettement au-dessus de la plupart des pays de référence quant au nombre d’entreprises à forte croissance par habitant (400 pour 100 000 habitants, voir illustration)[5]. En Israël, ce chiffre est de 300, aux États-Unis de tout juste 150. Trois quarts des entreprises à forte croissance sont active dans le secteur tertiaire, tant en Suisse qu’à l’étranger.

Nombre d’entreprises à forte croissance pour mille habitants de 20 à 64 ans (2011)

Source : Ecoplan (2016) / La Vie économique

Une croissance particulièrement forte dans le Grand Zurich et la région lémanique

En Suisse même, c’est le Grand Zurich et la région lémanique qui concentrent les entreprises à fort taux de croissance, puisque 45 % d’entre elles y ont leur siège. Au Tessin, en revanche, ces sociétés sont sous-représentées.

Ce segment économique est important pour l’emploi. Quelque 11 % des salariés travaillent dans des entreprises à croissance moyenne à forte et 4 % dans des entreprises à forte croissance. La Suisse se trouve ainsi à égalité avec la Suède. Seuls le Royaume-Uni et Israël font mieux (+3 points de pourcentage).

Sur le plan des entreprises à forte croissance, la Suisse se trouve à la croisée de trois pays de référence : Israël, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis. Ce dernier pays accuse un taux d’employés supérieur (+1 point de pourcentage), alors que le nombre d’entreprises à forte croissance par habitant y est moitié moindre qu’en Suisse.

Le secteur tertiaire marque aussi des points quant au pourcentage d’employés, qu’il s’agisse d’entreprises à croissance moyenne à forte ou de gazelles. Les entreprises à forte croissance du tertiaire représentent, par exemple, 5 % des emplois du secteur. Dans la construction, ce taux est de 3 % et dans l’industrie de 2 %.

En Suisse même, le taux d’emploi des entreprises à croissance moyenne à forte dépasse la moyenne non seulement dans le Grand Zurich et la région lémanique, mais également en Suisse centrale. Dans ces régions, 12 à 13 % des employés (soit un sur huit) travaillent dans des entreprises à forte croissance. Pour les gazelles, le Grand Zurich et la région lémanique, où travaillent jusqu’à 1 % des employés de ces jeunes pousses, se détachent nettement.

  1. Postulat 13.4237 : « Pour un meilleur développement des jeunes entreprises innovantes ». []
  2. Ecoplan, Statistische Grundlagen zu Neugründungen und wachstumsstarken Unternehmen, Auswertungen für die Schweiz und internationaler Vergleich, 2016. []
  3. Statistique de la démographie des entreprises (Udemo), Recensement des entreprises (2005, 2008) et son successeur Statent (statistique structurelle des entreprises). Cette dernière est relevée annuellement depuis 2011, mais les règles de saisie et de démarcation diffèrent de celle du recensement des entreprises, d’où la difficulté d’établir des comparaisons. []
  4. Plus de 250 employés. []
  5. Les écarts par rapport à la précédente manière de voir (proportion de toutes les entreprises) sont notamment dues aux différences de taille moyenne et de taux d’activité. []

Économiste et conseiller principal, Ecoplan, Berne

Partenaire de la société de conseils et de recherches Ecoplan, Berne

Que sont les entreprises à forte croissance ?

En Suisse, le nombre des entreprises à forte croissance a été déterminé pour les années 2008, 2011 et 2013. D’après la définition d’Eurostat et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), on en distingue trois types.

  • Les entreprises à croissance moyenne à forte sont celles dont l’effectif des employés a crû en moyenne d’au moins 10 % par an pendant trois ans et qui comptaient déjà dix employés auparavant.
  • Les entreprises à forte croissance se distinguent des précédentes par le seul fait qu’elles accusent une croissance de l’effectif d’au moins 20 % par an.
  • Les « gazelles » sont une subdivision des entreprises à forte croissance. Après une période de croissance de trois ans, elles doivent n’avoir existé que depuis cinq ans. La définition des gazelles est parfois appliquée aux jeunes pousses.

Économiste et conseiller principal, Ecoplan, Berne

Partenaire de la société de conseils et de recherches Ecoplan, Berne