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Les régions de montagne se portent mieux que ce qu’en disent les esprits chagrins. On en veut pour preuve les multiples initiatives durables. Un renforcement de la coopération entre ces régions et leurs centres locaux serait néanmoins souhaitable.
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Nous sommes tous des montagnards !

Directeur de la Fondation suisse pour la protection et l'aménagement du paysage (SL-FP), Berne

Les statistiques ne disent pas tout. L’été dernier, j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises des gens de la montagne qui s’engagent pour leur région. La bonne humeur des hôteliers et l’esprit d’initiative qui anime les habitants et les propriétaires de résidences secondaires m’ont fait forte impression. Les idées et les actions abondent. Ainsi, dans la vallée de Malvaglia, qui fait partie du district de Blenio, l’agriculture de montagne vit une renaissance depuis plus de dix ans. Les agriculteurs redécouvrent l’exploitation des pâturages embroussaillés en terrasses ainsi que la réhabilitation des murs de pierres sèches et des bâtiments historiques. Même de jeunes agriculteurs extérieurs à la région viennent s’installer dans les vallées avec des idées novatrices. À Mergoscia, dans le Val Verzasca, la culture de la vigne côtoie celle de la variété de maïs indigène Pro Specie Rara. Un peu plus au nord, à Corippo, un projet d’agrotourisme prend forme. À Boschetto, dans le Val Maggia, on produit des « formaggini » et des « salametti » en réexploitant les pâturages.

À l’enseigne des initiatives durables


Quand Avenir Suisse évoque la faible compétitivité des régions de montagne, comparée à celle des cantons les plus avancés, on est dès lors en droit de s’inquiéter. En termes de compétitivité, le Tessin fait deux fois moins bien que le canton de Zoug, alors que les deux cantons présentent une structure similaire, avec des régions de montagne au bâti clairsemé et une plaine très urbanisée. Or, il faut savoir que la compétitivité découle d’abord des conditions-cadres dans les centres urbains, et non des montagnes rurales. Si la « città diffusa » – les fonds de vallée mités par les constructions – voyait autrefois dans sa proximité avec l’Italie une bénédiction économique, elle la ressent aujourd’hui comme un fardeau. Aujourd’hui, le Tessin s’illustre plutôt avec sa « Piattaforma paesaggio », un réseau de services administratifs, tels que les services des forêts et les offices de développement régional. En collaboration avec des institutions extérieures au canton, comme la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage, cette plateforme encourage des projets locaux durables.

En Suisse, les montagnes tessinoises sont le fer de lance de l’engagement des régions de montagne en faveur du paysage cultivé. Les régions de montagne brillent également sur d’autres terrains, grâce à des initiatives culturelles spécifiques, comme le festival Origen à Surses, dans les Grisons, qui invite l’art et la culture dans le paysage. Malheureusement, il n’existe aucune statistique sur cette mutation.

Une plus grande coopération institutionnelle est nécessaire


Les sondages montrent que la population est très attachée au paysage de montagne. Les politiciens de ces régions, qui vitupèrent contre la protection du paysage, ne devraient pas l’oublier ! Certes, il ne s’agit là que d’une facette de la réalité. Le déclin économique, auquel contribuent également les stations de ski, est tout aussi réel : les investissements importants que celles-ci ont effectués dans les infrastructures et les résidences secondaires ne sont souvent plus rentables en raison des changements climatiques et des besoins nouveaux de la société.

Les centres urbains à l’intérieur des régions de montagne devraient mieux exploiter leur proximité avec les régions rurales innovantes. Les entreprises de Viège, Thoune, Coire ou Locarno pourraient par exemple transférer leurs emplois dans des villages proches, généralement reliés à l’Internet rapide, pour ranimer les résidences secondaires inoccupées et les centres des localités. À leur tour, ces « nouveaux montagnards », venus de villes proches ou lointaines, feraient revivre les restaurants et les commerces locaux. Leur implication dans la vie politique locale serait dès lors judicieuse. La clé du succès réside fondamentalement dans la coopération institutionnelle. Le travail accompli pour la culture et le paysage fournit ici un exemple à suivre. Dans l’hôtellerie et la restauration, de telles coopérations font cependant encore défaut.

Montagne et plaine sont économiquement et socialement indissociables. Les Suisses sont des montagnards depuis longtemps. Seule la politique ne l’a pas encore remarqué.

Proposition de citation: Rodewald, Raimund (2017). Nous sommes tous des montagnards !. La Vie économique, 25 septembre.