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L’École supérieure du sud-est de la Suisse donne des impulsions économiques

Quels bénéfices l’École supérieure du sud-est de la Suisse apporte-t-elle à l’économie régionale ? Les conclusions d’une étude de la Haute école technique et économique de Coire sont positives : la productivité des entreprises est en hausse.

La capacité d’innovation de la région augmente grâce à l’École supérieure du sud-est de la Suisse. Une vue nocturne de Coire. (Photo: Keystone)

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Les écoles supérieures se concentrent sur l’approfondissement de connaissances spécialisées. La compétitivité des entreprises augmente au fur et à mesure que les étudiants acquièrent des compétences professionnelles. Une étude consacrée à l’École supérieure du sud-est de la Suisse (IBW) a examiné les effets de la formation professionnelle continue sur l’économie régionale. Ses conclusions montrent que l’IBW est un important employeur régional. Elle exerce également des effets positifs significatifs sur la productivité et accroît la force d’innovation des entreprises locales. Tant les entreprises que la main-d’œuvre profitent largement de la possibilité de se perfectionner au sein de la région.

L’apprentissage tout au long de la vie prend de plus en plus d’importance dans le monde du travail. Le progrès technologique et le changement des conditions-cadres obligent les entreprises et les travailleurs à s’adapter constamment aux innovations pour rester compétitifs à long terme. Les écoles supérieures jouent ici un rôle capital. Dans le système suisse de formation professionnelle, elles sont chargées de la formation supérieure (voir illustration). Elles s’adressent avant tout aux détenteurs d’un certificat d’école de culture générale (certificat ECG) ou d’un certificat fédéral de capacité (CFC). Le but de la formation est de transmettre des connaissances spécialisées : les diplômés devront pouvoir assumer des tâches pratiques, spécialisées et directionnelles ; ils seront aussi capables de concevoir et développer des produits et des services.

Le système suisse de formation

Source : Sefri (2017) / La Vie économique

Sur ses quatre sites de Coire, Maienfeld (GR), Sargans (SG) et Ziegelbrücke (GL), l’École supérieure du sud-est de la Suisse (IBW) offre des formations de base et continues dans les cantons des Grisons, de Saint-Gall et de Glaris. Fondé en 1990, l’ancien « Institut de formation professionnelle continue des Grisons » compte aujourd’hui 25 sections. Ses spécialités sont l’économie, la technique et l’informatique, les langues, la didactique et le mode de vie, la construction, l’architecture et le design ainsi que la forêt et le bois. En 2017, environ 1300 personnes y ont suivi une formation et 4300 ont participé à un cours. Le budget annuel était de 20 millions de francs.

Quel impact l’IBW a-t-elle sur l’emploi et la création de valeur dans la région ? Une étude a tenté de déterminer ces effets sur la demande en recourant à un modèle multiplicateur économique régional[1].

Pour l’emploi et la création de valeur, il s’agit de distinguer les effets directs, indirects et induits. Les premiers sont produits directement à l’IBW. Les effets indirects résultent d’investissements et d’intrants croisés. Enfin, les effets induits proviennent des dépenses de consommation des collaborateurs et des étudiants de l’IBW.

L’étude montre que l’IBW contribue de façon déterminante à l’emploi dans son rayon d’action. Elle emploie directement 119 équivalents plein temps (EPT)[2], et en y ajoutant les effets indirects et induits, l’effet total sur l’emploi est de 177 EPT. Toujours dans son rayon d’action, l’IBW accroît la création de valeur de 20,1 millions de francs au total. La création de valeur directe (14,6 millions) résulte des revenus versés par l’IBW (dont 86 % restent dans la région) et des dépenses de consommation des étudiants. Trois millions supplémentaires proviennent des entreprises locales par le biais des intrants croisés. Les dépenses de consommation induisent une création de valeur régionale de 2,5 millions.

Pour un établissement de formation continue comme l’IBW, de tels effets sur la demande sont certes intéressants du point de vue de l’économie régionale, mais les effets sur l’offre sont nettement plus importants, puisqu’ils accroissent la compétitivité des entreprises locales et dopent la croissance économique de la région. Si la formation continue remplit ses objectifs, la main-d’œuvre régionale devient plus productive et plus innovante, ce qui rend à leur tour les entreprises plus compétitives.

Le point de vue des anciens étudiants

Pour déterminer les effets sur la productivité et la compétitivité, une enquête axée sur l’utilité de la formation continue a été menée en juin 2018 auprès des étudiants diplômés entre 2015 et 2018. Au total, 1269 alumnis ont été contactés par courriel. Les 198 questionnaires remplis correspondent à un taux de retour de 16,5 %.

L’enquête fait la distinction entre le bénéfice personnel et celui retiré par les entreprises. Dans le premier cas, l’étudiant améliore son expertise, ses compétences et sa valeur sur le marché du travail ; dans le second, la formation continue bénéficie aux entreprises grâce à une hausse de la productivité ou à des collaborateurs qui remplissent mieux leurs tâches et apportent de nouvelles idées.

La grande majorité des anciens étudiants interrogés ont indiqué que leur formation continue a augmenté leur savoir-faire et leur expertise, contribuant à faciliter l’accomplissement des tâches professionnelles. Un grand nombre d’entre eux ont en outre déclaré que la filière suivie les a aidés à insuffler de nouvelles idées dans leur entreprise et à améliorer les processus et structures existantes. Dans l’ensemble, la formation continue renforce donc la compétitivité des entreprises régionales. En outre, elle accroît la valeur de la main-d’œuvre spécialisée sur le marché du travail et la rend capable d’aborder des tâches à plus forte valeur ajoutée.

Des conclusions concernant le bénéfice de la formation continue peuvent aussi être tirées sur la base du type de poste occupé : quelle fonction les étudiants d’une filière ont-ils exercée avant et après leur formation ? La réponse montre un net glissement vers des activités à plus forte valeur ajoutée (voir tableau). Ainsi, alors que 38 % des personnes interrogées étaient affectées au traitement de dossiers avant leurs études, elles n’étaient plus que 19 % après coup.

Le nombre de personnes affectées à des tâches de conduite a en parallèle significativement augmenté. Le taux est passé de 10 à 20 % pour les chefs de projet, et de 8 à 14 % pour les chefs d’équipe. Il a progressé de 3 à 7 % pour les cadres supervisant plusieurs niveaux de direction.

Domaines d’activité avant et après une formation à l’IBW (enquête auprès des anciens étudiants de juin 2018)

  Avant Après
Traitement de dossiers 38 % 19 %
Spécialiste 30 % 28 %
Direction de projet 10 % 20 %
Direction d’équipe 8 % 14 %
Supervision de plusieurs niveaux de direction 3 % 7 %
Membre de la direction 3 % 4 %
Directeur opérationnel 3 % 5 %
Entrepreneur indépendant 1 % 1 %
Autre fonction 3 % 2 %
Sans emploi 1 % 1 %
Pas de réponse 3 % 1 %

Remarque : N=198, test des rangs signés de Wilcoxon portant sur l’augmentation ; valeur p = 0,00000657, V=259.

Source : Kronthaler F. et Tromm P. (2019), Die regionalwirtschaftliche Bedeutung der ibW Höheren Fachschule Südostschweiz, HTW Coire : Coire.

Au niveau de l’évolution salariale, sept personnes sur dix ont répondu que la filière suivie s’est traduite par une hausse de leur revenu annuel fixe. L’augmentation moyenne est de 9 %[3]. En admettant que le revenu reflète la productivité des employés, ce résultat montre une nette augmentation de la productivité des diplômés.

Dans l’ensemble, les étudiants ayant suivi une filière se déclarent satisfaits de pouvoir suivre une formation continue dans la région : 87 % d’entre eux recommandent la formation à l’IBW.

Avantages prédominants pour les entreprises

Outre les diplômés, nous avons interrogé en mai 2018 les entreprises dans lesquelles ces derniers étaient employés de 2015 à 2018 : 668 firmes ont au total été contactées. Les destinataires étaient les propriétaires, les directeurs et les responsables du personnel. Nous avons reçu en retour 115 questionnaires remplis, ce qui correspond à un taux de réponse de 17,2 %.

Le cœur du questionnaire portait sur le bénéfice que les entreprises tirent du perfectionnement de leurs collaborateurs. Selon la majorité d’entre elles, la formation continue aide à maintenir le savoir-faire des collaborateurs à jour et à amener de nouvelles idées dans l’entreprise. Presque 60 % des entreprises ont indiqué que la formation continue a contribué à augmenter leur productivité et leur compétitivité. Toutes ne voient cependant pas que des avantages à la formation continue de leurs collaborateurs : pour 30 % d’entre elles, les collaborateurs sont exposés à la pression du temps en raison de leur formation et la gestion des affaires souffre de retards.

Dans l’ensemble, toutefois, les avantages de la formation semblent nettement l’emporter. Plus de 90 % des entreprises déclarent encourager leurs collaborateurs à suivre une formation continue. Presque 90 % participent aux coûts de formation et plus de 60 % libèrent du temps de travail pour son suivi. Cinquante-cinq pour cent des entreprises interrogées laissent entrevoir une promotion. Dans l’ensemble, 55 % jugent la possibilité d’une formation continue dans la région « très importante » et 38 % l’estiment « importante ». Seuls 7 % la qualifient de « moins importante », alors qu’aucune entreprise n’a coché « sans importance ».

Besoin de soutien dans les entreprises

Si l’on demande aux entreprises dans quels domaines elles auraient éventuellement besoin de soutien, plus de la moitié répond que la compatibilité avec l’activité professionnelle pourrait être améliorée. Chose intéressante, 35 % des firmes déclarent avoir besoin d’aide de la part de l’IBW pour choisir la bonne formation continue. Il est donc possible d’aménager la formation continue de façon encore plus efficace et plus productive pour les entreprises.

En résumé, l’IBW jouit d’une forte notoriété dans la région et offre presque toutes les formations souhaitées. Du côté de l’école, il y a un potentiel pour s’adresser aux entreprises et clarifier leurs besoins directement sur place.

L’IBW a une fonction d’antenne : elle rassemble, consolide et transmet un savoir régional et suprarégional, d’une part à travers ses filières d’enseignement, d’autre part via ses services de conseil. Des thèmes comme la numérisation, les compétences sociales et communicationnelles ou la durabilité pourraient encore être développés.

  1. Baur P., Voll F., Hediger W., Ketterer L. et Siegrist D. (2015). Rapport sur le projet « Prototyp Graubünden » – étape dans le cadre du projet global « Value_Nat_Cult_Schweiz », Coire et Rapperswil : HTW Coire et HSR Rapperswil. []
  2. Un « équivalent plein temps » correspond à l’emploi d’une personne à temps complet (100 %). []
  3. Statistiquement significatif. Test t pour échantillon unique portant sur un changement de revenu. []

Professeur de statistique et d’économie, Centre de recherches en politique économique, Haute école technique et économique (HTW) de Coire

Professeur en durabilité et économie, Centre de recherches en politique économique, Haute école technique et économique (HTW) de Coire

Professeur de statistique et d’économie, Centre de recherches en politique économique, Haute école technique et économique (HTW) de Coire

Professeur en durabilité et économie, Centre de recherches en politique économique, Haute école technique et économique (HTW) de Coire