La Vie économique

Plateforme de politique économique

Les théories de la croissance montrent depuis plus d’un siècle que le capital humain est un élément déterminant de la croissance économique. Plus la main-d’œuvre est qualifiée et homogène, plus la productivité est élevée. Nos récents travaux économétriques concluent au caractère essentiel de la formation continue pour y parvenir, en particulier quand la population active vieillit. Cela permet d’éviter une « dépréciation » du capital humain avec l’âge et un accroissement des inégalités.

La formation initiale et continue engendre une meilleure utilisation et diffusion des nouvelles technologies, ce qui soutient la productivité du travail. La diffusion des innovations sera d’autant plus large que la main-d’œuvre est homogène et que les salariés auront bénéficié de formations garantissant a minima le maintien de leurs capacités cognitives tout au long de leur vie professionnelle.

Nous avons pu construire un modèle montrant l’impact de la formation sur la valeur ajoutée par salarié à partir des travaux publiés en 2005 par Dearden, Reed et Van Reenen. Nous tenons compte de l’influence que la formation peut avoir au-delà de l’entreprise grâce à la coopération entre les entreprises et au changement d’employeur des salariés ayant suivi une formation (externalités positives).

Une meilleure productivité

Notre modèle révèle comme attendu l’impact positif de trois facteurs sur la productivité par salarié : premièrement, le stock net de capital productif par salarié ; deuxièmement, le taux d’investissement en recherche et développement ; enfin, le temps de travail individuel hebdomadaire. Surtout, il met en évidence l’influence significative du taux d’accès à la formation et du nombre moyen d’heures de formation, avec un effet non linéaire de la durée de formation. Une heure de formation continue supplémentaire par salarié entraîne une progression de 0,2 point de pourcentage de la croissance de la productivité du travail.

Or, les enquêtes du Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) montrent que la productivité ralentit avec l’âge. Ce phénomène est plus ou moins marqué selon les pays, car l’évolution des compétences ne dépend pas des seuls facteurs biologiques. La dépréciation du capital humain est par exemple très forte avec l’âge en France, contrairement à ce qui s’observe en Suède.

Le contexte joue un rôle, et en particulier les modalités de mise en œuvre de la formation professionnelle. Si la Suisse compte un taux d’emploi parmi les plus élevés du monde chez les 55–64 ans, le besoin d’accompagnement professionnel va se renforcer avec le vieillissement particulièrement marqué de la force de travail. Pour mieux orienter la formation continue dans des environnements à composantes technologiques, il s’agira de suivre et de comparer l’évolution des compétences des adultes en « littératie », en « numératie » et en résolution de problème par rapport à la situation des autres membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L’enjeu dépasse celui des seules entreprises. Mais il faudra attendre 2021 pour que la Suisse participe au prochain cycle de l’enquête PIAAC et pour que l’on puisse s’assurer de l’efficacité de la formation continue sur l’employabilité des travailleurs expérimentés.

Économiste en chef, groupe Edmond de Rothschild, Genève

Économiste en chef, groupe Edmond de Rothschild, Genève