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De quoi s’occupent les sciences économiques ?

Une économie nationale moderne est extrêmement complexe. Pour l’analyser, les économistes se concentrent sur trois niveaux essentiels : les décisions individuelles, les marchés et l’économie globale.

« Toute analyse économique se fonde sur les décisions des individus. » (Photo: Illustration: Jonah Baumann)

Aujourd’hui, l’économie est devenue incroyablement complexe – y avez-vous déjà réfléchi ? Rien qu’en Suisse, des millions de décisions liées à l’économie sont prises chaque jour et une quantité inimaginable de biens (aliments, vêtements, coiffure, médicaments, conseils, etc.) sont échangés. Si l’on regarde chacune de ces transactions, elles paraissent très variées et les biens très différenciés – songez par exemple au choix de pâtes alimentaires ou de shampoings disponible dans un supermarché. Comment analyser cette complexité de manière rationnelle ? C’est tout l’enjeu des sciences économiques, qui cherchent à identifier les modèles et les mécanismes profonds permettant de transformer les principales relations en concepts analysables.

La première simplification conceptuelle consiste à résumer de manière compréhensible le large champ d’étude des sciences économiques. On distingue trois niveaux d’analyse étroitement liés :

  • premièrement, les sciences économiques étudient les décisions économiques individuelles – au sens large ;
  • deuxièmement, elles considèrent les interactions entre les différents sujets économiques qui se rencontrent sur ce qu’on appelle les « marchés » ;
  • troisièmement, elles analysent l’économie dans son ensemble, c’est-à-dire les interactions entre toutes ces décisions et les marchés.

 

Comment prenons-nous nos décisions ?

Toute analyse économique se fonde sur les décisions des individus. Comme nous ne vivons pas au Pays de Cocagne, les ressources dont nous disposons sont limitées. Nous devons donc constamment opérer des choix. Est-ce que j’achète un téléphone multifonction ou un vélo ? Demain après-midi, est-ce que je vais jouer au football ou plutôt étudier pendant deux heures ? Choisir, c’est comparer – consciemment ou inconsciemment – les coûts et les avantages de solutions concurrentes.

Les sciences économiques nous donnent les moyens d’analyser ces décisions. Elles distinguent deux groupes d’acteurs : les offreurs et les demandeurs. Les premiers doivent décider comment investir leurs ressources pour produire des biens qu’ils peuvent vendre avec bénéfice ; les seconds décident comment répartir leurs ressources pour acheter les biens qu’ils convoitent. Il existe généralement beaucoup d’exemples concrets illustrant les décisions d’achat, sachant que nous consommons chaque jour des dizaines de produits. Nous vendons en revanche seulement quelques produits en direct et sommes le plus souvent acteurs indirects de l’offre, par exemple en travaillant auprès d’une entreprise qui fabrique et commercialise ses produits.

Comment fonctionnent les marchés ?

La dichotomie entre offreurs et demandeurs illustre le deuxième objet d’étude des sciences économiques : l’échange de biens est à la base de toute relation économique. Proposer un bien n’est intéressant que s’il répond à la demande d’un consommateur. Une part non négligeable de l’analyse économique est consacrée aux échanges. Sur le plan conceptuel, on dit que ces échanges constituent des marchés. Ce terme désigne les diverses formes de rencontre entre l’offre et la demande.

Si vous achetez par exemple une pomme, le prix à payer dépend de l’ensemble des pommes en vente, mais aussi de l’ensemble des demandeurs intéressés. Autre exemple : lorsque vous cherchez un travail, vous proposez votre force de travail sur le marché de l’emploi, qui réunit les personnes de formation analogue du côté de l’offre, et les employeurs du côté de la demande. La compréhension des mécanismes de marché nous permet d’analyser des transactions économiques de nature très différente. Le concept de marché joue un rôle central dans la réflexion économique, comme en témoigne le fait que la grande majorité des économies nationales sont aujourd’hui qualifiées d’économies de marché.

La vision macroéconomique

Analyser les décisions individuelles ou les processus de certains marchés ne suffit toutefois pas dans certains cas. Ainsi, si nous voulons expliquer pourquoi le niveau de vie est plus élevé en Suisse qu’en Grèce, il faut comparer la performance globale de ces deux économies. Il en va de même lorsque nous voulons comprendre le phénomène de chômage ou d’inflation dans un pays.

Nous pénétrons ici dans une nouvelle dimension : l’économie globale. Bien sûr, celle-ci résulte en définitive des comportements individuels sur les marchés. Mais vouloir enregistrer et additionner des milliards de transactions sur des milliers de marchés tient de la mission impossible. Il s’agit donc de simplifier la réflexion en ramenant l’analyse aux interactions essentielles entre les indicateurs macroéconomiques. Les sciences économiques ont là aussi développé des instruments qui permettent de voir plus loin que les détails et de décrire le fonctionnement de l’économie dans sa globalité.

Un exemple illustre les trois niveaux d’analyse présentés jusqu’ici : si vous cherchez un emploi, vous décidez d’abord, à titre individuel, à quelles conditions (rémunération, éloignement du lieu de travail, alternatives, etc.) vous acceptez de proposer vos services. En déposant ensuite votre candidature, vous entrez pour ainsi dire sur le marché de l’emploi, c’est-à-dire l’espace dans lequel d’autres concurrents proposent également leurs services et où les entreprises viennent chercher les forces de travail dont elles ont besoin. Vos chances de succès sur ce marché sont toutefois influencées en grande partie par des facteurs macroéconomiques comme la situation conjoncturelle ou le taux de chômage.

Les manuels d’économie distinguent en général seulement deux niveaux d’analyse : la microéconomie et la macroéconomie. Comment concilier cette subdivision avec nos trois niveaux d’analyse ? La microéconomie englobe les deux premiers niveaux d’analyse, c’est-à-dire les décisions individuelles et leurs interactions sur un marché donné. Cette vision « micro » se concentre sur les plus petites unités qui forment ensemble une économie nationale. La macroéconomie a pour sa part une vision globale et correspond ainsi au troisième niveau d’analyse (voir illustration). Les sciences économiques ont développé des modèles qui simplifient énormément l’analyse pour chacun de ces niveaux. L’approche scientifique sera ainsi tantôt microéconomique, tantôt macroéconomique, selon le problème concret à résoudre.

La structure des sciences économiques

Professeur de politique économique et d’économie régionale à l’université de Berne, ancien président du comité consultatif « Avenir de la place financière » (jusqu’à fin 2019)

Série : « L’économie en bref »

Dans notre cycle de six articles « L’économie en bref », Aymo Brunetti éclaire les notions essentielles des sciences économiques de manière compréhensible pour tous. Les articles de la série se basent notamment sur le manuel « Sciences économiques – Secondaire II et formation continue » :

  1. De quoi s’occupent les sciences économiques ?
  2. La main invisible
  3. Croissance et conjoncture
  4. Banques et crises financières
  5. Politique monétaire extraordinaire
  6. Écologie et économie

Professeur de politique économique et d’économie régionale à l’université de Berne, ancien président du comité consultatif « Avenir de la place financière » (jusqu’à fin 2019)