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Cet article fait partie de la thématique «L’économie face aux virus et aux bactéries»

Catastrophes naturelles, attaques terroristes, turbulences économiques : le tourisme suisse a déjà subi bon nombre de crises au XXIe siècle. Aucune n’a cependant été aussi grave que celle vécue actuellement.

Le terrorisme n’était pas une notion inconnue pour les acteurs du tourisme avant le 11 septembre 2001, mais il s’est transformé en risque global après les événements survenus aux États-Unis. C’était du moins l’enseignement de l’époque. Les attentats meurtriers qui se sont ensuite succédé en Europe – ciblant notamment des trains à Madrid et le métro de Londres – ont cristallisé la thèse selon laquelle la Suisse serait à l’abri du phénomène, qu’elle serait l’un des pays les plus sûrs d’Europe et qu’elle accueillerait volontiers les touristes ne voulant plus voyager dans les pays européens touchés. Espoir déçu : les touristes et les tour-opérateurs des marchés lointains ont biffé la Suisse en même temps que les pays européens concernés.

Les épidémies ont elles aussi frappé le tourisme : à peine un an après le 11 septembre 2001, l’épidémie du Sars éclatait dans le sud de la Chine, créant une onde de choc qui a si fortement secoué les systèmes sanitaires, l’économie et le tourisme que les normes sanitaires internationales ont dû être rapidement reformulées. Parallèlement, la Suisse a engagé une révision totale de la loi sur les épidémies. Il s’agit rétrospectivement d’une bénédiction, car le Conseil fédéral a ainsi pu rapidement prendre les mesures nécessaires face à la crise du coronavirus en s’appuyant sur de solides bases légales et en bonne collaboration avec les cantons.

La crise financière de 2009 a ensuite touché de plein fouet le tourisme : le nombre d’hôtes en provenance d’Europe a reculé sous l’effet de la perte de pouvoir d’achat et le franc fort a encore renchéri l’îlot de cherté helvétique.

Un virus trouble-fête

Ces coups de frein n’ont toutefois pas empêché le tourisme suisse de se relever et d’enregistrer chaque année des chiffres en hausse depuis 2009. La barre des 40 millions de nuitées a presque été atteinte en 2009, frôlant ainsi le record. L’espoir de dépasser ce résultat durant l’année en cours a été sapé par le coronavirus – une crise en rien comparable aux précédentes.

L’épisode du Covid-19 aura des effets plus graves et plus durables que tous les autres. Pour la Suisse, une « phobie latente de l’Asie » pourrait constituer l’une des difficultés à redevenir une destination prisée. Ce phénomène était déjà dans l’air avant le coronavirus en raison de la concentration fréquente de touristes asiatiques sur certains sites touristiques phares ; il pourrait encore s’accentuer – à tort – à cause de la localisation de l’épicentre pandémique.

Le tourisme suisse se sauvera dans un premier temps en misant sur les touristes indigènes qui joueront la carte des vacances locales par prudence ou à cause de la fermeture des frontières. Mais à long terme, l’absence de touristes venant de pays lointains ne pourra être compensée. La question de savoir si et quand le modèle traditionnel du touriste voyageur se rétablira reste difficile et représente un défi de taille pour le tourisme helvétique.

Directrice de la Fédération suisse de tourisme (FST), Berne

Directrice de la Fédération suisse de tourisme (FST), Berne