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Cet article fait partie de la thématique «Prendre le pouls des coûts de la santé»

Prévention en matière de santé : apprendre de la nature

La prévention est le parent pauvre de la politique de la santé. Cette situation nous coûte cher.

Un mode de vie sain est bénéfique pour la santé publique. Un groupe de coureurs à Winterthour (ZH). (Photo: Keystone)

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La maîtrise des coûts est l’un des principaux objectifs du domaine de la santé. La pandémie de Covid-19 a soulevé un point fondamental : l’efficience et l’efficacité sont des facteurs de succès indispensables. Nous devrions nous demander si l’augmentation de l’efficacité ne serait pas un objectif plus adéquat pour développer notre système de santé plutôt que d’imposer de nouvelles restrictions. Une chose ne changera pas : si nous nous soucions de notre santé aujourd’hui, nous aurons de meilleures chances de rester en bonne santé demain. La promotion de la santé et la prévention en sont les clés. Elles demandent un savoir-faire et des structures professionnelles qui permettent l’innovation, soutiennent les projets, améliorent la collaboration entre les différents acteurs et maximisent l’efficacité grâce à une évaluation régulière. Ce sont depuis toujours les principales tâches de Promotion Santé Suisse.

Le printemps 2020 entrera dans l’histoire comme celui de la Covid-19 ; cette pandémie, dont les experts avaient annoncé l’apparition depuis de nombreuses années, s’est effectivement abattue sur le monde, avec de graves conséquences sur la santé, l’économie et la société.

Le monde sera différent après le coronavirus. Ce constat ne s’applique nulle part ailleurs aussi bien que dans le domaine de la santé. La politique est sollicitée à tous les niveaux. C’est l’incertitude qui règne tout à coup face au calendrier du Conseil fédéral et du Parlement – et face à son contenu, à commencer par la question de savoir si la maîtrise des coûts représente encore la bonne priorité.

Un système de santé basé exclusivement sur l’économie des coûts n’est pas un objectif salutaire. Nous avons besoin d’efficience et d’efficacité. Chaque franc investi devrait générer un effet maximal. Une perspective à long terme est pour cela nécessaire. Notre système de santé devrait en outre s’armer contre de nouveaux dangers, d’autant plus quand nous les voyons déjà poindre à l’horizon.

La future politique de la santé ne devra donc pas se fonder uniquement sur les maladies : il s’agira non seulement de guérir, mais surtout de rester en bonne santé. Tout le monde connaît l’adage « Mieux vaut prévenir que guérir ». Or, un examen attentif du rapport du groupe d’experts sur les mesures visant à freiner la hausse des coûts dans l’assurance obligatoire des soins ne révèle pratiquement rien à ce sujet. Il se contente de mentionner que la promotion de la santé agit de manière indirecte. Tout effet indirect ne doit pas pour autant être ignoré. La nature nous en donne l’exemple.

Le terreau idéal

Savez-vous ce que sont les rhizobiums ? Ce sont des « nodosités de bactéries » dans le réseau de racines de certaines plantes qui favorisent leur croissance. Le trèfle pousse vite et presque partout grâce aux rhizobiums. C’est pourquoi on l’utilise comme engrais vert dans l’agriculture pour que les autres plantes semées bénéficient de meilleures conditions, car tout pousse bien mieux sur un sol sain. Il s’agit d’une action indirecte qui déploie des effets considérables à moindres coûts.

C’est exactement l’approche que nous devrions adopter en matière de politique de la santé : préparer un sol riche en nutriments, qui génère un écosystème florissant pouvant résister aux maladies.

Miser sur la prévention

La pandémie de Covid-19 a montré à quel point l’état de santé général de la population est important. De nombreuses personnes, dont un grand nombre a moins de 65 ans, souffrent de maladies chroniques non transmissibles. Les causes de ces maladies sont en grande partie dues à notre style de vie.

Autrement dit, nous pouvons faire en sorte que ces maladies ne surviennent pas ou au moins en réduire les conséquences. La solution passe par la promotion de la santé et la prévention. Un grand potentiel existe en la matière lorsqu’il s’agit d’augmenter l’efficacité du système de santé. Les Pays-Bas investissent 5,5 % des coûts de la santé dans la prévention, contre seulement 2,1 % en Suisse, de sorte qu’elle se situe au-dessous de la moyenne de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de 2,7 %. Nous n’aurons pas de système de santé plus efficace si nous nous contentons de maîtriser les coûts en conservant nos œillères.

La prévention et la promotion de la santé ne sont certes pas efficaces en soi et doivent également être mises en œuvre efficacement. Un savoir-faire et des structures professionnelles sont pour cela nécessaires. C’est ainsi que les innovations seront possibles. La collaboration entre les différents acteurs s’améliorera également et l’efficacité sera maximisée grâce à une évaluation régulière. Telles sont depuis toujours les principales missions de Promotion Santé Suisse (voir encadré). Nous sommes un poste de commande important dans un système évolutif qui voit les cantons, les communes, les fournisseurs de prestations, les assureurs ainsi que les organisations non gouvernementales et à but non lucratif s’investir pour atteindre le même objectif : accroître le niveau de santé de la population.

Le fédéralisme est une chance

Dans ce contexte, l’interaction des cantons est particulièrement importante. En Suisse beaucoup de choses sont d’abord testées de manière approfondie et examinées de manière critique à petite échelle. Tout cela avec un investissement relativement important. Le fédéralisme fortement enraciné et le plurilinguisme ne facilitent pas forcément le déploiement de bons projets sur l’ensemble du territoire. Mais si tous les acteurs mettent la main à la pâte, il est possible de transformer ces faiblesses apparentes en avantages. Dès que nous constatons qu’une action fonctionne, nous pouvons la poursuivre, l’améliorer et l’enraciner ensemble en toute bonne conscience. La pandémie de Covid-19 nous a une nouvelle fois montré l’importance de trouver un bon équilibre entre un pilotage centralisé et une autodétermination fédéraliste.

Toutefois, même le meilleur des systèmes ne peut pas obtenir grand-chose par ses seuls moyens. Il doit pouvoir compter sur la participation des citoyennes et des citoyens. C’est pourquoi promotion de la santé et prévention ne riment en aucun cas avec une mise sous tutelle : ces efforts visent à mobiliser des forces saines dans la population. On peut encourager la responsabilité individuelle au moyen d’incitations et d’aides. La pandémie nous montre clairement que rien ne fonctionne dans notre société libérale sans responsabilité individuelle. Et c’est une bonne chose.

Il s’agira à l’avenir d’investir les ressources là où elles auront le plus d’impact à long terme. Nous ne pouvons plus nous permettre de négliger la promotion de la santé et la prévention.

Directeur de Promotion Santé Suisse, Berne

Améliorer la santé de la population suisse

Promotion Santé Suisse est une fondation de droit privé soutenue par les cantons et les assureurs. En vertu d’un mandat légal, elle a pour objectif d’améliorer la santé de la population suisse. En collaboration avec les cantons, cet organisme met en œuvre des programmes d’actions cantonaux pour la prévention des maladies non transmissibles, par exemple causées par un manque de mouvements, et les multiplie grâce à un cofinancement allant jusqu’à 50 %. La fondation promeut également la santé psychique en entreprise (gestion de la santé en entreprise). Elle s’attelle en outre à des projets pilotes dans le domaine thérapeutique qui devraient permettre à des innovations concrètes de percer. Un autre objectif important consiste à informer le grand public et à doter les individus des ressources leur permettant d’adopter un mode de vie sain.

Directeur de Promotion Santé Suisse, Berne