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Innovations dans les PME : la Suisse orientale appuie sur l’accélérateur

Les dépenses de recherche et développement des entreprises diminuent en Suisse. Les obstacles à l’innovation sont particulièrement importants pour les PME des régions rurales. Huit cantons alémaniques comptent favoriser les initiatives dans ce domaine.

Les PME des régions rurales font face à des obstacles particulièrement importants en matière d’innovation. Un panorama à Schwellbrunn (AR). (Photo: Keystone)

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Problèmes de financement, pénurie de main-d’œuvre spécialisée, réglementation changeante et tendance à la coopération en matière de recherche sont les principaux obstacles à l’innovation pour les petites et moyennes entreprises (PME) suisses. La pandémie de Covid-19 les a encore accentués, entraînant des perturbations des chaînes d’approvisionnement et un recul des investissements. Huit cantons de Suisse orientale ont donc créé un réseau régional d’innovation baptisé « Inos », dont la mission consiste à soutenir les projets des PME dans ce domaine.

Les entreprises qui veulent innover sont confrontées à de multiples difficultés liées aux finances, à la technologie et au marché. Les sociétés qui ne disposent pas d’un département de recherche et développement (R&D) n’ont souvent plus les capacités internes nécessaires à la poursuite d’activités majeures dans ce domaine. Les petites et moyennes entreprises (PME) suisses tendent par conséquent à se concentrer sur des améliorations ponctuelles et graduelles des produits et des processus. Elles optimisent ainsi leur structure de coûts, réalisent des économies à court terme et peuvent prolonger la phase de saturation du cycle de vie de leurs produits. Cette approche de l’innovation ne leur permet toutefois pas de renforcer durablement leur compétitivité[1].

Un recul de l’innovation et des budgets alloués à la R&D s’observe en Suisse. Selon le Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’École polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), les limitations financières constituent le principal obstacle à l’innovation pour les PME suisses. Elles ont pour origine un niveau insuffisant de liquidités, une faible capacité d’investissement et des attentes limitées en matière de retour sur investissement, ce qui réduit d’autant le potentiel d’amortissement de ces investissements. Des études récentes de la Chambre de l’industrie et du commerce de Saint-Gall-Appenzell ainsi que de l’Enquête suisse sur les activités manufacturières de l’Université de Saint-Gall confirment ce constat. Elles montrent également que les obstacles d’ordre financier gagneront encore en importance en raison de la morosité conjoncturelle engendrée par la pandémie de Covid-19[2].

Un manque de ressources

Les PME suisses ont par ailleurs de la peine à accéder à l’emprunt et passent souvent à travers les mailles des programmes d’encouragement de l’innovation, ce qui accentue encore le déclin de leurs activités dans ce domaine[3]. Un renforcement des collaborations avec des partenaires externes serait nécessaire, une tendance que l’on constate actuellement et qui favorise l’ouverture et la coopération dans les processus d’innovation. Dans de nombreux nouveaux domaines d’activités, l’innovation n’est possible que grâce à la collaboration de différents acteurs qui apportent chacun leurs compétences – des fournisseurs aux entreprises des secteurs secondaire et tertiaire en passant par les instituts de recherche.

C’est précisément dans ce domaine que les PME sont à la peine. Elles ont notamment des difficultés à trouver des partenaires appropriés et à garder un équilibre entre la sauvegarde des intérêts commerciaux de l’entreprise et une participation significative dans un projet de coopération. Il leur faut en outre choisir la méthodologie et les clauses contractuelles qui conviennent et traduire rapidement en innovation les percées scientifiques. Or, les ressources nécessaires sont de moins en moins disponibles pour de telles tâches.

Ces difficultés s’accentuent dans les régions rurales. Ces zones économiques souffrent en effet d’un tissu industriel peu diversifié, de la taille réduite des entreprises et d’un réseau d’acteurs de l’innovation moins dense que dans les centres urbains. Ces facteurs constituent un obstacle supplémentaire aux efforts d’innovation des entreprises dans ces régions, ce qui accentue les problèmes structurels dont souffrent ces dernières[4]. Sans compter que la pandémie de Covid-19 a obligé les sociétés à consentir des efforts accrus en matière d’innovation, en particulier pour se doter de technologies porteuses à la suite de l’annulation de commandes, de la modification de la structure du personnel et des perturbations des filières d’approvisionnement mondiales[5]. Ce phénomène touche de nombreuses régions rurales du pays. Sept cantons de Suisse orientale (Glaris, Schaffhouse, les deux Appenzell, Saint-Gall, Grisons, Thurgovie) et le syndicat de communes Zürcher Berggebiet ont uni leurs forces et lancé le projet « Inos » (Réseau d’innovation de Suisse orientale, voir encadré).

Une approche globale

Avec le projet Inos, les cantons de Suisse orientale comptent faciliter l’innovation au sein des PME locales. Des coaches et des experts issus de l’industrie et de la recherche aident les entreprises du réseau à introduire des nouveautés ponctuelles, mais également des innovations majeures comme l’adoption de nouveaux modèles d’affaires.

L’approche d’Inos est simple, rapide et harmonisée pour l’ensemble du réseau. Ses prestations sont dispensées en trois phases interdépendantes (voir illustration) : la première comprend une consultation individuelle initiale, la deuxième un coaching personnalisé de l’entreprise et la troisième des projets de coopération.

Les PME peuvent recourir à des prestations en dehors de leurs cantons respectifs et de la Suisse orientale, conformément à la devise d’Inos : s’unir pour donner un coup d’accélérateur à l’innovation. Les plateformes d’innovation thématiques prévues durant la deuxième phase servent cette logique et sont susceptibles de réduire les coûts de R&D. La mutualisation des ressources de plusieurs PME permet en effet d’accélérer la recherche sur des sujets concrets et de réduire l’intervalle entre la conception du produit et son lancement. Grâce à ces plateformes, les PME peuvent en outre trouver de nouveaux domaines d’utilisation et de nouveaux créneaux dans lesquels elles ne possèdent encore que peu de compétences. Cette approche accroît la capacité d’innovation des entreprises, aplanit leurs difficultés à s’implanter sur le marché et réduit la pression sur les ressources disponibles dans chaque entreprise.

Un terreau propice aux coopérations

La troisième phase de l’offre de prestations d’Inos prévoit des projets de coopération entre des PME et d’autres acteurs, tels que les hautes écoles, des instituts de recherche ou des investisseurs. Inos adopte en l’occurrence le rôle d’un intermédiaire et d’un arbitre neutre qui identifie de potentiels partenaires de coopération et arrête la marche à suivre avec l’entreprise. Le réseau ouvre ainsi la voie aux coopérations et permet aux entreprises de réaliser également des projets ambitieux.

L’approche d’Inos a passé son baptême du feu en menant un projet dans le domaine de la vente directe de denrées alimentaires : une PME souhaitait élaborer un nouveau modèle d’affaires ; Inos a constitué une cellule de coaches et d’experts issus du terrain et de la recherche, ce qui a permis d’identifier de nouveaux champs d’activités et de nouveaux modèles d’affaires. Un marché test et un nouveau groupe cible ont finalement été définis de concert avec la direction. Cet exemple montre que les activités d’encouragement d’Inos ne doivent pas nécessairement être axées sur des innovations issues de la recherche. Elles fournissent aux PME un soutien précieux lors de l’élaboration et de la mise en œuvre d’innovations en tout genre.

Les trois phases de l’offre de prestations d’Inos

Source : Inos / La Vie économique

  1. Spescha et Wörter (2018, 2020). []
  2. Voir Friedli et al. (2020) et IHK (2020). []
  3. Spescha et Wörter (2018, 2020). []
  4. Seco (2018). []
  5. Friedli et al. (2020). []

Directeur d’Inos et postdoctorant, Institut de gestion des technologies (Item-HSG), Université de Saint-Gall

Professeur de gestion de la production et directeur de l’Institut de gestion des technologies (Item-HSG), Université de Saint-Gall

Collaborateur scientifique et coordinateur du groupe Industrie intelligente et services, Institut de gestion des technologies (Item-HSG), Université de Saint-Gall

Le système d’innovation d’Inos en bref

Le projet Inos est financé par les cantons de Glaris, de Schaffhouse, d’Appenzell Rhodes-Extérieures, d’Appenzell Rhodes-Intérieures, de Saint-Gall, des Grisons et de Thurgovie, ainsi que par le syndicat de communes Zürcher Berggebiet, dans le cadre de la Nouvelle politique régionale de la Confédération (NPR). Le bureau d’Inos est rattaché à l’Institut de gestion des technologies de l’Université de Saint-Gall. Financé à hauteur de 50 % par la Confédération, ce programme court dans un premier temps jusqu’à fin 2023. Le site www.inos.swiss offre une vue d’ensemble des prestations proposées.

Bibliographie

Directeur d’Inos et postdoctorant, Institut de gestion des technologies (Item-HSG), Université de Saint-Gall

Professeur de gestion de la production et directeur de l’Institut de gestion des technologies (Item-HSG), Université de Saint-Gall

Collaborateur scientifique et coordinateur du groupe Industrie intelligente et services, Institut de gestion des technologies (Item-HSG), Université de Saint-Gall