{"id":130903,"date":"2021-02-25T07:37:28","date_gmt":"2021-02-25T06:37:28","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2021\/02\/les-travailleurs-frontaliers-sont-indispensables-pour-la-suisse\/"},"modified":"2023-08-23T23:55:07","modified_gmt":"2023-08-23T21:55:07","slug":"les-travailleurs-frontaliers-sont-indispensables-pour-la-suisse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2021\/02\/les-travailleurs-frontaliers-sont-indispensables-pour-la-suisse\/","title":{"rendered":"\u00ab&nbsp;Les travailleurs frontaliers sont indispensables pour la Suisse&nbsp;\u00bb"},"content":{"rendered":"<h3>Monsieur Crevoisier, vous \u00eates professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel. Comment se passent les cours actuellement\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nC\u2019est difficile. Il y a de la fatigue, car nous sommes toujours devant l\u2019\u00e9cran. Les \u00e9tudiants n\u2019ont en outre pas la possibilit\u00e9 de se faire des contacts. On voit \u00e0 quel point la dimension sociale de l\u2019enseignement et des \u00e9tudes est importante. Une partie de nos \u00e9tudiants d\u00e9crochent et ne suivent plus les cours en ligne, ce qui est assez inqui\u00e9tant. Peut-\u00eatre qu\u2019ils les \u00e9coutent en diff\u00e9r\u00e9, mais il y a clairement une d\u00e9structuration des horaires individuels et des lieux de socialisation.&#13;<\/p>\n<h3>Avez-vous des \u00e9tudiants frontaliers\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe travaille \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel depuis de nombreuses ann\u00e9es et je n\u2019ai jamais eu connaissance d\u2019\u00e9tudiants frontaliers dans la r\u00e9gion. Il en existe probablement davantage du c\u00f4t\u00e9 de Gen\u00e8ve ou de B\u00e2le, o\u00f9 il y a une continuit\u00e9 dans l\u2019agglom\u00e9ration.&#13;<\/p>\n<h3>Le nombre de travailleurs frontaliers en Suisse augmente chaque ann\u00e9e depuis\u00a01999. Ils sont aujourd\u2019hui environ 340\u00a0000. Quels facteurs expliquent cette \u00e9volution\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPremi\u00e8rement, le fait que l\u2019\u00e9conomie suisse continue \u00e0 cr\u00e9er des emplois. Le deuxi\u00e8me facteur, c\u2019est l\u2019\u00e9volution du taux de change\u00a0: depuis la fin des ann\u00e9es\u00a01970, le franc s\u2019appr\u00e9cie r\u00e9guli\u00e8rement et l\u2019ensemble des salaires progresse en comparaison internationale, ce qui cr\u00e9e ce diff\u00e9rentiel de pouvoir d\u2019achat entre la Suisse et ses voisins. Enfin, il y a relativement peu de ch\u00f4mage en Suisse en comparaison avec les pays environnants, mais les r\u00e9gions frontali\u00e8res y sont davantage sensibles.&#13;<\/p>\n<blockquote><p>La main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re ressemble de plus en plus \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne.<\/p><\/blockquote>\n<p>&#13;<\/p>\n<h3>Une analyse men\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel rel\u00e8ve que l\u2019emploi frontalier tend \u00e0 \u00eatre de moins en moins r\u00e9actif \u00e0 la conjoncture. Comment cela s\u2019explique-t-il\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl y a 25-30\u00a0ans, le travail frontalier \u00e9tait concentr\u00e9 dans l\u2019industrie d\u2019exportation et une priorit\u00e9 \u00e9tait donn\u00e9e \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne. Or, on assiste depuis lors \u00e0 une forte diversification du profil des frontaliers, qui comprennent une part croissante de femmes et de personnes qualifi\u00e9es actives dans de nombreux secteurs. La main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re ne correspond donc plus \u00e0 un segment sur le march\u00e9 du travail\u00a0: elle ressemble de plus en plus \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne. C\u2019est pourquoi elle est moins sensible \u00e0 la conjoncture.&#13;<\/p>\n<h3>On entend parfois dire que les frontaliers viennent \u00ab\u00a0prendre la place\u00a0\u00bb des travailleurs indig\u00e8nes ou qu\u2019ils engendrent une pression \u00e0 la baisse sur les salaires. Ces propos sont-ils fond\u00e9s\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl y a deux th\u00e8ses concernant les travailleurs frontaliers. La premi\u00e8re voit une compl\u00e9mentarit\u00e9 entre les indig\u00e8nes et les frontaliers\u00a0: ces derniers seraient plut\u00f4t actifs dans des secteurs sensibles \u00e0 la conjoncture ou dans des emplois que les Suisses ne veulent pas exercer. Cette id\u00e9e \u00e9tait juste historiquement\u00a0: il y avait des droits diff\u00e9rents et une concentration de cette main-d\u2019\u0153uvre dans des activit\u00e9s particuli\u00e8res. Encore aujourd\u2019hui, des industries au Tessin ou dans l\u2019Arc jurassien ne survivraient pas sans la main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re, par exemple dans le textile ou l\u2019habillement.&#13;<\/p>\n<h3>Et l\u2019autre th\u00e8se\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nElle consiste \u00e0 dire que les frontaliers sont de plus en plus semblables \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne et donc en concurrence avec elle. La distinction entre main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re et indig\u00e8ne tend ainsi \u00e0 dispara\u00eetre. La pr\u00e9sence des frontaliers a en outre quelques avantages\u00a0: elle permet notamment une croissance qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 possible autrement. Il y a donc \u00e9galement des effets indirects positifs pour la population indig\u00e8ne.&#13;<\/p>\n<h3>Ces craintes ne se v\u00e9rifient donc pas\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re est plus jeune, plus mobile et de mieux en mieux form\u00e9e\u00a0: elle est de ce fait en concurrence croissante avec la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne. Mais il existe toujours des \u00e9l\u00e9ments qui discriminent les frontaliers sur le march\u00e9 du travail. Lorsqu\u2019on les interroge, ils disent qu\u2019ils occupent des postes moins stables, qu\u2019on les utilise comme une main-d\u2019\u0153uvre d\u2019appoint. Nous ne disposons toutefois pas, \u00e0 ma connaissance, d\u2019enqu\u00eates montrant ce positionnement particulier.&#13;<\/p>\n<h3>Qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9 pour les travailleurs frontaliers depuis l\u2019introduction de la libre circulation des personnes en\u00a02002\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCette d\u00e9cision institutionnelle s\u2019inscrit dans un ph\u00e9nom\u00e8ne plus large\u00a0: la mobilit\u00e9 des travailleurs tend \u00e0 augmenter au cours des ann\u00e9es\u00a01990 et\u00a02000. La libre circulation a toutefois entra\u00een\u00e9 une diversification des canaux par lesquels les frontaliers ont pu participer au march\u00e9 du travail en Suisse. Ils ont pu entrer de mani\u00e8re beaucoup plus libre, \u00e9galement comme ind\u00e9pendants ou via les agences de placement. Ils ont \u00e9galement eu une reconnaissance plus importante de leurs droits, notamment dans le domaine des assurances sociales.&#13;<\/p>\n<h3>Quels ont \u00e9t\u00e9 les avantages au niveau des assurances sociales\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes travailleurs frontaliers jouissent par exemple des dispositions en mati\u00e8re de r\u00e9duction de l\u2019horaire de travail. Cela a \u00e9t\u00e9 important au cours de l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e. Ils ont \u00e9galement acc\u00e8s aux offices r\u00e9gionaux de placement.&#13;<\/p>\n<h3>Quel impact ces changements ont-ils eu dans les r\u00e9gions limitrophes\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nUne diversification de la main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re s\u2019est faite dans des domaines comme la sant\u00e9, le commerce ou la restauration. La croissance a en bonne partie eu lieu dans le secteur tertiaire\u00a0: il y a 25\u00a0ans, la main-d\u2019\u0153uvre frontali\u00e8re \u00e9tait concentr\u00e9e pour moiti\u00e9 dans l\u2019industrie d\u2019exportation, contre seulement un tiers aujourd\u2019hui, alors que les effectifs sont beaucoup plus importants. Cette p\u00e9n\u00e9tration plus homog\u00e8ne du march\u00e9 du travail dans des r\u00e9gions comme Gen\u00e8ve ou le Tessin a permis une croissance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de ces \u00e9conomies urbaines.&#13;<\/p>\n<blockquote><p>Le march\u00e9 suisse du travail d\u00e9borde des fronti\u00e8res nationales et englobe les zones limitrophes.<\/p><\/blockquote>\n<p>&#13;<\/p>\n<h3>Les travailleurs frontaliers repr\u00e9sentent pr\u00e8s d\u2019un tiers de la population active au Tessin et un quart \u00e0 Gen\u00e8ve. Sont-ils essentiels pour la Suisse\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes travailleurs frontaliers sont effectivement indispensables pour la Suisse aujourd\u2019hui. Avec l\u2019ouverture des fronti\u00e8res, l\u2019int\u00e9gration de la Suisse en Europe et l\u2019augmentation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de la mobilit\u00e9 des travailleurs, on a assist\u00e9 \u00e0 la formation d\u2019un march\u00e9 suisse du travail qui d\u00e9borde des fronti\u00e8res nationales et englobe les zones limitrophes.&#13;<\/p>\n<h3>Certaines r\u00e9gions sont-elles plus d\u00e9pendantes des frontaliers que d\u2019autres\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCela concerne surtout les r\u00e9gions de Suisse occidentale \u2013\u00a0B\u00e2le inclus\u00a0\u2013 et le Tessin. Le ph\u00e9nom\u00e8ne est beaucoup moins marqu\u00e9 en Suisse al\u00e9manique, dont une plus grande partie est \u00e9loign\u00e9e des fronti\u00e8res. La diff\u00e9rence de revenu est \u00e9galement moindre entre le sud de l\u2019Allemagne et la Suisse, ce qui fait que les mouvements sur le march\u00e9 du travail sont moins importants.&#13;<\/p>\n<h3>Les r\u00e9gions transfrontali\u00e8res font-elles tout de m\u00eame face \u00e0 des d\u00e9fis communs\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLeur gouvernance a \u00e9t\u00e9 et est historiquement difficile\u00a0: avoir une ligne de transports publics qui traverse la fronti\u00e8re est extr\u00eamement compliqu\u00e9. Pour le Ceva \u00e0 Gen\u00e8ve, il n\u2019a par exemple pas \u00e9t\u00e9 possible de se mettre d\u2019accord sur un seul mat\u00e9riel roulant\u00a0: on a donc choisi d\u2019avoir du mat\u00e9riel fran\u00e7ais et suisse, ce qui engendre des co\u00fbts d\u2019exploitation sup\u00e9rieurs.&#13;<\/p>\n<h3>D\u2019o\u00f9 viennent ces probl\u00e8mes de gouvernance\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDes arrangements sont conclus, puis des changements peuvent survenir dans l\u2019un des deux pays, qui va remettre en cause ces dispositions. Dans le cas de l\u2019a\u00e9roport de B\u00e2le, par exemple, le gouvernement fran\u00e7ais a voulu faire \u00e9voluer les accords alors que les choses semblaient r\u00e9gl\u00e9es. En outre, l\u2019\u00e9volution des taux de change vient p\u00e9riodiquement renverser les calculs \u00e9conomiques et les mesures politiques \u00e0 apporter.&#13;<\/p>\n<h3>Les r\u00e9gions frontali\u00e8res n\u2019ont donc pas vraiment prise sur ces mouvements frontaliers\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nTout \u00e0 fait. Des \u00e9l\u00e9ments structurels ont des effets sur les flux. Or, ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9chappent aux mains des acteurs locaux, mais ont des manifestations locales tr\u00e8s fortes. Les r\u00e9gions frontali\u00e8res vont concentrer les tensions issues par exemple de la mont\u00e9e du franc ou de la plus forte attractivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du march\u00e9 du travail suisse.&#13;<\/p>\n<h3>Voit-on \u00e9galement des Suisses aller travailler \u00e0 l\u2019\u00e9tranger comme frontaliers\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCe ph\u00e9nom\u00e8ne concerne environ 30\u00a0000\u00a0personnes. C\u2019est donc moins d\u2019un dixi\u00e8me des travailleurs qui font le chemin inverse. A priori, ce mouvement est doublement p\u00e9nalisant, du c\u00f4t\u00e9 du salaire et de celui du co\u00fbt de la vie. Toutefois, et sans disposer d\u2019informations pr\u00e9cises \u00e0 ce sujet, mon intuition est qu\u2019il s\u2019agit pour l\u2019essentiel de personnes qui travaillent \u00e0 plus longue distance \u2013\u00a0par exemple \u00e0 Paris\u00a0\u2013 et qui conservent officiellement leur domicile en Suisse, comme le leur permet l\u2019accord sur la libre circulation des personnes.&#13;<\/p>\n<h3>Au niveau immobilier, des Suisses vont-ils habiter \u00e0 l\u2019\u00e9tranger tout en continuant de travailler dans le pays\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl y a une diff\u00e9rence entre les r\u00e9gions. On voit depuis longtemps une partie des travailleurs actifs \u00e0 Gen\u00e8ve et initialement consid\u00e9r\u00e9s comme indig\u00e8nes aller s\u2019\u00e9tablir en France voisine pour des raisons de co\u00fbt et de disponibilit\u00e9 de l\u2019immobilier. Mais cela est \u00e9galement d\u00fb \u00e0 la continuit\u00e9 urbaine qui s\u2019observe \u00e0 Gen\u00e8ve. La situation est tout autre dans l\u2019Arc jurassien\u00a0: nous avons constat\u00e9 dans une \u00e9tude que seules quelques personnes vont s\u2019\u00e9tablir en France pour acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 et qu\u2019au moins l\u2019un des membres du m\u00e9nage poss\u00e8de alors la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise.&#13;<\/p>\n<blockquote><p>\u00catre un travailleur frontalier est difficile. La charge que repr\u00e9sente la mobilit\u00e9 est r\u00e9guli\u00e8rement sous-estim\u00e9e.<\/p><\/blockquote>\n<p>&#13;<\/p>\n<h3>Les travailleurs frontaliers profitent d\u2019un pouvoir d\u2019achat \u00e9lev\u00e9 en raison des bons salaires en Suisse et des prix moins \u00e9lev\u00e9s dans les pays voisins. Y a-t-il un revers de la m\u00e9daille\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00catre un travailleur frontalier est difficile. La charge que repr\u00e9sente la mobilit\u00e9 est r\u00e9guli\u00e8rement sous-estim\u00e9e\u00a0: elle induit des co\u00fbts mon\u00e9taires, psychologiques et physiques \u00e0 long terme. Les frontaliers sont les premiers \u00e0 souffrir des routes encombr\u00e9es, avec la population locale. Il y a en outre une double stigmatisation\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, on les accuse de prendre le travail des Suisses et de ne pas contribuer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 helv\u00e9tique\u00a0; de l\u2019autre, on leur reproche de faire monter les prix de l\u2019immobilier et du commerce, et de ne pas participer \u00e0 la vie locale faute de temps.&#13;<\/p>\n<h3>Vous avez \u00e9tudi\u00e9 le march\u00e9 immobilier dans l\u2019Arc jurassien franco\u2010suisse. Quelles sont vos conclusions\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPremi\u00e8rement, une frange urbanis\u00e9e s\u2019est constitu\u00e9e le long de la fronti\u00e8re\u00a0: des zones pavillonnaires et commerciales imposantes se sont d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 1000\u00a0m\u00e8tres d\u2019altitude. La zone commerciale de Pontarlier est calibr\u00e9e pour une agglom\u00e9ration de 120\u00a0000 habitants, alors que la ville en compte environ 17\u00a0000. Au niveau immobilier, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 reste favorable c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, alors que le march\u00e9 locatif est relativement \u00e9troit et que les loyers sont comparables \u00e0 ceux que l\u2019on trouve en Suisse. On observe des personnes venant d\u2019autres r\u00e9gions qui, dans un premier temps, prennent des logements locatifs avant d\u2019aller s\u2019\u00e9tablir en Suisse ou d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais.&#13;<\/p>\n<h3>Des campagnes contre les frontaliers renforcent depuis quelques ann\u00e9es les tensions dans les r\u00e9gions transfrontali\u00e8res, \u00e0 l\u2019image du Mouvement Citoyens Genevois. Quel regard portez-vous sur ces mouvements\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCes mouvements accentuent les tensions. Ils soulignent des probl\u00e8mes r\u00e9els, comme l\u2019encombrement routier ou le fait qu\u2019une concurrence accrue s\u00e9vit sur le march\u00e9 du travail \u2013\u00a0ce que l\u2019on ne peut nier. L\u00e0 o\u00f9 ces mouvements me g\u00eanent, c\u2019est qu\u2019ils ont souvent tendance \u00e0 d\u00e9noncer la pr\u00e9sence m\u00eame des frontaliers et \u00e0 faire peser les probl\u00e8mes sur cette population \u2013\u00a0qui ne vote pas\u00a0\u2013 plut\u00f4t que de traiter les probl\u00e8mes. Or, on peut chercher des solutions sans stigmatiser les frontaliers. Il existe des outils pour r\u00e9duire les tensions, mais on les utilise trop peu.&#13;<\/p>\n<h3>\u00c0 quels outils faites-vous r\u00e9f\u00e9rence\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes conventions collectives de travail ne sont pas forc\u00e9ment obligatoires pour toutes les entreprises. \u00c0 Gen\u00e8ve, elles sont par exemple tr\u00e8s largement respect\u00e9es, d\u00e9j\u00e0 moins Neuch\u00e2tel, et seule une minorit\u00e9 des employeurs les applique dans le Jura. Ce sont \u00e9videmment des questions d\u2019appr\u00e9ciation politique.&#13;<\/p>\n<h3>Doit-on en conclure que les r\u00e9ponses politiques sont insuffisantes\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nCes probl\u00e8mes structurels ne sont pas faciles \u00e0 r\u00e9soudre. Au niveau de l\u2019encombrement routier, par exemple, on ne peut pas simplement remplacer ce trafic par des transports publics, car l\u2019habitat est souvent tr\u00e8s dispers\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, sans compter que la construction d\u2019une ligne de chemin de fer prendrait des dizaines d\u2019ann\u00e9es. Il faut trouver des solutions mixtes. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne frontalier existe depuis une quarantaine d\u2019ann\u00e9es et r\u00e9soudre les probl\u00e8mes prend du temps.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur Crevoisier, vous \u00eates professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel. Comment se passent les cours actuellement\u00a0? &#13; C\u2019est difficile. Il y a de la fatigue, car nous sommes toujours devant l\u2019\u00e9cran. Les \u00e9tudiants n\u2019ont en outre pas la possibilit\u00e9 de se faire des contacts. 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