{"id":131798,"date":"2020-09-21T11:01:47","date_gmt":"2020-09-21T11:01:47","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2020\/09\/keuschnigg-10-2020fr\/"},"modified":"2023-08-23T23:57:18","modified_gmt":"2023-08-23T21:57:18","slug":"keuschnigg-10-2020fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2020\/09\/keuschnigg-10-2020fr\/","title":{"rendered":"Quel niveau d\u2019endettement la Suisse peut-elle supporter&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e9chelon international, la Suisse figure aux avant-postes en ce qui concerne la dette hypoth\u00e9caire exprim\u00e9e en pourcentage du produit int\u00e9rieur brut<a href=\"#footnote_1\" id=\"footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor\">[1]<\/a>. Dans le m\u00eame temps, la pand\u00e9mie actuelle provoque une flamb\u00e9e de l\u2019endettement. Combien de dettes le syst\u00e8me peut-il encore absorber\u00a0? Sommes-nous proches d\u2019un effondrement\u00a0?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nPr\u00e9cisons d\u2019embl\u00e9e que l\u2019endettement fait partie du quotidien\u00a0: les m\u00e9nages, les entreprises ou l\u2019\u00c9tat font usage de la dette. D\u2019un point de vue \u00e9conomique, on distingue les dettes \u00e0 court terme des dettes \u00e0 long terme. L\u2019endettement \u00e0 court terme permet aux entreprises de combler un manque \u00e0 gagner impr\u00e9vu et de couvrir des d\u00e9penses soudaines et ponctuelles. Les d\u00e9biteurs peuvent ainsi s\u2019acquitter sans d\u00e9lai de leurs obligations de paiement en faisant face \u00e0 un manque temporaire de liquidit\u00e9s. Ce type de d\u00e9marche soutient la demande et stabilise l\u2019\u00e9conomie. Pour sa part, l\u2019\u00c9tat maintient ses d\u00e9penses ordinaires durant les phases de r\u00e9cession en rempla\u00e7ant les d\u00e9ficits fiscaux temporaires par de nouvelles dettes, ce qui assure une \u00ab\u00a0stabilisation automatique\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9conomie.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe cr\u00e9dit \u00e0 long terme offre aux entreprises la possibilit\u00e9 de financer des investissements cons\u00e9quents. Des actifs solides (machines, b\u00e2timents ou autres \u00e9quipements) servent de garantie envers les cr\u00e9anciers. Les dettes sont rembours\u00e9es ult\u00e9rieurement par les entreprises gr\u00e2ce aux b\u00e9n\u00e9fices tir\u00e9s des investissements. Un m\u00e9canisme similaire s\u2019applique aux propri\u00e9taires de logement qui augmentent leur revenu disponible en \u00e9conomisant le loyer et sont ainsi en mesure d\u2019assurer le service de la dette hypoth\u00e9caire. L&#8217;\u00c9tat utilise \u00e9galement l\u2019instrument de la dette pour financer les grands investissements d\u2019infrastructures qui soutiennent la croissance et consolident les recettes fiscales.&#13;<\/p>\n<h2>Pas de d\u00e9biteurs sans cr\u00e9anciers<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes dettes des uns sont les actifs des autres. Que feraient les banques avec l\u2019argent des \u00e9pargnants sans les emprunteurs souhaitant obtenir des cr\u00e9dits\u00a0? Comment les caisses de pension pourraient-elles investir les avoirs de pr\u00e9voyance des assur\u00e9s sans les emprunts \u00e9mis par l\u2019\u00c9tat et les entreprises\u00a0? Cr\u00e9anciers et d\u00e9biteurs s\u2019obligent mutuellement et alternent souvent les r\u00f4les. Les m\u00e9nages accumulent par exemple des fonds propres pendant des ann\u00e9es afin de les investir ult\u00e9rieurement dans l\u2019immobilier en sollicitant simultan\u00e9ment un pr\u00eat important\u00a0: ils passent ainsi du statut de cr\u00e9ancier \u00e0 celui de d\u00e9biteur. Les dettes sont indissociables de la croissance et de la prosp\u00e9rit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDans ce contexte, la s\u00e9curit\u00e9 joue un r\u00f4le important\u00a0: les cr\u00e9anciers veulent avoir des garanties en mati\u00e8re de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et de remboursement. Les banques ont des obligations envers leurs d\u00e9posants et ne veulent pas mettre en p\u00e9ril les fonds de la client\u00e8le. Quant aux travailleurs, ils veulent des salaires s\u00fbrs et un emploi stable.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nUn certain risque est toutefois in\u00e9vitable et p\u00e8se sur les fonds propres. Pour compenser d\u2019\u00e9ventuelles pertes de recettes, mieux vaut disposer de fonds propres en suffisance. La difficult\u00e9 est de trouver la juste mesure. Si les dettes sont trop \u00e9lev\u00e9es par rapport aux fonds propres, les cr\u00e9anciers ne b\u00e9n\u00e9ficient plus des garanties n\u00e9cessaires. Ils doivent donc v\u00e9rifier soigneusement la solvabilit\u00e9 des emprunteurs avant de leur confier leur argent.&#13;<\/p>\n<h2>Des fonds propres en garantie<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa viabilit\u00e9 de la dette d\u00e9pend de deux facteurs principaux\u00a0: d\u2019une part, elle exige des fonds propres et des garanties suffisantes pour assurer le service de la dette et pouvoir satisfaire les cr\u00e9anciers en cas d\u2019urgence\u00a0; d\u2019autre part, la viabilit\u00e9 est sup\u00e9rieure si le d\u00e9biteur peut s\u2019attendre \u00e0 des revenus futurs \u00e9lev\u00e9s et s\u2019il a peu d\u2019autres obligations \u00e0 remplir.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl n\u2019y a toutefois jamais de certitude absolue. Les cr\u00e9ances douteuses, les faillites et m\u00eame les banqueroutes d\u2019\u00c9tat font partie des activit\u00e9s des banques et des investisseurs sur les march\u00e9s des capitaux. Le niveau de l\u2019int\u00e9r\u00eat correspond au risque encouru et r\u00e9mun\u00e8re les cr\u00e9anciers pour le risque qu\u2019ils prennent de ne pas \u00eatre rembours\u00e9s. Les emprunteurs de premier ordre paient des int\u00e9r\u00eats bas, voire n\u00e9gatifs. C&#8217;est notamment le cas des emprunts de la Conf\u00e9d\u00e9ration. En revanche, les d\u00e9biteurs moins fiables \u2013\u00a0par exemple les \u00e9metteurs d\u2019obligations de pacotille\u00a0\u2013 doivent s\u2019acquitter d\u2019int\u00e9r\u00eats nettement plus \u00e9lev\u00e9s.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe risque d\u2019insolvabilit\u00e9 se concr\u00e9tise lorsque le fardeau de la dette devient trop pesant. C\u2019est alors que les cr\u00e9anciers prennent les choses en main. Le droit de l\u2019insolvabilit\u00e9 d\u00e9termine l\u2019ordre de priorit\u00e9 des cr\u00e9anciers. Il est difficile de trouver un \u00e9quilibre entre la protection des cr\u00e9anciers et l\u2019id\u00e9e d\u2019un nouveau d\u00e9part assorti d\u2019une seconde chance pour les d\u00e9biteurs. L\u2019esprit d\u2019entreprise innovant est n\u00e9cessairement associ\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Dans la pratique, la deuxi\u00e8me tentative est souvent plus fructueuse que la premi\u00e8re.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes banques et autres cr\u00e9anciers tentent de minimiser leurs pertes en investissant intelligemment les actifs disponibles. Ils doivent par exemple d\u00e9cider au cas par cas si l\u2019all\u00e8gement de la dette par une restructuration est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 la liquidation totale d\u2019une entreprise. En cas de liquidation, l\u2019objectif est de r\u00e9cup\u00e9rer une part aussi \u00e9lev\u00e9e que possible du cr\u00e9dit afin que les fonds puissent \u00eatre octroy\u00e9s sous forme de pr\u00eats \u00e0 d\u2019autres entreprises offrant de meilleures perspectives. La nouvelle affectation du capital augmente tr\u00e8s souvent la productivit\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Le danger d\u2019une crise financi\u00e8re<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nToutefois, un surendettement chronique des m\u00e9nages, des entreprises et de l\u2019\u00c9tat porte en lui le germe d\u2019une crise financi\u00e8re. Cela signifie que les d\u00e9biteurs ne disposent plus de r\u00e9serves de fonds propres suffisantes pour supporter les risques. En cas d\u2019augmentation marqu\u00e9e du nombre de faillites, les banques et autres cr\u00e9anciers disposant de peu de fonds propres sont \u00e9galement menac\u00e9s\u00a0: ils ne peuvent plus compenser les d\u00e9faillances. Le surendettement syst\u00e9matique provoque une perte de confiance et des r\u00e9actions de panique. En cas d\u2019effondrement des cours des emprunts d\u2019\u00c9tat et d\u2019entreprises cons\u00e9cutif \u00e0 une vente de panique, les banques et les investisseurs courent un grave danger s\u2019ils ne r\u00e9agissent pas assez vite. Une perte soudaine de confiance \u2013\u00a0comme une sorte de proph\u00e9tie autor\u00e9alisatrice\u00a0\u2013 peut donc rapidement d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en crise financi\u00e8re.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa meilleure protection contre une crise financi\u00e8re est donc un endettement mod\u00e9r\u00e9. Une solide dotation en fonds propres supportant le risque est gage de s\u00e9curit\u00e9. Cet \u00e9quilibre est toutefois menac\u00e9 dans le contexte actuel de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat bas, puisqu\u2019il est plus int\u00e9ressant de se financier par l\u2019emprunt que par des fonds propres toujours on\u00e9reux. Les r\u00e9gulateurs tentent de pr\u00e9venir le surendettement des banques par la fixation de ratios de fonds propres minimaux, et celui des propri\u00e9taires immobiliers par des limites de pr\u00eat et par des prescriptions en mati\u00e8re de capital anticycliques pour l\u2019octroi de pr\u00eats immobiliers.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn Suisse, toutefois, il existe encore des incitations inopportunes qui pr\u00e9sentent un r\u00e9el danger. Par exemple, la d\u00e9ductibilit\u00e9 fiscale des int\u00e9r\u00eats sur les capitaux emprunt\u00e9s et sur les pr\u00eats hypoth\u00e9caires encourage l\u2019endettement, alors que les fonds propres supportant le risque ne b\u00e9n\u00e9ficient pas de cette d\u00e9duction. Ces incitations au surendettement sapent la r\u00e9sistance de l\u2019\u00e9conomie aux crises.&#13;<\/p>\n<h2>Le coronavirus, moteur de l\u2019endettement<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa crise de la Covid-19 provoque notamment une nouvelle pouss\u00e9e de la dette. L\u2019\u00c9tat a pris en charge une partie de la perte de revenus des entreprises et de leurs employ\u00e9s en instaurant une extension du ch\u00f4mage partiel et l\u2019octroi de paiements directs. La cr\u00e9ation de cette dette nationale permet d\u2019\u00e9taler le fardeau dans le temps et de le r\u00e9partir entre les g\u00e9n\u00e9rations actuelles et futures afin qu\u2019il reste supportable. Par rapport \u00e0 d\u2019autres pays, la Suisse dispose d\u2019une grande marge de man\u0153uvre budg\u00e9taire gr\u00e2ce \u00e0 son niveau d\u2019endettement historiquement bas.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn cas de hausse du ch\u00f4mage, les d\u00e9faillances sur les pr\u00eats immobiliers et les cr\u00e9dits \u00e0 la consommation sont toutefois susceptibles d\u2019augmenter. Les entreprises risquent \u00e9galement d\u2019\u00eatre confront\u00e9es \u00e0 des probl\u00e8mes plus importants, car la perte de revenus durant le semi-confinement a \u00e9puis\u00e9 les fonds propres de nombreux acteurs. Les pr\u00eats d\u2019urgence augmentent en outre le risque de surendettement, ce qui cr\u00e9e un cercle vicieux\u00a0: le manque de fonds propres p\u00e8se sur la solvabilit\u00e9 et peut paralyser les investissements. Au lendemain de la crise, les d\u00e9cideurs politiques devraient donc donner la priorit\u00e9 au renforcement de la base de fonds propres des entreprises afin qu\u2019elles puissent rapidement retrouver leur pleine capacit\u00e9 d\u2019emprunt et investir \u00e0 nouveau.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9conomie suisse est-elle \u00e0 la veille d\u2019un effondrement par la dette\u00a0? Non. C\u2019est m\u00eame loin d\u2019\u00eatre le cas. Toutefois, la multiplication des faillites provoque une augmentation du ch\u00f4mage et la destruction de nombreux actifs. Le surendettement d\u00fb au manque de fonds propres supportant les risques rend \u00e9galement l\u2019\u00e9conomie plus vuln\u00e9rable aux crises et menace de paralyser la croissance.<\/p>\n<ol class=\"footnote\"><li id=\"footnote_1\" class=\"footnote--item\">Voir \u00e0 ce propos les articles de <a href=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/?p=131772\">Stefan Fahrl\u00e4nder<\/a> et d\u2019<a href=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/?p=131855\">Anastassios Frangulidis<\/a> dans ce num\u00e9ro.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 l\u2019\u00e9chelon international, la Suisse figure aux avant-postes en ce qui concerne la dette hypoth\u00e9caire exprim\u00e9e en pourcentage du produit int\u00e9rieur brut. 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