{"id":137148,"date":"2018-06-25T10:30:13","date_gmt":"2018-06-25T10:30:13","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2018\/06\/blattner-07-2018fr\/"},"modified":"2023-08-24T00:10:57","modified_gmt":"2023-08-23T22:10:57","slug":"blattner-07-2018fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2018\/06\/blattner-07-2018fr\/","title":{"rendered":"L\u2019exp\u00e9rience du taux plancher"},"content":{"rendered":"<p>Conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution et \u00e0 la l\u00e9gislation, la Banque nationale suisse (BNS) doit assurer la stabilit\u00e9 des prix en tenant compte de l\u2019\u00e9volution de la conjoncture. La stabilit\u00e9 des prix a la priorit\u00e9 en cas de conflit d\u2019objectifs. Dans les cas normaux, c&#8217;est d&#8217;abord la gestion des taux \u00e0 court terme, en tant qu&#8217;instrument de politique mon\u00e9taire, qui est concern\u00e9e. Le taux de change \u00e9volue librement. Plus les exportations suisses de biens et de prestations sont florissantes, plus la demande du franc comme moyen de paiement augmente et plus le taux de change est \u00e9lev\u00e9. Le franc est, en outre, recherch\u00e9 pour sa propri\u00e9t\u00e9 d\u2019instrument de r\u00e9serve, ce qui fait aussi monter son cours. Si celui-ci augmente plut\u00f4t lentement comme par le pass\u00e9, le niveau de comp\u00e9titivit\u00e9 de la Suisse reste \u00e9lev\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019innovation, \u00e0 la rationalisation et \u00e0 la promotion \u00e9conomique, malgr\u00e9 une tendance persistante \u00e0 s\u2019appr\u00e9cier. Si cette derni\u00e8re est massive, elle peut menacer la comp\u00e9titivit\u00e9 de notre \u00e9conomie.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nCompte tenu de cette pression \u00e0 la hausse qui a augment\u00e9 dans le sillage de la crise financi\u00e8re d\u2019apr\u00e8s 2007, la BNS a d\u00e9cid\u00e9, le 6 septembre 2011, de modifier consid\u00e9rablement sa politique mon\u00e9taire. Le taux plancher de 1,20 franc pour un euro a \u00e9t\u00e9 mis en place imm\u00e9diatement. Par rapport \u00e0 d\u00e9cembre 2010, la hausse \u00e9tait de 19&nbsp;% face \u00e0 l\u2019euro et de 25&nbsp;% face au dollar. Cette \u00e9volution allait bien au-del\u00e0 de ce que la Suisse avait l\u2019habitude d\u2019absorber. Au vu des cons\u00e9quences de la crise financi\u00e8re d\u2019apr\u00e8s 2007, le franc est devenu une valeur refuge pour les investisseurs.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nPour imposer son objectif en mati\u00e8re de taux de change, la BNS a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e d\u2019acqu\u00e9rir d\u2019importantes r\u00e9serves de devises. Par cons\u00e9quent, le total de son bilan, qui avait d\u00e9j\u00e0 plus que doubl\u00e9 entre la fin de 2007 et 2011, a augment\u00e9 encore plus rapidement\u00a0: il a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9 par six entre 2007 et 2017 pour atteindre 843 milliards de francs; les placements de devises, quant \u00e0 eux, ont \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9s par quinze pendant cette m\u00eame p\u00e9riode pour s\u2019\u00e9lever \u00e0 790\u00a0milliards de francs<a href=\"#footnote_1\" id=\"footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor\">[1]<\/a>.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nUne comparaison avec le produit int\u00e9rieur brut (PIB) suisse donne de pr\u00e9cieuses informations\u00a0: en 2007, le total du bilan de la BNS repr\u00e9sentait quelque 20&nbsp;% de celui-ci. Dix ans plus tard, il le d\u00e9passait d\u2019un cinqui\u00e8me<a href=\"#footnote_2\" id=\"footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor\">[2]<\/a>. Sur le long terme, la Suisse n\u2019a pas besoin d\u2019autant de BNS.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Les risques \u00e9conomiques du bilan<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUn retour \u00e0 la normale du bilan de la BNS est n\u00e9cessaire. Ernst Baltensperger, professeur \u00e9m\u00e9rite d\u2019\u00e9conomie bernois, s\u2019exprimait dans ce sens dans la <em>NZZ<\/em> en f\u00e9vrier\u00a0: \u00ab\u00a0De la m\u00eame mani\u00e8re que s\u2019est instaur\u00e9 le processus de gonflement des bilans des banques centrales, celles-ci doivent maintenant amorcer conjointement le mouvement inverse.\u00bb<a href=\"#footnote_3\" id=\"footnote-anchor_3\" class=\"inline-footnote__anchor\">[3]<\/a>.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTout bilan surdimensionn\u00e9 limite fortement la marge de man\u0153uvre des banques centrales en mati\u00e8re de politique \u00e9conomique en cas de nouvelle crise. C\u2019est seulement apr\u00e8s un redimensionnement que les banques centrales, par la remise de liquidit\u00e9s, pourraient faire en sorte que les int\u00e9r\u00eats baissent \u00e0 nouveau. Une r\u00e9duction pr\u00e9alable du bilan est aussi indispensable si une surchauffe conjoncturelle commence \u00e0 se dessiner. Dans le cas contraire, les avoirs en compte de virement des banques commerciales encore bien fournis aujourd\u2019hui aupr\u00e8s des banques centrales entra\u00eenent une expansion des cr\u00e9dits susceptible de compromettre fortement la garantie de stabilit\u00e9 des prix.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl est vrai que le redimensionnement des bilans se heurte \u00e0 des r\u00e9sistances. Les \u00c9tats fortement endett\u00e9s s\u2019y opposeront, parce qu\u2019ils s\u2019attendent \u00e0 une hausse des taux. La crainte d\u2019une d\u00e9stabilisation des syst\u00e8mes bancaires, fragilis\u00e9s par l\u2019\u00e9volution des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, fait obstacle \u00e0 la normalisation.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Les int\u00e9r\u00eats nationaux sont souvent au premier plan<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa pression exerc\u00e9e par la politique place les banques centrales devant un conflit d\u2019objectifs\u00a0: la collaboration internationale avec d\u2019autres institutions est-elle plus importante que l\u2019int\u00e9r\u00eat national\u00a0?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes int\u00e9r\u00eats politiques sont souvent pr\u00e9pond\u00e9rants. Ainsi, la politique mon\u00e9taire expansive de la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale des \u00c9tats-Unis (FED) et de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) a continu\u00e9 \u00e0 renforcer la sur\u00e9valuation du franc. Dans ce contexte, la BNS a introduit des int\u00e9r\u00eats n\u00e9gatifs sur les avoirs en compte de virement des banques.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn d\u2019autres termes\u00a0: si la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale des \u00c9tats-Unis et la BCE avaient commenc\u00e9 plus t\u00f4t \u00e0 augmenter leurs taux, la BNS n\u2019aurait pas eu besoin d\u2019introduire un taux n\u00e9gatif. Le fait que la BNS l\u2019ait maintenu jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui montre qu\u2019il ne semble pas toujours opportun de se fier aux hausses des taux rapides et suffisantes des banques centrales partenaires. Ainsi, le taux n\u00e9gatif reste efficace m\u00eame s\u2019il comporte des risques tout comme le taux plancher.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes risques existent, puisque la BNS intervient dans les op\u00e9rations de cr\u00e9dit des banques. Ces op\u00e9rations sont devenues plus int\u00e9ressantes pour les banques\u00a0: au lieu de d\u00e9tenir des avoirs en compte de virement et de payer des taux n\u00e9gatifs, les banques continuent d\u2019offrir des int\u00e9r\u00eats bas aux emprunteurs. Les conditions tr\u00e8s avantageuses des cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires constituent notamment un motif d\u2019inqui\u00e9tude.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa BNS avait constat\u00e9 des signes de surchauffe sur les march\u00e9s immobiliers avant m\u00eame l\u2019introduction du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif. D\u00e9sormais, de nombreux observateurs se demandent ce qu\u2019il se passera si les taux commen\u00e7aient \u00e0 remonter significativement \u2013 par exemple parce que la BNS doit diminuer son bilan pour les raisons invoqu\u00e9es.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes hausses de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat apr\u00e8s des bulles immobili\u00e8res augmentent les risques de contrepartie des pr\u00eateurs et peuvent d\u00e9stabiliser le syst\u00e8me financier. Il est r\u00e9jouissant de constater que la BNS et l\u2019Autorit\u00e9 de surveillance des march\u00e9s financiers (Finma) avaient l\u2019\u0153il depuis longtemps sur les risques d\u00e9coulant des bulles immobili\u00e8res. Depuis la mi-2012, il est possible d\u2019imposer aux banques des r\u00e9serves de fonds propres sup\u00e9rieures pour les affaires hypoth\u00e9caires et les op\u00e9rations de cr\u00e9dit immobilier. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a fait entrer en vigueur le volant de fonds propres anticyclique en f\u00e9vrier 2013. Il a \u00e9t\u00e9 augment\u00e9 une ann\u00e9e plus tard.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl convient d\u2019insister sur l\u2019es exp\u00e9rience qu\u2019a \u00e9t\u00e9 la suppression du taux plancher le 15\u00a0janvier 2015. L\u2019att\u00e9nuation de la pression \u00e0 la hausse que l\u2019on avait constat\u00e9e depuis son instauration justifiait la mesure. En m\u00eame temps, la BCE n\u2019a laiss\u00e9 entrevoir aucun espoir de simplification de sa politique mon\u00e9taire. La d\u00e9pendance de la BNS par rapport \u00e0 la BCE devenait de plus en plus d\u00e9rangeante. Au vu de cette perspective peu r\u00e9jouissante, la BNS a d\u00e9cid\u00e9 de suivre la voie qui lui permettrait de retrouver son autonomie mon\u00e9taire. Elle s\u2019est, toutefois, r\u00e9serv\u00e9 le droit de continuer \u00e0 acheter des devises sans limitation et de prendre d\u2019autres mesures si l\u2019\u00e9volution des taux de change l\u2019exige. La suppression surprenante du taux plancher a caus\u00e9 des pertes consid\u00e9rables \u00e0 de nombreux acteurs financiers sur les march\u00e9s des changes, ce qu\u2019ils ont ressenti comme une rupture de confiance.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl n\u2019est pas \u00e9tonnant que la croissance des placements de devises et du bilan de la BNS a eu besoin de temps jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle commence \u00e0 se tasser apr\u00e8s l\u2019interruption de l\u2019exp\u00e9rience. Premi\u00e8rement, les march\u00e9s et la BNS ont d\u00fb se ressaisir apr\u00e8s la \u00ab\u00a0rupture de confiance\u00a0\u00bb qu\u2019ils avaient ressentie. Deuxi\u00e8mement, la BNS devait corriger imm\u00e9diatement les \u00e9carts extr\u00eames du cours de l\u2019euro vers le bas afin de devancer les faux espoirs du march\u00e9. Apr\u00e8s la suppression du taux plancher, les r\u00e9serves de devises de la BNS ont encore augment\u00e9 de 50&nbsp;% au cours des trois ann\u00e9es qui ont suivi<a href=\"#footnote_4\" id=\"footnote-anchor_4\" class=\"inline-footnote__anchor\">[4]<\/a>. En mars dernier, la BNS estimait que le franc se trouvait encore \u00e0 \u00ab\u00a0un niveau \u00e9lev\u00e9\u00a0\u00bb et que la situation sur le march\u00e9 des changes \u00e9tait \u00ab\u00a0fragile\u00a0\u00bb<a href=\"#footnote_5\" id=\"footnote-anchor_5\" class=\"inline-footnote__anchor\">[5]<\/a>.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Le mandat de la BNS prend un tour politique<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nInd\u00e9pendamment des risques \u00e9conomiques, l\u2019exp\u00e9rience de politique mon\u00e9taire men\u00e9e par la BNS a entra\u00een\u00e9 une s\u00e9rie d\u2019effets secondaires consid\u00e9rables pour la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019image que l\u2019on avait des t\u00e2ches de la BNS s\u2019est ainsi modifi\u00e9e. Je d\u00e9fends personnellement la th\u00e8se selon laquelle le mandat de la BNS est beaucoup plus sujet \u00e0 controverse maintenant qu\u2019il y a encore quelques ann\u00e9es. Plusieurs exp\u00e9riences en sont la cause\u00a0: la crise financi\u00e8re mondiale, qui a m\u00eame mis en difficult\u00e9 la grande banque UBS, la r\u00e9\u00e9valuation massive du franc, qui a \u00e9t\u00e9 ressentie comme un danger pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de cette nation exportatrice qu\u2019est la Suisse, l\u2019importance soudaine et inattendue de la BNS, qui est apparue comme un sauveur et un pouvoir, et la politique qui, en comparaison, semblait d\u00e9pass\u00e9e par la situation.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nPour tester la th\u00e8se selon laquelle la repr\u00e9sentation que la soci\u00e9t\u00e9 se fait du mandat de la BNS a chang\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, il convient de se rappeler le mandat, les t\u00e2ches fondamentales, l\u2019ind\u00e9pendance et la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique de la BNS qui sont contenues dans la loi f\u00e9d\u00e9rale sur la Banque nationale suisse (LBN) en vigueur depuis 2004<a href=\"#footnote_6\" id=\"footnote-anchor_6\" class=\"inline-footnote__anchor\">[6]<\/a>.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa BNS a \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9e par les exportateurs suisses et les syndicats lors de l\u2019introduction du taux plancher, car ceux-ci estimaient que le cours de 1,20 franc pour un euro \u00e9tait trop bas. Plus tard, les m\u00eames ont d\u00e9clar\u00e9 que sa suppression \u00e9tait irresponsable. La t\u00e2che de la BNS consisterait \u00e0 maintenir le cours du franc \u00e0 un niveau bas dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des exportations suisses, ce qui revient \u00e0 dire que la BNS devrait promouvoir la comp\u00e9titivit\u00e9 de la Suisse et le plein emploi avec davantage de d\u00e9termination. Assurer la stabilit\u00e9 du pouvoir d\u2019achat de la monnaie aurait un poids trop \u00e9lev\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn introduisant le taux plancher, la BNS a assum\u00e9 sa coresponsabilit\u00e9 l\u00e9gale dans l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. Elle a donc consciemment accept\u00e9 les risques pour la stabilit\u00e9 du pouvoir d\u2019achat de la monnaie qui y sont li\u00e9s. Cependant, ni au d\u00e9but ni lors de l\u2019interruption de l\u2019exp\u00e9rience, les critiques ont accept\u00e9 que la responsabilit\u00e9 de la comp\u00e9titivit\u00e9 suisse ne puisse \u00eatre mise sur le dos de la BNS et que, au lieu de cela, la stabilit\u00e9 du pouvoir d\u2019achat de la monnaie devait \u00eatre prioritaire \u00e0 long terme pour la banque centrale. Cette revendication n\u2019est pas seulement contraire au droit, elle est aussi contreproductive. En effet, si la Suisse tentait de maintenir sa comp\u00e9titivit\u00e9 en stabilisant durablement les taux de change, elle affaiblirait les forces r\u00e9elles de la productivit\u00e9 et menacerait sa prosp\u00e9rit\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Pas de poule aux \u0153ufs d\u2019or<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nD\u2019autres voix refusent le redimensionnement du bilan, parce que son ampleur a rapport\u00e9 de gros b\u00e9n\u00e9fices \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration et aux cantons ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Ce faisant, ils ignorent les risques forc\u00e9ment sup\u00e9rieurs inh\u00e9rents \u00e0 la croissance des rendements&nbsp;; par ailleurs, les cons\u00e9quences pour la politique mon\u00e9taire sont encore plus graves. Plus les exigences du public sont \u00e9lev\u00e9es face aux b\u00e9n\u00e9fices de la BNS, plus cette derni\u00e8re devrait prendre en consid\u00e9ration, pour ses d\u00e9cisions en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire, les effets que produisent les rendements des placements qui y sont li\u00e9s. Certes, la BNS a le droit de faire des b\u00e9n\u00e9fices\u00a0et la loi r\u00e8gle leur r\u00e9partition entre les actionnaires \u2013 la Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons. R\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices n\u2019est toutefois pas au c\u0153ur de son mandat. Le conflit d\u2019objectifs entre la fonction de banque centrale en tant que \u00ab\u00a0machine \u00e0 faire de l\u2019argent\u00a0\u00bb et celle d\u2019instance charg\u00e9e d\u2019assurer la stabilit\u00e9 du pouvoir d\u2019achat de la monnaie est indissoluble.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nQuand, pour des raisons de politique mon\u00e9taire, la BNS doit r\u00e9duire les avoirs en compte de virement des banques et d\u2019autres investisseurs, cela s\u2019accompagne obligatoirement d\u2019une diminution de l\u2019actif du bilan<a href=\"#footnote_7\" id=\"footnote-anchor_7\" class=\"inline-footnote__anchor\">[7]<\/a>. En revanche, si la politique veut un fonds public en Suisse, celui-ci doit d\u2019abord \u00eatre financ\u00e9. Pour des raisons l\u00e9gales, la planche \u00e0 billets n\u2019entre pas en ligne de compte, et nous n\u2019avons pas de p\u00e9trole en mer du Nord comme la Norv\u00e8ge. Il\u00a0faudrait donc percevoir des contributions publiques pour financer le fonds, r\u00e9affecter les revenus de biens publics existants ou vendre une partie de ces derniers pour assurer le financement du fonds<a href=\"#footnote_8\" id=\"footnote-anchor_8\" class=\"inline-footnote__anchor\">[8]<\/a>.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Sauveur ou acteur superpuissant\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAlors que certains appr\u00e9cient la banque centrale pour son r\u00f4le de sauveur, d\u2019autres craignent son pouvoir politique excessif. On peut affirmer a posteriori qu\u2019avec leur politique, les banques centrales ont contribu\u00e9 \u00e0 la stabilisation des syst\u00e8mes financiers, de la conjoncture et du march\u00e9 de l\u2019emploi lors de la crise financi\u00e8re. Dans le m\u00eame temps, elles ont r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9viter la d\u00e9flation. Le succ\u00e8s des banques centrales para\u00eet d\u2019autant plus grand que les autres instances de la politique \u00e9conomique n\u2019ont gu\u00e8re fourni de prestations comparables. Elles ne se sont pas investies dans les r\u00e9formes n\u00e9cessaires, conditions d\u2019une reprise rapide apr\u00e8s la crise et n\u2019ont pas stabilis\u00e9 les syst\u00e8mes financiers ni donn\u00e9 des impulsions majeures \u00e0 la formation et aux infrastructures. La plupart des gouvernements se sont montr\u00e9s totalement impuissants<a href=\"#footnote_9\" id=\"footnote-anchor_9\" class=\"inline-footnote__anchor\">[9]<\/a>. Par cons\u00e9quent, les banques centrales se sont vu attribuer un pouvoir qu\u2019elles n\u2019avaient pas cherch\u00e9 \u00e0 obtenir.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn Suisse aussi, on critique le pouvoir de la BNS. Certains affirment qu\u2019elle a plus d\u2019influence que le gouvernement et le Parlement. Selon la formule \u00ab\u00a0La politique mon\u00e9taire est trop importante pour la laisser \u00e0 la BNS\u00a0\u00bb, les politiciens et les experts mettent continuellement des propositions de r\u00e9forme sur la table. Quelques-uns exigent que la Direction g\u00e9n\u00e9rale form\u00e9e de trois membres s&#8217;ouvre de toute urgence, afin d\u2019accueillir des membres suppl\u00e9mentaires et ancrer ainsi davantage dans l\u2019\u00e9conomie et la soci\u00e9t\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nD\u2019autres souhaitent la suppression de l\u2019argent liquide et son remplacement par des supports num\u00e9riques. Il ne s\u2019agit pas tant de compliquer la vie des criminels que de faciliter la mise en application des int\u00e9r\u00eats n\u00e9gatifs par les banques centrales. S\u2019il n\u2019y a plus d\u2019argent liquide, les int\u00e9r\u00eats n\u00e9gatifs ne pourront plus \u00eatre \u00e9vit\u00e9s par la th\u00e9saurisation des billets de banque.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes propositions qui visent \u00e0 modifier le r\u00e9gime mon\u00e9taire sont plus fondamentales. Elles ob\u00e9issent \u00e0 des logiques compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. Ceux qui critiquent la BNS estiment par exemple qu\u2019on ferait mieux de remplacer le franc par l\u2019euro au lieu de livrer constamment une bataille contre la r\u00e9\u00e9valuation de notre monnaie nationale. Dans le secteur financier, des voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent pour dire qu\u2019il serait mieux d\u2019avoir non pas moins, mais plus de devises. Cela \u00e9tant, les cryptomonnaies, si elles \u00e9taient en concurrence avec les devises actuelles, contribueraient \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de celles-ci. Si les agents \u00e9conomiques pouvaient choisir leur devise librement, ils choisiraient avant tout celle qui procure les plus gros avantages aux utilisateurs. Les auteurs de l\u2019initiative \u00ab\u00a0Monnaie pleine\u00a0\u00bb souhaitent au contraire donner davantage de pouvoir \u00e0 la BNS. Tout cela d\u00e9montre qu\u2019un changement fondamental des valeurs semble se produire depuis la r\u00e9vision de la loi sur la Banque nationale il y a 14 ans.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Quel avenir\u00a0?<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa mise en place d\u2019un taux plancher n\u2019est pas un fait nouveau dans l\u2019histoire de la BNS. En effet, il y a 40 ans, elle appliquait d\u00e9j\u00e0 avec succ\u00e8s un taux plancher de plus de 80 francs pour 100\u00a0marks allemands.<a href=\"#footnote_10\" id=\"footnote-anchor_10\" class=\"inline-footnote__anchor\">[10]<\/a> Cette exp\u00e9rience somme toute positive en mati\u00e8re de fixation d\u2019un objectif de taux de change a peut-\u00eatre facilit\u00e9 la d\u00e9cision de la BNS en automne 2011.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nAlors que la premi\u00e8re exp\u00e9rience de la BNS avec le taux plancher a une valeur anecdotique dans l\u2019histoire de la politique mon\u00e9taire suisse, l\u2019introduction du taux plancher de l\u2019euro constitue une \u00e9tape marquante comme le montre \u00e0 elle seule l\u2019augmentation du bilan total de notre banque centrale mentionn\u00e9e au d\u00e9but du pr\u00e9sent article. Il y a plus important encore\u00a0: l\u2019exp\u00e9rience de jadis a \u00e9limin\u00e9 durablement quelques ann\u00e9es plus tard la sur\u00e9valuation du franc par rapport au mark allemand, alors que personne ne peut savoir aujourd\u2019hui si, dans le cadre de la vaste exp\u00e9rience men\u00e9e actuellement, la correction du taux de change entre l\u2019euro et le franc sera durable.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa BNS s\u2019est lanc\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience du taux plancher conform\u00e9ment \u00e0 son mandat public. Elle a ainsi contribu\u00e9 de mani\u00e8re significative au non-av\u00e8nement de la crise \u00e9conomique tant redout\u00e9e en raison de la sur\u00e9valuation initiale du franc. Le jugement qui sera port\u00e9 ult\u00e9rieurement sur l\u2019ensemble de cette exp\u00e9rience ne d\u00e9pendra pas seulement du contr\u00f4le r\u00e9el des risques \u00e9conomiques\u00a0; il sera tout aussi d\u00e9terminant de voir comment les effets secondaires sociaux \u2013 la remise en question actuelle du mandat de la banque nationale \u2013 pourront \u00eatre assum\u00e9s. Le franchissement de cet obstacle ne d\u00e9pend pas seulement de la BNS. Il a surtout besoin du soutien des forces politiques, \u00e9conomiques et sociales.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl appara\u00eet toutefois que les plus grandes incertitudes d\u00e9coulent des risques g\u00e9opolitiques et \u00e9conomiques actuels. Deux probl\u00e9matiques suscitent des inqui\u00e9tudes dans la perspective suisse\u00a0: d\u2019une part, la remise en question de la libert\u00e9 du commerce international et, d\u2019autre part, l\u2019avenir incertain de l\u2019Union europ\u00e9enne. Ce dernier point a d\u00e9j\u00e0 men\u00e9 \u00e0 une sur\u00e9valuation consid\u00e9rable et soudaine du franc au d\u00e9but de la crise financi\u00e8re de 2007. Une nouvelle flamb\u00e9e financi\u00e8re et \u00e9conomique en lien avec une fuite vers cette valeur refuge que repr\u00e9sente le franc viendrait pour ainsi dire \u00e0 point nomm\u00e9 pour bloquer le retour de la Suisse dans la normalit\u00e9 de sa politique mon\u00e9taire.<\/p>\n<ol class=\"footnote\"><li id=\"footnote_1\" class=\"footnote--item\">Calculs de l\u2019auteur \u00e0 l\u2019aide des donn\u00e9es de la BNS.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_2\" class=\"footnote--item\">Donn\u00e9es sur le PIB de l\u2019OFS et du Seco.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_3\" class=\"footnote--item\">Baltensperger (2018).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_3\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_4\" class=\"footnote--item\">Calculs de l\u2019auteur.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_4\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_5\" class=\"footnote--item\">BNS (2018).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_5\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_6\" class=\"footnote--item\">Conseil f\u00e9d\u00e9ral (2002).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_6\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_7\" class=\"footnote--item\">Baltensperger (2018).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_7\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_8\" class=\"footnote--item\">Blattner (2011).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_8\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_9\" class=\"footnote--item\">La Suisse et les Etats-Unis constituaient des exceptions pour ce qui est de l\u2019investissement pour le r\u00e9tablissement de la stabilit\u00e9 financi\u00e8re. La collaboration entre la banque centrale et le minist\u00e8re des finances s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e de mani\u00e8re exemplaire dans ces pays.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_9\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_10\" class=\"footnote--item\">BNS (2007), p. 190\u2013193.\n<br \/>\n\n<br \/>&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_10\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Conform\u00e9ment \u00e0 la Constitution et \u00e0 la l\u00e9gislation, la Banque nationale suisse (BNS) doit assurer la stabilit\u00e9 des prix en tenant compte de l\u2019\u00e9volution de la conjoncture. La stabilit\u00e9 des prix a la priorit\u00e9 en cas de conflit d\u2019objectifs. 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On peut aussi concevoir que la BNS ait interrompu cette exp\u00e9rience le 15 janvier 2015, un peu plus de trois ans apr\u00e8s. L\u2019exp\u00e9rience renferme des risques et des effets secondaires consid\u00e9rables. Une somme excessive au bilan restreint notamment la marge de man\u0153uvre \u00e9conomique et mon\u00e9taire de la banque centrale dans le cas d\u2019une nouvelle crise. \u00c0\u00a0cela s\u2019ajoute une remise en question sociale du mandat de la BNS de la part du public. Il est encore trop t\u00f4t pour \u00e9valuer l\u2019exp\u00e9rience du taux plancher de mani\u00e8re d\u00e9finitive. Il est toutefois \u00e9vident que le redimensionnement indispensable du bilan de la BNS, en accord avec le mandat qui lui est conf\u00e9r\u00e9 par la loi, suppose une formation de l\u2019opinion publique coh\u00e9rente sur les forces politiques, \u00e9conomiques et sociales.","magazine_issue":"20180701","seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":[4127,0],"korrektor":4139,"planned_publication_date":"20180626","original_files":null,"external_release_for_author":"20180531","external_release_for_author_time":"23:30:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/5af1b70b4005f"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137148"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4694"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=137148"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":188031,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/137148\/revisions\/188031"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4139"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/0"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4127"},{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/4694"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/22293"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=137148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=137148"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=137148"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=137148"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=137148"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=137148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}