{"id":140610,"date":"2017-04-27T15:50:24","date_gmt":"2017-04-27T15:50:24","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2017\/04\/interview-jordan-05-2017fr\/"},"modified":"2023-08-24T00:17:56","modified_gmt":"2023-08-23T22:17:56","slug":"interview-jordan-05-2017fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2017\/04\/interview-jordan-05-2017fr\/","title":{"rendered":"\u00ab&nbsp;Nous avons encore de la marge pour abaisser les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat&nbsp;\u00bb"},"content":{"rendered":"<h3><strong>Monsieur Jordan, le m\u00e9tier de pr\u00e9sident de la banque nationale est-il devenu plus difficile ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis presque dix ans, nous nous trouvons dans une situation exceptionnelle. Le calme n\u2019est jamais revenu apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re de l\u2019\u00e9t\u00e9 2007. Une crise chasse l\u2019autre. La Banque nationale suisse (BNS) doit utiliser des moyens qu\u2019elle n\u2019avait jamais d\u00e9ploy\u00e9s dans le pass\u00e9. Son histoire est cependant jalonn\u00e9e de phases difficiles qui ont d\u00fb \u00eatre surmont\u00e9es.&#13;<\/p>\n<h3>\u00a0<strong>Les choses se sont compliqu\u00e9es\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis quelque temps, le directoire est confront\u00e9 \u00e0 des t\u00e2ches et \u00e0 des d\u00e9cisions inhabituelles. Il en sera sans doute encore ainsi pour un certain temps. Nous r\u00e9solvons ces probl\u00e8mes avec nos collaborateurs qui sont tr\u00e8s bien pr\u00e9par\u00e9s et fortement motiv\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat baisse depuis des ann\u00e9es. Comment l\u2019expliquer\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl importe de distinguer entre taux nominaux et taux r\u00e9els. Ces vingt \u00e0 vingt-cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019inflation n\u2019a cess\u00e9 de diminuer dans plusieurs pays, en passant de deux chiffres \u00e0 quasiment z\u00e9ro. En cons\u00e9quence, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominaux ont baiss\u00e9. Pour autant que les conditions restent les m\u00eames, l\u2019\u00e9pargnant sera moins exigeant au niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat si l\u2019inflation recule. Nous constatons toutefois qu\u2019en outre, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els \u2013 soit d\u00e9falqu\u00e9s de l\u2019inflation\u00a0\u2013 ont \u00e9galement baiss\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Pourquoi\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn premier lieu, il faut noter le r\u00f4le que certaines interventions ont jou\u00e9 \u00e0 des moments pr\u00e9cis. Ainsi, \u00e0 la suite de la crise financi\u00e8re, la politique mon\u00e9taire est devenue expansive et a fait baisser les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat en dessous de leur valeur habituelle, soit le taux d\u2019\u00e9quilibre r\u00e9el. En second lieu, de nombreux indices \u00e9tablissent que m\u00eame ce taux est plus faible qu\u2019autrefois. La d\u00e9mographie en est l\u2019une des causes\u00a0: la population gagne en long\u00e9vit\u00e9, elle est donc davantage incit\u00e9e \u00e0 \u00e9pargner pendant sa vie active, ce qui affaiblit le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9el. Outre cela, certains indices montrent que la croissance de la productivit\u00e9 est aujourd\u2019hui plus faible qu\u2019il y a encore vingt ou trente ans. Ce facteur pourrait accentuer la pression sur le taux d\u2019\u00e9quilibre r\u00e9el.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Dans aucun autre pays, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 court et \u00e0 long termes ne sont aussi bas qu\u2019en Suisse. Qu\u2019en disent vos homologues \u00e9trangers\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nMes coll\u00e8gues \u00e0 l\u2019\u00e9tranger voient aussi que le franc est une valeur refuge et qu\u2019en Suisse, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont historiquement et logiquement plus bas que dans d\u2019autres pays.&#13;<\/p>\n<h3><strong>\u00c0 mi-mars, la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale am\u00e9ricaine (Fed) a d\u00e9cid\u00e9 de relever son taux directeur. Un virage des taux est-il en vue, \u00e0 plus long terme\u00a0? La Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) pourrait-elle \u00e9ventuellement s\u2019y associer\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nAux \u00c9tats-Unis, la politique mon\u00e9taire semble se normaliser. La Fed a annonc\u00e9 qu\u2019au cas o\u00f9 l\u2019\u00e9volution serait favorable, elle pr\u00e9voyait de nouveaux rel\u00e8vements des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Voil\u00e0 un signal tr\u00e8s positif. Il signifie qu\u2019une partie importante de l\u2019\u00e9conomie mondiale est si robuste que l\u2019on peut envisager de relever les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. En Europe, la reprise \u00e9conomique est certes en cours, mais elle n\u2019est pas encore aussi vigoureuse qu\u2019aux \u00c9tats-Unis. L\u2019inflation n\u2019y est pas non plus remont\u00e9e assez fortement et durablement pour que la BCE puisse relever les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Nous sommes toutefois convaincus que l\u2019Europe aussi reviendra \u00e0 la normale progressivement.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Que serait-il arriv\u00e9 si, en d\u00e9cembre 2014, vous n\u2019aviez pas introduit les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatifs sur les avoirs \u00e0 vue\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe taux n\u00e9gatif est un pilier important de notre politique mon\u00e9taire. Avant son introduction, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019euro \u00e9taient parfois m\u00eame inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux du franc. Le diff\u00e9rentiel habituel s\u2019est donc invers\u00e9, ce qui a naturellement entra\u00een\u00e9 de forts investissements en francs. Avec l\u2019introduction du taux n\u00e9gatif, il a \u00e9t\u00e9 possible de r\u00e9tablir partiellement le diff\u00e9rentiel perdu, de sorte que les placements en francs rapportent de nouveau moins que ceux en euros. Cela a r\u00e9duit la pression qui s\u2019exer\u00e7ait sur notre monnaie. Si nous ne l\u2019avions pas fait, on aurait gagn\u00e9 davantage sur les placements en francs que sur ceux en euros et l\u2019int\u00e9r\u00eat pour notre monnaie aurait encore augment\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Cela aurait-il signifi\u00e9 que notre industrie d\u2019exportation n\u2019aurait plus \u00e9t\u00e9 comp\u00e9titive et que le ch\u00f4mage aurait explos\u00e9\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nExactement. Chaque appr\u00e9ciation du franc a automatiquement des r\u00e9percussions sur les possibilit\u00e9s d\u2019exporter et sur le niveau des prix en Suisse. En effet, les biens export\u00e9s rench\u00e9rissent et les biens import\u00e9s deviennent meilleur march\u00e9. Une nouvelle appr\u00e9ciation aurait aggrav\u00e9 la situation \u00e9conomique. Il \u00e9tait donc important que la BNS intervienne.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatifs ont-ils les effets attendus\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui, l\u2019effet escompt\u00e9 s\u2019est produit. Cela ne veut toutefois pas dire que toute pression sur le franc puisse \u00eatre amortie par ce seul moyen. En cas de fortes turbulences\u00a0\u2013 par exemple lorsque des incertitudes d\u2019ordre politique surviennent dans la zone euro ou en Europe\u00a0\u2013, la politique mon\u00e9taire dispose d\u2019un autre outil, \u00e0 savoir la possibilit\u00e9 d\u2019intervenir sur le march\u00e9 des devises.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Ces interventions suscitent des critiques. Le montant du bilan a fortement augment\u00e9, \u00e0 plus de 700 milliards de francs. Quels sont les risques concomitants\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nC\u2019est vrai, notre bilan est devenu \u00e9norme au cours de la crise. Il refl\u00e8te en fin de compte l\u2019effort fourni par la Banque nationale pour ma\u00eetriser la crise dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays. La majorit\u00e9 des actifs que nous d\u00e9tenons sont en devises \u00e9trang\u00e8res et subissent donc des fluctuations de cours. Ces derni\u00e8res n\u2019ont, cependant, aucun effet sur nos options en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire. Cela peut naturellement aboutir \u00e0 ce que le b\u00e9n\u00e9fice ne soit pas assez important pour \u00eatre r\u00e9parti entre la Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons. Cela a \u00e9t\u00e9 le cas pour l\u2019exercice 2013.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le montant du bilan conna\u00eet-il un plafond \u00e0 ne pas d\u00e9passer\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNon, il n\u2019y a pas de valeur limite fond\u00e9e \u00e9conomiquement. Nous examinons toujours si une intervention\u00a0et donc une expansion du bilan sont justifi\u00e9es. Il faut que cela se justifie en termes de politique mon\u00e9taire.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Vous \u00e9voquez un franc survaloris\u00e9. Pouvez-vous nous dire quel serait le cours \u00e9quitable par rapport \u00e0 l\u2019euro\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOn ne peut donner de valeur exacte. C\u2019est pourquoi nous nous gardons bien de citer un chiffre. N\u00e9anmoins, tous les indicateurs et mod\u00e8les sugg\u00e8rent que le franc est toujours nettement sur\u00e9valu\u00e9, en particulier par rapport \u00e0 l\u2019euro.&#13;<\/p>\n<h3><strong>D\u2019apr\u00e8s le Fonds mon\u00e9taire international, la politique des taux n\u00e9gatifs suivie par la BNS est un succ\u00e8s. Certains disent m\u00eame qu\u2019on pourrait encore les baisser. Qu\u2019en pensez-vous\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNous sommes d\u00e9j\u00e0 all\u00e9s loin avec un taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de -0,75\u00a0%. Cela dit, nous avons encore de la marge pour l\u2019abaisser davantage. Nous \u00e9valuons toujours si une nouvelle diminution est justifi\u00e9e et judicieuse, compte tenu des effets collat\u00e9raux.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Vous ne l\u2019excluez donc pas\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNon, nous ne l\u2019excluons pas.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Certains milieux entendent stimuler l\u2019\u00e9conomie par des recettes keyn\u00e9siennes. Qu\u2019en pensez-vous\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl faut \u00eatre prudent avec de tels slogans. Pour discuter de la politique \u00e9conomique, il est tr\u00e8s important d\u2019analyser exactement le contexte et d\u2019examiner les instruments \u00e0 employer dans une situation donn\u00e9e. Que les mesures prises portent alors l\u2019\u00e9tiquette de keyn\u00e9sianisme ou toute autre est secondaire et sans importance. Plusieurs pays ont aujourd\u2019hui besoin avant tout de r\u00e9formes structurelles, car le potentiel de croissance de leurs \u00e9conomies est trop faible.&#13;<\/p>\n<h3><strong>La politique structurelle est l\u2019affaire des gouvernements\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui, assur\u00e9ment. Les banques centrales ne peuvent pas mener de politique structurelle. En ce qui concerne le potentiel de croissance, la politique mon\u00e9taire n\u2019a qu\u2019une seule utilit\u00e9, mais son importance est fondamentale\u00a0: la stabilit\u00e9 des prix. \u00c0 part cela, il est possible d\u2019augmenter le potentiel de croissance en prenant des mesures d\u2019ordre structurel, mais celles-ci ne peuvent \u00eatre adopt\u00e9es que par les parlements et les gouvernements. Il est ainsi possible de renforcer la souplesse du march\u00e9 de l\u2019emploi ou l\u2019efficacit\u00e9 du syst\u00e8me fiscal pour cr\u00e9er les bonnes incitations. L\u2019infrastructure, la politique de la concurrence et la formation jouent \u00e9galement un grand r\u00f4le vis-\u00e0-vis du potentiel de croissance.&#13;<\/p>\n<h3><strong>La BCE n\u2019emp\u00eache-t-elle pas partiellement ces r\u00e9formes structurelles par ses arrosages mon\u00e9taires\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDans plusieurs pays, la politique mon\u00e9taire a tent\u00e9 de donn\u00e9 du temps aux gouvernements, pendant la crise, pour r\u00e9aliser de telles r\u00e9formes. Les gouvernements ont la responsabilit\u00e9 d\u2019exploiter ce temps.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Depuis, dix ans ont pass\u00e9<\/strong><strong>.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nMalheureusement, ce temps n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 \u00e0 bon escient, en plusieurs endroits. Cela provient notamment des divergences d\u2019int\u00e9r\u00eats entre l\u2019un et l\u2019autre groupe, qui ont souvent emp\u00each\u00e9 les r\u00e9formes.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Avez-vous un exemple de pays qui ait bien ma\u00eetris\u00e9 le probl\u00e8me\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Europe, quelques pays\u00a0\u2013 l\u2019Espagne, la Gr\u00e8ce et la France\u00a0\u2013 ont r\u00e9alis\u00e9 des r\u00e9formes structurelles. Celles-ci ne se font toutefois pas encore sentir ou n\u2019ont pas encore d\u00e9ploy\u00e9 tous leurs effets au vu des probl\u00e8mes \u00e0 r\u00e9gler. Les gouvernements qui ont le courage de s\u2019attaquer \u00e0 ces r\u00e9formes structurelles peuvent \u00eatre sanctionn\u00e9s par les \u00e9lecteurs aux prochains scrutins et ne pas \u00eatre r\u00e9\u00e9lus. Cela r\u00e9duit \u00e9videmment toute envie d\u2019agir. La politique \u00e0 long terme exige cependant que les probl\u00e8mes fondamentaux soient un jour r\u00e9solus.&#13;<\/p>\n<h3><strong>O\u00f9 y a-t-il en Suisse n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019intervenir en mati\u00e8re de r\u00e9formes structurelles\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nForce est de constater que le cadre \u00e9conomique suisse est de bonne qualit\u00e9. Par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, nous disposons d\u2019un march\u00e9 du travail flexible et d\u2019une administration efficace. Je crois que ce sont des conditions favorables. Il faut, toutefois, \u00eatre conscient de leur importance si l\u2019on veut pr\u00e9server le haut niveau des salaires et la prosp\u00e9rit\u00e9. Cette derni\u00e8re ne doit pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme acquise. Face \u00e0 la concurrence mondiale, il ne faut pas grand-chose pour perdre tout \u00e0 coup son avance en mati\u00e8re de conditions-cadres.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le rejet de la r\u00e9forme de la fiscalit\u00e9 des entreprises III, l\u2019incertitude des relations avec l\u2019Europe ou l\u2019augmentation de la densit\u00e9 normative entrent-ils dans ce cadre\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nToutes ces questions sont importantes. La Banque nationale suisse observe toutefois une position de retrait et n\u2019intervient pas dans les d\u00e9tails du d\u00e9bat politique.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Les caisses de pr\u00e9voyance sont fortement affect\u00e9es par les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatifs et le vieillissement d\u00e9mographique. Que peuvent-elles faire pour tenir leurs engagements en mati\u00e8re de <\/strong><strong>rendement\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nFondamentalement, ce sont surtout les faibles rendements offerts par les placements qui causent des probl\u00e8mes aux caisses de pr\u00e9voyance. Si une p\u00e9riode de disette ne dure que quelques ann\u00e9es, la question n\u2019est pas si grave. Par contre, si le niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat reste durablement faible, la situation du syst\u00e8me de pr\u00e9voyance empire fortement, parce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour des rendements nettement sup\u00e9rieurs. Il ne reste alors d\u2019autre possibilit\u00e9 que d\u2019adapter les taux de conversion ou les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat dits techniques, ce qui aura des effets sur les cotisations et les prestations.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Est-il exact que les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatifs de la BNS co\u00fbtent chaque ann\u00e9e plus d\u2019un milliard de francs aux banques du pays\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn 2016, les rendements sur les avoirs \u00e0 vue de la banque nationale ont \u00e9t\u00e9 de l\u2019ordre de 1,5\u00a0milliard de francs. Malgr\u00e9 les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatifs, le syst\u00e8me bancaire a plut\u00f4t bien surmont\u00e9 les probl\u00e8mes ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es. De nombreuses banques ont \u00e9t\u00e9 capables de s\u2019adapter au nouveau contexte et leurs b\u00e9n\u00e9fices n\u2019ont pas d\u00e9croch\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le mod\u00e8le d\u2019affaires des banques est cependant menac\u00e9.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPour les banques, la situation actuelle repr\u00e9sente un immense d\u00e9fi. Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat des cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires ont chut\u00e9 plus fortement que ceux des placements \u00e0 vue et de l\u2019\u00e9pargne. Il en r\u00e9sulte que la marge d\u2019int\u00e9r\u00eats s\u2019est resserr\u00e9e. Jusqu\u2019ici, la plupart des banques ont \u00e9t\u00e9 capables de s\u2019accommoder relativement bien de la situation. Elles ont par exemple accord\u00e9 plus d\u2019hypoth\u00e8ques \u00e0 long terme, o\u00f9 les rendements sont encore un peu plus \u00e9lev\u00e9s que celui des hypoth\u00e8ques Libor. Ainsi, les recettes sont rest\u00e9es \u00e9lev\u00e9es. Les risques ont toutefois augment\u00e9, parce qu\u2019une hypoth\u00e8que \u00e0 taux fixe et \u00e0 long terme peut se r\u00e9v\u00e9ler calamiteuse pour la banque le jour o\u00f9 les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat remontent.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Comment cela peut-il affecter la stabilit\u00e9 financi\u00e8re de ces banques\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nSi, par exemple, les changements de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat devaient occasionner des pertes, il importe que le syst\u00e8me bancaire soit bien capitalis\u00e9 pour les absorber. Gr\u00e2ce \u00e0 une r\u00e9glementation raisonnable, les banques sont assez bien capitalis\u00e9es en Suisse.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Investit-on d\u00e9j\u00e0 davantage dans des placements \u00e0 risque\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPrenons le march\u00e9 immobilier suisse, qui est normalement tr\u00e8s sensible, Il s\u2019est fortement d\u00e9velopp\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9but de la crise financi\u00e8re. Le volume des hypoth\u00e8ques et les prix de l\u2019immobilier \u00e9taient alors en nette augmentation. Depuis deux ou trois ans, cette croissance s\u2019infl\u00e9chit, mais progressivement. Dans quelques segments, les prix reculent m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement. Cela signifie que les mesures prises par les autorit\u00e9s, comme l\u2019introduction du volant anticyclique de fonds propres, ont de l\u2019effet. Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatifs n\u2019ont donc pas relanc\u00e9 le march\u00e9 immobilier. Tant la croissance des hypoth\u00e8ques que les prix de l\u2019habitat restent cependant \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sur les comptes d\u2019\u00e9pargne fondent et les frais augmentent. Constatez-vous que les gens retirent leurs \u00e9conomies et les th\u00e9saurisent davantage\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNon, nous ne le constatons pas. Nous observons certes que la circulation d\u2019argent liquide a augment\u00e9, mais pas de fa\u00e7on disproportionn\u00e9e. Cette hausse est li\u00e9e au contexte\u00a0: en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, la peur des crises pousse l\u2019\u00e9pargnant \u00e0 accro\u00eetre ses r\u00e9serves en liquide.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Les \u00e9pargnants retirent-ils leur argent des banques\u00a0<\/strong><strong>?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn tout cas pas \u00e0 cause du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat n\u00e9gatif, car, comme je l\u2019ai dit, quasiment aucune banque ne l\u2019applique aux petits \u00e9pargnants. En outre, retirer de l\u2019argent liquide \u00e0 la banque entra\u00eene des risques \u00e9lev\u00e9s\u00a0: les \u00e9pargnants peuvent le perdre ou se le faire voler. Le rendement est alors fortement n\u00e9gatif, donc inf\u00e9rieur au taux z\u00e9ro des banques. Autre \u00e9l\u00e9ment important pour les \u00e9pargnants\u00a0: en Suisse, nous avons une inflation tr\u00e8s faible, ce qui pr\u00e9serve fortement le pouvoir d\u2019achat de leurs \u00e9conomies.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur Jordan, le m\u00e9tier de pr\u00e9sident de la banque nationale est-il devenu plus difficile ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0? &#13; Depuis presque dix ans, nous nous trouvons dans une situation exceptionnelle. Le calme n\u2019est jamais revenu apr\u00e8s l\u2019\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re de l\u2019\u00e9t\u00e9 2007. Une crise chasse l\u2019autre. 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