{"id":140970,"date":"2017-03-23T14:48:41","date_gmt":"2017-03-23T14:48:41","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2017\/03\/tesar-streitgespraech-04-2017fr\/"},"modified":"2023-08-24T00:18:31","modified_gmt":"2023-08-23T22:18:31","slug":"tesar-streitgespraech-04-2017fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2017\/03\/tesar-streitgespraech-04-2017fr\/","title":{"rendered":"Moins de flexibilit\u00e9 sur le march\u00e9 du travail \u00e0 cause de l\u2019Initiative contre l&#8217;immigration de masse&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<h3><strong>Il y aura dix ans cet \u00e9t\u00e9 que la crise financi\u00e8re a \u00e9clat\u00e9. Comme on l\u2019a vu, le march\u00e9 suisse du travail a fait preuve d\u2019une forte capacit\u00e9 de r\u00e9sistance. Quelle en est la raison\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>Daniel Lampart\u00a0:<\/strong> D\u2019une part, la population a augment\u00e9 durant cette p\u00e9riode, ce qui a stabilit\u00e9 l\u2019\u00e9conomie nationale. De plus, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, le Parlement et certains gouvernements cantonaux ont montr\u00e9 une volont\u00e9 extraordinaire en intervenant rapidement pour stabiliser la conjoncture et en recourant au ch\u00f4mage partiel. Tout cela explique que, contrairement \u00e0 d\u2019autres pays, notre \u00e9conomie n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e par la crise.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>Roland\u00a0M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Le march\u00e9 du travail est extr\u00eamement flexible. Durant la crise financi\u00e8re, l\u2019appr\u00e9ciation du franc a entra\u00een\u00e9 la suppression de milliers d\u2019emplois en Suisse. Le taux de ch\u00f4mage a certes subi temporairement une l\u00e9g\u00e8re hausse, mais il a retrouv\u00e9 entre-temps un niveau presque aussi bas qu\u2019avant la crise. Il faut absolument pr\u00e9server cette facult\u00e9 d\u2019adaptation de l\u2019\u00e9conomie suisse.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Monsieur Lampart, que pensez-vous de cet argument concernant la flexibilit\u00e9 du march\u00e9 du travail\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> Lampart\u00a0:<\/strong> Ce qui est d\u00e9terminant \u00e0 mes yeux, c\u2019est que le carnet de commandes des entreprises suisses reste plus ou moins stable. De ce point de vue, la r\u00e9glementation du march\u00e9 du travail a jou\u00e9 un r\u00f4le secondaire. Pour l\u2019industrie d\u2019exportation, il \u00e9tait essentiel de pouvoir recourir rapidement et sans bureaucratie inutile au ch\u00f4mage partiel. Autre \u00e9l\u00e9ment&nbsp;: dans les phases de recul conjoncturel, une bonne protection des travailleurs permet aux entreprises de conserver leur personnel en se repliant sur le ch\u00f4mage partiel, plut\u00f4t que de surr\u00e9agir. Toutefois, l\u2019exemple du travail temporaire montre \u00e9galement que si cette protection est relativement faible, on assiste imm\u00e9diatement \u00e0 des r\u00e9ductions d\u2019effectif.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> La protection des travailleurs a des avantages. L\u2019id\u00e9e n\u2019est pas de la d\u00e9manteler au nom de la flexibilit\u00e9 et d\u2019instaurer la libert\u00e9 d\u2019embaucher et de licencier. Cependant \u2013 m\u00eame si je n\u2019aime pas dire cela \u2013, on doit bien le constater\u00a0: avec des outils tels que le ch\u00f4mage partiel ou le travail temporaire, on peut g\u00e9n\u00e9ralement mieux am\u00e9nager la masse de travail.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0D. Lampart\u00a0:<\/strong> Il faut faire attention avec cette notion de flexibilit\u00e9 de l\u2019emploi. La recherche a d\u00fb nuancer. On peut notamment la comprendre comme une possibilit\u00e9 laiss\u00e9e au patronat d\u2019engager des gens d\u00e9pourvus de qualifications formelles. En outre, une bonne assurance-ch\u00f4mage peut accro\u00eetre la prosp\u00e9rit\u00e9. En fait, il en va plut\u00f4t ainsi\u00a0: ayant un taux de ch\u00f4mage tr\u00e8s bas, la Suisse pouvait s\u2019offrir une faible protection des travailleurs sans que personne ne s\u2019en offusque.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Cette discussion pose la question de l\u2019\u0153uf et de la poule. Qu\u2019est-ce qui existait en premier, un droit du travail flexible ou un faible taux de ch\u00f4mage\u00a0? De toute \u00e9vidence, les deux vont de pair. La flexibilit\u00e9 est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 une bonne protection des travailleurs et, surtout en Suisse, \u00e0 l\u2019assurance-ch\u00f4mage, laquelle fournit d\u2019excellentes prestations en comparaison avec l\u2019\u00e9tranger. C\u2019est pourquoi nous devons am\u00e9nager les conditions-cadres de telle sorte que notre \u00e9conomie puisse s\u2019adapter rapidement au nouveau contexte. Sinon, elle restera prisonni\u00e8re de structures obsol\u00e8tes.&#13;<\/p>\n<h3><strong>La mise en \u0153uvre de l\u2019initiative contre l\u2019immigration de masse menace-t-elle cette flexibilit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> La mise en \u0153uvre de l\u2019initiative engendre bien s\u00fbr un surcro\u00eet de r\u00e9glementation. Ce n\u2019\u00e9tait pas notre souhait \u2013 Monsieur Lampart sera d\u2019accord avec moi \u2013, mais cela figure en filigrane dans l\u2019article constitutionnel. Notre devoir commun est maintenant de ma\u00eetriser la bureaucratie, afin d\u2019atteindre le but suivant\u00a0: sortir un maximum de personnes du ch\u00f4mage et repourvoir les emplois vacants de la mani\u00e8re la plus adapt\u00e9e possible. J\u2019esp\u00e8re que les syndicats vont nous y aider.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Un syst\u00e8me de contingents a failli \u00eatre mis en place. M\u00eame le Conseil f\u00e9d\u00e9ral l\u2019a propos\u00e9. Cependant, les employeurs et les syndicats ont fait de mauvaises exp\u00e9riences dans les ann\u00e9es nonante avec un tel syst\u00e8me. C\u2019est pourquoi il a \u00e9t\u00e9 aboli. L\u2019option retenue par le Parlement doit \u00eatre salu\u00e9e. L\u2019obligation d\u2019annoncer les emplois vacants et la priorit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 l\u2019embauche de ch\u00f4meurs va, en effet, dans le sens de l\u2019efficacit\u00e9. Cela dit, j\u2019appr\u00e9cie la d\u00e9claration d\u2019intention de l\u2019Union patronale qui veut maintenant une mise en \u0153uvre qui soit suivie d\u2019effets.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Il reste des questions en suspens, comme la fa\u00e7on d\u2019annoncer les postes vacants. Comment allez-vous \u00e9valuer la r\u00e9alit\u00e9 de sa mise en \u0153uvre\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Nous la mesurerons au nombre de travailleurs qui trouveront un emploi. Les employeurs annonceront-ils les postes vacants et convoqueront-ils des ch\u00f4meurs \u00e0 des entretiens d\u2019embauche\u00a0? Les offices r\u00e9gionaux de placement sont-ils pr\u00eats \u00e0 enregistrer ces annonces et \u00e0 servir activement d\u2019interm\u00e9diaires avec les demandeurs d\u2019emploi\u00a0? Si les personnes de plus de 50 ans, qui ont aujourd\u2019hui beaucoup de peine \u00e0 trouver du travail, ou celles d\u00e9sireuses de se r\u00e9ins\u00e9rer professionnellement ont le sentiment que la priorit\u00e9 \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre indig\u00e8ne apporte quelque chose, alors cette mesure sera largement accept\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Vous repr\u00e9sentez des int\u00e9r\u00eats divergents. Ne parvenez-vous pas tous les deux \u00e0 la conclusion que le partenariat social suisse est un mod\u00e8le de r\u00e9ussite\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Oui. Le partenariat social est un succ\u00e8s. Il corrige la l\u00e9gislation \u00e9tatique. Il fonctionne bien et a fait ses preuves au fil des ann\u00e9es. L\u2019histoire a \u00e9galement montr\u00e9 que l\u2019on doit laisser les branches juger de la pertinence ou non d\u2019une r\u00e9glementation \u00e0 ce niveau.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Dans de nombreuses branches, comme la construction ou l\u2019h\u00f4tellerie-restauration, nous avons des conventions collectives de travail qui se pr\u00eatent \u00e0 une comparaison internationale. C\u2019est positif. Toutefois, il existe aussi de grandes lacunes dans les branches o\u00f9 aucune convention ne s\u2019applique \u00e0 l\u2019ensemble des entreprises, par exemple dans le commerce de d\u00e9tail. Cela cr\u00e9e un malaise, en comparaison avec d\u2019autres pays.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Dans le commerce de d\u00e9tail, nous avons d\u2019importantes conventions d\u2019entreprises qui fonctionnent bien \u00e9galement. Pensez \u00e0 Migros, \u00e0 Coop et \u00e0 bien d\u2019autres. On ne peut pas dire que rien n\u2019existe et que nous n\u2019avons pas d\u2019entrepreneurs conscients de leurs responsabilit\u00e9s.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Les conventions collectives de travail n\u2019ont rien d\u2019extraordinaire dans le commerce de d\u00e9tail, c\u2019est vrai. On peut construire sur cette base. En revanche, il existe un probl\u00e8me, en particulier dans les branches industrielles. Les nouvelles entreprises sont de plus en plus nombreuses \u00e0 ne s\u2019affilier \u00e0 aucune association professionnelle et \u00e0 offrir des conditions de travail pr\u00e9caires. M\u00eame dans les nouvelles branches, l\u2019affiliation est peu r\u00e9pandue. Il est donc de plus en plus difficile d\u2019\u00e9tendre le champ d\u2019application des conventions, car cette d\u00e9cision doit s\u2019appliquer \u00e0 au moins 50\u00a0% des entreprises de la branche concern\u00e9e. Aujourd\u2019hui, on parvient parfois tout juste \u00e0 r\u00e9unir ce quorum, mais ce ne sera bient\u00f4t plus le cas. Je me fais beaucoup de souci\u00a0: dans certaines conventions, la d\u00e9claration de force obligatoire sera abrog\u00e9e si l\u2019on n\u2019abaisse pas ce seuil.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Je suis d\u2019un autre avis. On ne peut pas affirmer que les branches dites nouvelles ne cherchent pas \u00e0 faire partie des organisations d\u2019employeurs. Ainsi, Expertsuisse, l\u2019association fa\u00eeti\u00e8re des experts en audit, fiscalit\u00e9 et fiduciaire, a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019Union patronale. Nous menons \u00e9galement des discussions avec ICT-Switzerland en vue d\u2019une affiliation. Il est vrai, toutefois, que ces branches ne s\u2019organisent pas autant qu\u2019avant autour d\u2019une convention. En ce qui concerne les CCT \u00e9tendues, un point est important pour nous\u00a0: elles continuent de se justifier dans les branches o\u00f9 elles ont fait leurs preuves jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Cependant, il n\u2019est pas concevable de les promouvoir en supprimant compl\u00e8tement le quorum des employeurs. En fait, notre objectif commun est de maintenir des conditions de travail optimales en Suisse, mais cela ne doit pas passer par de nouvelles CCT \u00e9tendues. C\u2019est aux branches de savoir si elles veulent mettre en \u0153uvre une r\u00e9glementation ou une solution collective.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> C\u2019est de cela, pr\u00e9cis\u00e9ment, dont il s\u2019agit. Si une branche le souhaite, elle doit pouvoir le faire. Or, ce n\u2019est plus possible avec de telles entraves \u2013 qui sont les plus \u00e9lev\u00e9es d\u2019Europe \u2013 \u00e0 l\u2019extension du champ d\u2019application. Ce probl\u00e8me affecte une partie de l\u2019industrie manufacturi\u00e8re en Suisse romande ainsi que diff\u00e9rentes CCT dans la m\u00e9tallurgie, la construction et la s\u00e9curit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Nous prenons cela au s\u00e9rieux. Comme pour l\u2019IIM, le diable se cache toutefois dans les d\u00e9tails. La branche de la s\u00e9curit\u00e9, par exemple, ne parvient que difficilement \u00e0 respecter le quorum en raison des scissions d\u2019entreprises. De ce fait, l\u2019extension du champ d\u2019application de la CCT risque d\u2019\u00eatre remise en question. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, si nous acceptions des r\u00e9glementations, comme celles propos\u00e9es par l\u2019organisation \u00e9conomique romande Centre patronal, d\u2019autres branches pourraient avoir des probl\u00e8mes avec leur propre d\u00e9claration de force obligatoire. La prudence s\u2019impose donc lors de la modification de la loi permettant d\u2019\u00e9tendre le champ d\u2019application.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le Centre patronal demande plus de souplesse sur la question des quorums.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> La proposition du Centre patronal serait un bon compromis pour nous.&#13;<\/p>\n<h3><strong>La flexibilit\u00e9 du march\u00e9 du travail n\u2019est qu\u2019un aspect de la question. L\u2019\u00e9quilibre de la s\u00e9curit\u00e9 sociale est \u00e9galement n\u00e9cessaire. Pouvons-nous encore nous offrir un \u00c9tat social\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Je me refuse \u00e0 tout peindre en noir. Voil\u00e0 qui va r\u00e9jouir Monsieur Lampart\u00a0: nous avons besoin de croissance \u00e9conomique en Suisse pour nous offrir cet \u00c9tat social qui est manifestement un bon mod\u00e8le. Nous voulons maintenir le niveau des prestations. Pour y parvenir, il faudra d\u00e9ployer des efforts financiers suppl\u00e9mentaires dans les premier et deuxi\u00e8me piliers, en raison des probl\u00e8mes structurels. L\u2019\u00e9conomie est pr\u00eate \u00e0 y contribuer. On doit aussi reconna\u00eetre, pour une fois, ce que font les employeurs\u00a0: dans la pr\u00e9voyance vieillesse, par exemple, nous plaidons pour le maintien du niveau des rentes, malgr\u00e9 les charges \u00e9lev\u00e9es qui p\u00e8sent sur l\u2019\u00e9conomie. Il en va de m\u00eame pour l\u2019assurance-ch\u00f4mage.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le statu quo peut donc \u00eatre financ\u00e9.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> La Suisse est plus riche que jamais. Bien s\u00fbr que nous pouvons financer notre syst\u00e8me d\u2019assurances sociales. Son niveau indique la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays\u00a0; il y contribue \u00e9galement. D\u2019ailleurs, la crise financi\u00e8re\u00a0l\u2019a bien montr\u00e9\u00a0: les \u00c9tats les plus durement frapp\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ceux dont la qualit\u00e9 de l\u2019assurance-ch\u00f4mage \u00e9tait insuffisante.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Monsieur Lampart, les salari\u00e9s peuvent depuis 2016 renoncer, sous certaines conditions, \u00e0 saisir leur temps de travail. Comment voyez-vous l\u2019avenir\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Nous avons accept\u00e9 un compromis qui pr\u00e9voit une grande autonomie dans l\u2019organisation du travail. Cependant, l\u2019encre de ce texte n\u2019est pas encore s\u00e8che que d\u00e9j\u00e0, les employeurs demandent un nouvel assouplissement. L\u2019enregistrement des heures effectu\u00e9es et la pr\u00e9dictibilit\u00e9 du travail sont plus importants que jamais, notamment pour mieux concilier vies familiale et professionnelle. Un lourd fardeau p\u00e8se aujourd\u2019hui sur de nombreux salari\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Deux initiatives parlementaires demandent d\u2019assouplir davantage la loi sur le travail.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Fondamentalement, la loi actuelle permet une tr\u00e8s grande flexibilit\u00e9. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 un peu \u00e9tonn\u00e9 en voyant ces deux nouvelles interventions parlementaires sur la saisie du temps de travail. Les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019audit, par exemple, souhaitent y renoncer totalement et assouplir ainsi fortement la limitation des horaires. Je me fais du souci pour la qualit\u00e9 des prestations dans cette branche. Prenez le cas d\u2019un r\u00e9viseur qui travaille intens\u00e9ment quarante heures par semaine. Dans mon esprit, il se fatigue, car il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une activit\u00e9 astreignante. Elle l\u2019est peut-\u00eatre encore plus aujourd\u2019hui, car la rapidit\u00e9 et la complexit\u00e9 ont \u00e9galement augment\u00e9. On ne s\u2019\u00e9tonnera pas ensuite si ces audits sont entach\u00e9s d\u2019erreur.&#13;<\/p>\n<h3><strong>C\u2019est une critique s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard des r\u00e9viseurs.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Oui. Ce sont aussi ceux qui font le plus de bruit.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Le compromis \u00e9labor\u00e9 d\u00e9but 2016 par les partenaires sociaux \u2013 que nous soutenons toujours \u2013 n\u2019est pas utile \u00e0 tous. Il y a des branches qui ne connaissent pas le partenariat social ou qui ont actuellement des probl\u00e8mes sur ce plan. Toutes sont bloqu\u00e9es. Il serait malhonn\u00eate de ne pas vouloir aborder ce th\u00e8me. La loi sur le travail a plus de 50 ans et s\u2019appelait autrefois \u00ab\u00a0loi sur les fabriques\u00a0\u00bb. Elle date d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 il fallait r\u00e9glementer le travail des ouvriers d\u2019usine, tr\u00e8s p\u00e9nible physiquement. En outre, un d\u00e9placement s\u2019est produit de l\u2019industrie vers le secteur des services et de nombreux salari\u00e9s ont gagn\u00e9 en autonomie. Nous avons besoin de formules plus souples, adapt\u00e9es au monde moderne du travail.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Google se plaint du temps de repos impos\u00e9 la nuit et le dimanche. Cette r\u00e9glementation est-elle encore d\u2019actualit\u00e9\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> D. Lampart\u00a0:<\/strong> Les temps ont chang\u00e9, c\u2019est vrai. Surtout pour les familles. Nous ne sommes plus \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9, dans certains m\u00e9nages, l\u2019\u00e9pouse gardait le souper au chaud jusqu\u2019\u00e0 ce que le mari rentre \u00e0 la maison. Dans de nombreuses familles, les deux partenaires exercent aujourd\u2019hui une activit\u00e9 professionnelle. La jeune g\u00e9n\u00e9ration, en particulier, doit \u00eatre consciente qu\u2019il existe des contraintes, au niveau des concepts comme de la planification, qui guident la mani\u00e8re de travailler ou de ne pas travailler. Faire des heures suppl\u00e9mentaires au bureau pour marquer sa pr\u00e9sence et plaire \u00e0 son chef est une pratique d\u2019un autre \u00e2ge. Aujourd\u2019hui, l\u2019objectif doit \u00eatre d\u2019organiser efficacement le travail.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0R. M\u00fcller\u00a0:<\/strong> Si des parents actifs professionnellement veulent s\u2019occuper de leurs enfants, il faut qu\u2019ils puissent interrompre leurs horaires. Or, la loi sur le travail est justement probl\u00e9matique\u00a0\u00e0 cet \u00e9gard\u00a0:\u00a0le travail de jour doit s\u2019effectuer dans un cadre rigide de quatorze heures. Cela reste valable \u00e9galement si plusieurs tr\u00e8s longues interruptions sont n\u00e9cessaires, ce qui limite la flexibilit\u00e9. Cette loi comporte des dispositions dont l\u2019adaptation ne nuirait aucunement \u00e0 la protection de la sant\u00e9. J\u2019ai l\u2019impression que les syndicats refusent d\u2019en discuter, parce qu\u2019ils craignent de perdre leur influence et leurs pr\u00e9bendes. Je les comprends dans une certaine mesure. On pourrait, toutefois, leur reprocher de vouloir renforcer la r\u00e9glementation du march\u00e9 du travail dans leur int\u00e9r\u00eat et de ne pas \u00eatre pr\u00eats \u00e0 relever les nouveaux d\u00e9fis que pose l\u2019\u00e9volution du monde professionnel. J\u2019ai appris que l\u2019on doit essayer de se mettre \u00e0 la place des autres. Je suis pr\u00eat \u00e0 le faire \u00e9galement dans ce contexte. J\u2019en attends autant des syndicats, pour que nous puissions construire l\u2019avenir ensemble.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>D. Lampart\u00a0:<\/strong> Nous avons fait une concession aux employeurs et approuv\u00e9 un compromis. Le patronat a promis qu\u2019aucune autre exigence ne serait formul\u00e9e. Nous esp\u00e9rons qu\u2019il tiendra cette promesse.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y aura dix ans cet \u00e9t\u00e9 que la crise financi\u00e8re a \u00e9clat\u00e9. Comme on l\u2019a vu, le march\u00e9 suisse du travail a fait preuve d\u2019une forte capacit\u00e9 de r\u00e9sistance. Quelle en est la raison\u00a0? &#13; Daniel Lampart\u00a0: D\u2019une part, la population a augment\u00e9 durant cette p\u00e9riode, ce qui a stabilit\u00e9 l\u2019\u00e9conomie nationale. 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