{"id":141040,"date":"2017-02-23T13:15:05","date_gmt":"2017-02-23T13:15:05","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2017\/02\/strupler-03-2017fr\/"},"modified":"2023-08-24T00:18:24","modified_gmt":"2023-08-23T22:18:24","slug":"strupler-03-2017fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2017\/02\/strupler-03-2017fr\/","title":{"rendered":"Les co\u00fbts de la sant\u00e9 augmentent plus vite en Suisse que dans les pays voisins"},"content":{"rendered":"<p>Le syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse compte parmi les plus co\u00fbteux du monde. On en attribue g\u00e9n\u00e9ralement la responsabilit\u00e9 aux exigences excessives des assur\u00e9s, \u00e0 un activisme d\u00e9mesur\u00e9 des m\u00e9decins ou au grand nombre de lits d\u2019h\u00f4pitaux. Ces hypoth\u00e8ses ne r\u00e9sistent toutefois pas \u00e0 une comparaison avec les pays voisins. Pour le d\u00e9montrer, il convient d\u2019examiner en d\u00e9tail les prestations et les co\u00fbts du syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes prestations nettes \u2013 autrement dit celles qui sont pay\u00e9es par les assureurs\u00a0\u2013 croissent de mani\u00e8re impressionnante. Entre 1996 et 2015, les d\u00e9penses \u00e0 ce poste sont pass\u00e9es de 11 \u00e0 26\u00a0milliards de francs pour l\u2019assurance obligatoire des soins (AOS). En pourcentage, elles ont donc nettement plus augment\u00e9 que la population. En moyenne annuelle, leur hausse est de 4,0\u00a0% par assur\u00e9. M\u00eame ajust\u00e9 en fonction de l\u2019inflation, ce taux reste de 3,5\u00a0%. Apr\u00e8s cinq ans d\u2019une croissance relativement faible, les co\u00fbts ont une nouvelle fois pris l\u2019ascenseur en 2015, avec une hausse de 3,9\u00a0%. Corrig\u00e9e en fonction de l\u2019inflation n\u00e9gative, la croissance r\u00e9elle atteint m\u00eame 5,1\u00a0%<a href=\"#footnote_1\" id=\"footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor\">[1]<\/a>.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes co\u00fbts dans le domaine \u00ab\u00a0H\u00f4pital, ambulatoire\u00a0\u00bb affichent une augmentation particuli\u00e8rement forte, puisqu\u2019elle s\u2019\u00e9tablit \u00e0 36\u00a0% par personne entre 2009 et 2015. Alors qu\u2019on enregistre un accroissement notable des consultations dans les services ambulatoires des h\u00f4pitaux (+\u00a033\u00a0% depuis 2009), les prestations brutes par consultation sont rest\u00e9es stables. D\u00e8s lors, la hausse des co\u00fbts s\u2019explique avant tout par une extension du volume des prestations. Il faut noter \u00e0 cet \u00e9gard que le transfert souhait\u00e9 du domaine stationnaire vers les soins ambulatoires \u2013 moins on\u00e9reux\u00a0\u2013 a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDans le domaine \u00ab\u00a0M\u00e9decins, ambulatoire\u00a0\u00bb, l\u2019augmentation par personne est \u00e9galement importante, puisqu\u2019elle se chiffre \u00e0 20\u00a0% entre 2009 et 2015. Si le nombre de consultations par habitant est relativement stable au fil des ans (+\u00a03\u00a0%), l\u2019accroissement des prestations brutes par consultation (+\u00a024\u00a0%) est ici particuli\u00e8rement frappant. Les donn\u00e9es issues de la facturation montrent une hausse des consultations aupr\u00e8s de sp\u00e9cialistes. On note, en outre, chez ces derniers un accroissement des prestations brutes par facture plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019en m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale. Ainsi, malgr\u00e9 une intervention dans la structure tarifaire, qui visait \u00e0 mieux r\u00e9mun\u00e9rer les g\u00e9n\u00e9ralistes aux d\u00e9pens des sp\u00e9cialistes \u2013\u00a0tout en restant neutre en termes de co\u00fbts\u00a0\u2013, on constate que les d\u00e9penses pour ces derniers continuent de s\u2019accro\u00eetre. Manifestement, la baisse des prix a rapidement \u00e9t\u00e9 compens\u00e9e par une extension du volume des prestations.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nQuant au domaine \u00ab\u00a0H\u00f4pital, s\u00e9jours\u00a0\u00bb, il enregistre depuis 2009 une hausse de 15\u00a0% des co\u00fbts par personne et de 7\u00a0% des prestations brutes par facture. En raison du vieillissement de la population, la part des patients \u00e2g\u00e9s de plus de 70\u00a0ans s\u2019est accrue. Le nombre de cas d\u2019urgence a augment\u00e9 dans une proportion sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne et, comme mentionn\u00e9 plus haut, des prestations ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es vers le secteur ambulatoire. Contrairement aux attentes, l\u2019introduction en 2012 du syst\u00e8me de forfaits par cas \u00ab\u00a0Swiss DRG\u00a0\u00bb (voir <em>encadr\u00e9<\/em>) n\u2019a pas calm\u00e9 la situation, loin de l\u00e0\u00a0: dans le domaine \u00ab\u00a0H\u00f4pital, s\u00e9jours\u00a0\u00bb, les prestations brutes et le nombre de factures par personne ainsi que le nombre de prestations brutes par facture en 2014 \u00e9taient nettement plus \u00e9lev\u00e9s qu\u2019avant l\u2019introduction de Swiss DRG.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nSeul le secteur \u00ab\u00a0M\u00e9dicaments\u00a0\u00bb (m\u00e9decins et pharmacies) affiche une stabilit\u00e9 des co\u00fbts par habitant. Ceux-ci ont, en effet, \u00e0 peine vari\u00e9 entre 2009 et 2015. Alors que le nombre de factures de m\u00e9dicaments par personne a augment\u00e9 d\u2019au moins 24\u00a0%, les prestations brutes par facture ont diminu\u00e9 d\u2019environ 13\u00a0%. Des mesures efficaces ont \u00e9t\u00e9 prises ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour contr\u00f4ler les prix en ce domaine. La v\u00e9rification des m\u00e9dicaments rembours\u00e9s dans le cadre de l\u2019AOS entre 2012 et 2014, en particulier, a permis d\u2019\u00e9pargner 600 millions de francs par an. La substitution d\u2019anciens produits par de nouveaux, plus chers, reste une cause majeure de la hausse des d\u00e9penses \u00e0 ce poste.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Densit\u00e9 de m\u00e9decins et autres indicateurs\u00a0: valeurs comparables<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on excepte les co\u00fbts du syst\u00e8me et ce que les assur\u00e9s payent de leur poche, la majorit\u00e9 des indicateurs cl\u00e9s en Suisse sont bas ou affichent des diff\u00e9rences non significatives par rapport \u00e0 l\u2019Allemagne,\u00a0la France,\u00a0l\u2019Italie et l\u2019Autriche (voir <em>tableau<\/em>). La densit\u00e9 de m\u00e9decins, par exemple, est comparable. Pour le nombre de lits de soins aigus dans les h\u00f4pitaux, la dur\u00e9e des s\u00e9jours hospitaliers et le nombre d\u2019hospitalisations, la Suisse se situe nettement au-dessous de ses voisins. En outre, les patients suisses consultent le m\u00e9decin deux fois moins souvent. Les seules diff\u00e9rences notables concernent la densit\u00e9 des soignants (+ 90\u00a0%) et celle des psychiatres (+ 150\u00a0%).&#13;<\/p>\n<h3 class=\"text__graphic-title\"><strong>Indicateurs de sant\u00e9 en Suisse et dans les pays voisins <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<table width=\"102%\">&#13;<\/p>\n<tbody>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\"><strong>Indicateurs des co\u00fbts de la sant\u00e9<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td colspan=\"3\" width=\"316\"><strong>Valeurs 2014 ou 2015<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td colspan=\"2\" width=\"196\"><strong>Valeurs 2007<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\"><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\"><strong>Allemagne- France-Italie-Autriche (moyenne)<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\"><strong>Suisse<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\"><strong>\u00c9cart (en&nbsp;%)<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\"><strong>Suisse<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\"><strong>\u00c9cart (en&nbsp;%)<\/strong><\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">D\u00e9penses de sant\u00e9 (en USD, en parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">4397<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">6787<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+54<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">4567<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+35<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">D\u00e9penses de sant\u00e9 (en USD courants)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">4802<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">9674<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+101<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">6126<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+11<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">D\u00e9penses priv\u00e9es (pay\u00e9es par les assur\u00e9s \u00ab\u00a0de leur poche\u00a0\u00bb, en USD, en parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">636<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">1815<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+185<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">1403<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+173<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">D\u00e9penses de m\u00e9dicaments (en USD, en parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">638<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">730<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+15<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">471<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201315<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Densit\u00e9 de m\u00e9decins (pour mille habitants)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">4,1<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">4,0<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u20131<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">3,8<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+1<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Densit\u00e9 de psychiatres<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">0,2<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">0,5<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+150<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">0,4<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+110<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Densit\u00e9 de soignants<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">9,2<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">17,6<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+90<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">14,7<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+67<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Lits de soins aigus (2013)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">4,8<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">3,8<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201320<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">4,5<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201312<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Examens IRM<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">77,1<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">65,7<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201315<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">\u2013<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u2013<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Consultations m\u00e9dicales (par habitant, 2013)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">7,7<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">3,9<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201349<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">4,0<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201345<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Hospitalisations (pour 100\u00a0000 habitants)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">19\u00a0573<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">15\u00a0026<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201323<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">13\u00a0904<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201328<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<\/p>\n<tr>&#13;<\/p>\n<td width=\"244\">Dur\u00e9e de s\u00e9jour en soins aigus (en journ\u00e9es, 2013)<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"121\">6,7<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">5,9<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">\u201312<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"89\">7,8<\/td>\n<p>&#13;<\/p>\n<td width=\"107\">+12<\/td>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tr>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/tbody>\n<p>&#13;<br \/>\n<\/table>\n<p>&#13;<br \/>\n&nbsp;&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<span class=\"text__legend\">Remarque\u00a0: co\u00fbts en USD courants, cours de la Banque mondiale du 17\u00a0novembre\u00a02016.<\/span>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<span class=\"text__quelle--ground\">Statistiques de l\u2019OCDE sur la sant\u00e9 \/ La Vie \u00e9conomique<\/span>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nUne comparaison entre les valeurs de 2014 et de 2007 montre que l\u2019offre (densit\u00e9 de m\u00e9decins et nombre de lits) et les r\u00e9sultats (hospitalisations et consultations ambulatoires) se sont accrus de fa\u00e7on similaire en Suisse et dans les pays voisins. Malgr\u00e9 cela, la Suisse a vu ses co\u00fbts cro\u00eetre nettement plus vite. Consid\u00e9r\u00e9es en parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat, les d\u00e9penses pour les m\u00e9dicaments ont elles aussi beaucoup augment\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa conclusion est \u00e9vidente\u00a0: d\u2019une part, les \u00e9carts dans les d\u00e9penses sont dus aux effets de prix\u00a0; d\u2019autre part, les prestations \u00e0 bas co\u00fbt c\u00e8dent le pas \u00e0 d\u2019autres plus on\u00e9reuses. En d\u2019autres termes, la Suisse propose proportionnellement trop de prestations \u00e0 un co\u00fbt trop \u00e9lev\u00e9 chez les sp\u00e9cialistes et dans les h\u00f4pitaux\u00a0; \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, elle en offre moins dans la m\u00e9decine de premier recours. Il s&#8217;ensuit une dynamique sans frein qui ne s\u2019explique pas uniquement par des diff\u00e9rences de niveau de vie, mais aussi par de fausses incitations contenues dans les structures tarifaires et les syst\u00e8mes de facturation sous-jacents.&#13;<\/p>\n<h2><strong>La piste de l\u2019enveloppe budg\u00e9taire<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes h\u00f4pitaux qui pratiquent des soins aigus somatiques \u00e0 la charge de l\u2019AOS doivent avoir l\u2019aval du canton. Ce dernier est tenu de planifier ses besoins en mati\u00e8re hospitali\u00e8re \u2013 et donc d\u2019\u00e9tablir une liste des \u00e9tablissements concern\u00e9s \u2013, afin d\u2019\u00e9viter les surcapacit\u00e9s g\u00e9n\u00e9ratrices de surco\u00fbts. La planification doit correspondre aux besoins. Les cantons doivent \u00e9galement se coordonner, en particulier dans le domaine m\u00e9dical hautement sp\u00e9cialis\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa solution de l\u2019enveloppe budg\u00e9taire \u2013\u00a0telle que l\u2019appliquent les cantons de Gen\u00e8ve, de Vaud et du Tessin\u00a0\u2013 constitue une piste int\u00e9ressante pour le financement hospitalier. Entre 2001 et 2014, en effet, le volume des prestations a augment\u00e9 moiti\u00e9 moins dans ces trois cantons que dans les autres. Dans le secteur ambulatoire, la limitation des autorisations de pratiquer \u00e0 la charge de l\u2019AOS accord\u00e9es aux m\u00e9decins repr\u00e9sente un autre moyen de g\u00e9rer le volume de prestations. Cet instrument est \u00e9galement entre les mains des cantons.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes partenaires tarifaires sont tenus de structurer leurs tarifs selon des principes \u00e9conomiques et d\u2019inclure dans les conventions des mesures permettant de garantir l\u2019\u00e9conomicit\u00e9. Ces dispositions contractuelles et les contr\u00f4les d\u2019\u00e9conomicit\u00e9 effectu\u00e9s par les assureurs peuvent, toutefois, \u00eatre am\u00e9lior\u00e9s. Il semble par exemple que les assureurs ne v\u00e9rifient pas syst\u00e9matiquement chaque facture. Il est d\u00e8s lors difficile de surveiller l\u2019augmentation du volume des prestations pour certaines positions tarifaires.&#13;<\/p>\n<h2><strong>Apprendre de l\u2019Allemagne et des Pays\u2011Bas<\/strong><\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour limiter les co\u00fbts des soins stationnaires, la majorit\u00e9 des pays europ\u00e9ens utilisent des instruments budg\u00e9taires. Le pilotage du volume des prestations est \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9pandu. Les exemples de l\u2019Allemagne et des Pays-Bas pr\u00e9sentent un int\u00e9r\u00eat particulier pour la Suisse, car leurs syst\u00e8mes fonctionnent \u00e9galement suivant le principe de la concurrence et montrent des similitudes en mati\u00e8re de structure tarifaire.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn Allemagne, la r\u00e9mun\u00e9ration des prestations additionnelles selon un tarif r\u00e9duit\u00a0doit \u00e9viter un accroissement non justifi\u00e9 du volume des prestations hospitali\u00e8res. Cet abattement de 25\u00a0% s\u2019applique aux prestations qui d\u00e9passent le budget convenu dans le contrat de prestations pour l\u2019exercice en cours. Au d\u00e9but de cette ann\u00e9e, il a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un abattement d\u00e9gressif sur les co\u00fbts fixes, qui se situe \u00e0 un niveau nettement sup\u00e9rieur. Pour 2017 et 2018, cet abattement a \u00e9t\u00e9 fix\u00e9 \u00e0 35\u00a0%<a href=\"#footnote_2\" id=\"footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor\">[2]<\/a>. Selon l\u2019OCDE, la hausse des co\u00fbts allemands \u00e9tait de 2,3\u00a0% par habitant pour l\u2019ensemble du syst\u00e8me sanitaire et de 2,2\u00a0% pour le secteur hospitalier en 2015<a href=\"#footnote_3\" id=\"footnote-anchor_3\" class=\"inline-footnote__anchor\">[3]<\/a>. L\u2019augmentation moyenne des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es s\u2019\u00e9tablit \u00e0 2,0\u00a0% par habitant et \u00e0 2,4\u00a0% pour les h\u00f4pitaux.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nAux Pays-Bas, les forfaits pour les traitements stationnaires sont subdivis\u00e9s en deux segments\u00a0: le premier concerne les cas complexes de gravit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e, dont les tarifs sont fix\u00e9s par l\u2019\u00c9tat. Pour cela, les h\u00f4pitaux re\u00e7oivent chaque ann\u00e9e un budget fixe, qui n\u2019est pas augment\u00e9 apr\u00e8s coup en cas de prestations additionnelles. Le second segment recouvre les traitements simples et pouvant \u00eatre standardis\u00e9s, dont les tarifs sont n\u00e9goci\u00e9s librement entre h\u00f4pitaux et assureurs. Si un h\u00f4pital d\u00e9passe le volume d\u00e9termin\u00e9 dans ce segment, il peut n\u00e9gocier un tarif r\u00e9duit avec les assureurs<a href=\"#footnote_4\" id=\"footnote-anchor_4\" class=\"inline-footnote__anchor\">[4]<\/a>. Par ailleurs, des conventions ont \u00e9t\u00e9 sign\u00e9es entre le gouvernement et les associations de fournisseurs de prestations, afin de contenir la hausse des d\u00e9penses<a href=\"#footnote_5\" id=\"footnote-anchor_5\" class=\"inline-footnote__anchor\">[5]<\/a>.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s l\u2019OCDE, les co\u00fbts globaux du syst\u00e8me de sant\u00e9 aux Pays\u2011Bas se sont accrus de seulement 0,3\u00a0% par habitant et le secteur hospitalier a m\u00eame enregistr\u00e9 une baisse de 0,8\u00a0% en 2015. La moyenne des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es montre une quasi-stabilit\u00e9 (augmentation de 1,9\u00a0% par an). \u00c0 noter toutefois qu\u2019en raison d\u2019un changement de m\u00e9thode de calcul, les chiffres ne sont pas directement comparables.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nUne \u00e9tude mandat\u00e9e par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la sant\u00e9 publique (OFSP) sur le pilotage de l\u2019offre dans le domaine ambulatoire a examin\u00e9 les syst\u00e8mes et les r\u00e9gulations dans 22 pays de l\u2019OCDE<a href=\"#footnote_6\" id=\"footnote-anchor_6\" class=\"inline-footnote__anchor\">[6]<\/a>. Dans bon nombre d\u2019entre eux, les soins m\u00e9dicaux ambulatoires font l\u2019objet d\u2019un pilotage \u00e0 long terme. L\u2019Allemagne, la France, l\u2019Italie et l\u2019Autriche, en particulier, ont introduit des syst\u00e8mes visant \u00e0 limiter soit le nombre de praticiens autoris\u00e9s \u00e0 pratiquer \u00e0 la charge de l\u2019assurance-maladie, soit le volume des prestations remboursables effectu\u00e9es par ces derniers. En Allemagne, chaque m\u00e9decin pratiquant \u00e0 la charge de l\u2019assurance-maladie se voit fixer une enveloppe budg\u00e9taire qui n\u2019est pas relev\u00e9e apr\u00e8s coup si le volume convenu est d\u00e9pass\u00e9. Cela a aussi pour effet de r\u00e9duire les co\u00fbts.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nSelon cette \u00e9tude de l\u2019OCDE, les Pays-Bas sortent \u00e9galement du lot, puisque les co\u00fbts moyens de la sant\u00e9 y \u00e9taient m\u00eame en recul au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Pr\u00e9cisons \u00e0 cet \u00e9gard qu\u2019en raison d\u2019un changement de m\u00e9thode de calcul, les chiffres sont \u00e0 consid\u00e9rer avec prudence. Dans ce pays, les m\u00e9decins de premier recours sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s dans la majorit\u00e9 des cas par le biais de forfaits par patient et par traitement. Les sp\u00e9cialistes ne peuvent fournir de prestations que si le patient leur est adress\u00e9 par un m\u00e9decin de premier recours (mesure appel\u00e9e \u00ab\u00a0gatekeeping\u00a0\u00bb). Ils sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s \u00e0 la prestation. Les Pays-Bas connaissent \u00e9galement des conventions nationales sur la croissance maximale des d\u00e9penses.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>Solutions possibles<\/strong>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTandis qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger, des instruments visant \u00e0 endiguer l\u2019augmentation ind\u00e9sirable du volume des prestations sont d\u00e9j\u00e0 en place, il n\u2019y a pas pour l\u2019heure en Suisse de consensus politique relatif \u00e0 des mesures comparables. De plus, les incitations dans les structures tarifaires ont pour effet d\u2019accro\u00eetre le volume des prestations. Ainsi, les prestations techniques sont surfinanc\u00e9es dans le Tarmed. \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019absence de \u00ab\u00a0gatekeeping\u00a0\u00bb, on enregistre \u00e9galement une hausse du volume des prestations dans le syst\u00e8me de prise en charge.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIl importe donc de r\u00e9duire le volume des prestations en jouant sur les incitations. Il faut dans le m\u00eame temps limiter celles que rec\u00e8lent les structures tarifaires et qui aggravent la situation. En outre, la prise en charge m\u00e9dicale de base doit \u00eatre renforc\u00e9e. Sans cela, il ne sera pas possible de ma\u00eetriser les co\u00fbts li\u00e9s au vieillissement d\u00e9mographique sans remettre en question les principes fondamentaux de l\u2019assurance-maladie sociale. Si les primes s\u2019\u00e9l\u00e8vent trop, le syst\u00e8me de l\u2019assurance \u2013 et en particulier son caract\u00e8re obligatoire\u00a0\u2013 risque de perdre l\u2019adh\u00e9sion de la population.<\/p>\n<ol class=\"footnote\"><li id=\"footnote_1\" class=\"footnote--item\">Calculs des auteurs, fond\u00e9s sur la banque de donn\u00e9es Sasis. Cette derni\u00e8re est fiable depuis 2009.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_2\" class=\"footnote--item\">Beschlussempfehlung und Bericht des Ausschusses f\u00fcr Gesundheit vom 9. November 2016, p. 43.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_3\" class=\"footnote--item\">Ensemble des comparaisons internationales des co\u00fbts\u00a0: statistiques de l\u2019OCDE sur la sant\u00e9.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_3\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_4\" class=\"footnote--item\">Busse et al. (2013), 439 ss.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_4\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_5\" class=\"footnote--item\">Schut et al. (2013, 21 ss.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_5\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_6\" class=\"footnote--item\">R\u00fctsche et al. (2013).&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_6\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><\/ol>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syst\u00e8me de sant\u00e9 suisse compte parmi les plus co\u00fbteux du monde. On en attribue g\u00e9n\u00e9ralement la responsabilit\u00e9 aux exigences excessives des assur\u00e9s, \u00e0 un activisme d\u00e9mesur\u00e9 des m\u00e9decins ou au grand nombre de lits d\u2019h\u00f4pitaux. Ces hypoth\u00e8ses ne r\u00e9sistent toutefois pas \u00e0 une comparaison avec les pays voisins. 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Gr\u00e2ce au paquet de mesures adopt\u00e9 dans ce cadre il y a quatre ans, il entend assurer la qualit\u00e9 de vie, renforcer l'\u00e9galit\u00e9 des chances, am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des soins et optimiser la transparence. Parmi les axes principaux figure la r\u00e9duction des prestations m\u00e9dicales inefficaces dans le but de freiner l\u2019accroissement excessif du volume de prestations et de ma\u00eetriser la hausse des co\u00fbts. Cette ann\u00e9e, les efforts se focaliseront notamment sur l\u2019augmentation des maladies chroniques. 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