{"id":142910,"date":"2016-07-25T15:22:54","date_gmt":"2016-07-25T15:22:54","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2016\/07\/chaque-jour-je-me-dis-une-politique-industrielle-interventionniste-certainement-pas\/"},"modified":"2023-08-24T00:21:39","modified_gmt":"2023-08-23T22:21:39","slug":"chaque-jour-je-me-dis-une-politique-industrielle-interventionniste-certainement-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2016\/07\/chaque-jour-je-me-dis-une-politique-industrielle-interventionniste-certainement-pas\/","title":{"rendered":"\u00ab&nbsp;Chaque jour, je me dis&nbsp;: une politique industrielle interventionniste&nbsp;? Certainement pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb"},"content":{"rendered":"<h3><strong>Monsieur le pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration, l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9conomie suisse vous inqui\u00e8te-t-elle apr\u00e8s le Brexit\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui et non. Actuellement, le taux de ch\u00f4mage est \u00e0 3,1\u00a0%, ce qui est faible. En mati\u00e8re d\u2019emploi, nous d\u00e9passons la moyenne de l\u2019OCDE de 13\u00a0%. Je re\u00e7ois souvent des compliments de l\u2019\u00e9tranger pour ce r\u00e9sultat.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Qu\u2019en est-il des aspects n\u00e9gatifs\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDans de nombreuses branches, les entreprises doivent sacrifier leurs marges pour rester comp\u00e9titives. Cette situation perdure depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, lorsque la banque nationale a supprim\u00e9 le taux plancher du franc face \u00e0 l\u2019euro. Il faudra, pourtant, bien que les entreprises renouent avec les b\u00e9n\u00e9fices pour investir. Elles risquent d\u2019\u00e9touffer dans le cas contraire.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Le cours de change est d\u00e9terminant. Le franc est-il toujours trop fort\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe franc est toujours sur\u00e9valu\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019euro, et de beaucoup. La parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat devrait se situer autour de 1,20\u00a0franc. Cette situation est probl\u00e9matique, notamment parce que les deux tiers de nos exportations vont vers l\u2019Union europ\u00e9enne. Le march\u00e9 subit actuellement l\u2019influence de facteurs ext\u00e9rieurs, ce qui d\u00e9savantage nos entreprises.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Vous voulez parler de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE)\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui. A cause des politiques d\u2019assouplissement quantitatif de la BCE, les entreprises se sentent moins oblig\u00e9es d\u2019innover. La zone euro n\u2019est, du reste, pas assez incitative en ce domaine. De ce point de vue, la Suisse a un avantage, et je le dis sans aucun cynisme\u00a0: la sur\u00e9valuation du franc nous force \u00e0 innover, si bien que nous gardons une longueur d\u2019avance sur le plan technologique. Nous ne pouvons cependant pas, actuellement, vendre nos produits \u00e0 leur juste prix.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Malgr\u00e9 le choc du franc fort, il n\u2019y a pas eu de r\u00e9cession. Notre \u00e9conomie fait preuve d\u2019une r\u00e9sistance \u00e9tonnante. \u00c0 quoi cela tient-il\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl y a tout d\u2019abord la d\u00e9termination des entrepreneurs qui refusent de se laisser \u00e9vincer du march\u00e9. Ils peuvent en cela compter sur leur personnel, qui s\u2019engage fortement \u00e0 leur c\u00f4t\u00e9. Ajoutons \u00e0 cela la diversification, l\u2019efficience des co\u00fbts et l\u2019avance technologique.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Avez-vous un exemple\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPrenez Swatch. Ils ont r\u00e9cemment mis sur le march\u00e9 une nouvelle montre qui permet d\u2019effectuer des paiements. Ce sont les innovations de ce type qui font que l\u2019entreprise reste comp\u00e9titive.&#13;<\/p>\n<h3><strong>L\u2019industrie des machines va moins bien. D\u2019autres pays, comme la France, m\u00e8nent une politique industrielle. Pourquoi pas la Suisse\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNous ne menons pas de politique industrielle interventionniste et cela nous r\u00e9ussit depuis des ann\u00e9es. Il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 voir la forte productivit\u00e9 des branches exportatrices, le taux d\u2019emploi \u00e9lev\u00e9 et le faible taux de ch\u00f4mage. Notre mod\u00e8le de gouvernance est donc pertinent et g\u00e9n\u00e8re de bonnes conditions-cadres. L\u2019\u00c9tat a pour t\u00e2che d\u2019\u00e9viter la bureaucratie, de r\u00e9duire les prescriptions, de permettre aux entreprises d\u2019acc\u00e9der \u00e0 de nouveaux march\u00e9s et de supprimer les entraves techniques au commerce en n\u00e9gociant. Il n\u2019a pas \u00e0 dire aux entreprises ce qu\u2019elles doivent faire. Elles le savent bien mieux que lui.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Quelles sont les conditions-cadres les plus importantes aujourd\u2019hui\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa s\u00e9curit\u00e9 juridique et la capacit\u00e9 de planifier doivent \u00eatre garanties. Ces deux conditions sont d\u00e9cisives pour l\u2019entrepreneur. La r\u00e9forme de l\u2019imposition des entreprises III est un dossier important. Je me r\u00e9jouis que le Parlement en ait clarifi\u00e9 les contours. Il convient, par ailleurs, de pr\u00e9server les accords bilat\u00e9raux avec l\u2019UE. Enfin, et cela est primordial, le march\u00e9 du travail doit rester ouvert.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Actuellement, l\u2019incertitude r\u00e8gne dans les relations avec l\u2019UE. Le Brexit n\u2019a-t-il pas \u00e9clairci l\u2019horizon\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui. Il nous reste quelques mois, jusqu\u2019\u00e0 f\u00e9vrier 2017, pour trouver une solution concernant les bilat\u00e9rales. Pour l\u2019UE aussi, il est important que nos rapports s\u2019appuient sur des r\u00e8gles claires. L\u2019exc\u00e9dent de la balance commerciale qu\u2019elle r\u00e9alise avec la Suisse chaque ann\u00e9e le montre bien. Il repr\u00e9sente des emplois en Europe, que l\u2019UE ne veut pas perdre.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Un accord de libre-\u00e9change avec le Royaume-Uni est-il une option \u00e0 prendre au s\u00e9rieux\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNous le saurons d\u00e8s que le Royaume-Uni et l\u2019UE se seront entendus sur les modalit\u00e9s de la s\u00e9paration. Jusque-l\u00e0, les relations commerciales de l\u2019AELE \u2013 et donc de la Suisse \u2013 demeurent les m\u00eames. Il n y a, toutefois, aucun doute\u00a0: nous mettrons cette p\u00e9riode \u00e0 profit pour discuter, au sein de cette m\u00eame AELE, de la suite \u00e0 donner \u00e0 nos relations commerciales avec le Royaume-Uni.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Qu\u2019en est-il du march\u00e9 du travail\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn Suisse, les entrepreneurs, les partenaires sociaux et le monde politique s\u2019accordent \u00e0 dire qu\u2019un march\u00e9 du travail tr\u00e8s flexible attire les investisseurs. Cela fait la diff\u00e9rence en mati\u00e8re d\u2019emploi. L\u2019Italie et l\u2019Espagne se battent contre le ch\u00f4mage des jeunes, qui atteint 40\u00a0%. Une telle situation m\u2019incite chaque jour \u00e0 me dire\u00a0: une politique industrielle interventionniste\u00a0? Certainement pas\u00a0! Mieux vaut unir nos forces pour am\u00e9liorer les conditions-cadres.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Quand vous parlez de politique industrielle avec le pr\u00e9sident fran\u00e7ais, comment le lui dites-vous\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe n\u2019ai pas de conseil \u00e0 donner au pr\u00e9sident Hollande, il conna\u00eet mieux que moi la situation de son pays. Quand nous avons parl\u00e9 de politique industrielle, je lui ai dit que j\u2019\u00e9tais autrefois entrepreneur dans son pays et que j\u2019ai surmont\u00e9 la crise \u00ab\u00a0\u00e0 la suisse\u00a0\u00bb. Cela signifie gr\u00e2ce au partenariat social, lorsque le personnel et la direction \u00e9valuent la situation de fa\u00e7on r\u00e9aliste. Quand nous n\u2019avions pas de commandes, les gens restaient chez eux, et ils revenaient quand nous avions de nouveau du travail. Il n\u2019y avait pas de discussion autour de la semaine de 35\u00a0heures, car ce que veulent les salari\u00e9s, dans tous les pays, c\u2019est un emploi assur\u00e9 \u00e0 long terme.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Lors du rachat d\u2019Alstom, le groupe am\u00e9ricain General Electric a promis aux Fran\u00e7ais de cr\u00e9er 1000 emplois. Par contre, il supprime des emplois en Suisse.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nIl ne faut pas se limiter \u00e0 une vision \u00e0 court terme. Voyons pendant combien de temps les emplois pourront \u00eatre maintenus en France. General Electric a install\u00e9 ses quartiers g\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Baden, cr\u00e9ant ainsi de la valeur ajout\u00e9e. La raison de cette d\u00e9cision est la suivante\u00a0: en Suisse, on peut faire preuve d\u2019audace et d\u00e9velopper de nouvelles structures. Les entrepreneurs savent qu\u2019ils pourront les d\u00e9manteler, s\u2019ils ne peuvent proc\u00e9der autrement.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Au bout du compte, c\u2019est positif pour la Suisse\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui, notre syst\u00e8me ne peut que r\u00e9ussir \u00e0 long terme, m\u00eame si la situation est tr\u00e8s difficile pour celui qui perd son emploi. Sur la dur\u00e9e, la balance penche du bon c\u00f4t\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Les entreprises ne sont pas les seules \u00e0 changer de structures, toute l\u2019\u00e9conomie se transforme. Le franc fort acc\u00e9l\u00e8re-t-il les mutations structurelles en Suisse\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui. N\u00e9anmoins, il faut savoir que, dans l\u2019industrie des machines, ces mutations s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent surtout parce que les entreprises doivent conserver un tr\u00e8s haut niveau de productivit\u00e9. Le franc fort a seulement oblig\u00e9 les entreprises \u00e0 r\u00e9agir plus vite.&#13;<\/p>\n<h3><strong>\u2026 par exemple en d\u00e9localisant certaines \u00e9tapes de la production\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nOui, entre autres. De nombreuses entreprises de l\u2019industrie des machines ont d\u00e9localis\u00e9 des \u00e9tapes de la production dans le but de renforcer leur si\u00e8ge principal en Suisse.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 avant le 15\u00a0janvier 2015.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nBien s\u00fbr, mais la lev\u00e9e du taux plancher a augment\u00e9 la pression et acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 le changement. Cela dit, il s\u2019agit effectivement d\u2019un processus qui s\u2019inscrit dans la dur\u00e9e. Quand la pression s\u2019accentue \u2013 par exemple \u00e0 cause de la monnaie \u2013 les entreprises doivent se presser d\u2019agir.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Qu\u2019en est-il des autres branches de l\u2019\u00e9conomie\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on prend les domaines proches de l\u2019\u00c9tat, ceux-ci sont un peu plus prot\u00e9g\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Les \u00e9coles ne peuvent pas \u00eatre d\u00e9localis\u00e9es.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEvidemment, non. N\u00e9anmoins, on pourrait peut-\u00eatre les rendre un peu plus efficientes. Cela vaut \u00e9galement pour le syst\u00e8me de sant\u00e9. En Suisse, la densit\u00e9 hospitali\u00e8re est tr\u00e8s forte en comparaison internationale. Il existe toujours un risque \u00e0 vouloir maintenir des structures, qui p\u00e8sent sur l\u2019\u00e9conomie. La bureaucratie a augment\u00e9 aux trois niveaux de l\u2019\u00c9tat\u00a0: Conf\u00e9d\u00e9ration, cantons et communes. Il appartient aux pouvoirs publics d\u2019y rem\u00e9dier.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Pourtant, les choses ne changent pas beaucoup. La pression est-elle trop faible\u00a0? On se dit qu\u2019on peut se le permettre\u2026<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDans le syst\u00e8me de sant\u00e9, nous avons une relation triangulaire entre les patients, les m\u00e9decins et les caisses-maladie. La communication en temps r\u00e9el entre les protagonistes faisant d\u00e9faut, ils ne sont pas inform\u00e9s de ce que font les autres. Ce d\u00e9calage temporel \u00e0 lui seul fait que le syst\u00e8me est cher. En outre, les exigences augmentent \u00e0 mesure que les possibilit\u00e9s s\u2019\u00e9tendent. Une \u00e9conomie florissante comme la n\u00f4tre peut se le permettre. Cela dit, je pense qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir, nous devrons \u00eatre un peu plus \u00e9conomes.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Revenons aux mutations structurelles\u00a0: de moins en moins de personnes travaillent dans l\u2019industrie, en revanche, l\u2019emploi augmente dans le secteur des services. Ce changement est-il un processus sain pour une \u00e9conomie comp\u00e9titive\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn principe, oui. Une \u00e9conomie doit vivre pour rester comp\u00e9titive. Chacun de ses secteurs doit se d\u00e9velopper. Nous devons faire preuve d\u2019ouverture vis-\u00e0-vis des mutations structurelles, il s\u2019agit de les accepter et de les mettre en \u0153uvre. C\u2019est encore plus vrai lorsque le changement est entra\u00een\u00e9 par des processus innovants\u00a0: par exemple quand d\u2019autres mat\u00e9riaux, d\u2019autres processus de production ou d\u2019autres m\u00e9thodes sont utilis\u00e9s. Par ailleurs la fronti\u00e8re entre l\u2019industrie et les services s\u2019estompe partiellement.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Vous seriez donc d\u2019accord pour dire qu\u2019il n\u2019y a pas de quote-part id\u00e9ale de l\u2019industrie dans l\u2019\u00e9conomie\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe suis d\u2019accord, mais je tiens \u00e0 ajouter quelque chose. Quand la quote-part de l\u2019industrie chute \u00e0 10\u00a0%, comme c\u2019est le cas en France ou au Royaume-Uni, vous avez soudain une arm\u00e9e de jeunes gens qui ne trouvent pas de travail. C\u2019est pratiquement la pire des situations. Je me bats pour un secteur industriel fort, car je veux surtout que les jeunes aient une chance, quel que soit leur niveau de formation. Nous avons besoin de l\u2019industrie pour garantir la stabilit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Vous voulez en faire un secteur prot\u00e9g\u00e9\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nNon, justement pas. L\u2019industrie ne se peut maintenir que si sa productivit\u00e9 est forte, ce qui appelle des apprentis bien form\u00e9s. Je suis un fervent d\u00e9fenseur de la formation professionnelle. Plus le m\u00e9lange entre universitaires, g\u00e9n\u00e9ralistes et praticiens est homog\u00e8ne, plus nous sommes comp\u00e9titifs et innovants.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Ne faudrait-il pas plus de jeunes pousses\u00a0? Martin Vetterli, pr\u00e9sident du Conseil de recherche du Fonds national suisse, a d\u00e9clar\u00e9 dans notre num\u00e9ro du mois de mai que, pour les jeunes entrepreneurs, il \u00e9tait difficile de lever des fonds en Suisse.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe lui donne raison. Les jeunes pousses trouvent le premier million, mais quand il s\u2019agit de s\u2019ins\u00e9rer dans le march\u00e9, l\u2019argent se trouve principalement en Californie, pas chez nous. Nous devons corriger cela, car nous souhaitons garder sur notre sol ces entreprises novatrices, qui repr\u00e9sentent des emplois.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Que peut faire l\u2019Etat\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nAdapter le syst\u00e8me fiscal. Les prototypes et les premiers cr\u00e9dits pourraient \u00e9chapper \u00e0 l\u2019imp\u00f4t. Nous \u00e9tudions aussi la possibilit\u00e9 d\u2019exon\u00e9rer les sept premiers exercices, comme en Californie. En effet, au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es, les entrepreneurs r\u00e9investissent la plupart des \u00e9ventuels b\u00e9n\u00e9fices dans l\u2019entreprise. S\u2019il me semble important de ne pas jalouser celui qui r\u00e9ussit et cr\u00e9e des emplois, on doit aussi avoir droit \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Sur dix id\u00e9es, huit n\u2019aboutiront pas. Or, aux \u00c9tats-Unis, vous \u00eates un h\u00e9ros si vous vous \u00eates lanc\u00e9s. Chez nous, vous serez pour toujours celui qui a \u00e9chou\u00e9. Cette approche est malsaine et doit \u00eatre combattue.&#13;<\/p>\n<h3><strong>En avril, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a lanc\u00e9 la strat\u00e9gie \u00ab\u00a0Suisse num\u00e9rique\u00a0\u00bb. Dans quelle mesure y a-t-il un lien entre le num\u00e9rique et les mutations structurelles\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nUber et Airbnb ont \u00e9t\u00e9 comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Ils ont suscit\u00e9 les craintes des soci\u00e9t\u00e9s de taxis et de l\u2019h\u00f4tellerie. Ces branches doivent d\u00e9sormais veiller \u00e0 ne pas \u00eatre exclues du march\u00e9 du jour au lendemain, comme \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le cas pour les taxis en Californie. Le num\u00e9rique acc\u00e9l\u00e8re le changement, que ce soit pour les processus, les produits ou les services. Il repr\u00e9sente une chance \u00e9norme, notamment pour la Suisse, mais pour les branches concern\u00e9es et leurs collaborateurs, c\u2019est \u00e9galement un grand d\u00e9fi.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Beaucoup de personnes craignent de perdre leur travail \u00e0 cause du num\u00e9rique.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe prends ces craintes au s\u00e9rieux. Pour certaines professions, ce sera difficile. La num\u00e9risation a pris la forme d\u2019une vague rapide. Il est important de ne pas se bloquer, mais de se laisser porter par elle. Cela vaut \u00e9galement pour la politique.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Que dites-vous \u00e0 ces gens\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe leur dis\u00a0: il y a eu une premi\u00e8re r\u00e9volution industrielle, la m\u00e9canisation. Ensuite, est arriv\u00e9e l\u2019\u00e9lectricit\u00e9\u00a0; puis, l\u2019automatisation, que j\u2019ai moi-m\u00eame connue. Lorsque, il y a 40\u00a0ans, j\u2019ai voulu acheter des machines num\u00e9riques \u00e0 Langenthal, tous les chefs d\u2019atelier s\u2019y sont d\u2019abord oppos\u00e9s. Je leur ai dit\u00a0: \u00ab\u00a0Nous allons choisir ensemble, ceux qui viennent pourront donner leur avis, les autres manqueront peut-\u00eatre le coche.\u00a0\u00bb Tous les chefs d\u2019ateliers sont venus et finalement, ils ont \u00e9t\u00e9 contents de gagner en efficacit\u00e9. Les trois premi\u00e8res r\u00e9volutions industrielles ont, \u00e0 chaque fois, cr\u00e9\u00e9 de la valeur ajout\u00e9e et de nouveaux emplois, d\u2019un type diff\u00e9rent. Ce sera aussi le cas cette fois.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Certaines professions vont pourtant dispara\u00eetre, lesquelles\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe n\u2019en suis pas si s\u00fbr. M\u00eame si le syst\u00e8me de r\u00e9servation est boulevers\u00e9 par Airbnb, il y aura toujours besoin de quelqu\u2019un pour nettoyer l\u2019appartement et faire les r\u00e9parations. La technologie devra \u00e9galement \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e. L\u2019industrie aussi aura encore besoin d\u2019un service client.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Que dire des professions commerciales\u00a0? Les ordinateurs remplissent toujours plus de t\u00e2ches administratives\u00a0; ils cr\u00e9ent des bases de donn\u00e9es, par exemple. Un travail qu\u2019effectuaient avant les employ\u00e9s de commerce.<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa proc\u00e9dure automatique peut soudain subir des rat\u00e9s. Cela am\u00e8ne un sp\u00e9cialiste \u00e0 se pencher sur le probl\u00e8me. Il y a certes de nouveaux profils, de nouvelles exigences, mais les robots ne remplacent pas enti\u00e8rement les hommes.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Il n\u2019y aura pas moins d\u2019emplois\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nJe soutiens que non. Prenez l\u2019exemple des drones. On peut d\u00e9sormais les trouver dans les grands magasins. Avec un drone, vous pouvez regarder dans la chambre ou dans la cuisine de quelqu\u2019un. Cela cr\u00e9e de nouveau services d\u2019assurance, pour lesquels on a besoin d\u2019employ\u00e9s de commerce qualifi\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Que peut faire l\u2019\u00c9tat\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nComme pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019\u00c9tat est responsable des conditions-cadres. La formation et le perfectionnement sont tr\u00e8s importants. Aujourd\u2019hui, il faut se former continuellement, si l\u2019on veut r\u00e9ussir sa vie professionnelle.&#13;<\/p>\n<h3><strong>La cyberadministration contribue \u00e0 all\u00e9ger la charge administrative. L\u2019Estonie fait figure de pionni\u00e8re en Europe. Pourquoi la Suisse n\u2019est-elle pas plus en avance dans ce domaine\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Conf\u00e9d\u00e9ration, les cantons et les communes m\u00e8nent une strat\u00e9gie commune de cyberadministration. Le fait que les trois niveaux de l\u2019Etat doivent collaborer demande peut-\u00eatre plus de coordination que dans d\u2019autres pays. Il est essentiel de proposer des solutions qui peuvent \u00eatre utilis\u00e9es par tous, qui facilitent les relations avec les autorit\u00e9s et qui sont techniquement s\u00fbres.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Monsieur le pr\u00e9sident de la Conf\u00e9d\u00e9ration, l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9conomie suisse vous inqui\u00e8te-t-elle apr\u00e8s le Brexit\u00a0? &#13; Oui et non. Actuellement, le taux de ch\u00f4mage est \u00e0 3,1\u00a0%, ce qui est faible. En mati\u00e8re d\u2019emploi, nous d\u00e9passons la moyenne de l\u2019OCDE de 13\u00a0%. 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