{"id":143587,"date":"2016-05-25T16:03:42","date_gmt":"2016-05-25T16:03:42","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2016\/05\/tesar-streitgespraech\/"},"modified":"2023-08-24T00:22:46","modified_gmt":"2023-08-23T22:22:46","slug":"tesar-streitgespraech","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2016\/05\/tesar-streitgespraech\/","title":{"rendered":"La Suisse a-t-elle besoin d\u2019ouvrir son march\u00e9 agricole&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<h3><strong>Durant un r\u00e9cent trajet en train entre Lucerne et Berne, j\u2019ai vu une affiche dans un champ qui disait \u00ab\u00a0Stop TTIP\u00a0\u00bb. Cette abr\u00e9viation d\u00e9signe l\u2019accord de libre-\u00e9change pr\u00e9vu entre les \u00c9tats-Unis et l\u2019UE. Que fera la Suisse si ses principaux partenaires commerciaux scellent un tel trait\u00e9\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>Luzius Wasescha\u00a0:<\/strong> Bien qu\u2019on n\u2019en soit pas encore l\u00e0, il constituera un d\u00e9fi de taille pour notre agriculture. Si les Fran\u00e7ais, les Hollandais, les Italiens et les Espagnols peuvent livrer leur fromage aux \u00c9tats-Unis sans droits de douane, nos exportateurs seront \u00e0 la peine. La Suisse devrait donc essayer de s\u2019amarrer au TTIP. Je peux, toutefois, m\u2019imaginer que l\u2019id\u00e9e de la voir profiter de l\u2019accord \u00e0 un tarif r\u00e9duit n\u2019enchantera pas nos amis \u00e0 Bruxelles.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>Markus Ritter\u00a0:<\/strong> L\u2019Union suisse des paysans aborde tout cela de mani\u00e8re pragmatique. Nous regardons ce qui se passe et le moment venu, nous \u00e9valuerons la situation. Si, en conclusion, nous y trouvons notre avantage, notre soutien sera acquis\u2026 autrement ce sera non.&#13;<\/p>\n<h3><strong>En Europe, cet accord suscite beaucoup d\u2019inqui\u00e9tudes. <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Ses d\u00e9tracteurs craignent que des forces obscures ne d\u00e9cident, au cours de pourparlers secrets, quelque chose qui pourrait totalement changer notre vie. Ils exigent en outre une plus grande transparence dans les n\u00e9gociations.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Abstraction faite du caract\u00e8re secret des n\u00e9gociations, ce qui inqui\u00e8te les gens, c\u2019est le \u00ab\u00a0poulet chlor\u00e9\u00a0\u00bb, le ma\u00efs g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9 ou encore le non-respect des normes \u00e9cologiques.<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>M. Ritter\u00a0:<\/strong> La question est de savoir ce que contiendra effectivement le TTIP. Si l\u2019on y met tout ce que font les Am\u00e9ricains aujourd\u2019hui en mati\u00e8re agricole, l\u2019accord sera totalement contraire aux valeurs fondamentales europ\u00e9ennes. Aux \u00c9tats-Unis, tout ce qui n\u2019est pas toxique pour les consommateurs est licite. Nous, en revanche, veillons \u00e0 ce que le processus de production soit durable. Normes \u00e9cologiques et sociales, m\u00e9thodes de production, protection de la nature et des ressources\u2026 De tels concepts ne provoquent chez les Am\u00e9ricains qu\u2019un sourire fatigu\u00e9. \u00c0 leurs yeux, c\u2019est une perte de temps qui restreint la productivit\u00e9 et fait grimper les co\u00fbts.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Quelles sont les chances de trouver un accord sur les points essentiels\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha:<\/strong> Je pourrais m\u2019imaginer que les deux parties adoptent un accord-cadre \u00e9tablissant les axes fondamentaux et remettent \u00e0 plus tard la d\u00e9finition du contenu. On ne sait pas encore si c\u2019est un gouvernement d\u00e9mocrate ou r\u00e9publicain qui poursuivra les n\u00e9gociations aux \u00c9tats-Unis. Du c\u00f4t\u00e9 europ\u00e9en, il y a aussi des points d\u2019interrogation. L\u2019accord devra \u00eatre approuv\u00e9 non seulement par le Parlement europ\u00e9en, mais aussi par les \u00c9tats membres. Cela peut prendre du temps.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Qu\u2019en pensez-vous, M. Ritter\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter:<\/strong> Je suis du m\u00eame avis. En Europe, les flux migratoires renforcent les tendances nationalistes. La situation est donc sans issue, \u00e0 mon avis, justement \u00e0 cause de ces probl\u00e8mes auxquels l\u2019UE est confront\u00e9e actuellement. J\u2019irais m\u00eame plus loin\u00a0: la Suisse serait plus \u00e0 m\u00eame que l\u2019UE de n\u00e9gocier un accord avec les \u00c9tats-Unis.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Cette affirmation est surprenante. Dans la perspective d\u2019un accord de libre-\u00e9change de la Suisse avec les \u00c9tats-Unis, n\u2019est-ce pas justement l\u2019agriculture qui constitue la pierre d\u2019achoppement\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter:<\/strong> Il est clair que n\u2019importe accord doit \u00e9galement prendre en compte les int\u00e9r\u00eats de l\u2019agriculture suisse. Nous avons envoy\u00e9 une lettre au Conseil f\u00e9d\u00e9ral en octobre 2013 pour lui faire conna\u00eetre nos attentes \u00e0 cet \u00e9gard.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> La question est\u00a0de savoir jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019agriculture suisse est pr\u00eate \u00e0 aller. Cela me pr\u00e9occupe. \u00c0 la fin du cycle d\u2019Uruguay en 1994, nous avons lanc\u00e9 une r\u00e9forme de la politique agricole. Nous avons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019ouvrir progressivement les march\u00e9s et d\u2019abaisser les subventions. Pourtant, rien ne va plus dans ce domaine depuis quelques ann\u00e9es. Au contraire, nous prenons la direction oppos\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h3><strong>En ce moment, le climat politique en Suisse est, de nouveau, plut\u00f4t favorable \u00e0 un soutien \u00e0 l\u2019agriculture&#8230;<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> C\u2019est juste. Lors des derni\u00e8res \u00e9lections, les partis qui refusent une plus grande ouverture des march\u00e9s agricoles se sont renforc\u00e9s au Parlement, surtout au Conseil national. L\u2019UDC est en premi\u00e8re ligne, mais les Verts, le PDC et le PDB sont \u00e9galement r\u00e9ticents. Aujourd\u2019hui, la marge de man\u0153uvre politique est mince pour la n\u00e9gociation d\u2018accords qui voudraient sacrifier l\u2019agriculture suisse sur l\u2019autel du libre-\u00e9change sans fronti\u00e8res.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Nous arrivons maintenant dans une situation o\u00f9 les accords de libre-\u00e9change ne sont possibles qu\u2019avec des partenaires qui ont un important secteur agricole. Pour moi, le d\u00e9clic s\u2019est produit alors que je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 n\u00e9gocier ferme avec le Japon sur les questions agricoles\u00a0: les Japonais ne voulaient pratiquement rien donner et n\u2019avaient donc aucune exigence substantielle. Supprimer les droits de douane pour le sak\u00e9 et les bonsa\u00efs ne pouvait pas faire de tort \u00e0 nos paysans, m\u00eame aux plus rousp\u00e9teurs. En revanche, la n\u00e9gociation d\u2019accords de libre-\u00e9change avec la Malaisie, l\u2019Indon\u00e9sie et certains pays sud-am\u00e9ricains, comme le Br\u00e9sil et l\u2019Argentine, augmentera la pression en faveur d\u2019une ouverture de nos fronti\u00e8res. Cela aboutira \u00e0 des litiges.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> L\u2019art de bien positionner la place \u00e9conomique suisse consistera toujours \u00e0 conclure des trait\u00e9s qui regroupent de larges pans de l\u2019\u00e9conomie. Par exemple, un accord de libre-\u00e9change avec l\u2019Inde est bloqu\u00e9 par l\u2019industrie pharmaceutique \u2013 et non par nous \u2013, parce que ce pays n\u2019est pas suffisamment dispos\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Nous pouvons nous en accommoder. Les n\u00e9gociations avec la Malaisie et l\u2018Indon\u00e9sie pourraient elles aussi \u00e9chouer, si l\u2019on n\u2019accorde pas davantage de poids aux questions \u00e9cologiques\u00a0: la discussion sur l\u2019huile de palme est diam\u00e9tralement oppos\u00e9e aux attentes des ONG en mati\u00e8re de protection de la for\u00eat tropicale.&#13;<\/p>\n<h3><strong>L\u2019agriculture contribue pour moins de 1\u00a0% au produit int\u00e9rieur brut suisse. En quoi constitue-t-elle un cas particulier dans notre pays\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0: <\/strong>il faut certainement en chercher la cause dans le mandat constitutionnel de 1996. La population a confi\u00e9 \u00e0 l\u2019agriculture une tache multifonctionnelle, bas\u00e9e sur la durabilit\u00e9. Plusieurs attentes y sont attach\u00e9es. L\u2019une d\u2019elles est la protection douani\u00e8re. Il y a dix ans, j\u2019avais encore peur. Tout le monde pr\u00e9disait une plus grande ouverture des march\u00e9s. Aujourd\u2019hui, je le sais\u00a0: elle n\u2019arrivera pas si nous ne la voulons pas. Ce sera le cas si l\u2019on n\u2019aboutit pas \u00e0 des solutions \u00e9quilibr\u00e9es acceptables \u00e0 une majorit\u00e9. En Suisse, comme ailleurs, c\u2019est ainsi\u00a0: il faut que les deux chambres du Parlement donnent leur aval. Tout le reste n\u2019est que de la sinistrose. D\u2019apr\u00e8s mes estimations, l\u2019alliance euphorique en faveur de l\u2019ouverture regroupe encore les Vert\u2019lib\u00e9raux ainsi qu\u2019une partie du PLR et du PS. Cela ne forme plus une majorit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Une partie des attentes n\u2019incluaient pas la protection douani\u00e8re, mais justement le contraire, \u00e0 savoir un processus graduel et encadr\u00e9 d\u2019ouverture du march\u00e9. T\u00f4t ou tard, la protection aux fronti\u00e8res disparaitra peu \u00e0 peu. Je souhaite que l\u2019agriculture s\u2019y pr\u00e9pare. Nous avons fait de nombreuses exp\u00e9riences, dans lesquelles beaucoup d\u2019honn\u00eates gens \u2013 comme M. Ritter \u2013 n\u2019ont cess\u00e9 de dire\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ouverture ne se fera pas.\u00a0\u00bb Et pourtant, c\u2019est arriv\u00e9. \u00c0 l\u2019exemple du secret bancaire, voil\u00e0 ce qui me pr\u00e9occupe\u00a0: nous avons agi de mani\u00e8re d\u00e9sinvolte en ne tenant pas compte de l\u2019\u00e9volution internationale et nous serons totalement surpris quand quelque chose arrivera. La proportion de paysans diminue. Dans certaines r\u00e9gions, ce ph\u00e9nom\u00e8ne donne d\u00e9j\u00e0 l\u2019occasion de rationnaliser, de fusionner des exploitations ou de renforcer les coop\u00e9rations. Dans d\u2019autres, on reste simplement fig\u00e9\u00a0: ces agriculteurs-l\u00e0 paieront le prix fort quand les march\u00e9s s\u2019ouvriront. En effet, contrairement \u00e0 M. Ritter, je dis que l\u2019ouverture se fera. On devrait au moins avoir un plan B, mais je n\u2019entends rien \u00e0 ce sujet.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Nous n\u2019en cherchons pas. Nous avons fait des exp\u00e9riences n\u00e9gatives avec le libre-\u00e9change du fromage entre la Suisse et l\u2019UE. Cela nous a pris au d\u00e9pourvu. Ce n\u2019est pas que nous n\u2019ayons pas de bons produits, mais le taux de change est tomb\u00e9 en 2007 de 1,65 \u00e0 1,10 franc par rapport \u00e0 l\u2019euro et les prix du lait, notamment pour cette raison, sont au plus bas. \u00c0\u00a0l\u2019\u00e9poque, personne n\u2019en a parl\u00e9. Et je n\u2019entends plus les grands proph\u00e8tes qui nous ont vendu l\u2019ouverture du march\u00e9 laitier dans les ann\u00e9es 2000 \u00e0 2009. Vu la force actuelle du franc, il n\u2019est pas possible pour l\u2019agriculture suisse de produire des denr\u00e9es alimentaires sans protection douani\u00e8re. Les co\u00fbts sont trop \u00e9lev\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>La lib\u00e9ralisation du march\u00e9 du fromage entre la Suisse et l\u2019UE n\u2019est-elle pas un succ\u00e8s\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Les discussions d\u2019alors donnaient l\u2019impression que le libre-\u00e9change du fromage avec l\u2019UE serait lucratif. Aujourd\u2019hui, on en a une vision compl\u00e8tement diff\u00e9rente. Ce serait encore possible maintenant avec un suppl\u00e9ment de 15 centimes pour le lait transform\u00e9 en fromage et avec le cours du franc qui pr\u00e9valait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Cependant, chacun sait que le taux de change par rapport \u00e0 l\u2019euro n\u2019est plus de 1,65 ou 1,40 franc, mais seulement de 1,10 franc. Cela a \u00e9norm\u00e9ment pes\u00e9 sur notre valeur ajout\u00e9e en mati\u00e8re de produits laitiers. Cette perte est support\u00e9e en grande partie par les producteurs. Si l\u2019on consid\u00e8re le salaire horaire, l\u2019industrie laiti\u00e8re se classe aujourd\u2019hui au dernier rang de tous les types de production, soit derri\u00e8re la culture de l\u00e9gumes, de fruits et de c\u00e9r\u00e9ales. Ce n\u2019est pas un succ\u00e8s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>M. Wasescha, pourquoi la Suisse a-t-elle besoin d\u2019accords de libre-\u00e9change\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Je le dis toujours\u00a0: bien s\u00fbr que l\u2019agriculture est ch\u00e8re chez nous, mais regardez comme elle est belle. C\u2019est un paysage sublime que je peux contempler depuis le train entre Gen\u00e8ve et Berne. Cela a son prix, je suis d\u2019accord. Nous devons, toutefois, voir ce qu\u2019il faut changer aux instruments actuels. Dans les cinq prochaines ann\u00e9es, nous devrons abolir la \u00ab\u00a0loi chocolati\u00e8re\u00a0\u00bb, autrement dit les subventions \u00e0 l\u2019exportation pour les c\u00e9r\u00e9ales et les produits laitiers. Pour une fois, ce ne sont pas les paysans qui sont concern\u00e9s, mais les transformateurs. Ce projet suscite un toll\u00e9, bien que l\u2019OMC ait d\u00e9cid\u00e9 d\u00e8s 2005 de supprimer les subventions \u00e0 l\u2019exportation. Personne n\u2019a pens\u00e9 que cela finirait par arriver. Cette situation me semble dangereuse.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Dans son mandat de n\u00e9gociations, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 formul\u00e9 clairement\u00a0: il voulait d\u00e9manteler les subventions \u00e0 l\u2019exportation pr\u00e9vues par la loi chocolati\u00e8re. Je suis d\u00e9\u00e7u, car la Suisse est, au final, pratiquement le seul pays o\u00f9 l\u2019un de ces instruments a \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9 dans le cadre du principe de parall\u00e9lisme. Aux \u00c9tats-Unis, les subventions aux denr\u00e9es alimentaires sont encore admises.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Le r\u00e9sultat aurait-il \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rent si nous \u00e9tions mont\u00e9s aux barricades pour d\u00e9noncer leurs pratiques et si nous avions dit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous ne le ferons que si les Am\u00e9ricains le font aussi\u00a0\u00bb\u00a0?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Si j\u2019avais d\u00fb mener une telle n\u00e9gociation, je n\u2019aurais pas d\u00e9voil\u00e9 d\u2019embl\u00e9e toutes mes cartes et me serais battu uniquement sur les d\u00e9lais. Or, c\u2019est ce qu\u2019avait d\u00e9cid\u00e9 le Conseil f\u00e9d\u00e9ral. Si je veux vendre une vache pour 3000 francs, je ne vais pas l\u2019annoncer d\u00e8s le d\u00e9but de la n\u00e9gociation. J\u2019essaie de commencer un peu plus haut. Peut-\u00eatre est-ce une strat\u00e9gie d\u2019agriculteur.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> La d\u00e9cision de principe de supprimer les subventions \u00e0 l\u2019exportation a \u00e9t\u00e9 prise par l\u2019OMC \u00e0 Hong Kong d\u00e8s 2005. Je me souviens des ruses de galopin que certains producteurs et importateurs utilisaient alors durant les n\u00e9gociations. Ils affirmaient\u00a0: \u00ab\u00a0Pour que l\u2019agriculture soit saine, nous avons besoin d\u2019une taxe douani\u00e8re de 5000\u00a0% sur le persil.\u00a0\u00bb\u00a0L\u00e0, je dois dire\u00a0: arr\u00eatez maintenant\u00a0! La Suisse est un pays exemplaire en ce qui concerne le respect des obligations internationales. Toutefois, quand je pense \u00e0 nos tricheries dans l\u2019agriculture et \u00e0 ce que nous avons obtenu par le biais de notes en bas de page bien formul\u00e9es, je me dis que cela est digne d\u2019un op\u00e9ra italien.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Quel est votre avis, M. Ritter, sur les \u00ab\u00a0ruses de galopin\u00a0\u00bb ? <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0: <\/strong>Je ne comprends pas le choix d\u2019une telle expression. C\u2019est le Conseil f\u00e9d\u00e9ral qui avait d\u00e9pos\u00e9 ces demandes. La communaut\u00e9 internationale \u00e9tait d\u2019accord. Aujourd\u2019hui, ces taxes douani\u00e8res sont notifi\u00e9es telles quelles aupr\u00e8s de l\u2019OMC. Je pars de l\u2019id\u00e9e que tous les responsables ont fait leur travail consciencieusement \u00e0 ce niveau.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Il est vrai que toutes ces propositions ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9es, mais personne n\u2019avait le temps de les \u00e9tudier. Les d\u00e9lais \u00e9taient courts et l\u2019on n\u2019a pu examiner que les acteurs majeurs du march\u00e9 agricole. Beaucoup d\u2019aspects n\u2019ont simplement pas \u00e9t\u00e9 analys\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Que se passerait-il si on lib\u00e9ralisait compl\u00e8tement l\u2019agriculture suisse\u00a0? <\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Si les paysans adoptent un comportement judicieux au plan \u00e9conomique en l\u2019\u00e9tat actuel des paiements directs, on devrait se diriger vers une forte extensification et r\u00e9duire au maximum les co\u00fbts ainsi que la charge de travail dans les exploitations. Ils ne produiraient ainsi gu\u00e8re plus de denr\u00e9es alimentaires et tenteraient de g\u00e9n\u00e9rer des revenus suppl\u00e9mentaires \u00e0 travers une activit\u00e9 accessoire.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Les premi\u00e8res victimes seraient les petites et moyennes exploitations non sp\u00e9cialis\u00e9es des r\u00e9gions de plaine. L\u2019agriculture de montagne, elle, s\u2019en sort en principe tr\u00e8s bien avec les paiements directs.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Le premier \u00e0 devoir mettre la cl\u00e9 sous la porte serait le fromager qui emploie de la main-d\u2019\u0153uvre \u00e9trang\u00e8re. Les salaires, prot\u00e9g\u00e9s par les mesures d\u2019accompagnement, sont trop \u00e9lev\u00e9s en comparaison internationale. Le mara\u00eecher ne serait plus assez comp\u00e9titif pour r\u00e9sister \u00e0 la concurrence du Bade-Wurtemberg, de la Bavi\u00e8re, de l\u2019Espagne ou de l\u2019Italie. Le deuxi\u00e8me qui serait \u00e9ject\u00e9 du march\u00e9 est le producteur de fruits. Lui aussi a besoin d\u2019ouvriers \u00e9trangers. Et le troisi\u00e8me serait le viticulteur, qu\u2019une lib\u00e9ralisation mettrait aussi sous pression. Enfin, il est certain que la production de viande diminuerait sensiblement, car la protection douani\u00e8re est aussi tr\u00e8s importante dans ce domaine.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Et les producteurs de c\u00e9r\u00e9ales\u00a0?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> M. Ritter\u00a0:<\/strong> Leurs co\u00fbts sont plut\u00f4t bas, mais l\u2019on ne gagne d\u00e9j\u00e0 quasiment plus rien dans ce domaine. Beaucoup de paysans devraient aussi abandonner la culture de c\u00e9r\u00e9ales.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> L. Wasescha\u00a0:<\/strong> Le sc\u00e9nario catastrophe de M. Ritter se r\u00e9aliserait certainement si rien ne se passait dans un d\u00e9lai relativement court. Toutefois, en proc\u00e9dant par \u00e9tapes, les paysans pourront s\u2019adapter.&#13;<\/p>\n<h3><strong>Avec des paiements compensatoires et de longs d\u00e9lais de transition\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong><strong>L. Wasescha&nbsp;:<\/strong> <\/strong>Non, en se sp\u00e9cialisant. \u00c0 Gen\u00e8ve, il existe par exemple une sp\u00e9cialit\u00e9 du terroir, le cardon. C\u2019est une sorte de chardon. Ce l\u00e9gume se mange traditionnellement \u00e0 No\u00ebl. La demande est tellement importante que la production parvient tout juste \u00e0 la satisfaire. Cela a un prix\u00a0: le bocal d\u2019un kilo co\u00fbte 16 francs. Je vois un bel avenir pour beaucoup de paysans dans la vente directe \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de la ville. Ils n\u2019ont pas de soucis \u00e0 se faire, aussi longtemps que la population conserve son pouvoir d\u2019achat.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant un r\u00e9cent trajet en train entre Lucerne et Berne, j\u2019ai vu une affiche dans un champ qui disait \u00ab\u00a0Stop TTIP\u00a0\u00bb. Cette abr\u00e9viation d\u00e9signe l\u2019accord de libre-\u00e9change pr\u00e9vu entre les \u00c9tats-Unis et l\u2019UE. 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Cette organisation s\u2019engage en faveur d\u2019un processus graduel et encadr\u00e9 d\u2019ouverture du secteur agricole. L\u2019ex-n\u00e9gociateur en chef de la Suisse aupr\u00e8s de l\u2019OMC a dirig\u00e9 le centre de prestations Commerce mondial du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco). Luzius Wasescha enseigne le droit \u00e9conomique international \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Saint-Gall. Il vit \u00e0 Gen\u00e8ve avec sa femme.&#13;\n&#13;\n&nbsp;&#13;\n&#13;\n<strong>Markus Ritter<\/strong>&#13;\n&#13;\nLe conseiller national PDC saint-gallois Markus Ritter, \u00e2g\u00e9 de 48 ans, pr\u00e9side depuis 2012 l\u2019Union suisse des paysans. \u00c0 Altst\u00e4tten, il exploite avec sa femme une ferme bio. La majeure partie de son domaine se trouve en zone de montagne. L\u2019exploitation comprend des vaches laiti\u00e8res, du jeune b\u00e9tail d\u2019\u00e9levage, des brebis et des colonies d\u2019abeilles. 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