{"id":144632,"date":"2016-02-24T15:34:50","date_gmt":"2016-02-24T15:34:50","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2016\/02\/comment-ameliorer-notre-aide-au-developpement\/"},"modified":"2023-08-24T00:25:19","modified_gmt":"2023-08-23T22:25:19","slug":"comment-ameliorer-notre-aide-au-developpement","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2016\/02\/comment-ameliorer-notre-aide-au-developpement\/","title":{"rendered":"Comment am\u00e9liorer notre aide au d\u00e9veloppement&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<h3>Faites-vous des dons priv\u00e9s, M. Fasel\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>Hugo Fasel\u00a0:<\/strong> Bien s\u00fbr. Je veux \u00eatre un exemple pour Caritas.&#13;<\/p>\n<h3>Et en dehors de ce souci d&#8217;exemplarit\u00e9\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> M\u00eame avant, j&#8217;ai toujours donn\u00e9. Cela fait partie de ma fa\u00e7on de vivre.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong>Jan Atteslander\u00a0:<\/strong> Je fais des dons, moi aussi.&#13;<\/p>\n<h3>M. Atteslander, en tant que responsable du domaine \u00c9conomie ext\u00e9rieure \u00e0 Economiesuisse, vous avez \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9 dans l&#8217;\u00e9laboration de l&#8217;Agenda 2030. Qu&#8217;en pensez-vous\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0:<\/strong> Nous n&#8217;y avons \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s qu&#8217;\u00e0 la fin, quand les d\u00e9cisions de fond \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 prises. Malgr\u00e9 cela, le r\u00e9sultat nous satisfait\u00a0: se fixer un large catalogue d&#8217;objectifs est une bonne solution, \u00e0 laquelle l&#8217;\u00e9conomie apporte son soutien.&#13;<\/p>\n<h3>Les critiques reprochent \u00e0 cet agenda un manque de r\u00e9alisme et une certaine na\u00efvet\u00e9 au vu de ses nombreux objectifs et cibles.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> L&#8217;ambitieux catalogue des Objectifs de d\u00e9veloppement durable (ODD) correspond \u00e0 une sorte de base constitutionnelle que nous devons \u00e0 pr\u00e9sent concr\u00e9tiser. Dans notre monde interconnect\u00e9, cette \u00e9tape politique se faisait attendre depuis longtemps.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0: <\/strong>Sans \u00eatre contraignant, l&#8217;Agenda 2030 fonctionne. C&#8217;est ce qu&#8217;a montr\u00e9 l&#8217;accord de Paris sur le climat. L&#8217;important, c&#8217;est la dynamique associ\u00e9e. On voit aujourd&#8217;hui \u00e9clore des initiatives \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle nationale, dans le domaine public aussi bien que priv\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> Au niveau international, les rapports de suivi sont pr\u00e9cieux. Ils permettent d&#8217;observer l&#8217;\u00e9volution des diff\u00e9rents pays. Le constat vaut aussi pour la Suisse. Aussit\u00f4t qu&#8217;un de ces rapports la met sous pression, elle commence \u00e0 bouger.&#13;<\/p>\n<h3>La Suisse doit-elle imp\u00e9rativement se guider sur ces objectifs<strong>\u00a0<\/strong>?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0:<\/strong> Dans les domaines cl\u00e9s de la durabilit\u00e9, il faut examiner la politique suivie en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. On constatera alors qu&#8217;avec la politique \u00e9nerg\u00e9tique actuelle, nous n&#8217;atteindrons pas les objectifs fix\u00e9s pour le CO<sub>2. <\/sub>De m\u00eame, nous devrions probablement en faire plus dans le domaine de la recherche. En Suisse, nous n&#8217;avons aucune id\u00e9e de l&#8217;impact de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement sur la durabilit\u00e9. Nous manquons de points de rep\u00e8re pour les processus d\u00e9cisionnels.&#13;<\/p>\n<h3>Il faudrait donc mesurer davantage<strong>\u00a0<\/strong>?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0:<\/strong> C&#8217;est certain. Dans la coop\u00e9ration internationale au d\u00e9veloppement \u2013 l&#8217;une des t\u00e2ches majeures de la Conf\u00e9d\u00e9ration \u2013, le degr\u00e9 de r\u00e9alisation des objectifs ne fait l&#8217;objet d&#8217;aucune publication.&#13;<\/p>\n<h3>Vous parlez d&#8217;une analyse d&#8217;impact\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0:<\/strong> Oui. Nous ne savons pas exactement quels objectifs nous avons atteints au titre de la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement. Dans d&#8217;autres domaines politiques importants, cette information existe. Sans doute est-elle aussi plus facile \u00e0 obtenir. En tout cas, je peux le dire\u00a0: dans leurs publications, les ONG sont bien plus avanc\u00e9es \u2013 que ce soit en mati\u00e8re de gestion des programmes ou de contr\u00f4le des objectifs \u2013 que la Direction du d\u00e9veloppement et de la coop\u00e9ration (DDC).&#13;<\/p>\n<h3>M. Fasel, savez-vous sur quels r\u00e9sultats les programmes de Caritas ont d\u00e9bouch\u00e9<strong>\u00a0<\/strong>?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> Les mesures de suivi ont atteint dans notre organisation un haut degr\u00e9 de qualit\u00e9. Nos donateurs internationaux, comme l&#8217;UE ou les \u00c9tats-Unis, r\u00e9clament des r\u00e9sultats. Cela signifie aussi savoir faire \u00e9tat de ses \u00e9checs, car ce sont les meilleures le\u00e7ons. La notion de mesure n&#8217;a pas ici un sens purement technique. Il s&#8217;agit plut\u00f4t de rendre compte de ce qui a \u00e9t\u00e9 obtenu. \u00c0 cet \u00e9gard, il y a un besoin de rattrapage dans la coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement. Malheureusement, on se heurte souvent \u00e0 des blocages.&#13;<\/p>\n<h3>\u00c0 propos de l&#8217;Agenda 2030, on parle souvent d&#8217;une nouvelle fa\u00e7on de penser. Dans quel sens<strong>\u00a0<\/strong>?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0: <\/strong>C&#8217;est une d\u00e9marche nouvelle dans le sens o\u00f9 la responsabilit\u00e9 de tous \u2013 donc aussi celle du Nord \u2013 est mise en avant. Une grande partie de ce qui se passe dans le Sud a un impact sur le Nord et inversement. Vouloir s\u00e9parer le Nord et le Sud ne rime \u00e0 rien. L&#8217;Agenda 2030 marque \u00e0 cet \u00e9gard un progr\u00e8s d\u00e9cisif.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> Pour Caritas, le plus important des 17 objectifs de l&#8217;ONU est le combat permanent contre la pauvret\u00e9, que ce soit en Suisse ou ailleurs. La question se pose surtout pour les jeunes sans formation, qui sont particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables. Il n&#8217;est pas admissible de les laisser toute leur vie \u00e0 la charge de l&#8217;aide sociale.&#13;<\/p>\n<h3>Certains intervenants, dont Bj\u00f6rn Lomborg, directeur du centre du Consensus de Copenhague, affirment que l&#8217;Agenda 2030 est inutile. \u00c0\u00a0leurs yeux, il serait pr\u00e9f\u00e9rable de se concentrer sur un nombre pr\u00e9cis de mesures, par exemple la lutte contre des maladies comme la tuberculose ou la malaria, ou l&#8217;arr\u00eat de tout subventionnement des carburants fossiles. Cela donnerait aux pays touch\u00e9s un tel \u00e9lan que l&#8217;agenda deviendrait superflu.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0:<\/strong> Alors quoi, nous ne ferions plus rien dans les pays pauvres o\u00f9 la tuberculose n&#8217;est pas un probl\u00e8me? Ce serait le contraire d&#8217;un comportement \u00e9thique. Combattre la pauvret\u00e9 est un objectif majeur. Il n\u2019y a pas de durabilit\u00e9 sans lutte contre la pauvret\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> Cette d\u00e9claration de Bj\u00f6rn Lomborg est stupide. Aujourd&#8217;hui, chacun sait d\u00e8s l&#8217;\u00e9cole primaire que les choses sont li\u00e9es. Il est na\u00eff de penser que nous atteindrons ces objectifs plan\u00e9taires en redoublant d&#8217;efforts contre la malaria.&#13;<\/p>\n<h3>Les pays du Sud peuvent-ils exiger plus au titre de l&#8217;Agenda 2030\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> Il ne s&#8217;agit pas de savoir qui \u00e9nonce quelle exigence et qui paie combien. L&#8217;objectif est tout autre\u00a0: il faut mettre en route des processus susceptibles de renforcer le d\u00e9veloppement durable. On peut reprocher au catalogue des ODD de signaler trop discr\u00e8tement l&#8217;importance \u00e9conomique et politique des r\u00e9formes. Les Objectifs du Mill\u00e9naire pour le d\u00e9veloppement, pr\u00e9curseurs des ODD, ont pu \u00eatre atteints dans deux pays, la Chine et l&#8217;Inde, gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e9formes des politiques \u00e9conomique et sociale. Cela a lib\u00e9r\u00e9 un processus de croissance qui a fortement diminu\u00e9 la pauvret\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3>Les choses sont li\u00e9es\u00a0: les politiques financi\u00e8re, commerciale et agricole de la Suisse ont donc des r\u00e9percussions plan\u00e9taires.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> Prenons l&#8217;initiative agricole qui vise \u00e0 accro\u00eetre le degr\u00e9 d&#8217;auto-approvisionnement alimentaire en Suisse. Il n&#8217;y a pas de sens \u00e0 vouloir produire chez nous encore plus \u00e0 coup de subventions. En effet, beaucoup de pays souhaitent \u00e9couler leurs surplus.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n(J. Atteslander opine du chef.)&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> L&#8217;\u00e9change automatique d&#8217;informations d\u00e9rive \u00e9galement tout droit des ODD. Nous l&#8217;avons introduit avec l&#8217;UE. Il faut maintenant faire de m\u00eame \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale avec les pays du Sud \u2013 envers les dictateurs \u2013 pour que les flux de milliards deviennent transparents.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> On peut laisser tomber ce point. Pour l&#8217;argent des dictateurs ou les fonds d&#8217;origine inconnue, la Suisse n&#8217;est plus une terre d&#8217;asile int\u00e9ressante. Ils pr\u00e9f\u00e8rent des cieux plus cl\u00e9ments.&#13;<\/p>\n<h3>La question est pourtant l\u00e0\u00a0: les autres pays devraient aussi refuser cet argent.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> Lors du Printemps arabe, on a vu \u00e0 quelle vitesse des fonds peuvent \u00eatre bloqu\u00e9s dans le monde entier. En m\u00eame temps, il importe de ne pas emp\u00eacher l&#8217;argent de circuler vers ces pays. Si vous transf\u00e9rez aujourd&#8217;hui de l&#8217;argent dans un pays qui n&#8217;a pas de syst\u00e8me bancaire d\u00e9velopp\u00e9, vous perdez jusqu&#8217;\u00e0 20\u00a0% de la somme en taxes. La difficult\u00e9 d&#8217;acc\u00e8s aux prestations financi\u00e8res constitue un gros obstacle aux investissements. C\u2019est \u00e9galement le cas pour les particuliers et les familles.&#13;<\/p>\n<h3>Selon certaines \u00e9tudes, il y a deux fois plus d&#8217;argent qui circule du Sud au Nord que dans le sens contraire. Il s&#8217;agit surtout de flux financiers non d\u00e9clar\u00e9s et d&#8217;op\u00e9rations d&#8217;optimisation fiscale effectu\u00e9es par des multinationales. Les sommes en jeu sont \u00e9normes.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>: <\/strong>Ce sont-l\u00e0 des sympt\u00f4mes. Demandons-nous plut\u00f4t si les conditions-cadres locales se pr\u00eatent aux investissements ou si ces pays sont ouverts aux investissements priv\u00e9s, abstraction faite des classes dirigeantes\u00a0? Par exemple, quand les conditions-cadres se stabilisent dans les grandes villes africaines, les investissements y affluent aussit\u00f4t. En l&#8217;espace de deux ou trois ans, on observe d\u00e9j\u00e0 des diff\u00e9rences dans ces poches de stabilit\u00e9. La croissance est l\u00e0. Il faut donc s&#8217;attaquer aux causes et non aux sympt\u00f4mes.&#13;<\/p>\n<h3>Que peut-on dire des flux financiers internes aux multinationales\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>: <\/strong>Dans ces transactions, les groupes sont transparents\u00a0; il s&#8217;agit de revenus d\u00e9clar\u00e9s. Le probl\u00e8me est ailleurs\u00a0: les syst\u00e8mes fiscaux de certains pays ne sont pas suffisamment d\u00e9velopp\u00e9s. Sur ce point, la Suisse peut proposer aux \u00c9tats d&#8217;int\u00e9ressants programmes pour mettre sur pied un syst\u00e8me fiscal efficace. Les \u00e9lites locales n&#8217;appr\u00e9cient, cependant, pas toujours d&#8217;avoir tout \u00e0 coup des imp\u00f4ts \u00e0 payer.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> M. Atteslander nous fait ici une r\u00e9ponse classique\u00a0: les investisseurs s&#8217;abstiennent \u00e0 cause de l&#8217;instabilit\u00e9 ambiante. Nous voulons pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9liminer cette instabilit\u00e9. Nous avons en Suisse des soci\u00e9t\u00e9s de n\u00e9goce de mati\u00e8res premi\u00e8res auxquelles s&#8217;attache un risque pour notre r\u00e9putation. On peut tenir un pur raisonnement d&#8217;\u00e9conomie de march\u00e9\u00a0: dans les pays o\u00f9 sont extraites les mati\u00e8res premi\u00e8res, les groupes r\u00e9percutent enti\u00e8rement les risques sur la population locale. Quand les prix mondiaux diminuent, les salari\u00e9s sont sans autre renvoy\u00e9s chez eux. C\u2019est ainsi que l\u2019on parvient \u00e0 stabiliser les profits. En Suisse, cela ne serait pas possible puisque l&#8217;employeur a une certaine responsabilit\u00e9 en mati\u00e8re de licenciements. De ce point de vue, nos soci\u00e9t\u00e9s de mati\u00e8res premi\u00e8res en sont rest\u00e9es au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong> (il secoue la t\u00eate)\u00a0<strong>:<\/strong> Dans le domaine minier, nous sommes dans un profond processus d&#8217;apprentissage en vue d&#8217;atteindre des standards mondiaux. Il existe une entreprise suisse dont le budget d&#8217;investissement social en Afrique \u00e9quivaut \u00e0 40\u00a0% du budget de la DDC pour ce continent. Et elle est pr\u00e9sente dans des r\u00e9gions o\u00f9 les collaborateurs de la DDC ne vont plus pour des raisons de s\u00e9curit\u00e9.&#13;<\/p>\n<h3>De quelle entreprise s&#8217;agit-il\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> De Glencore. Ils construisent des \u00e9coles, des routes et des h\u00f4pitaux dans un milieu tr\u00e8s difficile. Je ne connais aucune entreprise qui stabilise ses b\u00e9n\u00e9fices au d\u00e9triment de la population locale. Au contraire, les activit\u00e9s extractives \u2013 par exemple de charbon \u2013 infligent en ce moment des pertes massives aux soci\u00e9t\u00e9s de mati\u00e8res premi\u00e8res. Pour les investissements \u00e0 long terme dont on parle, les questions qui se posent sont plut\u00f4t les suivantes. Comment se pr\u00e9sentent les taxes, les droits miniers\u00a0? L&#8217;argent va-t-il exclusivement dans la caisse centrale de l&#8217;\u00c9tat ou a-t-on quelque assurance que la population locale en profite aussi\u00a0? M\u00eame remarque pour les normes environnementales\u00a0: les grandes entreprises ne peuvent plus se permettre d&#8217;empoisonner \u00e0 large \u00e9chelle les r\u00e9gions o\u00f9 elles op\u00e8rent. Ni les autorit\u00e9s locales ni les investisseurs ne l&#8217;acceptent.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> Cette argumentation m&#8217;\u00e9tonne un peu, M. Atteslander. Je ne souscris vraiment pas \u00e0 ce qui vient d&#8217;\u00eatre dit sur Glencore. Ils ont lanc\u00e9 une vaste campagne de relations publiques et m&#8217;ont demand\u00e9, d&#8217;ailleurs, si je ne voulais pas les aider un peu \u00e0 redorer leur blason. Chacun sait que dans certains pays \u2013 en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, par exemple \u2013, ils font ce qu&#8217;ils veulent. Les dommages \u00e0 l&#8217;environnement sont immenses. La raison pour laquelle de telles entreprises r\u00e9agissent malgr\u00e9 tout est la mobilisation en Suisse de certaines organisations, dont la n\u00f4tre. Le lancement r\u00e9cent de l&#8217;initiative pour des multinationales responsables, texte soutenu aussi par des personnalit\u00e9s de l&#8217;\u00e9conomie, en est un exemple.&#13;<\/p>\n<h3>Cette initiative populaire veut que les entreprises accordent plus de valeur aux droits de l\u2019homme et \u00e0 l&#8217;environnement.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel\u00a0:<\/strong> C&#8217;est la prochaine \u00e9tape. Elle permettra de concr\u00e9tiser les ODD.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander\u00a0:<\/strong> Cette initiative est contraire aux ODD. Elle implique qu&#8217;un juge suisse statue \u00e0 Berne sur ce que fait l\u2019entreprise X en Zambie. Quelle chance aura ce magistrat de se faire une id\u00e9e un tant soit peu pr\u00e9cise des faits? C&#8217;est inapplicable.&#13;<\/p>\n<h3>Venons-en au financement de l&#8217;Agenda 2030. Selon l&#8217;ONU, il faudrait, dans les seuls pays en d\u00e9veloppement, d\u00e9penser entre 3000 et 5000 milliards d\u2019USD par an pour le concr\u00e9tiser. D&#8217;o\u00f9 viendraient de telles sommes\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> Nous ne devons pas avoir peur de ces chiffres, car ils concernent toute la communaut\u00e9 internationale. Pour comparer, c&#8217;est ce qu&#8217;ont d\u00e9pens\u00e9 les \u00c9tats-Unis ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es pour la guerre en Afghanistan. En proportionnant ces montants \u00e0 la Suisse, on arrive \u00e0 quelque 3 milliards de francs. Une somme qui comprend essentiellement des investissements, dont chacun g\u00e9n\u00e8re des revenus.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> Les investissements sont la bonne approche: la croissance qu\u2019ils provoquent sert la durabilit\u00e9. Par contre, exiger des transferts de m\u00eame ampleur serait faire fausse route. Sous l&#8217;angle de la realpolitik, le trou financier serait simplement excessif.&#13;<\/p>\n<h3>Vous pensez \u00e0 l&#8217;aide classique des pays donateurs\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>: <\/strong>Oui, des transferts n&#8217;auraient jamais permis de lancer les processus de transformation \u00e9conomique et sociale dans les pays \u00e9mergents. On a plut\u00f4t assist\u00e9 \u00e0 des am\u00e9liorations de la gouvernance et \u00e0 des transferts de technologie de grande ampleur. Pour moi, le principal souci n&#8217;est pas le manque de ressources, mais la stabilit\u00e9: le risque est que des conflits militaires et politiques fassent obstacle \u00e0 ces processus.&#13;<\/p>\n<h3>Un des objectifs de l&#8217;ONU est de porter l&#8217;aide au d\u00e9veloppement \u00e0 0,7\u00a0% du PNB au minimum. Au lieu de s&#8217;en rapprocher, le Parlement suisse a d\u00e9cid\u00e9 de retrancher 100 millions de francs au budget de cette aide. Economiesuisse a approuv\u00e9.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>: <\/strong>Imposer des parts de PNB au lieu de viser des objectifs qualitatifs est une politique totalement erron\u00e9e qui ne se pratique d&#8217;ailleurs dans aucun autre domaine. C&#8217;est une vue de l\u2019esprit. Il ne s&#8217;agit pas de savoir qui peut donner le plus d&#8217;argent. Le but doit \u00eatre d&#8217;obtenir davantage sur le plan qualitatif.&#13;<\/p>\n<h3>Ajoutons que les perspectives ne sont pas souriantes pour les finances publiques.<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> En 17 ans de vie parlementaire, je n&#8217;ai jamais entendu d&#8217;autre argument que celui-ci. Il s&#8217;agit pourtant d&#8217;une question de priorit\u00e9. En Suisse, malgr\u00e9 l&#8217;excuse des finances d\u00e9faillantes, nous sommes en train de r\u00e9duire l\u2019imp\u00f4t des soci\u00e9t\u00e9s de plusieurs milliards. Pour cela, apparemment, l&#8217;argent ne manque pas. Dans le budget 2016, on a augment\u00e9 les ressources de l&#8217;agriculture. On le voit bien: ce n&#8217;est pas de la politique financi\u00e8re, mais de la politique d&#8217;influence. Quand on interroge les gens sur les probl\u00e8mes les plus urgents, beaucoup mentionnent la crise des r\u00e9fugi\u00e9s. Cela montre bien l&#8217;importance de l&#8217;aide humanitaire. Cet argent doit stabiliser des r\u00e9gions o\u00f9 justement aucune entreprise ne se risque. Ensuite, on pourra commencer \u00e0 op\u00e9rer avec du capital priv\u00e9. L&#8217;amputation qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e tourne compl\u00e8tement le dos \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> N&#8217;oublions pas ce qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9&nbsp;: l&#8217;erreur a \u00e9t\u00e9 d&#8217;augmenter si vite l&#8217;aide au d\u00e9veloppement. M\u00eame avec la r\u00e9duction en question, ce poste est celui qui, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, a progress\u00e9 le plus dans les d\u00e9penses de la Conf\u00e9d\u00e9ration. La coop\u00e9ration internationale au d\u00e9veloppement a aussi son lobby au Parlement.&#13;<\/p>\n<h3>M. Fasel dit que l&#8217;on devrait commencer par stabiliser les zones de conflit avant de pouvoir investir. Comment vous y prendrez-vous pour stabiliser\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong>\u00a0J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> La coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement a une chance dans les r\u00e9gions o\u00f9 l\u2019on comprend bien les tenants et aboutissants. Pour cela, il faut d&#8217;abord mesurer les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s. Deuxi\u00e8mement, la communaut\u00e9 internationale doit tout faire pour parvenir \u00e0 stabiliser ces r\u00e9gions politiquement et militairement.&#13;<\/p>\n<h3>C\u2019est \u00e0 l&#8217;ONU d&#8217;y veiller, pas \u00e0 la Suisse\u00a0?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> Aux deux. La Suisse est un pays neutre. Si la communaut\u00e9 internationale veut vraiment un r\u00e9sultat, un processus d&#8217;am\u00e9lioration peut \u00eatre mis en route. Aussi longtemps que ce n&#8217;est pas le cas, des territoires comme la Syrie resteront en crise. Sans s\u00e9curit\u00e9 garantie, nous aurons des famines et des flux migratoires.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> H. Fasel<\/strong><strong>:<\/strong> Pour ce qui est de la crise des r\u00e9fugi\u00e9s, il importe d&#8217;aider sur place. Tout le monde est d&#8217;accord l\u00e0-dessus. Suite \u00e0 nos pressions constantes sur le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, la Suisse a port\u00e9 \u00e0 50 millions de francs son aide en Syrie. Les besoins sont, toutefois, bien plus importants. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral doit agir au nom de la Suisse humanitaire. Ce n&#8217;est pas une question de politique \u00e9conomique, mais de politique ext\u00e9rieure, autant qu\u2019une position de principe.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<strong> J. Atteslander<\/strong><strong>:<\/strong> Beaucoup de projets meurent quand les fonds se tarissent. Ce n&#8217;est pas de la durabilit\u00e9. Au Parlement, le message du Conseil f\u00e9d\u00e9ral aurait de meilleures chances de passer si la DDC pouvait montrer les objectifs qu&#8217;elle a atteints. Or, ce travail pr\u00e9alable n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 fait.<\/p>\n\n    <div class=\"mxm-single-slider-images \">\n        <div class=\"mxm-single-slider-wrapper\">\n            \n                <div class=\"mxm-single-image\">\n                    <div class=\"mxm-single-image-wrapper\">\n                        <img src=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/legacy\/posts\/Streitgespraech_Atteslander-3.png\" alt=\"\"\/>\n                        <p>Jan Atteslander&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne s'agit pas de savoir qui peut donner le plus d'argent. Le but doit \u00eatre d'obtenir davantage sur le plan qualitatif.&nbsp;\u00bb<\/p>\n                    <\/div>\n                <\/div>\n            \n                <div class=\"mxm-single-image\">\n                    <div class=\"mxm-single-image-wrapper\">\n                        <img src=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/legacy\/posts\/Streitgespraech_Fasel-3.png\" alt=\"\"\/>\n                        <p>Hugo Fasel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n'est pas une question de politique \u00e9conomique, mais de politique ext\u00e9rieure, autant qu\u2019une position de principe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n                    <\/div>\n                <\/div>\n                    <\/div>\n    <\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Faites-vous des dons priv\u00e9s, M. Fasel\u00a0? &#13; Hugo Fasel\u00a0: Bien s\u00fbr. Je veux \u00eatre un exemple pour Caritas.&#13; Et en dehors de ce souci d&#8217;exemplarit\u00e9\u00a0? &#13; H. 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