{"id":146149,"date":"2015-07-23T16:59:26","date_gmt":"2015-07-23T16:59:26","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2015\/07\/2015-08-09-falkinger-franz\/"},"modified":"2023-08-24T00:28:22","modified_gmt":"2023-08-23T22:28:22","slug":"2015-08-09-falkinger-franz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2015\/07\/2015-08-09-falkinger-franz\/","title":{"rendered":"Les finances \u00e9clipsent la pens\u00e9e \u00e9conomique"},"content":{"rendered":"<p>La finance a pris de plus en plus d\u2019importance dans l\u2019\u00e9conomie. On s\u2019en aper\u00e7oit aux salaires et b\u00e9n\u00e9fices vers\u00e9s par le secteur, \u00e0 l\u2019attrait qu\u2019il exerce sur le personnel qualifi\u00e9, au nombre de produits n\u00e9goci\u00e9s ou encore \u00e0 la part des transactions dans le produit int\u00e9rieur brut. La pens\u00e9e \u00e9conomique, notamment le regard port\u00e9 sur les crises, n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 cette financiarisation: les liquidit\u00e9s et la gestion des attentes accaparent la recherche des causes, tandis que les instruments mon\u00e9taires se pr\u00e9sentent comme la solution.&#13;<br \/>\nCette focalisation sur les march\u00e9s financiers ne rend pas justice \u00e0 l\u2019\u00e9conomie politique, comme le montre un retour sur l\u2019histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique. L\u2019examen auquel nous nous livrons se limite \u00e0 des sujets qui ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019\u00e9conomie politique moderne.&#13;<\/p>\n<h2>Le march\u00e9 et ses d\u00e9faillances: autor\u00e9gulation ou interventionnisme?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSelon Adam Smith (1723-1790), le fondateur de l\u2019\u00e9conomie nationale classique, les individus, lorsqu\u2019ils peuvent mettre librement \u00e0 profit leurs forces et leur esprit d\u2019initiative, agissent sur le march\u00e9 en faveur de l\u2019int\u00e9r\u00eat public, sans besoin d\u2019intervention ext\u00e9rieure. Mus certes par l\u2019\u00e9go\u00efsme, ils ne sont pas pour autant d\u00e9pourvus d\u2019empathie et d\u2019une certaine conscience du devoir. Cette id\u00e9e a ensuite \u00e9t\u00e9 \u00e9tendue aux \u00e9changes entre nations par David Ricardo (1772-1823), consid\u00e9r\u00e9 depuis lors comme l\u2019ap\u00f4tre du libre-\u00e9change. Relay\u00e9e par L\u00e9on Walras (1834-1910), elle a trouv\u00e9 son apog\u00e9e provisoire dans la formulation rigoureuse de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral par Kenneth Arrow (n\u00e9 en 1921) et par G\u00e9rard D\u00e9breu (1921-2004).&#13;<br \/>\nCe courant aboutit \u00e0 la formulation des principales th\u00e8ses de l\u2019\u00e9conomie du bien-\u00eatre, lesquelles peuvent s\u2019entendre comme une r\u00e9ponse au d\u00e9bat opposant l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9 et l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e. Ce dernier est pass\u00e9 dans l\u2019histoire sous le nom de controverse Mises-Lange, du nom de ses chefs de file Ludwig von Mises (1881-1973) du c\u00f4t\u00e9 des lib\u00e9raux et Oskar Lange (1904-1965) du c\u00f4t\u00e9 des socialistes. En gros, ces th\u00e9or\u00e8mes postulent que, dans un monde \u00abid\u00e9al\u00bb, les deux syst\u00e8mes sont interchangeables, car ils aboutissent tous deux \u00e0 un r\u00e9sultat efficace. Dans ce monde \u00abid\u00e9al\u00bb, on compare une autorit\u00e9 de planification bienveillante et parfaitement inform\u00e9e \u00e0 des march\u00e9s complets caract\u00e9ris\u00e9s par la libre concurrence et l\u2019absence de pouvoir de march\u00e9 ou de probl\u00e8mes d\u2019information. \u00c9videmment, le monde r\u00e9el est bien diff\u00e9rent, de sorte que la controverse sur la vision correcte du syst\u00e8me \u00e9conomique se d\u00e9roule sur le terrain de l\u2019imperfection.&#13;<\/p>\n<h2>Connaissance limit\u00e9e et traitement de l\u2019information dans les prix du march\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes limites de la connaissance sont l\u2019une des principales contingences de la nature humaine. L\u2019\u00e9conomiste autrichien Friedrich von Hayek (1899-1992) a d\u00e9montr\u00e9 que la formation des prix sur le march\u00e9 peut s\u2019entendre comme un m\u00e9canisme d\u00e9centralis\u00e9 de traitement de l\u2019information. Puisque les individus connaissent leurs souhaits et leurs capacit\u00e9s, il est efficient de les laisser r\u00e9agir, sur la base de ce savoir, aux r\u00e9alit\u00e9s du march\u00e9 qui s\u2019expriment par le biais des prix. Si, cumul\u00e9es, les r\u00e9actions individuelles aboutissent \u00e0 des contradictions, les prix se modifieront jusqu\u2019\u00e0 ce que les connaissances dispers\u00e9es soient correctement rassembl\u00e9es et que le march\u00e9 trouve son \u00e9quilibre.&#13;<br \/>\nS\u2019appuyant sur l\u2019id\u00e9e de Hayek qui faisait des march\u00e9s un m\u00e9canisme d\u00e9centralis\u00e9 de traitement de l\u2019information, la th\u00e9orie financi\u00e8re moderne a cr\u00e9\u00e9 la notion d\u2019efficience informationnelle des march\u00e9s financiers. Celle-ci veut que le libre arbitrage aboutisse \u00e0 une coordination des opinions s\u2019harmonisant avec les connaissances disponibles. Toutefois, le m\u00e9canisme de fixation des prix peut lui aussi \u00eatre perturb\u00e9. Faut-il alors intervenir pour r\u00e9soudre ces perturbations ou toute ing\u00e9rence ne fait-elle qu\u2019emp\u00eacher le march\u00e9 de retrouver son \u00e9quilibre par lui-m\u00eame? De nos jours, le d\u00e9bat a repris de plus belle. D\u2019une part, les d\u00e9s\u00e9quilibres entra\u00eenent des modifications de prix et fournissent de pr\u00e9cieuses informations. D\u2019autre part, ils indiquent la pr\u00e9sence de d\u00e9faillances: entrep\u00f4ts remplis \u00e0 ras bord ou files d\u2019attente interminables, ch\u00f4mage ou inflation, bulles sp\u00e9culatives ou crises financi\u00e8res.&#13;<\/p>\n<h2>Th\u00e9orie de la demande effective<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9conomiste britannique John Maynard Keynes (1883-1946) a montr\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t le r\u00f4le probl\u00e9matique que joue le march\u00e9 en mati\u00e8re de coordination des connaissances et des opinions. Il estime ainsi que les affaires se concluent sur la base de conventions et d\u2019attentes des agents \u00e9conomiques. Cela induit des comportements gr\u00e9gaires qu\u2019il faut endiguer en appliquant une politique mon\u00e9taire et fiscale stabilisatrice. Si l\u2019ambiance est au pessimisme, les agents \u00e9conomiques font de grandes r\u00e9serves de liquidit\u00e9s plut\u00f4t que d\u2019investir dans des projets r\u00e9els. La politique mon\u00e9taire est alors impuissante et la relance doit provenir des investissements publics.&#13;<br \/>\nAvec son contemporain polonais Michal Kalecki (1899-1970), Keynes a ainsi fond\u00e9 la th\u00e9orie de la demande effective, qui a r\u00e9fut\u00e9 la validit\u00e9 \u00e0 court terme de la loi de Say. Celle-ci, baptis\u00e9e ainsi en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Jean-Baptiste Say (1767-1832), affirme que l\u2019offre cr\u00e9e sa propre demande. Ainsi, l\u2019\u00e9pargne est l\u2019un des principaux facteurs de l\u2019investissement, car on ne renonce \u00e0 un bien que pour exprimer une demande. Selon la th\u00e9orie de la demande effective, en revanche, ce n\u2019est pas le d\u00e9sir mais le pouvoir d\u2019achat qui d\u00e9termine la demande r\u00e9elle et le d\u00e9sir d\u2019\u00e9pargner ne peut se r\u00e9aliser que si des investissements r\u00e9els se sont produits.&#13;<br \/>\nFond\u00e9e sur les mod\u00e8les d\u2019attente rationnelle, la macro\u00e9conomie moderne a revu avec minutie le volet mon\u00e9taire de la politique de stabilisation keyn\u00e9sienne. Elle l\u2019a d\u00e9velopp\u00e9 pour en faire un instrument efficace de ma\u00eetrise des fluctuations en temps normal. Toutefois, la recherche a confirm\u00e9 l\u2019utilit\u00e9 plus que relative de la politique mon\u00e9taire, prise isol\u00e9ment, en temps de grave crise. L\u2019argent inject\u00e9 dans le circuit a alors tendance \u00e0 alimenter la sp\u00e9culation plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 encourager les projets d\u2019investissement r\u00e9els des entreprises, dans une situation qualifi\u00e9e de \u00abtrappe \u00e0 liquidit\u00e9s\u00bb.&#13;<br \/>\nLes d\u00e9s\u00e9quilibres structurels ayant marqu\u00e9 l\u2019\u00e9volution de la pens\u00e9e macro\u00e9conomique au si\u00e8cle dernier, il convient, pour comprendre les profonds chocs de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, de revenir aux aspects fondamentaux de l\u2019\u00e9conomie politique classique.&#13;<\/p>\n<h2>Prosp\u00e9rit\u00e9: notion et sources<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 ses origines, l\u2019\u00e9conomie politique moderne se met en qu\u00eate de r\u00e9ponses aux questions suivantes: qu\u2019est-ce que la prosp\u00e9rit\u00e9? Qui la g\u00e9n\u00e8re? \u00c0 quoi sert-elle? Et comment se r\u00e9partit-elle? Dans le syst\u00e8me mercantiliste, la prosp\u00e9rit\u00e9 se mesure \u00e0 l\u2019aune de la fortune et, en particulier, de la possession d\u2019or, de m\u00e9taux pr\u00e9cieux et d\u2019autres valeurs patrimoniales. Ces biens servent \u00e0 financer un mode de vie f\u00e9odal et la puissance du pays. Leur acquisition est en effet un jeu \u00e0 somme nulle: ce qu\u2019une nation acquiert, une autre le perd.&#13;<br \/>\nLes physiocrates <a href=\"#footnote_1\" id=\"footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor\">[1]<\/a> ont oppos\u00e9 \u00e0 cette perspective le cycle de production, soulignant que seule la production \u2013 de biens agricoles, dans leur cas \u2013 accro\u00eet la prosp\u00e9rit\u00e9. Les \u00e9conomistes classiques Smith, Ricardo et Karl Marx (1818-1883) ajoutent au facteur de production du sol ceux du travail et du capital (soit le travail d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 qui s\u2019accumule sous la forme de biens d\u2019investissement). Ils placent ainsi dans une perspective syst\u00e9matique la cr\u00e9ation et la r\u00e9partition de la richesse.&#13;<br \/>\nC\u2019est \u00e0 Smith que revient le m\u00e9rite d\u2019avoir reconnu l\u2019\u00e9norme \u00e9nergie g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le travail et le capital, aliment\u00e9e par le d\u00e9sir d\u2019ascension sociale et d\u2019am\u00e9lioration des conditions de vie. Il l\u2019a pr\u00e9sent\u00e9e de fa\u00e7on m\u00e9thodique comme \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine de la \u00abrichesse des nations\u00bb. Le p\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie classique a aussi abord\u00e9 de fa\u00e7on claire la r\u00e9partition des richesses: \u00abAssur\u00e9ment, on ne doit pas regarder comme heureuse et prosp\u00e8re une soci\u00e9t\u00e9 dont les membres les plus nombreux sont r\u00e9duits \u00e0 la pauvret\u00e9 et \u00e0 la mis\u00e8rehttps:\/\/de.wikiquote.org\/wiki\/Gesellschafthttps:\/\/de.wikiquote.org\/wiki\/Gl%C3%BCckhttps:\/\/de.wikiquote.org\/wiki\/Armuthttps:\/\/de.wikiquote.org\/wiki\/Elend.\u00bb <a href=\"#footnote_2\" id=\"footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor\">[2]<\/a>&#13;<br \/>\nRicardo n\u2019ignorait pas non plus que la cr\u00e9ation de richesses, gr\u00e2ce, par exemple, aux \u00e9changes commerciaux, provoquait des conflits de r\u00e9partition. Les propri\u00e9taires terriens virent une d\u00e9claration de guerre dans sa d\u00e9fense du libre-\u00e9change et son aversion pour le protectionnisme agricole. Il a toutefois fallu attendre Marx pour \u00e9tablir un lien entre l\u2019essor des forces productives et la question de la r\u00e9partition. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 et l\u2019exploitation plongent en effet le syst\u00e8me dans la crise, que le mouvement ouvrier et l\u2019\u00c9tat social moderne ont contribu\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir. La mondialisation survenue durant la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle et la r\u00e9action protectionniste pr\u00e9c\u00e9dant la Premi\u00e8re Guerre mondiale ont fait prendre conscience de l\u2019interaction entre l\u2019essor des forces productives et les conflits de r\u00e9partition qu\u2019il entra\u00eene. Un si\u00e8cle plus tard, nous constatons que, si l\u2019on gratte sous le d\u00e9bat superficiel consacr\u00e9 \u00e0 la crise financi\u00e8re, les questions fondamentales de croissance et de r\u00e9partition reviennent sur le tapis \u00e9conomique.&#13;<\/p>\n<h2>Le temps et son rythme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes \u00e9conomistes classiques avaient une vision \u00e0 long terme. Quelles sont les motivations des personnes? Quelles sont les sources de la richesse et de la croissance? Quel est le rapport entre production et r\u00e9partition? L\u2019\u00e9quilibre n\u00e9oclassique \u00e9chappe en partie \u00e0 l\u2019emprise du temps. On ne sait ainsi pas quand travaille le commissaire-priseur de Walras, ni le temps qu\u2019il lui faut pour fixer le prix d\u2019un march\u00e9 parfait.&#13;<br \/>\nAlfred Marshall (1842-1924) est le premier \u00e0 avoir signal\u00e9 qu\u2019il est important de garder \u00e0 l\u2019esprit les m\u00e9canismes d\u2019adaptation et d\u2019\u00e9tablir une distinction r\u00e9fl\u00e9chie entre long, moyen et court termes. Ensuite, Keynes a soulign\u00e9 l\u2019importance du court terme dans les d\u00e9s\u00e9quilibres macro\u00e9conomiques. Ironie du sort, la th\u00e9orie conjoncturelle keyn\u00e9sienne n\u2019est pas la seule \u00e0 avoir fait sienne l\u2019id\u00e9e du cycle court: ses d\u00e9tracteurs restent eux aussi prisonniers de la logique du choc provisoire.&#13;<br \/>\nDans l\u2019intervalle, les mod\u00e8les d\u2019\u00e9quilibre dynamiques, fond\u00e9s sur des m\u00e9thodes statistiques, sont devenus une pratique courante dans le monde de la finance au XXIe si\u00e8cle. Si l\u2019on est tent\u00e9 de croire que l\u2019\u00e9conomie s\u2019occupe enfin s\u00e9rieusement de la dimension temporelle, c\u2019est en fait le contraire qui semble vrai: on confond les p\u00e9riodicit\u00e9s, de sorte qu\u2019il est devenu difficile de distinguer le tr\u00e8s court terme de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. On ne sait ainsi pas toujours quel est l\u2019objet \u00e9tudi\u00e9: s\u2019agit-il des fluctuations de cours, des cycles conjoncturels, des cycles financiers, des ph\u00e9nom\u00e8nes de croissance et de d\u00e9veloppement, des bulles sp\u00e9culatives ou des chocs structurels? Il en va de m\u00eame du rythme: la fr\u00e9quence retenue est-elle la microseconde, le jour, le trimestre, l\u2019ann\u00e9e, la d\u00e9cennie, la g\u00e9n\u00e9ration, le si\u00e8cle ou l\u2019\u00e8re?&#13;<\/p>\n<h2>Les chocs structurels comptent plus que la crise financi\u00e8re<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019histoire de la pens\u00e9e \u00e9conomique montre que les \u0153ill\u00e8res des march\u00e9s financiers et de la politique mon\u00e9taire nous donnent une vision du monde aussi partielle que l\u2019obsession des cycles ou des chocs temporaires. La propension \u00e0 attribuer tous les probl\u00e8mes actuels \u00e0 la crise financi\u00e8re de 2007 semble particuli\u00e8rement peu cr\u00e9dible. N\u2019oublions pas en effet que pr\u00e8s de dix ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis cet \u00e9v\u00e9nement et que le monde avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 secou\u00e9 par des crises financi\u00e8res en 1997, 2000 et 2001.&#13;<br \/>\nL\u2019histoire de l\u2019\u00e9conomie politique nous invite \u00e0 placer les chocs dans un contexte plus large et \u00e0 les inscrire dans une perspective \u00e9conomique \u00e0 long terme. Ce faisant, nous identifierons les changements structurels plus profonds, qu\u2019il nous faut comprendre pour r\u00e9soudre durablement les crises. \u00c0 cet effet, axons notre analyse sur les pays occidentaux et sur la p\u00e9riode qui nous s\u00e9pare de la derni\u00e8re grande crise, \u00e0 savoir le \u00abchoc p\u00e9trolier\u00bb des ann\u00e9es septante. Celui-ci n\u2019est pas sans lien avec un changement de paradigme dans l\u2019\u00e9conomie et la politique, connu sous le nom d\u2019\u00e9conomie de l\u2019offre. Quelles sont donc les tendances majeures des derni\u00e8res d\u00e9cennies?&#13;<br \/>\nD\u2019une part, la croissance s\u2019est ralentie par rapport aux trois d\u00e9cennies qui ont suivi la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, pendant que l\u2019inflation diminuait, voire disparaissait. D\u2019autre part, la d\u00e9r\u00e9glementation et la privatisation \u2013 ce qui inclut la transformation de l\u2019\u00e9conomie planifi\u00e9e en \u00e9conomie de march\u00e9 \u2013 ont lanc\u00e9 sur le march\u00e9 un grand volume de ressources et de capital physique. Cela a rendu plus attrayants l\u2019acquisition et le commerce de droits de propri\u00e9t\u00e9, stimul\u00e9 le march\u00e9 financier et donn\u00e9 des ailes \u00e0 la vision mercantiliste de la richesse.&#13;<br \/>\nCette \u00e9volution s\u2019est accompagn\u00e9e au cours des quarante derni\u00e8res ann\u00e9es d\u2019une mondialisation imparable qui englobe non seulement les march\u00e9s des biens et des services, mais aussi ceux des facteurs de production et le march\u00e9 mon\u00e9taire. Les migrations ne sont pas assimilables aux \u00e9changes de marchandises et le libre-\u00e9change des droits de propri\u00e9t\u00e9 porte directement atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 des pays. En parall\u00e8le, de forts d\u00e9s\u00e9quilibres de la balance courante sont apparus. Visant l\u2019\u00e9quilibre du commerce ext\u00e9rieur \u2013 un objectif de la politique \u00e9conomique \u2013, l\u2019alternance de p\u00e9riodes d\u00e9ficitaires et exc\u00e9dentaires a c\u00e9d\u00e9 le pas \u00e0 une situation o\u00f9 les r\u00f4les de pays d\u00e9biteurs et de pays cr\u00e9anciers sont fig\u00e9s.&#13;<br \/>\nLa r\u00e9partition des revenus s\u2019est elle aussi fonci\u00e8rement modifi\u00e9e: l\u2019in\u00e9galit\u00e9 s\u2019est fortement creus\u00e9e dans les tranches sup\u00e9rieures et les salaires m\u00e9dians ont recul\u00e9 dans les principaux pays industrialis\u00e9s, suivis par les quotes-parts salariales. Une croissance d\u00e9mesur\u00e9e des transactions financi\u00e8res, compar\u00e9e \u00e0 celle de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle, a accompagn\u00e9 cette \u00e9volution. En fin de compte, les crises bancaires et le renflouement public des banques ont clairement montr\u00e9 que la capacit\u00e9 d\u2019autogu\u00e9rison du march\u00e9 est inop\u00e9rante sur un march\u00e9 financier pourtant r\u00e9put\u00e9 efficient.&#13;<br \/>\nIl nous faut donc revenir \u00e0 une vision r\u00e9elle du monde. Le d\u00e9sir de devenir riche sous forme d\u2019argent ou d\u2019options sur des biens futurs ne g\u00e9n\u00e8re pas la \u00abrichesse des nations\u00bb. L\u2019avenir \u00e9tant le fruit de souhaits et d\u2019efforts r\u00e9els, voici les questions d\u00e9terminantes: quels sont les grands besoins et d\u00e9sirs d\u2019avenir que nous voulons, nous ou nos enfants, assouvir en investissant et en stimulant la croissance? Quels services financiers nous faut-il pour consacrer les ressources et les biens d\u2019investissement \u00e0 la satisfaction des besoins de demain? Comment garantir que les fruits de la croissance seront partag\u00e9s entre tous, de sorte que chacun soit motiv\u00e9 \u00e0 y apporter sa contribution?<\/p>\n<ol class=\"footnote\"><li id=\"footnote_1\" class=\"footnote--item\">Pr\u00e9curseurs des \u00e9conomistes classiques; de physiocratie, gouvernement par la nature.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_1\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><li id=\"footnote_2\" class=\"footnote--item\">\u00abNo society can surely be flourishing and happy, of which the far greater part of the members are poor and miserable\u00bb, dans <i>Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations<\/i>, traduction de Germain Garnier, Livre I, p. 71.&nbsp;<a href=\"#footnote-anchor_2\" class=\"inline-footnote__anchor hidden-print\">[<span class=\"icon-arrow-up\"><\/span>]<\/a><\/li><\/ol>\n    <div class=\"mxm-single-slider-images \">\n        <div class=\"mxm-single-slider-wrapper\">\n            \n                <div class=\"mxm-single-image\">\n                    <div class=\"mxm-single-image-wrapper\">\n                        <img src=\"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/content\/uploads\/legacy\/posts\/Falkinger_2_High_Keystone_243375826_2_Artikel-3.png\" alt=\"\"\/>\n                        <p>Il faut revenir \u00e0 une vision r\u00e9elle du monde. Un sans-abri \u00e0 l'a\u00e9roport de Zurich.<\/p>\n                    <\/div>\n                <\/div>\n                    <\/div>\n    <\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La finance a pris de plus en plus d\u2019importance dans l\u2019\u00e9conomie. On s\u2019en aper\u00e7oit aux salaires et b\u00e9n\u00e9fices vers\u00e9s par le secteur, \u00e0 l\u2019attrait qu\u2019il exerce sur le personnel qualifi\u00e9, au nombre de produits n\u00e9goci\u00e9s ou encore \u00e0 la part des transactions dans le produit int\u00e9rieur brut. 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