{"id":148857,"date":"2013-11-01T12:00:00","date_gmt":"2013-11-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/11\/etter-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:38:38","modified_gmt":"2023-08-23T22:38:38","slug":"etter-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/11\/etter-2\/","title":{"rendered":"Le chef des n\u00e9gociations explique comment l\u2019accord de libre-\u00e9change entre la Suisse et la Chine a abouti"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019accord de libre-\u00e9change (ALE) conclu avec la Chine en mai dernier repr\u00e9sente un des plus grands succ\u00e8s de la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure helv\u00e9tique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les n\u00e9gociations \u00e9taient dirig\u00e9es, du c\u00f4t\u00e9 suisse, par le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Conseil f\u00e9d\u00e9ral aux accords commerciaux, l\u2019ambassadeur Christian Etter du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00e0\u00a0l\u2019\u00e9conomie (Seco). Celui-ci explique pourquoi ce type d\u2019accords est important pour la Suisse et pourquoi la Suisse suit \u00e9troitement les n\u00e9gociatione que m\u00e8nent les \u00c9tats-Unis et l\u2019UE en vue d\u2019un ALE. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201311_22_Etter_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"246\" \/>&#13;<\/p>\n<p class=\"bildquelle\">Photo: Saxer<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>En quelques mois, cinq conseillers f\u00e9d\u00e9raux ont effectu\u00e9 une visite en Chine. La politique \u00e9trang\u00e8re tourne-t-elle autour de ce pays cette ann\u00e9e?<\/i><b>Christian Etter:<\/b> La Suisse poursuit une politique \u00e9trang\u00e8re et une politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure fond\u00e9es sur l\u2019universalit\u00e9 et elle a entretenu cette ann\u00e9e des relations avec de nombreux autres \u00c9tats. La Chine, pour sa part, est la deuxi\u00e8me puissance \u00e9conomique du monde. Elle est notre troisi\u00e8me partenaire par ordre d\u2019importance, apr\u00e8s l\u2019UE et les \u00c9tats-Unis, et le premier en Asie. De ce fait, elle constitue effectivement une pi\u00e8ce tr\u00e8s importante de notre strat\u00e9gie \u00e9conomique ext\u00e9rieure.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Au point d\u2019y envoyer cinq conseillers f\u00e9d\u00e9raux d\u2019un coup?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Depuis mars dernier, la Chine a un nouveau gouvernement. Avant son investiture, il n\u2019\u00e9tait pratiquement pas possible de tenir des entretiens au niveau minist\u00e9riel. Cela a eu pour cons\u00e9quence qu\u2019au cours des derniers mois, un nombre relativement important de rencontres ont eu lieu avec des repr\u00e9sentants du nouveau cabinet, tant en Chine qu\u2019en Suisse. C\u2019est ainsi que le Premier ministre Li Keqiang est venu en Suisse au mois de mai. Cela dit, si l\u2019attention s\u2019est focalis\u00e9e sur la Chine, c\u2019est aussi en raison des n\u00e9gociations sur un ALE bilat\u00e9ral, qui se sont achev\u00e9es en mai.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Pourquoi les ALE sont-ils importants pour la Suisse?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> La Suisse dispose d\u2019un march\u00e9 int\u00e9rieur limit\u00e9, ce qui la rend fortement d\u00e9pendante du commerce ext\u00e9rieur. Nous sommes tributaires des exportations et des importations. En plus, notre \u00e9conomie exportatrice a ceci de particulier que sa force r\u00e9side souvent dans les produits de niche de haute qualit\u00e9 et les applications sp\u00e9cialis\u00e9es. Une telle offre ne permet pas de r\u00e9aliser des chiffres d\u2019affaires suffisants sur un seul march\u00e9. C\u2019est pour cette raison que les entreprises suisses d\u2019exportation sont tenues de viser des march\u00e9s tr\u00e8s diversifi\u00e9s sur le plan g\u00e9ographique. Il est donc important que la Suisse entretienne des relations commerciales avec le plus de march\u00e9s \u00e9trangers possible.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Un ALE entre l\u2019UE et les \u00c9tats-Unis pourrait bient\u00f4t voir le jour. Est-ce un signe que la Suisse doit encore davantage miser sur la signature de nouveaux ALE?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Les n\u00e9gociations entre l\u2019UE et les \u00c9tats-Unis n\u2019\u00e9taient pas encore connues lorsque nous avons entam\u00e9 des pourparlers avec la Chine. La politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure de la Suisse a toujours veill\u00e9 \u00e0 \u00e9viter les discriminations ou \u00e0 les pr\u00e9venir. C\u2019est l\u2019une des raisons qui nous incitent \u00e0 d\u00e9velopper continuellement notre r\u00e9seau d\u2019ALE. Lorsque nos concurrents concluent des accords avec nos partenaires commerciaux, un potentiel de discrimination appara\u00eet. En voici un exemple. Nous avons sign\u00e9 un accord avec la Tunisie en 2005 dans le cadre de l\u2019AELE, mais nous n\u2019avions pu le faire que quelques ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019UE. Dans la phase interm\u00e9diaire, une partie de nos exportations vers la Tunisie avaient fortement recul\u00e9, parce que les entreprises de l\u2019UE payaient des droits de douane plus bas que celles de la Suisse.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Une \u00e9tude pr\u00e9voit que l\u2019accord UE-\u00c9tats-Unis pourrait, dans le pire des cas, faire perdre \u00e0 la Suisse 18&nbsp;000 emplois. \u00cates-vous inquiet?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> De tels calculs sont extr\u00eamement hypoth\u00e9tiques. Tout d\u2019abord, il n\u2019est gu\u00e8re possible \u00e0 ce stade des n\u00e9gociations de faire des conjectures sur ce que pourrait contenir le futur accord. Par ailleurs, l\u2019\u00e9conomie est, par nature, dynamique. Lorsque les circonstances changent, de nouvelles possibilit\u00e9s d\u2019\u00e9volution apparaissent souvent, que l\u2019on ne peut pas pr\u00e9voir. Nul doute, cependant, que la signature d\u2019un ALE entre l\u2019UE et les \u00c9tats-Unis posera de nouveaux d\u00e9fis \u00e0 la place \u00e9conomique suisse. Il est difficile de dire quel seront ses effets sur l\u2019emploi. Heureusement que nos exportations sont tr\u00e8s diversifi\u00e9es, y compris sur le plan g\u00e9ographique. L\u2019UE est de loin le principal partenaire commercial de la Suisse, dont elle absorbe 57% des exportations. Les \u00c9tats-Unis arrivent en deuxi\u00e8me position, avec 11%. Ils sont suivis par la Chine (y compris Hong Kong) dont la quote-part, actuellement de 8%, tend \u00e0 augmenter. Le reste des exportations se r\u00e9partit entre de nombreux autres march\u00e9s. L\u2019\u00e9conomie suisse est promise \u00e0 un bel avenir, gr\u00e2ce \u00e0 sa diversification particuli\u00e8rement \u00e9tendue ainsi qu\u2019\u00e0 ses produits et services de haute qualit\u00e9, demand\u00e9s dans le monde entier.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Comment la Suisse fait-elle entendre sa voix dans les n\u00e9gociations UE-\u00c9tats-Unis?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Ces n\u00e9gociations se passent entre l\u2019UE et les \u00c9tats-Unis. Cependant, les ministres de l\u2019AELE ont d\u00e9cid\u00e9 de mener en parall\u00e8le un dialogue avec Washington, afin d\u2019obtenir des informations \u00e0 la source. Les \u00c9tats-Unis ont accept\u00e9. Avec la Commission europ\u00e9enne, nous avons de toute fa\u00e7on des contacts r\u00e9guliers sur les questions de politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>En plus de l\u2019accord transatlantique, des n\u00e9gociations sont en cours sur un ALE transpacifique. Certains experts parlent d\u00e9j\u00e0 d\u2019un changement de paradigme. L\u2019\u00e9mergence de ces deux grands blocs va-t-elle forcer la Suisse \u00e0 repenser sa politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> De plus en plus d\u2019accords pr\u00e9f\u00e9rentiels sont conclus, parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019OMC, entre des pays ou des groupes de pays. Il n\u2019y a l\u00e0 rien de nouveau. C\u2019est une tendance qui s\u2019est surtout renforc\u00e9e depuis l\u2019ann\u00e9e 2000. L\u2019OMC compte aujourd\u2019hui 159 \u00c9tats membres. Au sein d\u2019un forum aussi vaste, tout progr\u00e8s en mati\u00e8re de lib\u00e9ralisation est devenu difficile. Cela a amen\u00e9 des pays pratiquant des politiques commerciales similaires \u00e0 signer davantage d\u2019ALE au niveau r\u00e9gional ou suprar\u00e9gional. Afin de maintenir des conditions-cadres avantageuses pour le commerce ext\u00e9rieur et de continuer \u00e0 les am\u00e9liorer, la Suisse applique elle aussi depuis plus de dix ans une telle strat\u00e9gie, s\u2019effor\u00e7ant de signer des accords bilat\u00e9raux avec des partenaires importants. Le fait que de grandes entit\u00e9s, comme l\u2019UE et les \u00c9tats-Unis, se mettent \u00e9galement \u00e0 n\u00e9gocier entre elles des trait\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rentiels constitue un \u00e9l\u00e9ment nouveau qui renforce l\u2019importance du ph\u00e9nom\u00e8ne.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Johann Schneider-Ammann a \u00e9t\u00e9 couvert de louanges pour l\u2019ALE avec la Chine. Quel r\u00f4le avez-vous jou\u00e9 en tant que chef de la d\u00e9l\u00e9gation suisse?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> En tant que n\u00e9gociateur en chef et dirigeant la d\u00e9l\u00e9gation suisse, je me suis principalement attach\u00e9 \u00e0 ce projet au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. J\u2019ai men\u00e9 les n\u00e9gociations avec une \u00e9quipe interd\u00e9partementale qui comprenait des coll\u00e8gues du Seco et des repr\u00e9sentants d\u2019autres offices ou d\u00e9partements, comme l\u2019Administration f\u00e9d\u00e9rale des douanes, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019agriculture ou l\u2019Institut f\u00e9d\u00e9ral de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. La d\u00e9l\u00e9gation suisse se composait de vingt \u00e0 trente personnes, selon les th\u00e8mes \u00e0 traiter. Celle de la Chine \u00e9tait plus nombreuse. Lorsqu\u2019un cycle de n\u00e9gociations se d\u00e9roulait en Suisse \u2013 ils avaient lieu alternativement dans les deux pays \u2013, nous en profitions pour int\u00e9grer des experts d\u2019autres offices. Quand nous nous rendions en Chine, notre d\u00e9l\u00e9gation \u00e9tait plus restreinte.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Pourquoi la d\u00e9l\u00e9gation chinoise \u00e9tait-elle plus nombreuse?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> La Chine est dot\u00e9e d\u2019un gouvernement compos\u00e9 de nombreux minist\u00e8res. C\u2019est probablement la principale raison. Il y a davantage d\u2019organes gouverne- mentaux qui doivent s\u2019asseoir \u00e0 la table de n\u00e9gociations. Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas propre \u00e0 la Chine. Nous avons connu la m\u00eame situation avec le Japon et l\u2019Indon\u00e9sie, par exemple. Le gouvernement chinois ne comprend pas sept d\u00e9partements, comme la Suisse, mais plus de vingt minist\u00e8res. Cela se refl\u00e8te sur la taille de sa d\u00e9l\u00e9gation. Lorsque nous n\u00e9gocions dans le cadre de l\u2019AELE, il arrive que la d\u00e9l\u00e9gation suisse compte une douzaine de personnes seulement. Mais nous avons le soutien du secr\u00e9tariat de l\u2019AELE. En outre, nous pouvons partager, dans une certaine mesure, une partie des t\u00e2ches avec nos coll\u00e8gues norv\u00e9giens, islandais et liechtensteinois.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisif dans les pourparlers avec la Chine?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Une n\u00e9gociation est toujours le travail collectif de deux d\u00e9l\u00e9gations. Cela signifie que le processus doit arriver au point o\u00f9 les deux parties estiment avoir atteint la majeure partie de leurs objectifs et o\u00f9 aucun obstacle vraiment d\u00e9rangeant ne subsiste ni pour l\u2019une ni pour l\u2019autre. C\u2019est un processus de maturation. Il faut clarifier et approfondir les th\u00e8mes jusqu\u2019\u00e0 ce que les positions puissent se rapprocher. Cela prend du temps. Ensuite, les consultations internes des d\u00e9l\u00e9gations doivent arriver \u00e0 un stade o\u00f9 les deux parties arrivent \u00e0 la conclusion qu\u2019il n\u2019est plus possible d\u2019obtenir des am\u00e9liorations substantielles avec un investissement raisonnable. C\u2019est alors que l\u2019on conclut les n\u00e9gociations.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>L\u2019in\u00e9galit\u00e9 dans la r\u00e9duction des taxes douani\u00e8res a donn\u00e9 lieu \u00e0 des discussions. Tandis que la Suisse supprime tous les droits de douane sur les produits chinois, ses exportateurs sont soumis \u00e0 des restrictions en Chine. N\u2019\u00e9tait-il possible d\u2019obtenir davantage?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Du c\u00f4t\u00e9 suisse, nous n\u2019abolissons pas non plus les droits de douane sur l\u2019ensemble des produits chinois. Chez nous, l\u2019agriculture constitue un domaine particuli\u00e8rement sensible. La politique consiste, d\u00e8s lors, \u00e0 n\u2019\u00e9liminer les barri\u00e8res tarifaires que de mani\u00e8re s\u00e9lective et souvent partielle. La Chine, de son c\u00f4t\u00e9, n\u2019\u00e9tait pas en mesure d\u2019entreprendre un d\u00e9mant\u00e8lement imm\u00e9diat et complet des taxes sur la totalit\u00e9 de ses produits industriels. Ce qui est d\u00e9terminant pour notre \u00e9valuation, c\u2019est que la grande majorit\u00e9 des produits industriels et agricoles suisses export\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficient de la r\u00e9duction des droits de douane pr\u00e9vue par l\u2019ALE. De surcro\u00eet, ce trait\u00e9 apporte des am\u00e9liorations dans le commerce des services et la protection de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. Il contient \u00e9galement des dispositions sur la concurrence, la transparence et la durabilit\u00e9.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Pourquoi les d\u00e9lais transitoires sont-ils diff\u00e9rents?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Pour comprendre les d\u00e9lais de plusieurs ann\u00e9es accord\u00e9s \u00e0 la Chine pour d\u00e9manteler une partie de ses droits de douane, il faut revenir \u00e0 la situation de d\u00e9part dans les deux pays. Actuellement, la Suisse ne pr\u00e9l\u00e8ve pas de taxes \u00e0 l\u2019importation, ou alors tr\u00e8s faibles, sur la grande majorit\u00e9 des produits industriels. En Chine, les tarifs douaniers sur ces marchandises sont nettement plus \u00e9lev\u00e9s. C\u2019est pourquoi nous avons accept\u00e9 de n\u00e9gocier des d\u00e9lais transitoires qui laissent \u00e0 l\u2019industrie chinoise le temps de proc\u00e9der aux adaptations que requiert cet important d\u00e9mant\u00e8lement tarifaire. La Chine est un pays \u00e9mergent qui poss\u00e8de certes une grande force d\u2019exportation dans plusieurs secteurs industriels. Cependant, certaines entreprises, dans diff\u00e9rents domaines, ont encore des besoins de rattrapage en ce qui concerne l\u2019efficacit\u00e9 des m\u00e9thodes de production et les technologies modernes. Au vu du contexte, l\u2019accord est \u00e9quilibr\u00e9.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>On a dit que 95% des produits suisses seraient exempt\u00e9s de droits de douane. Comment faut-il comprendre ce taux? Au d\u00e9but, il \u00e9tait question de 84%.<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Mon professeur d\u2019\u00e9conomie \u00e0 l\u2019universit\u00e9 disait que les statistiques sont toujours fausses et, strictement parlant, il avait raison. Prenons celle des douanes. En 2012, les exportations de la Suisse vers la Chine se sont \u00e9lev\u00e9es \u00e0 presque 8 milliards de francs et ses importations depuis ce pays ont l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9pass\u00e9 10 milliards. Pour la m\u00eame ann\u00e9e, la statistique des douanes chinoises indique que les exportations vers notre pays ont port\u00e9 sur environ 3,5 milliards de francs, tandis que les importations provenant de Suisse \u00e9taient de quelque 23 milliards d\u2019USD. Les diff\u00e9rences sont consid\u00e9rables. Elles s\u2019expliquent en partie par le fait que la Suisse est un pays enclav\u00e9. Ses exportations vers la Chine ou vers d\u2019autres pays d\u2019outre-mer passent en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale par un port situ\u00e9 dans l\u2019Union europ\u00e9enne, comme Hambourg, Rotterdam ou G\u00eanes. Dans le cas de la Chine, Hong Kong ou Singapour jouent souvent le r\u00f4le de stations interm\u00e9diaires suppl\u00e9mentaires. Les statistiques sont tr\u00e8s peu pr\u00e9cises sur le pays de destination au moment o\u00f9 une marchandise quitte la Suisse et sur le pays d\u2019origine quand elle arrive en Chine. D\u2019autres d\u00e9calages se manifestent dans les \u00e9changes commerciaux qui transitent par des ports francs. Si une entreprise suisse livre une marchandise dans un tel lieu, cela n\u2019appara\u00eet pas dans la statistique douani\u00e8re suisse comme une exportation vers un pays pr\u00e9cis, car il arrive souvent que la destination ne soit pas encore d\u00e9finitivement d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 ce stade. Plus tard, quand la marchandise quitte le port franc suisse et prend le chemin de la Chine par exemple, elle sera enregistr\u00e9e \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e comme une importation en provenance de Suisse. Cela signifie que le taux de couverture ne sera mesurable qu\u2019apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019accord, autrement dit quand on conna\u00eetra les exportations et les importations r\u00e9elles effectu\u00e9es dans ce cadre. En attendant, on peut effectuer des mod\u00e9lisations en se basant sur les chiffres pass\u00e9s; leur fiabilit\u00e9 est toutefois tr\u00e8s faible \u2013 comme je l\u2019ai mentionn\u00e9 \u2013 et ne tient pas compte de la dynamique des flux commerciaux. En se basant sur les donn\u00e9es suisses des derni\u00e8res ann\u00e9es, on peut estimer qu\u2019au moins 95% de nos exportations vers la Chine b\u00e9n\u00e9ficieront d\u2019avantages tarifaires dans le cadre de l\u2019ALE.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>L\u2019accord abaisse les droits de douane, augmente la s\u00e9curit\u00e9 juridique, notamment pour le commerce des services, et renforce la protection de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle. La d\u00e9l\u00e9gation suisse en a-t-elle \u00e9galement tir\u00e9 le maximum en ce qui concerne la durabilit\u00e9 et les droits de l\u2019homme?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Je suis convaincu que nous avons atteint le meilleur r\u00e9sultat possible. Ces questions ont figur\u00e9 \u00e0 l\u2019agenda du d\u00e9but \u00e0 la fin. Elles ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises au niveau minist\u00e9riel. Nous avons convenu d\u2019une s\u00e9rie de dispositions qui font r\u00e9f\u00e9rence aux droits de l\u2019homme et au concept de durabilit\u00e9. Cette th\u00e9matique est ancr\u00e9e dans l\u2019ALE, en vue d\u2019assurer la coh\u00e9rence de notre politique \u00e9trang\u00e8re avec notre politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure. Dans le pr\u00e9ambule de l\u2019ALE, les parties contractantes r\u00e9affirment leur engagement en vertu de la Charte de l\u2019ONU, dont l\u2019article 1 fait du respect des droits de l\u2019homme l\u2019un des buts de la coop\u00e9ration internationale. Elles s\u2019engagent \u00e9galement \u00e0 approfondir la collaboration pr\u00e9vue par le protocole d\u2019entente Suisse-Chine de 2007, notamment le dialogue bilat\u00e9ral sur les droits de l\u2019homme, que les deux pays m\u00e8nent depuis 1991. Par ailleurs, un accord sur la coop\u00e9ration en mati\u00e8re de travail a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le m\u00eame jour que l\u2019ALE et lui est li\u00e9. Il contient des dispositions sur le droit du travail, qui font \u00e9galement partie des droits de l\u2019homme. Enfin, un chapitre de l\u2019ALE porte sur les questions relatives \u00e0 l\u2019environnement.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Pourquoi n\u2019\u00e9tait-il pas possible de mentionner le terme \u00abdroits de l\u2019homme\u00bb dans l\u2019accord?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Les droits de l\u2019homme, le droit du travail et les questions relatives \u00e0 l\u2019environnement figurent dans les dispositions mentionn\u00e9es. Ils font partie int\u00e9grante de l\u2019ALE avec la Chine. Aucun autre accord conclu par la Chine ne traite ces questions d\u2019une mani\u00e8re comparable. De ce point de vue, nous avons donc obtenu de bons r\u00e9sultats.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelle est la suite du processus politique? Quand l\u2019accord sera-t-il ent\u00e9rin\u00e9?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> La signature d\u2019un trait\u00e9 international marque la fin des n\u00e9gociations. Avant qu\u2019un tel accord puisse entrer en vigueur, il doit \u00eatre ratifi\u00e9 par les deux parties. Cela signifie que l\u2019autorit\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e par la Constitution doitapprouver l\u2019ALE. En Suisse, c\u2019est le Parlement. Il est pr\u00e9vu que le Conseil national se prononce pendant la session d\u2019hiver 2013 et le Conseil des \u00c9tats pendant celle du printemps 2014.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Une derni\u00e8re question. Pour vous qui \u00eates un n\u00e9gociateur chevronn\u00e9, quel est le principal outil dont on a besoin pour diriger des n\u00e9gociations?<\/i><b>Chr. Etter:<\/b> Les principaux outils sont la connaissance du dossier, l\u2019empathie et la cr\u00e9ativit\u00e9. Sans une connaissance parfaite des enjeux, il n\u2019est gu\u00e8re possible de diriger efficacement la n\u00e9gociation. Bien entendu, la ma\u00eetrise du sujet ne fait pas tout. Il est aussi indispensable de fixer clairement ses propres objectifs et de comprendre le mieux possible ceux de l\u2019autre partie ainsi que ses motivations. Pour cela, on doit avoir de l\u2019empathie, \u00eatre cr\u00e9dible et savoir \u00e9tablir une relation de confiance. Si l\u2019on n\u2019y parvient pas, les n\u00e9gociations peuvent devenir tr\u00e8s difficiles, voire impossibles. Souvent, il faut de la patience, car rien ne s\u2019obtient par la force. Enfin, la cr\u00e9ativit\u00e9 est importante. Cette derni\u00e8re, qui compl\u00e8te la ma\u00eetrise du dossier et l\u2019empathie, est n\u00e9cessaire lorsque les pourparlers arrivent dans une impasse et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00e9baucher de nouvelles solutions.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Les n\u00e9gociations entre la Suisse et\u00a0les\u00a0\u00c9tats-Unis reprendront-elles?&#13;<\/p>\n<h3>Les n\u00e9gociations entre la Suisse et\u00a0les\u00a0\u00c9tats-Unis reprendront-elles?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique: Les n\u00e9gociations am\u00e9ricano-europ\u00e9ennes pourraient-elles amener la Suisse \u00e0 reprendre ses pourparlers avec les \u00c9tats-Unis sur un ALE?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nChr. Etter&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n:&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEn 2006, la Suisse et les \u00c9tats-Unis en ont analys\u00e9 la faisabilit\u00e9. \u00c0\u00a0l\u2019\u00e9poque, les deux gouvernements sont arriv\u00e9s \u00e0 la conclusion qu\u2019il n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re possible, vu les circonstances, d\u2019atteindre un objectif susceptible d\u2019\u00eatre ratifi\u00e9 par leurs parlements respectifs. Il y avait plusieurs raisons \u00e0 cela. La question devra, toutefois, \u00eatre r\u00e9examin\u00e9e en temps opportun \u00e0 la lumi\u00e8re des nouveaux d\u00e9veloppements.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Qui dirige les diverses n\u00e9gociations?&#13;<\/p>\n<h3>Qui dirige les diverses n\u00e9gociations?<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Vie \u00e9conomique:&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Suisse n\u00e9gocie actuellement de nouveaux accords avec l\u2019Union douani\u00e8re de la Russie, de la Bi\u00e9lorussie et du Kazakhstan, ainsi qu\u2019avec l\u2019Inde, le Vietnam, l\u2019Indon\u00e9sie, la Malaisie et la Tha\u00eflande. Comment faites-vous pour concilier tout cela?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nChr. Etter:&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa Suisse dispose actuellement de 28 ALE avec des partenaires qui ne font partie ni l\u2019UE ni de l\u2019AELE. Tous ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9s au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Le plus r\u00e9cent est celui avec la Chine. En outre, des pourparlers sont en cours avec une demi-douzaine d\u2019autres partenaires. Si l\u2019on consid\u00e8re que chaque n\u00e9gociation dure plusieurs ann\u00e9es, depuis les entretiens exploratoires jusqu\u2019\u00e0 la ratification, il est ais\u00e9ment compr\u00e9hensible que nous menions constamment plusieurs processus en parall\u00e8le. Cela exige un tr\u00e8s grand engagement des personnes et des instances participantes. Ce travail ne peut \u00eatre fourni qu\u2019en \u00e9quipe. Normalement, plusieurs membres du comit\u00e9 ex\u00e9cutif de la Direction des affaires \u00e9conomiques ext\u00e9rieures du Seco se partagent la conduite des diff\u00e9rentes n\u00e9gociations. Au niveau des n\u00e9gociateurs sp\u00e9cialis\u00e9s, nous nous effor\u00e7ons aussi d\u2019assurer une certaine r\u00e9partition du travail, en ayant si possible sur chaque th\u00e8me plus d\u2019une personne capable de mener les pourparlers. Personnellement, mon prochain projet sera de diriger la d\u00e9l\u00e9gation suisse charg\u00e9e de n\u00e9gocier un ALE avec la Tha\u00eflande. Depuis cette ann\u00e9e, je suis \u00e9galement responsable, avec mon \u00e9quipe, de l\u2019accord de 1972 entre la Suisse et l\u2019UE, qui reste de loin le plus important ALE que la Suisse ait jamais conclu.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019accord de libre-\u00e9change (ALE) conclu avec la Chine en mai dernier repr\u00e9sente un des plus grands succ\u00e8s de la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure helv\u00e9tique de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les n\u00e9gociations \u00e9taient dirig\u00e9es, du c\u00f4t\u00e9 suisse, par le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du Conseil f\u00e9d\u00e9ral aux accords commerciaux, l\u2019ambassadeur Christian Etter du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat\u00a0\u00e0\u00a0l\u2019\u00e9conomie (Seco). 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