{"id":149017,"date":"2013-10-01T12:00:00","date_gmt":"2013-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/10\/gassmann-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:40:14","modified_gmt":"2023-08-23T22:40:14","slug":"gassmann-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/10\/gassmann-4\/","title":{"rendered":"Face \u00e0 l\u2019innovation chinoise, la meilleure d\u00e9fense est l\u2019attaque"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e9localiser la recherche et le d\u00e9veloppement (R&amp;D) vers la Chine pour renforcer la position industrielle de la Suisse? Cela pourrait sembler contradictoire \u00e0 plus d\u2019un homme politique. Pourtant, ce mouvement s\u2019observe depuis quelque temps dans de nombreux secteurs industriels. Avec la croissance des march\u00e9s \u00e9mergents, des entreprises suisses traditionnelles, actives dans la haute technologie, ont \u00e9galement fait le choix d\u2019implanter ou d\u2019intensifier non seulement leurs activit\u00e9s de production, mais \u00e9galement leur R&amp;D sur ces march\u00e9s, dans le but de d\u00e9velopper des produits \u00e0 bas co\u00fbts. Ne pas le faire serait dangereux \u00e0 long terme pour leur comp\u00e9titivit\u00e9, tant dans les pays \u00e9mergents que sur le march\u00e9 national.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa puissance \u00e9conomique croissante des Brics (Br\u00e9sil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) conf\u00e8re aux march\u00e9s \u00e9mergents une influence toujours plus grande sur la marche du monde. La Chine s\u2019est hiss\u00e9e au rang de seconde puissance \u00e9conomique et commerciale et poss\u00e8de la premi\u00e8re r\u00e9serve de devises du monde. Les \u00c9tats-Unis pourraient perdre leur premi\u00e8re place d\u2019ici trois ans. La\u00a0croissance des Brics s\u2019annonce plus lente que pr\u00e9vu, mais se poursuivra \u00e0 moyen terme. Le\u00a0Boston Consulting Group pr\u00e9voit par exemple que les d\u00e9penses en biens de consommation \u2013 donc seules celles effectu\u00e9es \u00e0 titre priv\u00e9 \u2013 atteindront en Chine et en Inde les 10&nbsp;000 milliards de dollars en 2020, soit plus du triple du niveau actuel. D\u2019apr\u00e8s les estimations de l\u2019OCDE, le produit int\u00e9rieur brut (PIB) consolid\u00e9 des march\u00e9s aujourd\u2019hui \u00e9mergents devrait constituer 60% du PIB mondial \u00e0 l\u2019horizon 2060. D\u00e8s 2050, la moiti\u00e9 de la classe moyenne mondiale sera indienne ou chinoise. La Chine br\u00fble aujourd\u2019hui la moiti\u00e9 du charbon consomm\u00e9 dans le monde et cette proportion est destin\u00e9e \u00e0 s\u2019accro\u00eetre, du\u00a0fait du d\u00e9veloppement massif de ses infrastructures. Le plan quinquennal actuel pr\u00e9voit, en effet, d\u2019activer une nouvelle centrale au charbon par semaine jusqu\u2019en 2020.&#13;<\/p>\n<h2>Cela fait longtemps que la Chine n\u2019est plus seulement synonyme de bon march\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl n\u2019y a pas que les chiffres macro\u00e9conomiques qui sont impressionnants. Les entreprises chinoises actives au niveau international t\u00e9moignent presque mieux encore de la mont\u00e9e en puissance de leur pays. La soci\u00e9t\u00e9 <i>China International Marine Containers (CIMC)<\/i> est le leader mondial des conteneurs maritimes, avec 56% de parts de march\u00e9; <i>Haier<\/i>, avec presque 8% du march\u00e9 mondial (2011), est le premier fabricant d\u2019appareils m\u00e9nagers. Sept entreprises de pays \u00e9mergents, dont six chinoises, figurent parmi les dix plus importants producteurs d\u2019acier du monde (en volume). M\u00eame dans des domaines o\u00f9 l\u2019on ne s\u2019attendrait pas \u00e0 la voir en t\u00eate, la Chine gagne du terrain. Dans la fabrication de pianos par exemple, l\u2019entreprise <i>Pearl River Piano<\/i> est le leader mondial en termes de volume, avec 100\u2009000 unit\u00e9s produites par an. Le savoir-faire chinois ne se cantonne d\u2019ailleurs pas aux pianos bon march\u00e9, mais tend \u00e9galement vers le haut en gamme au moyen de coop\u00e9rations strat\u00e9giques \u2013 avec <i>Steinway &amp; Sons<\/i> notamment. Cela fait d\u00e9j\u00e0 un certain temps que la Chine n\u2019est plus simplement synonyme de \u00abbon march\u00e9\u00bb, mais compte parmi les leaders mondiaux dans plusieurs domaines \u2013 l\u2019\u00e9nergie solaire par exemple \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 des investissements strat\u00e9giques dans des industries naissantes.&#13;<\/p>\n<h2>Un essor qui s\u2019explique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nComment les entreprises chinoises parviennent-elles \u00e0 cro\u00eetre si fortement \u00e0 un rythme si rapide? Tout d\u2019abord en raison de la demande, la croissance des revenus de la population chinoise tirant vers le haut les ventes des entreprises locales. D\u2019apr\u00e8s les pr\u00e9visions de McKinsey, le revenu des m\u00e9nages urbains devrait doubler en Chine d\u2019ici 2022 et un grand nombre de consommateurs acc\u00e9der \u00e0 la classe moyenne. Les pr\u00e9visions sont particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9es pour les villes du troisi\u00e8me cercle \u2013 dans l\u2019arri\u00e8re-pays \u2013, o\u00f9 le nombre de m\u00e9nages de la classe moyenne devrait \u00eatre multipli\u00e9 par deux d\u2019ici 2020 pour atteindre 30% du total; c\u2019est l\u00e0 que la croissance des revenus devrait \u00eatre la plus forte.&#13;<\/p>\n<h2>Attention aux march\u00e9s de niche<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOn peut concevoir en principe des innovations frugales dans toutes les branches et pour tous les march\u00e9s. Il est toutefois particuli\u00e8rement difficile de les anticiper sur les march\u00e9s de niche. Ce probl\u00e8me est particuli\u00e8rement important pour les petites et moyennes entreprises (PME) actives au niveau international. Loin de la consommation de masse, les march\u00e9s de niche comptent un nombre relativement faible de clients pr\u00eats \u00e0 d\u00e9bourser davantage pour un produit sp\u00e9cifique et non standardis\u00e9. Des innovateurs chinois ayant d\u00e9velopp\u00e9 des produits frugaux sont en mesure d\u2019atteindre plus rapidement le seuil de rentabilit\u00e9 que les entreprises suisses, gr\u00e2ce \u00e0 leur structure de co\u00fbts. Les prix bas permettent en outre d\u2019attirer une client\u00e8le plus large et de transformer \u00e0 terme la niche en un nouveau march\u00e9 de masse. C\u2019est ce qu\u2019a connu le domaine des armoires \u00e0 vin r\u00e9frig\u00e9r\u00e9es. Celles-ci, tr\u00e8s co\u00fbteuses, \u00e9taient seulement demand\u00e9es par des restaurateurs et quelques amateurs de vin, et formaient un march\u00e9 de niche. Ce dernier s\u2019est \u00e9largi lorsque <i>Haier<\/i> l\u2019a investi avec de nouveaux produits \u00e0 usage domestique. Ce fabricant d\u00e9tient aujourd\u2019hui 60% du march\u00e9 aux \u00c9tats-Unis.&#13;<\/p>\n<h2>La meilleure d\u00e9fense est l\u2019attaque<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAvant de s\u2019attaquer au march\u00e9 international, les innovateurs frugaux ont besoin d\u2019acqu\u00e9rir une position forte dans leur pays, afin de b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un avantage en termes de volumes et de co\u00fbts sur les entreprises occidentales. <i>Ericsson<\/i> en a fait l\u2019exp\u00e9rience douloureuse en 2009, lorsqu\u2019elle s\u2019est fait battre par Huawei sur son propre march\u00e9 int\u00e9rieur, la Su\u00e8de, lors de l\u2019appel d\u2019offres pour le d\u00e9ploiement des infrastructures 4G. Les deux concurrents offraient le m\u00eame niveau d\u2019expertise technique, mais <i>Ericsson<\/i> ne pouvait rivaliser avec les prix tr\u00e8s bas de Huawei. Les entreprises chinoises, une fois leur position assur\u00e9e sur le march\u00e9 national, intensifient en outre les op\u00e9rations de fusions-acquisitions et les investissements directs. En 2012, elles ont augment\u00e9 de 28,5% leurs investis-sements directs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, lesquels ont atteint un total de 77 milliards d\u2019USD. L\u2019acquisition de <i>Putzmeister<\/i> par <i>Sany<\/i> en 2012 et celle de <i>Volvo<\/i> par <i>Geely<\/i> en 2010 ne sont que la pointe de l\u2019iceberg. Pour faire face aux concurrences chinoise et indienne, deux strat\u00e9gies s\u2019imposent:&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019enjeu est aujourd\u2019hui reconnu<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes soci\u00e9t\u00e9s internationales investissent massivement en Chine et en Inde. <i>Unilever<\/i> par exemple a accru sa participation dans la soci\u00e9t\u00e9 <i>Hindustan Unilever<\/i> de plus de 5,4 milliards d\u2019USD et <i>Audi<\/i> ouvre cette seule ann\u00e9e trois nouveaux sites en Inde. <i>BASF<\/i>, premier groupe chimique mondial, fait construire pour 860 millions d\u2019euros une usine \u00e0 Chongqing, qui produira \u00e0 partir de 2014 le MDI, un composant du plastique. La part de la R&amp;D dans les investissements a elle aussi augment\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. D\u2019apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate de <i>Booz &amp; Co.<\/i> en 2011 sur les d\u00e9penses de recherche des mille premi\u00e8res entreprises mondiales, celles de la Chine et de l\u2019Inde ont augment\u00e9 de 27,2% pour atteindre 16,3 milliards d\u2019USD.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9mergence d\u2019une classe moyenne mondiale offre de multiples possibilit\u00e9s<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa mondialisation, synonyme d\u2019interd\u00e9pendance, progresse. La concurrence provenant de Chine et des autres pays \u00e9mergents s\u2019intensifiera et les entreprises suisses devront repenser leurs mod\u00e8les d\u2019affaires traditionnels. Cependant, mis \u00e0 part les risques d\u00e9crits pr\u00e9c\u00e9demment, les march\u00e9s \u00e9mergents sont autant d\u2019occasions \u00e0 saisir. Au- del\u00e0 des conditions-cadres, qu\u2019il revient aux politiques de fixer, les entreprises se doivent de faire preuve d\u2019ouverture, d\u2019initiative et de flexibilit\u00e9, afin de concr\u00e9tiser ces occasions qui s\u2019offrent \u00e0 elles et d\u2019atteindre la classe moyenne mondiale \u00e9mergente.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abExemple d\u2019innovations frugales: les appareils ultrasoniques portables\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>Gassmann O., Beckenbauer A. et Friesike S., Profiting from Innovation in China, 2012, Heidelberg: Springer.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Zeschky M., Widenmayer B. et Gassmann O., \u00abFrugal Innovation in Emerging Markets\u00bb, Research-Technology Management, 54(4), 2011, pp. 38-45.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Gassmann O., Winterhalter S. et Wecht C., \u00abFrugal Innovation \u2013 Oder lernen von China?\u00bb IM+io, 28 (4), 2013 (\u00e0 venir).<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Williamson P. J., \u00abCost Innovation: Preparing for a \u2019Value-for-Money\u2019 Revolution\u00bb, Long Range Planning, 43, 2010, pp. 343\u2013353. \u00e9tude KPMG.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Silverstein J., Singhi A., Liao C. et Michael D., The $10 Trillion Prize, Boston, 2012, Harvard Business School Publishing.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Markides C. C., \u00abHow Disruptive Will Innovations From Emerging Markets Be?\u00bb, MIT Sloan Management Review, 54(1), 2012, pp. 22\u201325.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Barton D., Chen Y. et Jin A., \u00abMapping China\u2019s Middle Class\u00bb, McKinsey Quarterly, juin 2013.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Faeh D. et Meyer H., Wie gehen Schweizer Firmen in China mit Forschung und Entwicklung um?, Rapport interm\u00e9diaire de l\u2019Institut de g\u00e9ographie de l\u2019universit\u00e9 de Berne, 2011.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>KPMG, Steuerliche F\u00f6rderung von F&amp;E in\u00a0der Schweiz, R&amp;D Survey, 2011.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>G\u00e4rtner M., \u00abDas neue Milliardengesch\u00e4ft in\u00a0der Provinz\u00bb, Manager magazin online, 2013.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Jaruzelski B., Loehr J. et Holman R., \u00abThe\u00a0Global Innovation 1000. Making Ideas Work\u00bb, Strategy+Business, 69, hiver 2012, pp. 1\u201314.<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>\n<p>&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Contacts&#13;<\/p>\n<h3>Contacts<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<a href=\"mailto:oliver.gassmann@unisg.ch\">oliver.gassmann@unisg.ch<\/a>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<a href=\"mailto:stephan.winterhalter@unisg.ch\">stephan.winterhalter@unisg.ch<\/a>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nInstitut f\u00fcr Technologiemanagement (ITEM-HSG)&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDufourstrasse 40a&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n9000 Saint-Gall&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTel: +41 71&nbsp;224 7220&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nFax: +41 71&nbsp;224 7301&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.item.unisg.ch\">http:\/\/www.item.unisg.ch<\/a><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9localiser la recherche et le d\u00e9veloppement (R&amp;D) vers la Chine pour renforcer la position industrielle de la Suisse? 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