{"id":149258,"date":"2013-06-01T12:00:00","date_gmt":"2013-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/06\/schneider-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:41:29","modified_gmt":"2023-08-23T22:41:29","slug":"schneider-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/06\/schneider-2\/","title":{"rendered":"L\u2019immigration n\u2019a fait qu\u2019accentuer des tendances existantes, comme la suroccupation des trains et les loyers \u00e9lev\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>Dans un entretien \u00e0 La Vie \u00e9conomique, le chef du D\u00e9partement de l\u2019\u00e9conomie, de la formation et de\u00a0la recherche, le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Johann N. Schneider-Ammann admet que la libre circulation des personnes peut avoir eu des effets n\u00e9gatifs. Il estime, toutefois, que\u00a0l\u2019accord avec l\u2019UE a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement pr\u00e9cieux. Il explique, en\u00a0outre, comment il compte obtenir gain de cause lors des initiatives populaires Ecopop et Contre l\u2019immigration de masse \u00e0 venir. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201306_10_Schneider_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"282\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>M. Scheider-Ammann, le rapport annuel sur les cons\u00e9quences de la libre circulation des personnes entre la Suisse et l\u2019Union europ\u00e9enne vient de para\u00eetre L\u2019an dernier, l\u2019immigration nette s\u2019est \u00e9tablie \u00e0 73&nbsp;000 personnes. Pourquoi la Conf\u00e9d\u00e9ration a-t-elle \u00e0 ce point sous-estim\u00e9 l\u2019immigration li\u00e9e \u00e0 l\u2019ouverture du march\u00e9 du travail?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> La forte immigration en Suisse est l\u2019expression de l\u2019attrait \u00e9conomique de notre pays. Dans les ann\u00e9es nonante, notre \u00e9conomie traversait encore une longue p\u00e9riode de stagnation associ\u00e9e \u00e0 un taux de ch\u00f4mage \u00e9lev\u00e9 persistant et l\u2019immigration \u00e9tait donc faible. Face aux \u00c9tats de l\u2019UE, le solde migratoire \u00e9tait pratiquement nul. Cette situation n\u2019a pratiquement pas \u00e9volu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019introduction de la libre circulation des personnes en 2002. \u00c0 ce moment-l\u00e0, notre pays est devenu \u00e9conomiquement plus attrayant et la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e a engendr\u00e9 un afflux de travailleurs dont l\u2019ampleur \u00e9tait difficilement pr\u00e9visible. La tendance pourrait toutefois rapidement s\u2019inverser en fonction du contexte europ\u00e9en.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Le rapport de l\u2019Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l\u2019UE a montr\u00e9 qu\u2019une \u00e9volution s\u2019\u00e9tait produite en 2012. La Suisse a en effet vu affluer moins d\u2019Allemands et davantage de ressortissants d\u2019Europe m\u00e9ridionale et orientale par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Cela a-t-il une importance pour notre pays?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Bien entendu, cela fait une diff\u00e9rence. On fait appel \u00e0 de la main-d\u2019\u0153uvre et ce sont des hommes qui arrivent, comme l\u2019a dit Max Frisch en son temps. La proximit\u00e9 culturelle, en particulier le fait de parler la m\u00eame langue, facilite l\u2019int\u00e9gration. Ce constat vaut aussi bien pour le monde du travail que pour la vie priv\u00e9e. Alors oui, ce n\u2019est pas anodin. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>La Suisse est-elle surpeupl\u00e9e?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Les perceptions \u00e0 ce sujet sont variables d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre et il n\u2019est donc pas possible de r\u00e9pondre \u00e0 cette question de mani\u00e8re objective. Je ne parlerais, toutefois, pas de surpopulation. Il est \u00e9vident qu\u2019avec la libre circulation des personnes, notre croissance d\u00e9mographique s\u2019est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Cette r\u00e9alit\u00e9 a donc provoqu\u00e9 des difficult\u00e9s sur certains march\u00e9s immobiliers r\u00e9gionaux ainsi que pour une partie des infrastructures. On \u00e9voque m\u00eame le stress qui r\u00e9sulte de la densit\u00e9 accrue de la population. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral en est parfaitement conscient. Je tiens donc tout particuli\u00e8rement \u00e0 pr\u00e9server autant que faire se peut l\u2019espace libre existant, tant pour la d\u00e9tente que pour la culture. Je pense aussi qu\u2019il reste encore \u00e0 faire dans la construction urbaine pour r\u00e9ussir une densification intelligente.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Les trains sont bond\u00e9s et les loyers \u00e9lev\u00e9s. Sont-ce l\u00e0 les cons\u00e9quences de la libre circulation des personnes?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> L\u2019immigration n\u2019est pas seule responsable de la suroccupation des trains et des loyers \u00e9lev\u00e9s, m\u00eame si elle a accentu\u00e9 des tendances existantes. La prosp\u00e9rit\u00e9 croissante dans notre pays a elle aussi induit des changements soci\u00e9taux: les besoins en espace habitable et le nombre de m\u00e9nages d\u2019une seule personne ont fortement augment\u00e9. Dans les ann\u00e9es quatre-vingt, on comptait en moyenne 34 m2 par personne; on en est \u00e0 plus de 50 m2 aujourd\u2019hui. Je ne veux pas nier les difficult\u00e9s dans certains secteurs sensibles, mais cela montre quand m\u00eame que la situation en mati\u00e8re de logement reste tr\u00e8s bonne pour la grande majorit\u00e9 des gens. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Les contr\u00f4les relatifs aux salaires usuels et aux salaires minimaux montrent que le nombre d\u2019abus suppos\u00e9s reste \u00e9lev\u00e9. Les mesures d\u2019accompagnement permettent-elles r\u00e9ellement d\u2019\u00e9viter la sous-ench\u00e8re salariale?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Les mesures d\u2019accompagnement sont clairement un instrument efficace pour lutter contre les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de la libre circulation des personnes sur les conditions de salaire et de travail en Suisse. Ces derni\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9es aupr\u00e8s de presque 39\u2009000 entreprises et de plus de 152\u2009000 personnes en 2012, soit l\u00e9g\u00e8rement plus que l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Les contr\u00f4les restent nettement sup\u00e9rieurs aux exigences de l\u2019ordonnance sur les travailleurs d\u00e9tach\u00e9s. De plus, les contr\u00f4les sont effectu\u00e9s de mani\u00e8re tr\u00e8s cibl\u00e9e, \u00e0 savoir dans les branches sensibles ou en cas de soup\u00e7on d\u2019infraction. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Les sanctions ne sont-elles pas trop faibles?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Non, elles permettent d\u2019atteindre le r\u00e9sultat escompt\u00e9. Il ne s\u2019agit pas juste d\u2019infliger des amendes, mais de faire en sorte que les entreprises \u00e9pingl\u00e9es renoncent \u00e0 commettre de nouvelles infractions et adoptent un comportement correct. Les organes d\u2019ex\u00e9cution signalent relativement peu de cas de r\u00e9cidive, ce qui montre bien que les entreprises d\u00e9tachant des travailleurs et les employeurs suisses s\u2019efforcent de respecter les r\u00e8gles. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>L\u2019attrait du march\u00e9 suisse du travail est rest\u00e9 \u00e9lev\u00e9 et l\u2019immigration augmente. Est-il pr\u00e9vu de renforcer le volume de contr\u00f4les en cons\u00e9quence?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> La priorit\u00e9 de notre d\u00e9partement pour cette ann\u00e9e et la &shy;suivante est essentiellement d\u2019optimiser l\u2019ex\u00e9cution des contr\u00f4les plut\u00f4t que d\u2019augmenter leur nombre. Ceux-ci privil\u00e9gient les branches sensibles et les entreprises pour lesquelles des abus ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 constat\u00e9s ou qui interviennent pour la premi\u00e8re fois en Suisse. L\u2019objectif est de contr\u00f4ler environ 50% des travailleurs d\u00e9tach\u00e9s et 50% des ind\u00e9pendants. Il existe toutefois un certain nombre d\u2019entreprises qui ont conclu plusieurs contrats en Suisse depuis l\u2019introduction des mesures d\u2019accompagnement et qui ont donc subi plusieurs contr\u00f4les dans le pass\u00e9. Afin d\u2019\u00e9viter leur multiplication aupr\u00e8s des entreprises qui se conforment aux r\u00e8gles, il est possible de s\u2019\u00e9loigner quelque peu de l\u2019objectif des 50% \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment en ce qui concerne les prestataires de services soumis \u00e0 l\u2019obligation d\u2019annonce. Le nombre de contr\u00f4les effectu\u00e9s est assez \u00e9lev\u00e9 pour garantir une activit\u00e9 de surveillance suffisante.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Comment pensez-vous optimiser l\u2019ex\u00e9cution des contr\u00f4les?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Cela passe en particulier par une am\u00e9lioration de la formation des personnes qui en ont la charge. Nous sommes, par ailleurs, en train d\u2019\u00e9laborer une proc\u00e9dure pilote incluant des mod\u00e8les de documents et des supports didactiques, qui facilitera le travail des organes d\u2019ex\u00e9cution et garantira une mise en \u0153uvre professionnelle et harmonis\u00e9e.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral n\u2019a pas activ\u00e9 la clause de sauvegarde pour les s\u00e9jours de courte dur\u00e9e effectu\u00e9s par des ressortissants de l\u2019UE8. Est-ce l\u00e0 le fruit d\u2019un \u00ablobbying\u00bb r\u00e9ussi de la part des branches de l\u2019agriculture et de la construction?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Non, cela n\u2019a rien \u00e0 voir. Par cette d\u00e9cision, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral veut \u00e9viter une in\u00e9galit\u00e9 de traitement entre les \u00c9tats de l\u2019UE25. Les seuils requis ont \u00e9t\u00e9 atteints pour les autorisations L de l\u2019UE8, tandis qu\u2019ils ne l\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pour l\u2019UE17 \u00e0 la fin du mois de mai 2013.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>La responsabilit\u00e9 solidaire sera introduite ces prochains mois dans le\u00a0cadre du durcissement des sanctions \u00e0 l\u2019\u00e9gard des sous-traitants dans le secteur de la construction. A-t-on veill\u00e9 \u00e0 ce que l\u2019entrepreneur contractant ne puisse se soustraire trop ais\u00e9ment \u00e0 sa responsabilit\u00e9?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Oui, c\u2019est le cas. Le renforcement de la responsabilit\u00e9 solidaire oblige l\u2019entrepreneur contractant \u00e0 se porter garant du respect des conditions minimales de salaire et de travail par ses sous-traitants. Sa responsabilit\u00e9 est engag\u00e9e \u00e0 titre subsidiaire si un travailleur a pr\u00e9alablement d\u00e9j\u00e0 cherch\u00e9, en vain, \u00e0 obtenir satisfaction aupr\u00e8s de son employeur direct. La responsabilit\u00e9 solidaire offre, toutefois, \u00e0 l\u2019entrepreneur contractant la possibilit\u00e9 de se lib\u00e9rer s\u2019il a respect\u00e9 son devoir de pr\u00e9caution. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Des infractions telles que le cas de ces Slovaques pay\u00e9s huit euros de\u00a0l\u2019heure pour des travaux de d\u00e9samiantage &shy;appartiennent-elles au pass\u00e9?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Vous n\u2019\u00eates pas sans savoir que la meilleure des lois ne permet pas de supprimer compl\u00e8tement les abus. La responsabilit\u00e9 solidaire oblige, toutefois, l\u2019entrepreneur contractant \u00e0 s\u2019engager, dans le cadre d\u2019un contrat de sous-traitance, \u00e0 faire respecter les conditions de salaire et de\u00a0travail. Elle compl\u00e8te donc \u00e0 cet \u00e9gard les mesures existantes.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>En cas d\u2019abus r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, les cantons romands et le Tessin imposent des salaires minimaux obligatoires dans le cadre de contrats-types de travail ou de conventions collectives all\u00e9g\u00e9es de force obligatoire. Par leur inaction, les cantons al\u00e9maniques \u00e9chappent-ils aux mesures d\u2019accompagnement?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Non, de nombreux cantons al\u00e9maniques ont opt\u00e9 pour une red\u00e9finition \u00e0 la baisse du salaire usuel du lieu et de la branche dans le cadre de proc\u00e9dures de conciliation entre les entreprises et les commissions tripartites cantonales. Celles-ci se composent de repr\u00e9sentants des f\u00e9d\u00e9rations patronales et syndicales ainsi que des cantons. La plupart des proc\u00e9dures de conciliation ont pu \u00eatre men\u00e9es \u00e0 bien au cours de l\u2019exercice sous revue, soit pour plus de 80% des entreprises d\u00e9tachant des travailleurs et pour quasiment 80% des entreprises suisses. La proc\u00e9dure de conciliation constitue donc un instrument efficace et \u00e9prouv\u00e9 contre la sous-ench\u00e8re salariale, tout en permettant d\u2019\u00e9viter de r\u00e9glementer l\u2019ensemble d\u2019une branche, par exemple en introduisant un contrat-type de travail avec des salaires minimaux obligatoires.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Faut-il imposer des salaires minimaux en Suisse?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Non, mais le Conseil f\u00e9d\u00e9ral partage l\u2019objectif de l\u2019initiative sur les salaires minimaux, \u00e0 savoir que toute personne doit pouvoir vivre de son salaire. Il est toutefois d\u2019avis que l\u2019initiative ne permet pas d\u2019atteindre cet objectif. Le partenariat social et les conventions collectives de travail jouent un r\u00f4le essentiel dans les n\u00e9gociations salariales. Un salaire minimum l\u00e9gal\u00a0national de 22 francs de l\u2019heure ou de 4000 francs par mois porterait atteinte au bon fonctionnement du march\u00e9 du travail et aux emplois. Les petites et moyennes entreprises, qui composent une grande part de l\u2019\u00e9conomie suisse, seraient davantage touch\u00e9es que les grandes entreprises.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>La flexibilit\u00e9 de la politique salariale demeure-t-elle votre pr\u00e9occupation premi\u00e8re?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Oui absolument. Notre syst\u00e8me actuel, fond\u00e9 sur le partenariat social, fonctionne dans l\u2019ensemble tr\u00e8s bien. La politique de formation des salaires a largement eu de bons r\u00e9sultats dans les domaines de l\u2019emploi et de la r\u00e9partition des salaires. La Suisse enregistre d\u2019ailleurs un taux d\u2019occupation \u00e9lev\u00e9 et un faible taux de ch\u00f4mage. En comparaison internationale, elle se range aux c\u00f4t\u00e9s des pays affichant les \u00e9carts salariaux les moins importants et la plus faible proportion de travailleurs \u00e0 bas revenu. Je suis convaincu que l\u2019introduction d\u2019un salaire minimum au niveau national porterait durablement atteinte \u00e0 la place \u00e9conomique suisse. Mon objectif est clair: le march\u00e9 du travail doit comprendre si possible des travailleurs de tous les niveaux de qualification et de toutes les cat\u00e9gories d\u2019\u00e2ges. Je suis par cons\u00e9quent un adversaire convaincu de tout salaire minimum sectoriel impos\u00e9. Une telle mesure a principalement pour effet de r\u00e9duire les chances sur le march\u00e9 du travail plut\u00f4t que de les am\u00e9liorer.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 par la Commission de l\u2019\u00e9conomie et des redevances du Conseil des \u00c9tats d\u2019\u00e9tablir un rapport sur les bas salaires en Suisse et d\u2019y formuler des propositions ou des exigences. Si l\u2019on ne veut pas des 4000 francs, y a-t-il d\u2019autres possibilit\u00e9s?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Ce mandat a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral. Nous pr\u00e9senterons ce rapport en ao\u00fbt et je ne veux pas anticiper sur nos r\u00e9flexions, ni en aucun cas influer sur son \u00e9laboration. De mon c\u00f4t\u00e9, je vais prendre connaissance de ce que les services sp\u00e9cialis\u00e9s proposent comme options et nous pourrons ensuite entamer la discussion. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>La Croatie fera partie de l\u2019UE le 1<\/i>er <i>juillet prochain. Quand la libre circulation des personnes entrera-t-elle au plus t\u00f4t en vigueur dans le cas de ce nouvel \u00c9tat membre?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Le champ d\u2019application des accords bilat\u00e9raux entre la Suisse et l\u2019UE sera automatiquement \u00e9tendu \u00e0 la Croatie d\u00e8s son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE, mais la\u00a0libre circulation des personnes constitue une exception. Son extension \u00e0 cet \u00c9tat n\u00e9cessite un protocole additionnel qui d\u00e9finira notamment le d\u00e9lai de transition pour l\u2019acc\u00e8s des ressortissants croates au march\u00e9 suisse du travail. Le mandat de n\u00e9gociation y aff\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement adopt\u00e9 en mars. Il est actuellement trop t\u00f4t pour dire pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 quel moment cette proc\u00e9dure sera achev\u00e9e.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Si la population suisse devait refuser l\u2019extension de la libre circulation \u00e0 la Croatie dans le cadre d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum facultatif, dans quelle mesure courons-nous le risque d\u2019une d\u00e9nonciation des accords bilat\u00e9raux I de la part des \u00c9tats de l\u2019UE?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> L\u2019accord sur la libre circulation des personnes est tr\u00e8s important pour l\u2019\u00e9conomie et la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Suisse. L\u2019\u00e9tendre \u00e0 la Croatie, c\u2019est assurer sa p\u00e9rennit\u00e9 et donc la voie bilat\u00e9rale adopt\u00e9e dans les relations entre la Suisse et l\u2019UE. Si notre pays rejette l\u2019extension de ce droit \u00e0 la Croatie, il cr\u00e9e une in\u00e9galit\u00e9 de traitement entre cette derni\u00e8re et les autres \u00c9tats de l\u2019UE. L\u2019UE risque donc de ne pas accepter une telle discrimination et de d\u00e9noncer l\u2019accord avec pour cons\u00e9quence qu\u2019en raison de la \u00abclause guillotine\u00bb, les autres accords bilat\u00e9raux I cesseraient \u00e9galement d\u2019\u00eatre appliqu\u00e9s.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>L\u2019UE aurait aussi beaucoup \u00e0 y perdre. Le risque qu\u2019elle mette fin\u00a0\u00e0 l\u2019application de l\u2019ensemble des accords bilat\u00e9raux I n\u2019est-il donc pas plut\u00f4t faible?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Argumenter ainsi, c\u2019est jouer avec le feu. Cela ne peut servir de base \u00e0 une politique s\u00e9rieuse. Je le r\u00e9p\u00e8te, les hommes et les femmes qui sont arriv\u00e9s chez nous gr\u00e2ce \u00e0 la libre circulation des personnes ont, par leur travail, largement contribu\u00e9 au succ\u00e8s \u00e9conomique de notre pays ces derni\u00e8res ann\u00e9es, et donc \u00e0 notre actuelle prosp\u00e9rit\u00e9. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral ne veut donc pas remettre en jeu cet acquis.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Nous allons prochainement devoir nous prononcer sur les initiatives<\/i> Ecopop <i>et<\/i> Contre l\u2019immigration de masse<i>. Le malaise de la population face \u00e0 l\u2019immigration se renforce. Comment pensez-vous obtenir gain de cause lors de ces votations?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> L\u2019adh\u00e9sion de la population \u00e0 notre politique est avant tout une question de confiance. L\u2019initiative contre les r\u00e9mun\u00e9rations abusives a montr\u00e9 que cette confiance entre le monde politique et la\u00a0population, mais aussi et surtout entre &shy;l\u2019\u00e9conomie et la population, \u00e9tait entam\u00e9e. Il est donc urgent de se mettre au travail. Il ne suffit pas de pr\u00e9senter aux gens les avantages de la libre circulation des personnes et les cons\u00e9quences n\u00e9gatives d\u2019une politique d\u2019immigration restrictive, aussi objectifs ou scientifiques soient-ils. Il ne suffit pas non plus de leur dire que les entreprises, en particulier celle des cantons frontaliers, ont largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du fait de pouvoir recruter des travailleurs qualifi\u00e9s dans l\u2019UE et l\u2019AELE. Il ne suffit pas, enfin, d\u2019affirmer que l\u2019ouverture du march\u00e9 du travail a contribu\u00e9 dans une large mesure \u00e0 la croissance \u00e9conomique et de l\u2019emploi en Suisse ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Nous devons \u0153uvrer quotidiennement \u00e0 gagner la confiance de la population en faisant ce que nous promettons. C\u2019est, du reste, valable aussi bien pour la politique que pour l\u2019\u00e9conomie.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Quelles sont vos recettes pour gagner ces votations?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Nous devons avant tout mener la discussion sans tabous et \u00e9voquer aussi bien les avantages de la libre circulation des personnes que les d\u00e9fis qu\u2019elles pose. Nous devons \u00e9galement lutter syst\u00e9matiquement contre les abus. En ce qui concerne l\u2019am\u00e9nagement du territoire, la construction de logements bon march\u00e9 et l\u2019infrastructure, la Conf\u00e9d\u00e9ration, les cantons et les communes doivent faire en sorte, par des projets communs, que l\u2019immigration bien accueillie par l\u2019\u00e9conomie le soit aussi par la soci\u00e9t\u00e9. Nous ne devons pas oublier que beaucoup a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait et sera encore fait dans ces domaines. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b><i>Ce n\u2019est pas encore tr\u00e8s concret. S\u2019agissant du march\u00e9 du logement, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral s\u2019est d\u00e9j\u00e0 prononc\u00e9 contre des interventions fortes. Des mesures douces suffiront-elles \u00e0 faire la diff\u00e9rence lors des votations?<\/i><b>J. Schneider-Ammann:<\/b> Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral est convaincu que la probl\u00e9matique du logement ne pourra pas \u00eatre r\u00e9solue globalement. Les diff\u00e9rences entre Gen\u00e8ve et Appenzell ou entre B\u00e2le et Meiringen sont si importantes qu\u2019une seule mesure nationale ne saurait faire l\u2019affaire. Les questions de logement, en particulier, doivent \u00eatre r\u00e9solues \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale. Dans ce domaine, les communes, les villes et les cantons sont nettement mieux plac\u00e9s pour prendre des mesures appropri\u00e9es et efficaces \u00e0 court terme. La t\u00e2che de la Conf\u00e9d\u00e9ration consiste surtout \u00e0 ne pas \u00e9touffer le march\u00e9 par des r\u00e9glementations ineptes et \u00e0 soutenir les communes et les cantons. C\u2019est exactement ce qu\u2019elle fait en lan\u00e7ant un dialogue sur le logement avec les villes et les cantons.<b>Entretien:<\/b> Suzanne Blank et Nicole Tesar<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un entretien \u00e0 La Vie \u00e9conomique, le chef du D\u00e9partement de l\u2019\u00e9conomie, de la formation et de\u00a0la recherche, le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Johann N. Schneider-Ammann admet que la libre circulation des personnes peut avoir eu des effets n\u00e9gatifs. Il estime, toutefois, que\u00a0l\u2019accord avec l\u2019UE a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement pr\u00e9cieux. 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