{"id":149313,"date":"2013-05-01T12:00:00","date_gmt":"2013-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/05\/busch-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:42:24","modified_gmt":"2023-08-23T22:42:24","slug":"busch-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/05\/busch-2\/","title":{"rendered":"Comment le capital financier se transforme en capital physique"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, le secteur financier g\u00e9n\u00e8re une part consid\u00e9rable du produit int\u00e9rieur brut (PIB) et fournit des emplois \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e. Son utilit\u00e9 pour l\u2019\u00e9conomie nationale d\u00e9passe, toutefois, ce seul apport. Dans la mesure o\u00f9 ils transforment le capital financier en investissements, assument des risques et r\u00e9duisent les asym\u00e9tries d\u2019information, les interm\u00e9diaires financiers remplissent des fonctions importantes pour les autres secteurs.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nComment et surtout jusqu\u2019\u00e0 quel point le processus d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re (qui ne se r\u00e9duit pas au seul secteur financier, mais concerne d\u2019autres branches) fonctionne-t-il en Suisse? Voil\u00e0 des questions qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 suffisamment \u00e9tudi\u00e9es. C\u2019est la raison pour laquelle cinq \u00e9tudes, mandat\u00e9es par le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco), portent sur diff\u00e9rents aspects de cette fonction en Suisse. Elles sont pr\u00e9sent\u00e9es dans ce qui suit.&#13;<\/p>\n<h2>Les implications du secteur financier pour l\u2019\u00e9conomie nationale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>BAK Basel<\/i> a examin\u00e9 les effets macro\u00e9conomiques qu\u2019un secteur financier de grande taille g\u00e9n\u00e8re au niveau r\u00e9gional. Il est parti de l\u2019hypoth\u00e8se, largement d\u00e9battue par les scientifiques, selon laquelle un secteur financier (trop) important a une incidence plut\u00f4t n\u00e9gative sur l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie. Son \u00e9tude a montr\u00e9 que, au-del\u00e0 d\u2019un taux d\u2019emploi d\u2019environ 8%, un secteur financier en expansion ne sert plus la croissance \u00e9conomique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut s\u2019expliquer par un exode des cerveaux au d\u00e9triment des autres secteurs, une augmentation des risques syst\u00e9miques ou une appr\u00e9ciation de la monnaie nationale induite par des placements financiers.Ce r\u00e9sultat doit, toutefois, \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 avec prudence. Au niveau agr\u00e9g\u00e9, les analyses englobant des r\u00e9gions tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes sont n\u00e9cessairement incompl\u00e8tes. Elles ne peuvent tenir suffisamment compte des caract\u00e9ristiques propres \u00e0 chaque place financi\u00e8re. \u00c0 titre d\u2019exemple, celle de Zurich, qui regroupe plus de 10% de l\u2019emploi local, est fortement ax\u00e9e sur la gestion de fortune et l\u2019exportation. Par cons\u00e9quent, ses effets sur l\u2019\u00e9conomie nationale devraient \u00eatre surtout indirects, comme l\u2019absorption du capital humain, et moins prendre la forme de services d\u2019interm\u00e9diation inefficaces pour notre pays.&#13;<\/p>\n<h2>La cr\u00e9ation de valeur par le secteur \u2028financier est-elle \u00e9valu\u00e9e correctement?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa premi\u00e8re \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par le <i>Centre de recherches conjoncturelles du Liechtenstein (KOF Liechtenstein)<\/i> va m\u00eame plus loin. Elle se demande si la valeur ajout\u00e9e directe du secteur financier n\u2019est pas sur\u00e9valu\u00e9e dans les comptes nationaux (CN). Cette hypoth\u00e8se se fonde sur la pratique des banques qui ne facturent pas explicitement les prestations financi\u00e8res li\u00e9es aux op\u00e9rations de d\u00e9p\u00f4t et de cr\u00e9dit, mais pr\u00e9l\u00e8vent une marge d\u2019int\u00e9r\u00eat. Dans les CN, celle-ci fait partie des <i>services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re indirectement mesur\u00e9s (Sifim)<\/i>. Seule une partie de ce montant sert \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer les prestations fournies, le reste compensant les risques de perte encourus. Par convention, cette compensation n\u2019est pas comptabilis\u00e9e comme production dans les CN, mais comme redistribution du revenu. De la m\u00eame fa\u00e7on, les primes de risque des assurances ne sont pas consid\u00e9r\u00e9es comme valeur ajout\u00e9e. Dans son analyse, le KOFL \u00e9tablit une diff\u00e9rence entre ces deux composantes des Sifim, lesquels sont corrig\u00e9s des primes de risque.Selon les calculs effectu\u00e9s pour les ann\u00e9es 2008 \u00e0 2010 avec des Sifim corrig\u00e9s des risques, la valeur ajout\u00e9e brute des banques ne s\u2019\u00e9l\u00e8ve qu\u2019\u00e0 un peu plus de 60% de sa valeur initiale, ce qui repr\u00e9sente une diminution du PIB l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieure \u00e0 1%. En outre, la part de la valeur ajout\u00e9e brute des banques dans le PIB a recul\u00e9 d\u2019environ 2,5 points de pourcentage pour s\u2019\u00e9tablir \u00e0 pr\u00e8s de 4% (en 2010). Elle se rapproche ainsi de \u2028la part qu\u2019atteint dans le PIB la r\u00e9mun\u00e9ra-tion vers\u00e9e aux salari\u00e9s des \u00e9tablissements de cr\u00e9dit.&#13;<\/p>\n<h2>Les diff\u00e9rents mod\u00e8les d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re des banques<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAfin de comprendre <i>comment<\/i> l\u2019\u00e9pargne se transforme en moyens de production, il faut analyser le r\u00f4le des banques dans ce processus. L\u2019\u00e9tude men\u00e9e par le <i>Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l\u2019EPFZ<\/i> montre, toutefois, qu\u2019une analyse de l\u2019ensemble du secteur financier est insuffisante. Les banques actives en Suisse appliquent des mod\u00e8les d\u2019entreprise tr\u00e8s diff\u00e9rents, ce qui a \u00e9galement des effets vari\u00e9s sur l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle.Ainsi, l\u2019activit\u00e9 des banques r\u00e9gionales, des caisses d\u2019\u00e9pargne et, dans une moindre mesure, des banques cantonales se concentre presque exclusivement sur le domaine des hypoth\u00e8ques nationales. Cette situation sous-entend que les \u00e9tablissements concern\u00e9s participent peu au financement d\u2019activit\u00e9s d\u2019entreprises qui ne peuvent pas \u00eatre garanties par des biens immobiliers. En d\u00e9pit de cette offre abondante sur le march\u00e9 hypoth\u00e9caire, les auteurs de l\u2019\u00e9tude sont parvenus \u00e0 la conclusion que les banques n\u2019ont contribu\u00e9 qu\u2019\u00e0 une certaine p\u00e9riode et dans une ampleur limit\u00e9e \u00e0 faire \u00e9voluer la partie des prix de l\u2019immobilier qui ne peut pas \u00eatre expliqu\u00e9e par des facteurs fondamentaux de la demande. Les grandes banques, quant \u00e0 elles, ont des activit\u00e9s plus diversifi\u00e9es en Suisse: malgr\u00e9 une dominante hypoth\u00e9caire, elles contribuent plus largement au financement des actifs circulants et des biens d\u2019\u00e9quipement. Cependant, leur expansion internationale, \u00e0 partir des ann\u00e9es nonante, a nettement ralenti la croissance des activit\u00e9s nationales, si on les compare aux transactions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.L\u2019\u00e9tude indique qu\u2019en cas de chocs (notamment mon\u00e9taires) de courte dur\u00e9e, les diff\u00e9rents mod\u00e8les d\u2019entreprise du secteur bancaire n\u2019ont que peu d\u2019influence sur l\u2019inves-\u2028tissement de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle en biens d\u2019\u00e9quipement. Cela pourrait s\u2019expliquer par la pr\u00e9pond\u00e9rance du financement immobi-lier et le haut degr\u00e9 d\u2019autofinancement des entreprises.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9pargne exc\u00e9dentaire \u2028investie \u00e0\u00a0l\u2019\u00e9tranger<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa seconde \u00e9tude du <i>KOF Liechtenstein<\/i> fournit une \u00e9valuation globale de la transformation de l\u2019\u00e9pargne en capitaux financier et physique. Elle met en lumi\u00e8re que non seulement la Suisse dans son ensemble \u00e9pargne plus qu\u2019elle n\u2019investit, mais encore que tous les secteurs institutionnels (entreprises, \u00c9tat et m\u00e9nages) affichent aujourd\u2019hui une \u00e9pargne exc\u00e9dentaire. Plus de la moiti\u00e9 de l\u2019\u00e9pargne brute provient des soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res qui effectuent environ la moiti\u00e9 de leurs investissements \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&#13;<br \/>\nLe volume de l\u2019\u00ab\u00e9pargne forc\u00e9e\u00bb des m\u00e9nages dans les caisses de pension est \u00e9galement appr\u00e9ciable.. \u00c0 ce sujet, il reste encore \u00e0 clarifier le r\u00f4le des b\u00e9n\u00e9fices r\u00e9alis\u00e9s par des filiales \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Ceux-ci sont bien des actifs suisses, mais ils sont r\u00e9investis depuis ici en capital mat\u00e9riel qui profite \u00e0 la filiale \u00e9trang\u00e8re.Les exc\u00e9dents d\u2019\u00e9pargne induisent un volume tr\u00e8s important d\u2019avoirs \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. La stabilit\u00e9 financi\u00e8re et la propagation internationale de crises \u00e9conomiques et mon\u00e9taires ne sont toutefois pas d\u00e9termin\u00e9es par le patrimoine net (grandeur usuelle), mais par la position brute (sans le solde des cr\u00e9ances et des engagements). En se fondant sur le calcul d\u2019un compte de patrimoine et d\u2019actifs non financiers, l\u2019\u00e9tude montre que les positions brutes ont connu une forte expansion au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, imputable dans une large mesure aux soci\u00e9t\u00e9s \u2028financi\u00e8res.Sur la base des r\u00e9sultats des \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es par le KOF Liechtenstein et le KOF Zurich, on pourrait conclure que la Suisse, en dehors du financement immobilier, ne propose pas suffisamment de possibilit\u00e9s d\u2019investissement pour l\u2019\u00e9pargne indig\u00e8ne ou que le rendement des investissements effectu\u00e9s en capital physique est insuffisant en Suisse.&#13;<\/p>\n<h2>Est-il encore possible de r\u00e9aliser des &shy;investissements rentables en Suisse?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAfin d\u2019en v\u00e9rifier l\u2019hypoth\u00e8se, l\u2019<i>Observatoire de la finance<\/i> a \u00e9tabli des s\u00e9ries temporelles concernant le rendement des investissements effectu\u00e9s par des PME, des grandes entreprises non cot\u00e9es en Bourse et des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es. Il s\u2019est bas\u00e9 sur les relev\u00e9s des r\u00e9sultats comptables d\u2019entreprises suisses, effectu\u00e9s par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS). Ces s\u00e9ries r\u00e9v\u00e8lent que la rentabilit\u00e9 du capital physique des entreprises non cot\u00e9es en Bourse avoisine celle des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es. La rentabilit\u00e9 du capital physique des grandes entreprises non cot\u00e9es en Bourse est m\u00eame sup\u00e9rieure \u00e0 celle des soci\u00e9t\u00e9s cot\u00e9es. Ainsi, il est apparemment toujours possible de r\u00e9aliser des investissements rentables en Suisse.Il est \u00e9tonnant de constater que, malgr\u00e9 des retours sur investissement similaires, la productivit\u00e9 du capital physique (mesur\u00e9e comme la quote-part de la valeur ajout\u00e9e dans les actifs fixes) varie en fonction des cat\u00e9gories d\u2019entreprises. Contre toute attente, elle semble un peu plus \u00e9lev\u00e9e pour les entreprises non cot\u00e9es en Bourse que pour les autres. Cette situation pourrait principalement s\u2019expliquer par des diff\u00e9rences comptables dans l\u2019\u00e9valuation des actifs ou par une concentration des entreprises cot\u00e9es en Bourse dans des branches gourmandes en capital. La bonne rentabilit\u00e9 du capital physique des entreprises non cot\u00e9es en Bourse et les conclusions que l\u2019on pourrait en tirer doivent donc \u00eatre relativis\u00e9es.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, le secteur financier g\u00e9n\u00e8re une part consid\u00e9rable du produit int\u00e9rieur brut (PIB) et fournit des emplois \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e. Son utilit\u00e9 pour l\u2019\u00e9conomie nationale d\u00e9passe, toutefois, ce seul apport. 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