{"id":149333,"date":"2013-05-01T12:00:00","date_gmt":"2013-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/05\/eichler-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:41:53","modified_gmt":"2023-08-23T22:41:53","slug":"eichler-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/05\/eichler-2\/","title":{"rendered":"\u00c0 partir de quand le secteur financier p\u00e8se-t-il trop lourd dans l\u2019\u00e9conomie?"},"content":{"rendered":"<p>On a longtemps jug\u00e9 que le secteur financier devait \u00eatre le plus important possible pour le bien de l\u2019\u00e9conomie. L\u2019encouragement \u00e0 la d\u00e9r\u00e9glementation et les nouveaut\u00e9s technologiques ont, en outre, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 la dynamique de la branche. La persistance de la crise de l\u2019endettement et des probl\u00e8mes financiers de l\u2019Europe a, toutefois, multipli\u00e9 les critiques \u00e0 son endroit. Certains se demandent aujourd\u2019hui si elle ne risque pas, selon les cas, de peser trop lourd dans une \u00e9conomie nationale, au point d\u2019en contrarier l\u2019essor. Le pr\u00e9sent article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce d\u00e9bat, particuli\u00e8rement pertinent pour la Suisse et son imposant secteur financier. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201305_05_Eichler_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"257\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe secteur financier a longtemps \u00e9t\u00e9 per\u00e7u comme un domaine d\u2019activit\u00e9 \u00e9minemment utile et productif, capable de compenser en partie la perte de richesse industrielle des \u00e9conomies occidentales et de favoriser leur transition structurelle vers les services. La technologie et les nouvelles r\u00e9glementations ont, en outre, beaucoup \u00e9largi ses possibilit\u00e9s depuis les ann\u00e9es quatre-vingt. Il a connu, de ce fait, une croissance extr\u00eamement dynamique par moments.Les \u00e9v\u00e9nements de ces derni\u00e8res ann\u00e9es ont, toutefois, terni le prestige dont cette branche jouissait jusque-l\u00e0. Avec la crise am\u00e9ricaine des \u00absubprimes\u00bb tout d\u2019abord, puis les d\u00e9r\u00e8glements subis par la zone euro, les march\u00e9s financiers sont tomb\u00e9s sous le feu des critiques de l\u2019opinion publique. Ce changement de perception s\u2019observe aussi dans le monde politique, avec des renversements d\u2019attitude parfois spectaculaires. Aux \u00c9tats-Unis et en Grande-Bretagne, par exemple, les chefs de gouvernement actuels r\u00e9clament ouvertement des plans de r\u00e9industrialisation. De m\u00eame \u00e0 Chypre, un redimensionnement du secteur financier a \u00e9t\u00e9 explicitement exig\u00e9 lors du sauvetage du pays. Simultan\u00e9ment, la pression s\u2019est accentu\u00e9e sur le secteur financier, sous l\u2019effet d\u2019un durcissement des r\u00e8gles nationales et internationales.&#13;<\/p>\n<h2>Comment la finance contribue-t-elle au\u00a0d\u00e9veloppement \u00e9conomique?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCe changement d\u2019orientation politique soul\u00e8ve la question de l\u2019apport du secteur financier au d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019\u00e9conomie. Les r\u00e9ponses sont nettement moins claires qu\u2019on pourrait l\u2019esp\u00e9rer au regard de l\u2019importance du probl\u00e8me. Aujourd\u2019hui, le d\u00e9bat d\u2019experts ne conteste gu\u00e8re le r\u00f4le essentiel du secteur financier dans l\u2019\u00e9mergence de structures \u00e9conomiques modernes. Certains se demandent pourtant si son d\u00e9veloppement constant est toujours souhaitable et si, dans les \u00e9conomies tr\u00e8s avanc\u00e9es, il n\u2019existe pas une limite sup\u00e9rieure \u00e0 partir de laquelle toute expansion ult\u00e9rieure de la finance serait pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019\u00e9conomie nationale. L\u2019\u00e9valuation de chaque branche, consid\u00e9r\u00e9e comme un constituant individuel de l\u2019\u00e9conomie, se fonde d\u2019abord sur sa contribution \u00e0 l\u2019emploi et \u00e0 la valeur ajout\u00e9e du pays. Sous cet angle, une indication claire de l\u2019importance du secteur financier d\u00e9coule de son niveau de salaires \u2013 qui est sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne \u2013 et (du moins p\u00e9riodiquement) de sa forte contribution \u00e0 la croissance. Cette seule approche ne rend, toutefois, pas compte de son importance effective.La finance doit d\u2019abord \u00eatre vue comme un secteur de r\u00e9seau. Son importance \u00e9conomique ne se mesure correctement qu\u2019en prenant en consid\u00e9ration les avantages suppl\u00e9mentaires que cr\u00e9ent les prestations offertes par ce secteur. Sans ces intrants, d\u2019autres domaines de l\u2019\u00e9conomie ne pourraient pas, ou beaucoup plus difficilement, produire de mani\u00e8re efficiente. Les secteurs de r\u00e9seau offrent donc un certain nombre de prestations pr\u00e9alables importantes. La finance n\u2019est pas seule dans ce cas; l\u2019\u00e9nergie et les transports en sont d\u2019autres exemples.&#13;<\/p>\n<h2>Fonctions de r\u00e9seau du secteur financier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe r\u00f4le du secteur financier est comparable \u00e0 celui du c\u0153ur dans un organisme vivant: il veille \u00e0 ce que l\u2019argent circule constamment dans l\u2019ensemble du corps \u00e9conomique. Il permet \u00e0 l\u2019\u00e9pargne de se transformer efficacement en investissement. En affinant l\u2019analyse, les soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res sont au service de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 travers divers types de fonctions.L\u2019une d\u2019elles est la <i>collecte d\u2019informations utiles sur les possibilit\u00e9s d\u2019investissement et les prises de d\u00e9cision aff\u00e9rentes<\/i> (fonction d\u2019acquisition d\u2019informations et d\u2019allocation de ressources). Elle tire sa raison d\u2019\u00eatre du fait que, pour les \u00e9pargnants pris isol\u00e9ment, il serait tr\u00e8s laborieux, voire impossible, d\u2019entreprendre seuls les recherches n\u00e9cessaires afin d\u2019identifier correctement des projets d\u2019investissement profitables. La remarque est la m\u00eame pour le <i>suivi professionnel de ces projets<\/i> (fonction de surveillance). Une autre fonction importante du secteur financier est le <i>regroupement de l\u2019\u00e9pargne et des investissements ainsi que la conciliation d\u2019\u00e9ch\u00e9ances diff\u00e9rentes et de volumes variables<\/i> (fonction de regroupement d\u2019\u00e9pargne et de transformation d\u2019\u00e9ch\u00e9ances). Ajoutons que ce regroupement r\u00e9duit le <i>risque de l\u2019investisseur individuel<\/i> (diversification des risques). Enfin, dans de nombreuses formes de placement, les \u00e9tablissements financiers assument aussi directement une part du risque.&#13;<\/p>\n<h2>Toujours plus grand, toujours plus beau?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nQuand le secteur financier remplit les fonctions ci-dessus, une \u00e9conomie nationale fonctionne mieux. S\u2019il peut les exercer plus efficacement lorsqu\u2019il est de grande dimension, l\u2019\u00e9conomie en tire aussi profit. Depuis quelque temps, toutefois, la litt\u00e9rature met fr\u00e9quemment en d\u00e9bat les risques d\u2019une croissance excessive du domaine financier. Souvent, d\u2019ailleurs, ces points critiques ressortent plus clairement de l\u2019observation de ph\u00e9nom\u00e8nes de crise que des explications th\u00e9oriques qu\u2019on peut en donner. Les principaux d\u2019entre eux seront ci-apr\u00e8s pass\u00e9s en revue.&#13;<\/p>\n<h2>Risques syst\u00e9miques et volatilit\u00e9 de la\u00a0&shy;croissance<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUne forte volatilit\u00e9 de la croissance \u00e9conomique, qui se manifeste par des cycles conjoncturels tr\u00e8s marqu\u00e9s, est \u00e9conomiquement et socialement tr\u00e8s co\u00fbteuse. Easterly, Islam et Stiglitz (2000) observent qu\u2019une forte expansion du secteur financier peut l\u2019aggraver. Certes, la volatilit\u00e9 elle-m\u00eame diminue jusqu\u2019\u00e0 un certain niveau du d\u00e9veloppement financier. Toutefois, lorsque le volume des \u00abcr\u00e9dits priv\u00e9s (octroy\u00e9s par des banques de cr\u00e9dit et de d\u00e9p\u00f4ts)\u00bb d\u00e9passe un certain seuil critique par rapport au produit int\u00e9rieur brut (PIB), un d\u00e9veloppement suppl\u00e9mentaire de l\u2019activit\u00e9 financi\u00e8re accro\u00eet la volatilit\u00e9 de la croissance. Les pays dans lesquels les entreprises ont un degr\u00e9 d\u2019endettement non n\u00e9gligeable et les \u00e9tablissements financiers un ratio d\u2019endettement \u00e9lev\u00e9 attirent pour ainsi dire les chocs dans la mesure o\u00f9 les banques sont pouss\u00e9es plus sensiblement qu\u2019ailleurs \u00e0 limiter l\u2019octroi de cr\u00e9dits aux entreprises en cas de ralentissement conjoncturel&#13;<br \/>\nVoir Easterly, Islam et Stiglitz (2000).. Dans un tel sc\u00e9nario, les \u00e9carts conjoncturels sont alors plus accus\u00e9s que dans les \u00e9conomies o\u00f9 le volume global du cr\u00e9dit est de moindre importance. Les auteurs situent le seuil critique \u00e0 100% du PIB.&#13;<\/p>\n<h2>Probl\u00e9matique du \u00abtoo big to fail\u00bb<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes bouleversements r\u00e9cents ont mis en \u00e9vidence un deuxi\u00e8me aspect critique. Dans le prolongement de la crise des \u00absubprimes\u00bb et de la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re que traverse actuellement la zone euro, les dettes et les responsabilit\u00e9s des grandes banques (d\u2019importance syst\u00e9mique) ont \u00e9t\u00e9 assum\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9 pour \u00e9viter un effondrement du syst\u00e8me financier. Cette situation est incompatible avec un r\u00e9gime d\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, laquelle commande que les entreprises d\u00e9faillantes soient \u00e9limin\u00e9es du circuit (auto-\u00e9puration du march\u00e9). Si les \u00e9tablissements financiers d\u2019importance syst\u00e9mique int\u00e8grent la possibilit\u00e9 d\u2019un sauvetage ext\u00e9rieur dans leur strat\u00e9gie, ils peuvent s\u2019autoriser \u00e0 accro\u00eetre leurs risques op\u00e9rationnels hors de toute raison au d\u00e9triment de la collectivit\u00e9. Nous avons l\u00e0 un terreau fertile pour des crises. La probl\u00e9matique du \u00abtoo big to fail\u00bb constitue donc un risque syst\u00e9mique \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019aggravation de la volatilit\u00e9 de la croissance.&#13;<\/p>\n<h2>Captation des cerveaux<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe secteur financier dispute au reste de l\u2019\u00e9conomie des ressources limit\u00e9es. C\u2019est surtout le cas sur le march\u00e9 du travail pour la main-d\u2019\u0153uvre hautement qualifi\u00e9e&#13;<br \/>\nVoir Cecchetti et Kharroubi (2012): \u00ab[] people who might have become scientists, who in another age dreamt of curing cancer or flying to Mars, today dream of\u00a0becoming hedge fund managers\u00bb. Les collaborateurs absorb\u00e9s par la finance font alors d\u00e9faut dans d\u2019autres domaines, scientifiques ou \u00e9conomiques, surtout parce que la capacit\u00e9 d\u2019innovation de branches enti\u00e8res peut parfois d\u00e9pendre d\u2019un nombre relativement limit\u00e9 de personnes. <i>Cecchetti et Kharroubi (2012)<\/i> ont \u00e9tudi\u00e9 les corr\u00e9lations entre l\u2019\u00e9volution du secteur financier et celle de la productivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e9conomie. Ils en concluent que le fort pouvoir d\u2019attraction du secteur financier peut effectivement d\u00e9tourner de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle de pr\u00e9cieuses ressources humaines.&#13;<\/p>\n<h2>Mal hollandais<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn th\u00e9orie \u00e9conomique, le \u00abmal hollandais\u00bb d\u00e9finit le parall\u00e8le entre le d\u00e9veloppement de l\u2019exploitation de ressources naturelles dans une \u00e9conomie et la contraction des autres activit\u00e9s industrielles de cette \u00e9conomie. L\u2019essor des exportations de ressources naturelles entra\u00eene une valorisation de la monnaie nationale, ce qui provoque un affaiblissement durable de la comp\u00e9titivit\u00e9 des autres branches \u00e9conomiques, industrielles surtout. L\u2019afflux des capitaux \u00e9trangers, d\u00e9clencheurs de la \u00abmaladie\u00bb, peut cependant avoir aussi d\u2019autres origines. Ainsi, la crise mon\u00e9taire et financi\u00e8re persistante que conna\u00eet l\u2019Europe a provoqu\u00e9 un afflux de capitaux \u00e9trangers vers les secteurs financiers des \u2028petits pays \u00e9conomiquement performants (ayant leur propre monnaie et peu de dettes publiques), consid\u00e9r\u00e9s comme des refuges s\u00fbrs; c\u2019est le cas de la Suisse. Suite \u00e0 ce mouvement, les devises de ces pays se valorisent brusquement et durablement. Une telle \u00e9volution peut donc s\u2019accompagner d\u2019une contraction des affaires d\u2019autres entreprises exportatrices \u2013 potentiellement comp\u00e9titives \u2013 et entra\u00eener, si elle se prolonge, une mutation structurelle. Cette derni\u00e8re risque d\u2019occasionner la perte irr\u00e9m\u00e9diable de connaissances cl\u00e9s et d\u2019affaiblir sur la dur\u00e9e la comp\u00e9titivit\u00e9 du pays.&#13;<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats empiriques<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nFace aux trois risques d\u00e9crits ci-dessus, il para\u00eet judicieux de suivre attentivement le secteur financier, tout au moins sur le plan r\u00e9glementaire. Quant \u00e0 savoir s\u2019il y a une taille \u00e0 partir de laquelle une croissance suppl\u00e9mentaire de ce secteur est pr\u00e9judiciable \u00e0 l\u2019\u00e9conomie ou si, dans un environnement lib\u00e9ral, les effets positifs dominent toujours les effets n\u00e9gatifs, la question reste ouverte et r\u00e9siste \u00e0 l\u2019analyse des effets uniques. Sur ce point, seules des recherches empiriques peuvent livrer des informations.Les \u00e9tudes modernes consacr\u00e9es \u00e0 la croissance \u00e9conomique et \u00e0 l\u2019\u00e9volution financi\u00e8re peuvent \u00eatre class\u00e9es sommairement en deux courants: celles qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es dans les ann\u00e9es nonante et celles qui datent des ann\u00e9es 2000 (voir la pr\u00e9sentation sch\u00e9matique du <i>graphique 1<\/i>). Les <i>\u00e9tudes men\u00e9es dans les ann\u00e9es nonante<\/i> voient majoritairement une corr\u00e9lation lin\u00e9aire positive entre l\u2019\u00e9volution de la finance et la croissance \u00e9conomique (courbe du haut). Elles affichent un point de vue tout \u00e0 fait optimiste: plus le secteur financier est important, plus l\u2019\u00e9conomie en profite. Les \u00e9tudes de <i>King et Levine (1993)<\/i> et de <i>Beck, Levine et Loayza (2000)<\/i> sont embl\u00e9matiques \u00e0 cet \u00e9gard.Les recherches ci-dessus ont \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9es sur certains points. Les m\u00e9thodes \u00e9conom\u00e9triques utilis\u00e9es \u00e9taient souvent relativement simples et ne reposaient que rarement sur des jeux de donn\u00e9es incluant des variations dans le temps (jeux de donn\u00e9es pan\u00e9lis\u00e9es). Les auteurs ne tenaient surtout pas compte, dans le choix des sp\u00e9cifications, de la possibilit\u00e9 d\u2019une corr\u00e9lation non lin\u00e9aire entre l\u2019\u00e9volution de la finance et la croissance \u00e9conomique.Le <i>tournant du si\u00e8cle<\/i> a amen\u00e9 un nouveau courant de recherches, qui tient compte des principales critiques formul\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre des pr\u00e9c\u00e9dentes et permet en particulier d\u2019identifier des liens non lin\u00e9aires dans les mod\u00e8les. Ces nouvelles ont d\u00e9montr\u00e9 que la force de la corr\u00e9lation pouvait effectivement diminuer (courbe du milieu) ou m\u00eame pr\u00e9senter un point culminant au-del\u00e0 duquel l\u2019extension des activit\u00e9s financi\u00e8res entravait la croissance \u00e9conomique globale (courbe du bas). Des exemples nous sont fournis par <i>Easterly, Islam et Stiglitz (2000)<\/i>, <i>Arcand, Berkes et Panizza (2011)<\/i> et <i>Cecchetti et Kharroubi (2012)<\/i>. Ces deux courants de recherche n\u2019ont toutefois pratiquement pas tenu compte du caract\u00e8re r\u00e9gional des donn\u00e9es et se sont souvent pench\u00e9s sur l\u2019ensemble des pays industrialis\u00e9s et en d\u00e9veloppement.La pr\u00e9sente \u00e9tude de BAK Basel poursuit le d\u00e9bat en cours&#13;<br \/>\nVoir BAK Basel, Der Finanzsektor und die Volkswirtschaft: St\u00fctze oder Last?, 2013. L\u2019\u00e9tude se fonde sur l\u2019International Benchmarking-Database (IBD) de BAK Basel et sur la base de donn\u00e9es \u00abFinancial Development and Structure 1960-2010\u00bb de la Banque mondiale.. Elle repose sur les donn\u00e9es de 19 \u00c9tats de l\u2019OCDE&#13;<br \/>\n\u00c9chantillon: Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, \u00c9tats-Unis, Finlande, France, Grande\u2013Bretagne, Gr\u00e8ce, Irlande, Italie, Japon, Luxembourg, Norv\u00e8ge, Pays-Bas, Portugal, Su\u00e8de, Suisse., plus pr\u00e9cis\u00e9ment des 281 r\u00e9gions qui les composent, et couvre une p\u00e9riode allant de 1980 \u00e0 2010.BAK Basel esp\u00e8re que l\u2019utilisation d\u2019un jeu de donn\u00e9es r\u00e9gionales apportera un certain nombre d\u2019avantages. L\u2019\u00e9tablissement des liens de corr\u00e9lation entre d\u00e9veloppement financier et croissance \u00e0 l\u2019\u00e9chelle r\u00e9gionale devrait ainsi \u00eatre meilleur qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale, puisque les donn\u00e9es r\u00e9gionales permettent de mieux identifier les espaces \u00e9conomiques li\u00e9s que des donn\u00e9es nationales. De plus, la variance des variables utilis\u00e9es est souvent nettement plus marqu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chelle interr\u00e9gionale que sur le plan international, ce qui accro\u00eet le potentiel d\u2019identification des corr\u00e9lations. Le nombre d\u2019observations est \u00e9galement plus \u00e9lev\u00e9, ce qui facilite l\u2019analyse. L\u2019inconv\u00e9nient, c\u2019est qu\u2019on ne dispose pas, au niveau r\u00e9gional, de tout l\u2019\u00e9ventail des indicateurs, en particulier en ce qui concerne le march\u00e9 financier. La focalisation de l\u2019analyse sur les pays de l\u2019OCDE doit \u00e9galement am\u00e9liorer les chances d\u2019identifier les rapports recherch\u00e9s: ceux qui ne sont pas lin\u00e9aires tendent \u00e0 se situer tout \u00e0 droite du <i>graphique 2<\/i>, o\u00f9 on trouve d\u2019abord les pays de l\u2019OCDE.&#13;<\/p>\n<h2>Importance de l\u2019emploi dans le secteur financier et croissance \u00e9conomique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe <i>graphique 2<\/i> met en \u00e9vidence la corr\u00e9lation entre la croissance \u00e9conomique r\u00e9gionale et la quote-part du secteur financier dans l\u2019emploi total de l\u2019\u00e9conomie; cet indicateur du d\u00e9veloppement financier a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli au moyen d\u2019une estimation de panel sur l\u2019ensemble de la p\u00e9riode et avec toutes les r\u00e9gions.La relation montre que le niveau maximum de croissance de l\u2019\u00e9conomie globale est atteint lorsque le taux d\u2019emploi du secteur financier est d\u2019environ 8,5%. Ce maximum se situe m\u00eame \u00e0 quelque 7,6% pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle (d\u00e9finie comme la partie non financi\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie). Ainsi, jusqu\u2019\u00e0 ces niveaux d\u2019emploi, la croissance est toujours corr\u00e9l\u00e9e positivement (avec des taux en baisse) au d\u00e9veloppement financier; au-del\u00e0 de ces maxima, la tendance s\u2019inverse et la corr\u00e9lation devient n\u00e9gative.La distribution g\u00e9ographique montre que les r\u00e9gions consid\u00e9r\u00e9es se situent en tr\u00e8s grande majorit\u00e9 dans la zone o\u00f9 il est possible de tirer parti du d\u00e9veloppement financier. Quelques-unes d\u2019entre elles, extr\u00eamement sp\u00e9cialis\u00e9es, pourraient toutefois souffrir du d\u00e9veloppement de leur propre secteur financier.L\u2019estimation de la croissance de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle rev\u00eat une fonction compl\u00e9mentaire pour l\u2019estimation de la croissance de l\u2019\u00e9conomie globale. Comme le secteur financier en constitue dans de nombreuses r\u00e9gions une part importante, il est possible que l\u2019\u00e9volution de l\u2019emploi et la croissance de ce secteur aient un impact sur celle de l\u2019\u00e9conomie globale. On peut expliquer cela en prenant pour exemple une r\u00e9gion ayant un important secteur financier et d\u00e9ployant essentiellement ses activit\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger: bien qu\u2019aucune des \u00abfonctions de la finance en tant que secteur de r\u00e9seau\u00bb, cit\u00e9es plus haut, ne soit remplie en faveur de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9gionale, le secteur financier lui-m\u00eame est g\u00e9n\u00e9rateur de croissance gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exportation de ses services. Les r\u00e9sultats pourraient donc aussi mettre en \u00e9vidence une corr\u00e9lation au sein m\u00eame de ce secteur. Le fait de pr\u00e9senter \u00e9galement l\u2019effet sur la croissance de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle permet de s\u2019assurer que la distorsion induite par les r\u00e9gions tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9es n\u2019influence pas le r\u00e9sultat pr\u00e9sent\u00e9: l\u2019observation isol\u00e9e de l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle n\u2019induit pratiquement aucun changement sur le trac\u00e9 de la courbe et le lieu de la croissance maximum.Des tests de robustesse men\u00e9s \u00e0 titre compl\u00e9mentaire indiquent qu\u2019on peut aussi identifier un pic de croissance maximum apr\u00e8s avoir \u00e9limin\u00e9 de l\u2019\u00e9chantillon les plus fortes places financi\u00e8res (Zurich, Londres, New York, etc.) et certaines p\u00e9riodes (notamment les ann\u00e9es de crise 2006 \u00e0 2010). Pour l\u2019essentiel, les conclusions ne sont pas modifi\u00e9es par la variation des sp\u00e9cifications. Les principaux tests de robustesse sont r\u00e9sum\u00e9s dans le <i>tableau 1<\/i>.On constate que le pr\u00e9sent r\u00e9sultat confirme la vision r\u00e9cente plut\u00f4t critique du lien de corr\u00e9lation entre le secteur financier et la croissance de l\u2019\u00e9conomie globale. La sp\u00e9cification quadratique choisie met en \u00e9vidence des corr\u00e9lations non lin\u00e9aires et identifie une taille de croissance optimale du secteur financier (maximum).Elle fixe aussi des limitations fonctionnelles et obtient un point extr\u00eame de mani\u00e8re un peu forc\u00e9e. Compte tenu du fait, justement, que le maximum constat\u00e9 est tout proche du taux d\u2019emploi le plus \u00e9lev\u00e9 observ\u00e9 pour le secteur financier, les r\u00e9sultats seraient \u00e9galement compatibles avec une influence sur la croissance positive, mais s\u2019abaissant fortement (et tendant vers z\u00e9ro) avec l\u2019augmentation de la taille du secteur financier. Dans le graphique 1, cette utilit\u00e9 marginale d\u00e9croissante de la courbe du milieu correspond \u00e0 un recul effectif selon la courbe du bas. Ces r\u00e9sultats excluent, toutefois, une corr\u00e9lation positive strictement lin\u00e9aire.&#13;<\/p>\n<h2>La Suisse et son secteur financier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019interaction harmonieuse du secteur financier et de l\u2019\u00e9conomie rev\u00eat une importance fondamentale pour la Suisse. Compar\u00e9e \u00e0 d\u2019autres pays et r\u00e9gions d\u2019Europe structurellement proches, la Suisse \u2013 et plus particuli\u00e8rement Zurich \u2013 est un centre financier hautement d\u00e9velopp\u00e9 et sp\u00e9cialis\u00e9. Elle peut donc en r\u00e9colter les fruits, mais en situation de crise, elle est aussi tr\u00e8s expos\u00e9e aux risques potentiels du secteur.Ces derni\u00e8res ann\u00e9es nous ont clairement montr\u00e9 que les activit\u00e9s des march\u00e9s financiers peuvent comporter des risques macro-\u00e9conomiques. Ainsi, la force du franc, qui continue d\u2019\u00eatre un obstacle pour l\u2019industrie suisse exportatrice, r\u00e9sulte au moins partiellement de ce que notre monnaie est devenue une valeur refuge mondiale; elle appara\u00eet donc, \u00e0 ce titre, comme un param\u00e8tre du \u00abmal hollandais\u00bb.Compte tenu des r\u00e9sultats de diverses \u00e9tudes, dont celle-ci, le haut degr\u00e9 de sp\u00e9cialisation de la r\u00e9gion zurichoise appelle un examen s\u00e9rieux des implications du secteur financier sur la croissance r\u00e9gionale. Avec 10,5% des emplois (2010), ce dernier a atteint une dimension telle que la croissance \u00e9conomique globale pourrait s\u2019en trouver davantage frein\u00e9e que soutenue. Par exemple, un \u00abexode des cerveaux\u00bb pr\u00e9judiciable aux autres branches d\u2019exportation n\u2019est pas \u00e0 exclure. Chaque situation peut toutefois pr\u00e9senter des caract\u00e9ristiques qui lui sont propres et les effets constat\u00e9s \u00aben moyenne\u00bb ne s\u2019appliquent pas obligatoirement aux cas particuliers. La place financi\u00e8re suisse, justement, pr\u00e9sente un certain nombre de sp\u00e9cificit\u00e9s, notamment une forte orientation sur la gestion de fortune et un r\u00f4le relativement faible de la banque d\u2019investissement.Les r\u00e9sultats indiquent toutefois qu\u2019il importe de garder l\u2019\u0153il sur l\u2019\u00e9volution de ce secteur et d\u2019en peser \u00e0 l\u2019avenir encore plus attentivement les chances et les risques. Pour un pays \u00e0 forte composante financi\u00e8re, tel que la Suisse, il est primordial de suivre de tr\u00e8s pr\u00e8s, \u00e0 long terme, les activit\u00e9s de ses nombreux acteurs financiers et d\u2019adapter la r\u00e9glementation \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019environnement. C\u2019est la seule mani\u00e8re de s\u2019assurer que le secteur financier reste bien au service de l\u2019\u00e9conomie.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abRepr\u00e9sentation sch\u00e9matique du rapport entre d\u00e9veloppement de la finance et croissance de l\u2019\u00e9conomie\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abRapport entre la part du secteur financier dans l&#8217;emploi et la croissance au niveau r\u00e9gional\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abTests de robustesse: variation de p\u00e9riodes et de r\u00e9gions\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Autres r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude&#13;<\/p>\n<h3>Autres r\u00e9sultats de l\u2019\u00e9tude<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDans d\u2019autres sp\u00e9cifications, les corr\u00e9lations avec la croissance de la valeur ajout\u00e9e brute, avec la volatilit\u00e9 de croissance de la valeur ajout\u00e9e brute et avec les d\u00e9p\u00f4ts de brevets ont \u00e9t\u00e9 test\u00e9es au moyen de diff\u00e9rents indicateurs du d\u00e9veloppement financier. Elles ont servi, ensuite de donn\u00e9es indirectes ou proxy pour l\u2019innovation Les \u00e9quations ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 estim\u00e9es pour certaines branches en particulier, selon la disponibilit\u00e9 des donn\u00e9es.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa qualit\u00e9 des r\u00e9sultats \u00e9conom\u00e9triques semble fortement d\u00e9pendre fortement de la disponibilit\u00e9 des donn\u00e9es r\u00e9gionales pour les diff\u00e9rentes sp\u00e9cifications. Globalement, ils ne permettent pas de tirer des conclusions d\u00e9finitives quant \u00e0 une forme ou une autre de la corr\u00e9lation entre croissance et d\u00e9veloppement financier. Ils soulignent toutefois l\u2019int\u00e9r\u00eat de s\u2019interroger sur la corr\u00e9lation lin\u00e9aire positive (courbe sup\u00e9rieure du <i>graphique 1<\/i>).&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nIndicateurs de d\u00e9veloppement financier&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>Nombre d\u2019employ\u00e9s dans le secteur de la finance par rapport \u00e0 l\u2019emploi global.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Cr\u00e9dits priv\u00e9s (aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tablissements de cr\u00e9dit) par rapport au produit int\u00e9rieur brut (PIB).<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Volume des primes d\u2019assurance par rapport au PIB (hors primes d\u2019assurance-vie).<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Chiffre d\u2019affaires du n\u00e9goce d\u2019actions par rapport \u00e0 la capitalisation boursi\u00e8re r\u00e9elle moyenne.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Fortune nette \u00e9trang\u00e8re par rapport au PIB.<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>\n<p>&#13;<br \/>\nVariables d\u00e9pendantes&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>Croissance de la cr\u00e9ation de valeur brute.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Volatilit\u00e9 de croissance de la valeur ajout\u00e9e brute.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>D\u00e9p\u00f4t de brevets (innovation).<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>\n<p>&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>Arcand J.-L., Berkes E. et Panizza U., Too Much Finance, International Monetary Fund Working Paper, 2011.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Cecchetti S. et Kharroubi E., Reassessing \u2028the Impact of Finance on Growth, Bank for International Settlements Working Papers, no 381, 2012.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Demirg\u00fc\u00e7-Kunt A. et Levine R., Finance, Financial Sector Policies, and Long-Run Growth, World Bank Policy Research Working Paper Series, no 11, 2008.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Easterly W., Islam R. et Stiglitz J.E., \u00abShaken and Stirred: Explaining Growth Volatility\u00bb, Annual World Bank Conference on Development Economics, vol. 191, 2001, p. 211.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>King R. G. et Levine R., \u00abFinance and Growth: Schumpeter Might Be Right\u00bb, The Quarterly Journal of Economics, 108(3), 1993, pp. 717\u2013737.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Levine R., Loayza N. et Beck T., \u00abFinancial Intermediation and Growth: Causality and Causes\u00bb, Journal of Monetary Economics, 46(1), 2000, pp. 31\u201377.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Levine R., \u00abFinance and Growth: Theory and Evidence\u00bb, Handbook of Economic Growth, vol. 1, part A, 2005, pp. 865\u2013934.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Rajan R., \u00abHas Finance Made the World Riskier?\u00bb, European Financial Management, 12(4), 2006, pp. 499\u2013533.<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On a longtemps jug\u00e9 que le secteur financier devait \u00eatre le plus important possible pour le bien de l\u2019\u00e9conomie. 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