{"id":149348,"date":"2013-05-01T12:00:00","date_gmt":"2013-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/05\/kellermann-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:41:55","modified_gmt":"2023-08-23T22:41:55","slug":"kellermann-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/05\/kellermann-2\/","title":{"rendered":"La valeur ajout\u00e9e des institutions financi\u00e8res est-elle surestim\u00e9e?"},"content":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sent article aborde des probl\u00e8mes d\u2019ordre conceptuel, li\u00e9s au calcul de la valeur ajout\u00e9e des services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re indirectement mesur\u00e9s &shy;(Sifim). La m\u00e9thode actuelle \u2013 qui inclut la composante \u00abprimes de risque\u00bb de ces services dans les comptes de production de la comptabilit\u00e9 nationale \u2013 est sous les feux de la critique. En effet, cette pratique entre en contradiction avec la logique des comptes nationaux (CN) et repose sur des fondements \u00e9conomiques peu convaincants. Elle a notamment pour cons\u00e9quence de surestimer la valeur ajout\u00e9e des institutions financi\u00e8res et de sous-&shy;estimer celle d\u2019autres secteurs institutionnels.&#13;<br \/>\nCet article est la synth\u00e8se d\u2019une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e pour le compte du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie Seco (voir Kellermann et Schlag, 2013). <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201305_06_Kellermann_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"257\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n\u00abLa mesure de la production des banques et des soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res a toujours \u00e9t\u00e9 un grand d\u00e9fi pour les comptes nationaux\u00bb&#13;<br \/>\nOFS (2003), p. 16.. Plusieurs organismes internationaux partagent cette opinion exprim\u00e9e par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS). Ainsi, Euro-stat, l\u2019OCDE, la Banque centrale europ\u00e9enne et les Nations Unies ont institu\u00e9 des groupes de travail pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la fa\u00e7on de calculer la valeur ajout\u00e9e brute des institutions financi\u00e8res&#13;<br \/>\nISWGNA FISIM Task force (2011).. Ce d\u00e9bat est certes technique, mais aussi conceptuel, th\u00e9orique et politique&#13;<br \/>\nZieschang (2012).. Si l\u2019on consid\u00e8re le montant et l\u2019\u00e9volution cyclique de la valeur ajout\u00e9e des institutions financi\u00e8res, les CN n\u2019aboutissent pas toujours \u00e0 des r\u00e9sultats plausibles&#13;<br \/>\nHaldane et al. (2010), Kellermann et Schlag (2013)..&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9l\u00e9ments de la production des &shy;institutions financi\u00e8res<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes CN constituent un instrument d\u2019\u00e9valuation et de diagnostic tr\u00e8s utilis\u00e9 en politique \u00e9conomique. Les analystes utilisent ainsi souvent leurs agr\u00e9gats comme des indicateurs du poids \u00e9conomique d\u2019un secteur ou d\u2019une branche. Ce constat est particuli\u00e8rement vrai pour la valeur ajout\u00e9e brute (VAB) sectorielle, qui mesure la\u00a0contribution d\u2019un secteur institutionnel \u00e0 la production de l\u2019\u00e9conomie totale. Au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, la VAB des\u00a0institutions financi\u00e8res suisses a progress\u00e9 rapidement, \u00e0 un rythme bien sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. Ainsi, sa quote-part dans le produit int\u00e9rieur brut (PIB), qui \u00e9tait de 3,8% en 1990, a plus que doubl\u00e9 jusqu\u2019en\u00a02007 pour atteindre 8,8% (voir <i>graphique 1<\/i>)&#13;<br \/>\nLes critiques adress\u00e9es \u00e0 la m\u00e9thode de calcul des Sifim ne doivent pas \u00eatre per\u00e7ues comme des objections au volume et \u00e0 l\u2019augmentation des revenus du secteur bancaire. Elles visent la fa\u00e7on dont ces revenus sont consid\u00e9r\u00e9s en tant que valeur ajout\u00e9e dans les CN.. Cette progression est \u00e0 mettre presque exclusivement sur le compte de l\u2019accroissement des exc\u00e9dents nets d\u2019exploitation durant les ann\u00e9es nonante. Les r\u00e9mun\u00e9rations des salari\u00e9s du secteur sont rest\u00e9es relativement stables, leur quote-part dans le PIB oscillant entre 3,5 et 4%. Il en va de m\u00eame pour la VAB des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance (S.\u00a0125), qui a accus\u00e9 une l\u00e9g\u00e8re hausse entre 1990 et 2007, passant de 3,5 \u00e0 4,3%.La VAB est la valeur de la production diminu\u00e9e de la consommation interm\u00e9diaire. Dans le secteur bancaire, celle-ci se compose des revenus per\u00e7us pour les op\u00e9rations r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es par commissions (<i>services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re directement mesur\u00e9s ou SIFDM<\/i>) et des <i>services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re indirectement mesur\u00e9s (Sifim)<\/i>. Si le calcul des SIFDM ne pose gu\u00e8re de probl\u00e8me (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>SIFDM<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re directement mesur\u00e9s (SIFDM) englobent les prestations bancaires que le client r\u00e9mun\u00e8re directement. Il s\u2019agit en particulier de courtages pour op\u00e9rations commerciales au nom du client ainsi que de redevances pour trafic des paiements, d\u00e9p\u00f4t et fiducie ou gestion de fortune. Le graphique 1 montre que la part des SIFDM dans la production des institutions financi\u00e8res suisses a augment\u00e9 de 47\u00a0\u00e0 66% entre 1995 et 2007, ce qui repr\u00e9sente un pourcentage relativement \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 d\u2019autres pays. Ainsi, les commissions ne repr\u00e9sentent que 30% environ de cette production aux Pays-Bas, en Finlande, en Espagne \u2028et en Allemagne, 50% au Royaume-Uni, 66% en Italie et 70% au Luxembourg.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n), celui des Sifim, autrement dit de la production que g\u00e9n\u00e8re l\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re des banques, s\u2019av\u00e8re plus ardu. Ce \u00abmode habituel de prestation des services financiers\u00bb est un m\u00e9canisme par lequel une institution financi\u00e8re \u00abaccepte des d\u00e9p\u00f4ts d\u2019unit\u00e9s [&#8230;] et les pr\u00eate \u00e0 d\u2019autres unit\u00e9s\u00bb&#13;<br \/>\nCommission europ\u00e9enne (2010), SEC 2010, \u00a7 14.01. Puisqu\u2019il ne g\u00e9n\u00e8re pas de chiffre d\u2019affaires au sens strict du terme, sa mesure dans les CN se fait indirectement par une proc\u00e9dure ad hoc.&#13;<\/p>\n<h2>Mesure des Sifim<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nUn sch\u00e9ma simple permet d\u2019expliquer les bases de calcul des Sifim dans les CN (voir <i>graphique 2<\/i>). Celui-ci se fonde sur les instruments financiers entrant dans le champ des Sifim, tant \u00e0 l\u2019actif qu\u2019au passif du bilan de la banque, d\u00e9sign\u00e9s par un E pour les d\u00e9p\u00f4ts et par un K pour les cr\u00e9dits. Les d\u00e9posants acceptent un taux de l\u2019\u00e9pargne rE inf\u00e9rieur au taux cr\u00e9diteur rK acquitt\u00e9 par les emprunteurs. Le produit net de l\u2019int\u00e9r\u00eat obtenu par les interm\u00e9diaires financiers est ainsi la diff\u00e9rence entre les int\u00e9r\u00eats per\u00e7us et les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s. De ce produit net, seule une partie revient \u00e0 la production, le solde correspondant \u00e0 la r\u00e9mun\u00e9ration des fonds propres (\u2009K \u2013 E\u2009)&#13;<br \/>\nLes int\u00e9r\u00eats r\u00e9mun\u00e9rant les fonds propres constituent des revenus primaires et sont attribu\u00e9s aux institutions financi\u00e8res sur le compte de distribution primaire du revenu.. Selon l\u2019<i>OFS (2007, p.\u00a03)<\/i>, le concept de Sifim a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 pour distinguer au sein de la marge d\u2019int\u00e9r\u00eat une composante li\u00e9e \u00e0 la fourniture de services et une autre li\u00e9e \u00e0 de purs revenus de la propri\u00e9t\u00e9. Ces derniers ne proviennent pas de l\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re et sont donc exclus des Sifim&#13;<br \/>\nOFS (2003), p. 51.. La ventilation du produit net de l\u2019int\u00e9r\u00eat se fonde sur un taux de r\u00e9f\u00e9rence tR&#13;<br \/>\nLe taux de r\u00e9f\u00e9rence a longtemps \u00e9t\u00e9 compris comme celui pratiqu\u00e9 pour des pr\u00eats d\u2019argent sans risques, comme au sein d\u2019une famille. On utilise aussi l\u2019expression de \u00abloyer de l\u2019argent\u00bb. Le taux de r\u00e9f\u00e9rence ne comprend ainsi ni majoration sur le co\u00fbt du service fourni par l\u2019interm\u00e9diaire financier ni prime de risque. Pour le SCN et le SEC, le taux interbancaire constitue le taux de r\u00e9f\u00e9rence ad\u00e9quat, L\u2019\u00e9dition 2008 du premier et 2010 du second y ajoutent une composante risque., qui, dans la comptabilit\u00e9 nationale suisse, \u00e9quivaut \u00e0 une moyenne pond\u00e9r\u00e9e entre les taux sur les cr\u00e9dits et ceux sur les d\u00e9p\u00f4ts consid\u00e9r\u00e9s&#13;<br \/>\nOFS (2007) et tableau 2.. Les Sifim se composent ainsi approximativement pour moiti\u00e9 d\u2019une composante d\u00e9p\u00f4ts\u00a0E\u2009(\u2009rR\u00a0\u2013\u00a0rE\u2009) et pour l\u2019autre moiti\u00e9 d\u2019une\u00a0composante cr\u00e9dits K\u2009(\u2009rK \u2013 rR\u2009). Le graphique 2 pr\u00e9sente les revenus provenant du placement des fonds propres (\u2009K \u2013 E\u2009)\u2009rR et les deux composantes du produit net de l\u2019int\u00e9r\u00eat des Sifim.&#13;<\/p>\n<h2>La controverse des primes de risque<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe fait que le produit de l\u2019int\u00e9r\u00eat soit pris en compte dans la mesure de la production \u2013 comme c\u2019est le cas pour les Sifim \u2013 a toujours provoqu\u00e9 un certain malaise parmi les sp\u00e9cialistes des CN. Cette insatisfaction a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de plusieurs r\u00e9visions concernant non seulement le Syst\u00e8me\u00a0de comptabilit\u00e9 nationale (SCN) des Nations Unies et le Syst\u00e8me europ\u00e9en de comptabilit\u00e9 (SEC), mais aussi la comptabilit\u00e9 nationale suisse.Si les critiques adress\u00e9es \u00e0 la notion de \u2028Sifim sont diverses&#13;<br \/>\nWang et al. (2009), Mink (2011) et Zieschang (2012)., c\u2019est surtout la fa\u00e7on de consid\u00e9rer les primes de risque comprises dans ces services qui est sur la sellette. Ces primes consistent en une majoration du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat en fonction du risque, qui repr\u00e9sente une partie de la marge d\u2019int\u00e9r\u00eat entre le taux et le taux (\u2009rK \u2013 rE\u2009). Lorsqu\u2019elles assument des risques de cr\u00e9dit, de liquidit\u00e9 et de march\u00e9, les institutions financi\u00e8res per\u00e7oivent des primes qu\u2019elles utilisent pour constituer des r\u00e9serves ou r\u00e9mun\u00e9rer les acteurs qui supportent le risque.&#13;<br \/>\nMink (2011) et le tableau 2.D\u00e8s lors, les fonds per\u00e7us au titre de la prime de risque sont li\u00e9s et les institutions financi\u00e8res ne peuvent les affecter au financement de facteurs de production&#13;<br \/>\nLes correctifs de valeur, provisions et r\u00e9serves des banques pour la p\u00e9riode allant de 1996 \u00e0 2010, qui figurent dans la statistique bancaire suisse, totalisent en moyenne un peu plus de 40% des Sifim (BNS 2012).. Seule la part de la r\u00e9mun\u00e9ration des Sifim qui exc\u00e8de la prime de risque peut servir \u00e0 la production de services financiers. Inversement, les institutions financi\u00e8res peuvent constituer des r\u00e9serves en utilisant la part des Sifim qui n\u2019est pas affect\u00e9e aux facteurs de production ou aux charges de biens et de services.L\u2019inclusion des primes de risque dans le compte de production du secteur des institutions financi\u00e8res entre en contradiction avec la logique de la comptabilit\u00e9 nationale. Par production, celle-ci entend une activit\u00e9 \u00abqui combine des ressources en main-d\u2019\u0153uvre, capital, biens et services pour fabriquer des biens ou fournir des services\u00bb&#13;<br \/>\nSEC 95, \u00a7 3.07, et encadr\u00e9 2. Le SEC 95 \u00e9num\u00e8re des cas limites qui sortent de son cadre et pour lesquels il adopte des conventions sp\u00e9cifiques. C\u2019est notamment le\u00a0cas du r\u00e8glement sur les Sifim (voir Eurostat 1996, ch.\u00a01.13).. Si la prise de risques des banques rev\u00eat une certaine utilit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 elle favorise la disposition \u00e0 payer de ses clients, les revenus g\u00e9n\u00e9r\u00e9s de la sorte ne peuvent cependant \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme une production au sens strict&#13;<br \/>\nDans les CN, \u00ables int\u00e9r\u00eats repr\u00e9sentent, dans leur substance, un revenu de la propri\u00e9t\u00e9\u00bb (OFS 2003, p. 18), de sorte que les transferts d\u2019int\u00e9r\u00eat doivent \u00eatre comptabilis\u00e9s dans le compte de distribution du revenu, plut\u00f4t que dans le compte de production. Autrement dit, les int\u00e9r\u00eats sont d\u2019ordinaire financ\u00e9s par la valeur ajout\u00e9e brute (VAB) de l\u2019unit\u00e9 d\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique qui les &shy;acquitte, une entreprise industrielle par exemple. En &shy;revanche, l\u2019unit\u00e9 d\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique qui les per\u00e7oit \u2013 soit l\u2019investisseur \u2013 doit les consid\u00e9rer comme un revenu de\u00a0transfert.. Autant dire que les primes de risque n\u2019ont pas leur place dans le compte de production de la comptabilit\u00e9 nationale&#13;<br \/>\nLes r\u00e8gles propres aux primes de risque comprises dans les Sifim ont pour cons\u00e9quence que la valeur ajout\u00e9e des autres secteurs de production sera d\u2019autant plus faible que la part des cr\u00e9dits bancaires dans leur financement sera importante..&#13;<\/p>\n<h2>Valeur ajout\u00e9e sans Sifim<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on suit cette argumentation, il faut logiquement extraire les primes de risque des Sifim. Les sp\u00e9cialistes envisagent ainsi diff\u00e9rentes m\u00e9thodes de calcul des Sifim pond\u00e9r\u00e9s des risques. C\u2019est en particulier l\u2019approche de Wang et al. (2009) qui a retenu l\u2019attention. Abandonnant l\u2019id\u00e9e d\u2019un taux de r\u00e9f\u00e9rence unique, ces auteurs appliquent des taux adapt\u00e9s aux divers instruments figurant dans le bilan des institutions financi\u00e8res. Pour les clients des banques, il s\u2019agit de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019opportunit\u00e9. L\u2019id\u00e9e qui sous-tend cette approche est qu\u2019il existe sur le march\u00e9, pour chaque instrument financier, un outil \u00e9quivalent dont l\u2019\u00e9ch\u00e9ance et le risque sont comparables. Le fait que les clients optent pour les produits d\u2019une institution financi\u00e8re \u2013 et rejettent les produits concurrents \u2013 indique qu\u2019ils sont pr\u00eats \u00e0 payer la prestation en question de la banque. C\u2019est sur cette base qu\u2019est mesur\u00e9e la valeur r\u00e9elle des Sifim.Le graphique 2 pr\u00e9sente la ventilation des Sifim d\u00e9coulant de l\u2019application des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019opportunit\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9posants rEOp et des emprunteurs rKOp . Les Sifim comprennent ainsi les deux composantes li\u00e9es \u00e0 la fourniture de services et la prime de risque r\u00e9siduelle. En poussant le raisonnement \u00e0 l\u2019extr\u00eame, si les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019opportunit\u00e9 \u00e9quivalaient exactement aux int\u00e9r\u00eats factur\u00e9s (\u2009rEOp\u00a0=\u00a0rE et rKOp\u00a0=\u00a0rK\u2009), il faudrait consid\u00e9rer que la totalit\u00e9 de la valeur des \u2028Sifim est une prime de risque et la valeur des Sifim pond\u00e9r\u00e9s des risques est alors \u00e9gale \u00e0 z\u00e9ro. Une simulation simple, portant sur la p\u00e9riode allant de 1990 \u00e0 2010, montre que la suppression totale des Sifim aurait des effets consid\u00e9rables sur les comptes de production de la comptabilit\u00e9 nationale (voir <i>tableau 1<\/i>).Cons\u00e9quence imm\u00e9diate de l\u2019\u00e9limination des Sifim, la VAB nominale des institutions financi\u00e8res se r\u00e9duit (pp.\u00a0121\u2013122). Ce constat s\u2019applique \u00e0 l\u2019ensemble de la p\u00e9riode, m\u00eame si l\u2019effet est un peu plus prononc\u00e9 dans les ann\u00e9es\u00a0nonante qu\u2019au XXIe\u00a0si\u00e8cle. C\u2019est en 1995 que la r\u00e9duction de la VAB est la plus marqu\u00e9e, avec 78%, tandis que la valeur la plus basse (51%) est enregistr\u00e9e en 2007. Si l\u2019on fait abstraction des Sifim pour calculer la production des institutions financi\u00e8res, tous les secteurs institutionnels et le PIB suisse dans son ensemble enregistrent une variation, car une partie des Sifim sont imput\u00e9s aux autres secteurs de production au titre de consommation interm\u00e9diaire. Si cette derni\u00e8re est supprim\u00e9e, la valeur ajout\u00e9e des domaines en question s\u2019en trouve augment\u00e9e&#13;<br \/>\nLes producteurs non marchands font exception \u00e0 cette\u00a0r\u00e8gle.. Le PIB est ainsi influenc\u00e9 par deux types d\u2019effets qui s\u2019opposent. Toutefois, \u00e9tant donn\u00e9 que les Sifim ne se composent pas uniquement de consommation interm\u00e9diaire, mais aussi, dans une certaine mesure, de consommation finale et d\u2019exportation, ce sont les effets n\u00e9gatifs qui l\u2019emportent. En raison de la r\u00e9duction des agr\u00e9gats de la consommation et de l\u2019exportation, le compte utilisation du PIB diminue \u00e9galement&#13;<br \/>\nAu sujet de l\u2019allocation des Sifim aux secteurs &shy;institutionnels, voir OFS (2007)..Le tableau 1 pr\u00e9sente les effets oppos\u00e9s qu\u2019aurait\u00a0l\u2019\u00e9limination des Sifim des comptes de production de la comptabilit\u00e9 nationale. En\u00a02010, la VAB des soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res (S.\u00a011), des m\u00e9nages (S.\u00a014) et des institutions sans but lucratif au service des m\u00e9nages (S.\u00a015) augmente de 2,9% en tout. Dans le secteur institutionnel des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance et des fonds de pension (S.\u00a0125), cette hausse est de 3,2%. En revanche, la VAB diminue de pr\u00e8s de 1% pour les administrations publiques (S.\u00a013), en raison du traitement particulier subi par les intrants dans le compte de production de l\u2019\u00c9tat. Globalement, le recul du PIB atteint 2%. Du c\u00f4t\u00e9 des d\u00e9penses, les exportations diminuent de 1,4%, la consommation priv\u00e9e de 1,9% et la consommation publique de 0,8%.&#13;<\/p>\n<h2>Des risques pond\u00e9r\u00e9s \u00e0 l\u2019aide des taux\u00a0d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019opportunit\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes statistiques bancaires de la BNS servent de base \u00e0 la mesure des Sifim pond\u00e9r\u00e9s des risques selon l\u2019approche de Wang. Le mode de calcul est expliqu\u00e9 dans <i>Kellermann et Schlag (2013)<\/i>. Le <i>tableau 2<\/i> contient diverses donn\u00e9es fondamentales et les principaux r\u00e9sultats du calcul. Si l\u2019on tient compte des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019opportunit\u00e9, les Sifim diminuent en\u00a02008 d\u2019environ 59% par rapport au montant calcul\u00e9 selon les dispositions en vigueur. Ce recul est de 64% en 2009 et de 56% en 2010. En revanche, si les Sifim pond\u00e9r\u00e9s des risques sont calcul\u00e9s selon la m\u00e9thode d\u2019affectation et du co\u00fbt des facteurs, la diminution est d\u2019\u00e0 peine 50%. Durant la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, la production du secteur des institutions financi\u00e8res se contracte de plus d\u2019un quart. La valeur ajout\u00e9e des banques n\u2019atteint ainsi plus que 60% du montant inscrit effectivement. Des \u00e9tudes r\u00e9alis\u00e9es aux \u00c9tats-Unis et dans la zone euro parviennent \u00e0 des conclusions semblables, m\u00eame si l\u2019effet de l\u2019ajustement aux risques sur les Sifim et sur la valeur ajout\u00e9e du secteur financier est moins marqu\u00e9&#13;<br \/>\nKellermann et Schlag (2013)..&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDe nombreux \u00e9l\u00e9ments portent \u00e0 croire que la distribution de la VAB sur les secteurs de production est actuellement fauss\u00e9e dans le syst\u00e8me des CN au profit des institutions financi\u00e8res, en raison du mode de calcul des Sifim. Le but de l\u2019\u00e9tude pr\u00e9sent\u00e9e ci-dessus est de signaler le probl\u00e8me et d\u2019\u00e9valuer ces derni\u00e8res en fonction des risques. Il faut voir dans ces conclusions une premi\u00e8re approche de la question, car l\u2019\u00e9tude se fonde sur des donn\u00e9es lacunaires et applique une m\u00e9thode encore exp\u00e9rimentale.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abComposition de la production du secteur des institutions financi\u00e8res (S.\u00a0121\u2013122), 1990\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abLa prime de risque, une composante des Sifim\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abEffets produits par l\u2019\u00e9limination des Sifim des comptes de production, 1990\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abEffets de la modification des Sifim sur le secteur des \u00e9tablissements financiers (S. 121-122), 2008\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: SIFDM&#13;<\/p>\n<h3>SIFDM<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re directement mesur\u00e9s (SIFDM) englobent les prestations bancaires que le client r\u00e9mun\u00e8re directement. Il s\u2019agit en particulier de courtages pour op\u00e9rations commerciales au nom du client ainsi que de redevances pour trafic des paiements, d\u00e9p\u00f4t et fiducie ou gestion de fortune. Le graphique 1 montre que la part des SIFDM dans la production des institutions financi\u00e8res suisses a augment\u00e9 de 47\u00a0\u00e0 66% entre 1995 et 2007, ce qui repr\u00e9sente un pourcentage relativement \u00e9lev\u00e9 par rapport \u00e0 d\u2019autres pays. Ainsi, les commissions ne repr\u00e9sentent que 30% environ de cette production aux Pays-Bas, en Finlande, en Espagne \u2028et en Allemagne, 50% au Royaume-Uni, 66% en Italie et 70% au Luxembourg.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance \u2028dans les\u00a0comptes nationaux&#13;<\/p>\n<h3>Les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance \u2028dans les\u00a0comptes nationaux<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 l\u2019image des institutions financi\u00e8res (S.\u00a0122), les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance et les fonds de pension (S.\u00a0125) font partie du secteur institutionnel des soci\u00e9t\u00e9s financi\u00e8res (S.\u00a012). La m\u00e9thode utilis\u00e9e pour calculer la production des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance est plus proche de la notion de production du SEC que celle appliqu\u00e9e aux institutions financi\u00e8res. Le SEC\u00a095 calcule la production des assurances vie et dommages selon une proc\u00e9dure mise au point par Eurostat. Cette valeur comprend le total des primes effectives acquises, augment\u00e9 des suppl\u00e9ments de primes et diminu\u00e9 des indemnit\u00e9s dues, ainsi que des \u2028variations des provisions techniques pour risques en cours et pour participation des \u2028assur\u00e9s aux b\u00e9n\u00e9ficesa. D\u00e8s lors, la part des primes affect\u00e9e \u00e0 la couverture des dommages en cours et \u00e0 la constitution de r\u00e9serves n\u2019entre plus dans le calcul de la \u2028production des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nSelon l\u2019approche par les revenus des CN, la valeur ajout\u00e9e comprend les traitements et salaires, le produit des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019assurance et la participation aux b\u00e9n\u00e9fices vers\u00e9e aux assur\u00e9s.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\na Eurostat (1996), Annexe III Assurances, p.\u00a0399ss.&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 3: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS), Une introduction \u00e0 la th\u00e9orie et \u00e0 la pratique des Comptes nationaux \u2013 M\u00e9thodes et concepts du SEC, Neuch\u00e2tel, 2003.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS), Services financiers \u2013 Une nouvelle mesure des services indirectement mesur\u00e9s, Neuch\u00e2tel, ao\u00fbt 2007.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Commission europ\u00e9enne, Les services d\u2019inter-m\u00e9diation financi\u00e8re indirectement mesur\u00e9s \u2028(Sifim). Annexe A \u00e0 la proposition de r\u00e8glement du Parlement europ\u00e9en et du Conseil relatif au syst\u00e8me europ\u00e9en des comptes nationaux et r\u00e9gionaux dans l\u2019Union europ\u00e9enne, COM(2010) 774 final, Annexe A\/chapitre 14, Bruxelles, \u202820 d\u00e9cembre 2010.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Eurostat, Syst\u00e8me europ\u00e9en des comptes nationaux SEC 95, Bruxelles et Luxembourg, 1996.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Haldane A., Brennan S. et Madouros V., \u00abWhat is the Contribution of the Financial Sector: Miracle or Mirage?\u00bb, The Future of Finance, LSE Report, 64\u2013104, Londres, 2010.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>ISWGNA FISIM Task Force, Summary Minutes of the ISWGNA FISIM Task Force meeting, New York, 5 et 6 juillet 2011.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Kellermann K. et Schlag C.-H., Wird der Wertsch\u00f6pfungsbeitrag des Finanzsektors zu hoch ausgewiesen?, \u00c9tude r\u00e9alis\u00e9e pour le compte du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco), Berne, 2013.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Mink R., Measuring and recording financial services. Paper presented on the Meeting of the TASK Force on Financial Intermediation Services Indirectly Measured (FISIM), FMI, Washington D.C.,\u20283 et 4 mars 2011.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Wang J. C., Basu S. et Fernald J. G., \u00abA General- Equilibrium Asset-Pricing Approach to the Measurement of Nominal and Real Bank Output\u00bb, dans (, Price Index Concepts and Measurement, Studies in Income and Wealth, vol. 70, Chicago, 2009, University of Chicago Press, pp. 273-320.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Zieschang, K. D.,FISIM Accounting, IMF Working Paper, Washington, octobre 2012.<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pr\u00e9sent article aborde des probl\u00e8mes d\u2019ordre conceptuel, li\u00e9s au calcul de la valeur ajout\u00e9e des services d\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re indirectement mesur\u00e9s &shy;(Sifim). 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