{"id":149498,"date":"2013-03-01T12:00:00","date_gmt":"2013-03-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/03\/moser-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:42:52","modified_gmt":"2023-08-23T22:42:52","slug":"moser-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/03\/moser-2\/","title":{"rendered":"Tourisme d\u2019achat: \u00e9tat des lieux, cons\u00e9quences et rem\u00e8des possibles"},"content":{"rendered":"<p>Le haut niveau du franc par rapport \u00e0 l&#8217;euro a fortement stimul\u00e9 le tourisme d&#8217;achat vers les pays voisins. Un des moyens les plus efficaces d&#8217;inciter les consommateurs \u00e0 acheter en Suisse consiste \u00e0 s&#8217;attaquer r\u00e9solument aux r\u00e9glementations officielles qui engendrent des diff\u00e9rences de prix. Parall\u00e8lement, il faut activer la politique de la concurrence, afin d&#8217;emp\u00eacher les entreprises de segmenter les march\u00e9s en fonction du pays desservi et de faire subir les \u00e9carts de prix au con-sommateur suisse. Ces deux t\u00e2ches doivent \u00eatre men\u00e9es de front, parce que l&#8217;existence de r\u00e9glementations disparates est tr\u00e8s souvent propice aux restrictions de concurrence.&#13;<\/p>\n<h2>L&#8217;ampleur du tourisme d&#8217;achat<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe chalandage joue un r\u00f4le croissant dans le tourisme. Les voyageurs combinent leurs s\u00e9jours \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger avec l&#8217;acquisition de biens de consommation disponibles dans le monde entier. Des possibilit\u00e9s d&#8217;achat int\u00e9ressantes portant sur un large \u00e9ventail d&#8217;articles de marque internationaux sont un crit\u00e8re de plus en plus important dans le choix d&#8217;une destination. Pour les touristes asiatiques, par exemple, les montres jouent un r\u00f4le non \u2028n\u00e9gligeable lors de leur passage en Suisse.Les d\u00e9bats politiques portent aujourd&#8217;hui sur une autre forme de tourisme d&#8217;achat, \u2028celui des consommateurs pour lesquels faire des emplettes est le motif principal de leurs courts s\u00e9jours r\u00e9guliers dans des r\u00e9gions \u00e9trang\u00e8res proches de chez eux. D&#8217;un strict point de vue statistique, ces d\u00e9placements, d&#8217;une dur\u00e9e g\u00e9n\u00e9ralement inf\u00e9rieure \u00e0 trois heures, ne sont gu\u00e8re assimilables \u00e0 des voyages touristiques. Les consommateurs voyageurs veulent surtout tirer parti des diff\u00e9rences de prix entre les deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re et am\u00e9liorer leur pouvoir d&#8217;achat; leurs motivations proprement touristiques sont le plus souvent tr\u00e8s secondaires.&#13;<\/p>\n<h2>Centres \u00e9conomiques proches des fronti\u00e8res<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c9tant donn\u00e9 qu&#8217;en Suisse, les centres \u00e9conomiques sont g\u00e9n\u00e9ralement situ\u00e9s non loin de la fronti\u00e8re (Gen\u00e8ve et B\u00e2le, mais aussi Zurich, Lausanne, Saint-Gall, ainsi que le triangle industriel du Tessin), le poids du tourisme d&#8217;achat est chez nous potentiellement \u00e9lev\u00e9. Selon l&#8217;\u00e9tude <i>Retail Outlook 2013<\/i> de <i>Credit Suisse (p. 13)<\/i>, 73% de la population suisse peut rallier un supermarch\u00e9 \u00e9tranger en 60 minutes par la route; 31% y parvient m\u00eame en 30 minutes (voir <i>graphique 1<\/i>). D&#8217;apr\u00e8s le montant des recettes de TVA encaiss\u00e9es \u00e0 la fronti\u00e8re suisse, l&#8217;Allemagne appara\u00eet comme la destination pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e (plus de la moiti\u00e9 de ces recettes). On observe toutefois la situation inverse au Tessin \u2013 tourisme d&#8217;achat en Suisse en provenance de l&#8217;espace Milan-C\u00f4me-Varese \u2013, notamment dans le grand centre commercial Foxtown. \u2028Il convient aussi de mentionner les frontaliers (env. 265&nbsp;000 en 2012), qui ont le loisir d&#8217;effectuer leurs achats des deux c\u00f4t\u00e9s de la fronti\u00e8re.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9tude du ph\u00e9nom\u00e8ne<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe tourisme d&#8217;achat est \u00e9tudi\u00e9 depuis des ann\u00e9es, m\u00eame si ce n&#8217;est pas par la statistique officielle. Le grand distributeur Coop, par exemple, effectue r\u00e9guli\u00e8rement des enqu\u00eates sur ce th\u00e8me (voir <i>graphique 2<\/i>). La fuite de pouvoir d&#8217;achat qu&#8217;il mesure correspond \u2028aux acquisitions effectu\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, \u00e9valu\u00e9es en francs suisses. L&#8217;hypoth\u00e8se retenue est que les consommateurs qui vont faire leurs courses \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger auraient rempli le m\u00eame panier de marchandises en Suisse. Cette approche conduit \u00e0 des exag\u00e9rations, car on peut supposer que ces m\u00eames acheteurs renonceraient en Suisse \u00e0 des produits particuli\u00e8rement chers.Alors que cette forme de tourisme s&#8217;\u00e9tait stabilis\u00e9e jusqu&#8217;en 2009, la forte hausse du franc lui a donn\u00e9 un coup de fouet. Sur la base des certificats d&#8217;exportation du trafic touristique entre l&#8217;Allemagne et la Suisse, <i>Credit Suisse<\/i> situe la fuite de pouvoir d&#8217;achat suisse entre 4 et 5 milliards de francs en 2011 et entre 5 et 6 milliards en 2012. Ces estimations embrassent un spectre plus large que les enqu\u00eates de Coop, puisqu&#8217;elles comprennent les achats de produits alimentaires et non alimentaires ainsi que le commerce transfrontalier en ligne.<i>L&#8217;enqu\u00eate de Coop (2009, pp. 6-7)<\/i> montre que la viande reste le produit le plus repr\u00e9sent\u00e9 dans les chariots, devant le lait, le beurre, les fruits et les l\u00e9gumes. On se rend aussi tr\u00e8s souvent \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger pour des articles de soins corporels, de nettoyage et d&#8217;habillement. La composition de ce panier n&#8217;est pas surprenante, dans la mesure o\u00f9 les diff\u00e9rences de prix entre la Suisse et les pays voisins sont particuli\u00e8rement marqu\u00e9es pour les produits en question&#13;<br \/>\nVoir les articles de P. Balast\u00e8r et d\u2019Isabelle Schluep Campo, pp. 4 et 7 du pr\u00e9sent num\u00e9ro..&#13;<\/p>\n<h2>Aspects \u00e9conomiques du tourisme d&#8217;achat<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes aspects \u00e9conomiques du tourisme d&#8217;achat sont multiples. Les consommateurs en sont les principaux b\u00e9n\u00e9ficiaires, puisqu&#8217;ils peuvent acqu\u00e9rir des biens \u00e0 meilleur compte et gonfler ainsi leurs revenus en termes r\u00e9els. La concurrence \u00e0 l&#8217;importation d\u00e9coulant des achats effectu\u00e9s directement \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger par les clients finaux favorise, en outre, la transmission des avantages de prix de l&#8217;espace europ\u00e9en par rapport aux canaux de distribution habituels et abaisse le niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix. Les consommateurs de notre pays en profitent. Cela explique aussi que, depuis un certain temps, l&#8217;inflation soit plus faible en Suisse que dans les pays limitrophes. Le tourisme d&#8217;achat a donc un effet mod\u00e9rateur sur le niveau g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9lev\u00e9 des prix dans notre pays (salaires, co\u00fbts des prestations pr\u00e9alables), ce qui renforce la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale de la Suisse.&#13;<\/p>\n<h2>Pertes de chiffre d&#8217;affaire et d&#8217;emplois<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL&#8217;\u00e9coulement d&#8217;un volume de pouvoir d&#8217;achat substantiel de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de nos fronti\u00e8res occasionne, toutefois, des pertes de chiffre d&#8217;affaires et un recul de l&#8217;emploi en Suisse, en particulier dans le commerce de d\u00e9tail. Pour une h\u00e9morragie de pouvoir d&#8217;achat estim\u00e9e \u00e0 5 milliards de francs et compte tenu d&#8217;un chiffre d&#8217;affaires moyen \u2028de 300&nbsp;000 francs par employ\u00e9, ce sont pr\u00e8s de de 17&nbsp;000 emplois du commerce de d\u00e9-\u2028tail suisse qui se trouvent ainsi menac\u00e9s. Sur un plan \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9ral, ce risque doit toutefois \u00eatre mis en balance avec le nom-\u2028bre d&#8217;emplois que le renforcement de la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale helv\u00e9tique est susceptible de cr\u00e9er dans le pays.&#13;<\/p>\n<h2>Les diff\u00e9rences de prix sont \u2028au d\u00e9triment de la Suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes fabricants \u00e9trangers subissent, eux aussi, les effets du tourisme d&#8217;achat, dans la mesure o\u00f9 celui-ci r\u00e9duit la quantit\u00e9 de produits qu&#8217;ils peuvent \u00e9couler en Suisse par leurs canaux de distribution habituels et qui sont, pour eux, les plus r\u00e9mun\u00e9rateurs. \u00c9conomie nationale de dimension r\u00e9duite comptant une population \u00e0 fort pouvoir d&#8217;achat, notre pays est en Europe celui o\u00f9 les fabricants et les commer\u00e7ants internationaux souhaitent tout sp\u00e9cialement r\u00e9aliser leurs marges et leurs b\u00e9n\u00e9fices. Une enqu\u00eate \u00e9conom\u00e9trique du <i>Seco (2009, pp. 70ss)<\/i> montre que les prix ne sont pas \u00e9lev\u00e9s uniquement l\u00e0 o\u00f9 un importateur exclusif \u2013 le plus souvent une filiale du fabricant \u2013 offre une marque forte sur le march\u00e9 suisse, mais l\u00e0 aussi o\u00f9 plusieurs marques \u00e9tablies se partagent le march\u00e9. S&#8217;il existe de surcro\u00eet des entraves techniques aux \u00e9changes, les producteurs ont encore plus de libert\u00e9 pour fixer leurs tarifs. Plusieurs facteurs favorisent, en outre, les diff\u00e9rences de prix au d\u00e9triment de la Suisse: une forte concentration du commerce de d\u00e9tail, une certaine culture des cartels, qui a longtemps \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9pandue dans notre pays, et la pression politique \u00e9manant notamment du secteur agricole, laquelle contraint les grands distributeurs en particulier \u00e0 acheter leurs produits \u00e0 des prix relativement \u00e9lev\u00e9s sur le march\u00e9 int\u00e9rieur.&#13;<\/p>\n<h2>Baisse des niveaux de prix<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi le douloureux fl\u00e9chissement du chiffre d&#8217;affaires que subissent les grands distributeurs des r\u00e9gions proches de la fronti\u00e8re \u00e0 cause du tourisme d&#8217;achat pousse ceux-ci \u00e0 n\u00e9gocier plus \u00e2prement avec les chefs de file en mati\u00e8re de prix sur les diff\u00e9rents segments de march\u00e9, le tourisme d&#8217;achat exerce, dans l\u2019absolu, un effet mod\u00e9rateur sur le niveau g\u00e9n\u00e9ral des prix. Une autre voie serait naturellement pr\u00e9f\u00e9rable, celle d&#8217;une concurrence plus vive \u00e0 tous les \u00e9chelons commerciaux, qui permette de r\u00e9percuter rapidement les avantages de prix de la zone euro sur les consommateurs finaux par l&#8217;interm\u00e9diaire du commerce suisse. Ainsi la part qui revient aux d\u00e9taillants dans la valeur ajout\u00e9e du prix final resterait en Suisse. Cet objectif est tout \u00e0 fait r\u00e9aliste. En effet, comme le constate une \u00e9tude de <i>BAK Basel (2010)<\/i>, la diff\u00e9rence de prix est principalement imputable au handicap de co\u00fbt dont souffre le commerce suisse de d\u00e9tail au stade de l&#8217;acquisition des marchandises, les salaires \u00e9lev\u00e9s jouant \u00e0 cet \u00e9gard un r\u00f4le plut\u00f4t secondaire.&#13;<\/p>\n<h2>Possibilit\u00e9s de riposte<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour lutter contre les causes du tourisme d\u2019achat, il faut des r\u00e9formes int\u00e9rieures qui auront pour effet de r\u00e9duire le diff\u00e9rentiel de prix entre la Suisse et d&#8217;autres \u00e9conomies europ\u00e9ennes tr\u00e8s avanc\u00e9es. Il s\u2019agit donc, d\u2019une part, de rendre les prix des produits et des services indig\u00e8nes propos\u00e9s sur le march\u00e9 int\u00e9rieur, d\u2019autre part d\u2019emp\u00eacher les hausses de prix des marchandises import\u00e9es.Seule une politique de lib\u00e9ralisation concert\u00e9e peut garantir le succ\u00e8s des r\u00e9formes. Si l&#8217;on se contente de mesures isol\u00e9es, on court le risque qu\u2019une autre entrave \u00e0 l\u2019importation ou \u00e0 la concurrence perp\u00e9tue l\u2019\u00eelot de chert\u00e9 suisse. Un renforcement de la comp\u00e9titivit\u00e9 s&#8217;impose d\u00e8s lors \u00e0 tous les \u2028niveaux commerciaux.&#13;<\/p>\n<h2>Mesures d\u00e9j\u00e0 prises<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nParmi les mesures qui ciblent les entraves \u00e0 l\u2019importation d\u00e9coulant de r\u00e9glementations \u00e9tatiques, citons l&#8217;\u00e9puisement r\u00e9gional europ\u00e9en pour les biens prot\u00e9g\u00e9s par un \u2028brevet et la mise en \u0153uvre du principe du Cassis-de-Dijon. Le risque existe n\u00e9anmoins de voir ce dernier \u00e9dulcor\u00e9 dans le cas des denr\u00e9es alimentaires, voire suspendu dans certains domaines&#13;<br \/>\nVoir l\u2019initiative parlementaire de Jacques Bourgeois: Souverainet\u00e9 alimentaire, 08.457..Pour am\u00e9liorer la transmission des avantages de prix de l\u2019espace europ\u00e9en par les canaux de distribution en Suisse, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a introduit en ao\u00fbt 2011 quatre mesures li\u00e9es au franc fort: renforcement des moyens allou\u00e9s \u00e0 la surveillance des prix ainsi qu&#8217;\u00e0 la Commission de la concurrence, mise en place d&#8217;un observatoire des prix faisant appel \u00e0 des organisations de consommateurs et interdiction partielle des cartels dans le cadre de la r\u00e9vision en cours de la loi correspondante. Tandis que les trois premi\u00e8res sont temporaires et visent avant tout \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer la r\u00e9percussion des gains g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le taux de change, la modernisation de la loi sur les cartels entend renforcer la concurrence \u00e0 long terme.&#13;<\/p>\n<h2>Modernisation de la loi sur les cartels<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans le cadre de la r\u00e9vision de la loi sur les cartels, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral propose de renforcer la proc\u00e9dure concernant les accords horizontaux sur les prix, les quantit\u00e9s et les secteurs ainsi que deux formes d&#8217;ententes verticales. Concr\u00e8tement, il ne sera plus n\u00e9cessaire d&#8217;apporter la preuve d&#8217;une grave alt\u00e9ration de la concurrence pour ces types d&#8217;accords, une d\u00e9marche qui s\u2019av\u00e8re extraordinairement contraignante dans la pratique. De telles ententes sont d\u00e9sormais prohib\u00e9es, sauf dans les cas \u2013 sur ce point, les arguments \u00e9conomiques ont d\u00e9ploy\u00e9 leur effet \u2013 o\u00f9 elles s&#8217;av\u00e8rent efficaces, autrement dit quand elles profitent \u00e0 l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie. Avec ce resserrement de la proc\u00e9dure, il faut donc s\u2019attendre \u00e0 ce qu&#8217;il devienne plus difficile de maintenir des diff\u00e9rences de prix au d\u00e9triment des clients du march\u00e9 int\u00e9rieur, sans exclure pour autant les formes de coop\u00e9ration profitables \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie. En outre, l&#8217;\u00e9valuation des concentrations d\u2019entreprises doit \u00e0 pr\u00e9sent s&#8217;op\u00e9rer sur la base d&#8217;une norme internationale et du test Siec&#13;<br \/>\nSignificant Impediment to Effective Competition ou, en fran\u00e7ais, \u00abatteinte significative \u00e0 une concurrence effective\u00bb. qui domine en Europe. Des concentrations peuvent \u00eatre interdites ou soumises \u00e0 conditions lorsqu&#8217;elles aboutissent \u00e0 des positions dominantes ou g\u00eanent gravement la concurrence, sans \u00eatre compens\u00e9es par des gains d\u2019efficience. Cette adaptation du contr\u00f4le des fusions \u00e0 des normes internationales devrait permettre d&#8217;agir plus efficacement contre les concentrations. Dans les march\u00e9s oligopolistiques notamment, la diminution du nombre d&#8217;offrants se traduit fr\u00e9quemment \u2013 mais pas toujours \u2013 par une augmentation des marges et des prix.&#13;<\/p>\n<h2>Que peut-on faire de plus?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour enrayer le tourisme d\u2019achat, il faudrait en premier lieu, en raison de diff\u00e9rences de prix particuli\u00e8rement sensibles, diminuer la protection douani\u00e8re appliqu\u00e9e \u00e0 la viande, que ce soit unilat\u00e9ralement, sur un plan multilat\u00e9ral ou dans le cadre d&#8217;accords de libre-\u00e9change. La r\u00e9sistance politique demeure, toutefois, consid\u00e9rable. Ce n\u2019est pas surprenant, puisque la solidit\u00e9 des barri\u00e8res douani\u00e8res a permis l&#8217;apparition de structures \u00e9conomiques fortement implant\u00e9es, mais qui ne survivraient pas \u00e0 une ouverture du march\u00e9. On n&#8217;en est pas moins fond\u00e9 \u00e0 se demander si une protection de la production de viande locale ne va pas de plus en plus \u00e0 l&#8217;encontre des int\u00e9r\u00eats de l\u2019agriculture helv\u00e9tique. En \u2028effet, les acheteurs qui traversent la fronti\u00e8re ne mettent pas seulement de la viande dans leur chariot, mais aussi des produits laitiers, des fruits, des l\u00e9gumes, des c\u00e9r\u00e9ales et une large gamme de denr\u00e9es alimentaires plus \u00e9labor\u00e9es. Il est donc tout \u00e0 possible que pour la seule agriculture, ces pertes de chiffre d\u2019affaires p\u00e8sent finalement plus lourd que les avantages offerts \u00e0 l\u2019\u00e9conomie carn\u00e9e par cette forte protection douani\u00e8re.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9viter les mesures inutiles<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes propositions de r\u00e9glementations officielles qui visent \u00e0 limiter le tourisme d\u2019achat \u2013 diminution des quantit\u00e9s libres de taxe, n\u00e9gociation de mesures limitant le rembour-\u2028sement de la TVA aux douanes \u00e9trang\u00e8res, davantage de contr\u00f4les douaniers en Suisse, etc. \u2013 reviennent \u00e0 combattre les sympt\u00f4mes. De telles entraves \u00e0 la concurrence ne font que renforcer le ph\u00e9nom\u00e8ne de l&#8217;\u00eelot de \u2028chert\u00e9 helv\u00e9tique. Elles ne m\u00e8nent donc \u00e0 rien.D\u2019autres domaines b\u00e9n\u00e9ficient aussi de barri\u00e8res contre les prestations import\u00e9es, par exemple celui de la sant\u00e9. Le remboursement de telles prestations n&#8217;\u00e9tant pas assur\u00e9, ce secteur est prot\u00e9g\u00e9 contre la concurrence. Compte tenu des fortes diff\u00e9rences de prix entre la Suisse et les pays voisins, un large r\u00e9examen des restrictions officielles s\u2019im-\u2028poserait afin de stimuler la concurrence transfronti\u00e8re.&#13;<\/p>\n<h2>Heures d\u2019ouverture des magasins<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa principale motivation d&#8217;un achat au-del\u00e0 de la fronti\u00e8re est le prix, suivie d&#8217;avantages comme l\u2019acc\u00e8s \u00e0 de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s de produits. Les heures d\u2019ouverture des magasins ont leur importance les week-ends, si les gros achats habituels sont effectu\u00e9s de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re durant cette p\u00e9riode. Les diff\u00e9rences d&#8217;horaires entre les magasins sont grandes en Suisse, du fait des pr\u00e9rogatives r\u00e9glementaires cantonales. De grandes disparit\u00e9s existent aussi, en partie, le samedi et le dimanche (dans ce dernier cas avec la France et l&#8217;Italie). L\u2019obligation de fermer ce jour-l\u00e0 a son effet sur le tourisme d&#8217;achat. Il est donc particuli\u00e8rement surprenant que m\u00eame des cantons frontaliers limitent en semaine les horaires de leurs commer\u00e7ants. Ainsi, les magasins des cantons de Saint-Gall, du Tessin et, en partie, de Vaud doivent fermer leurs portes entre 18h30 et 19h les jours de semaine et d\u00e8s 17h les samedis, alors qu\u2019en Allemagne et en Italie, ils baissent g\u00e9n\u00e9ralement leurs rideaux \u00e0 20h. Les cantons concern\u00e9s pourraient donc suivre l\u2019exemple des cantons lib\u00e9raux (Argovie, B\u00e2le-Campagne ou Zurich) et autoriser des horaires plus longs, ce qui contribuerait \u00e0 limiter le tourisme d\u2019achat. Le Conseil des \u00c9tats a repris cette id\u00e9e et accept\u00e9 la motion Lombardi. Celle-ci propose d\u2019accorder aux magasins de vente au d\u00e9tail de toute la Suisse le droit de rester ouverts de 6h \u00e0 20h (les samedis jusqu\u2019\u00e0 19h), m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 les r\u00e8glements cantonaux fixent actuellement des \u2028limites plus \u00e9troites.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abCommerce alimentaire de d\u00e9tail: distribution des supermarch\u00e9s proches de la fronti\u00e8re\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abEstimation du tourisme d\u2019achat\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Importance croissante \u2028du commerce en ligne&#13;<\/p>\n<h3>Importance croissante \u2028du commerce en ligne<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLes achats en ligne p\u00e8sent de plus en plus lourd et ceux effectu\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger suivent cette tendance. Une partie des marchandises command\u00e9es sur Internet sont livr\u00e9es dans des centres de distribution sp\u00e9ciaux proches de la fronti\u00e8re, d&#8217;o\u00f9 elles sont facilement in-troduites en Suisse par les voyageurs. Les frais de d\u00e9douanement ont aussi leur importance. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la surveillance des prix a \u0153uvr\u00e9 avec succ\u00e8s pour que les taxes sur les petits envois soient maintenues \u00e0 un faible niveau, ce qui favorise les achats en ligne.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>BAK Basel, Kosten, Preise und Performance: Der Schweizer Detailhandel im internationalen Vergleich, 2010.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Coop, \u00c9tude sur le tourisme d\u2019achat, 2009.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Credit Suisse, Retail Outlook 2013: faits et tendances, 2013.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Seco, La Suisse, \u00eelot de chert\u00e9, rapports en r\u00e9ponse au postulat David (05.3816), s\u00e9rie d&#8217;\u00e9tudes \u00abGrundlagen der Wirtschaftspolitik\u00bb, n\u00b0 16, 2009.<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le haut niveau du franc par rapport \u00e0 l&#8217;euro a fortement stimul\u00e9 le tourisme d&#8217;achat vers les pays voisins. 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