{"id":149563,"date":"2013-01-01T12:00:00","date_gmt":"2013-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/01\/baltensperger-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:43:41","modified_gmt":"2023-08-23T22:43:41","slug":"baltensperger-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/01\/baltensperger-2\/","title":{"rendered":"La crise de l\u2019euro et le franc suisse"},"content":{"rendered":"<p>Que signifie la crise actuelle de l\u2019euro pour la monnaie suisse? Au\u00a0fil de son histoire, mais surtout au XXe si\u00e8cle, le franc est &shy;devenu un mod\u00e8le de r\u00e9ussite au niveau mondial. Il subit, toutefois, lui aussi la crise identitaire de la zone euro. Le principal &shy;probl\u00e8me r\u00e9side dans la forte appr\u00e9ciation du franc face \u00e0 la &shy;monnaie europ\u00e9enne. Comme le\u00a0montrent les exp\u00e9riences pass\u00e9es de la Suisse avec les r\u00e9gimes\u00a0de change aussi bien fixes que flexibles, la souverainet\u00e9 &shy;mon\u00e9taire est un bien pr\u00e9cieux qui doit \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9. Prendre en\u00a0compte les fluctuations p\u00e9riodiques des taux de change &shy;comporte donc un int\u00e9r\u00eat certain. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201301_06_Baltensperger_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Le franc suisse: histoire d\u2019un succ\u00e8s<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nActuellement, le franc suisse est en pleine envol\u00e9e et d\u00e9borde de force. Institu\u00e9 par la loi f\u00e9d\u00e9rale sur la monnaie de 1850, soit deux\u00a0ans apr\u00e8s la naissance de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral, il est rest\u00e9 durant le premier demi-si\u00e8cle de son existence une \u00abmonnaie-satellite\u00bb du franc fran\u00e7ais. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il montrait une tendance fr\u00e9quente \u00e0 s\u2019affaiblir face \u00e0 celui-ci. Le bonus d\u2019int\u00e9r\u00eat que nous connaissons aujourd\u2019hui \u00e9tait, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, un malus (soit une majoration de taux).Au cours du XXe si\u00e8cle, la situation a beaucoup chang\u00e9. Depuis le d\u00e9but de la &shy;Premi\u00e8re Guerre mondiale, le franc suisse s\u2019est fortement appr\u00e9ci\u00e9 face \u00e0 toutes les autres monnaies. En 1914, un dollar am\u00e9ricain valait 5,18 francs, alors qu\u2019actuellement, son cours n\u2019est plus que de 95 centimes. La plupart des autres monnaies ont perdu encore davantage de valeur en termes relatifs. Ainsi, la livre anglaise, dont le cours d\u00e9passait 25 francs en 1914, tourne aujourd\u2019hui autour de 1,50 franc. Cette d\u00e9valorisation relative est particuli\u00e8rement marqu\u00e9e pour les monnaies des anciens partenaires de l\u2019Union mon\u00e9taire latine, comme le franc fran\u00e7ais et la lire italienne. La Suisse a longtemps \u00e9t\u00e9 membre de ce trait\u00e9 au XIXe si\u00e8cle. Lors de l\u2019introduction de l\u2019euro en 1999, le cours de la lire ne se mesurait plus qu\u2019en \u2028milli\u00e8mes de franc suisse.La consolidation de la Suisse sur le plan politique et social ainsi que son succ\u00e8s \u00e9conomique croissant ont permis \u00e0 sa monnaie\u00a0de se d\u00e9tacher du franc fran\u00e7ais pour devenir un objet autonome de placement, fort et d\u2019importance internationale. La volont\u00e9 marqu\u00e9e d\u2019autonomie, mais aussi \u2028de stabilit\u00e9 budg\u00e9taire et mon\u00e9taire, qui a toujours caract\u00e9ris\u00e9 la Suisse par rapport \u2028\u00e0 d\u2019autres pays, a jou\u00e9 un r\u00f4le central \u00e0 \u2028cet \u00e9gard. Dans un contexte social et \u00e9co-\u2028nomique fragile, il est difficile de construire et de pr\u00e9server un ordre mon\u00e9taire stable. \u2028Le fait que, depuis un si\u00e8cle et demi \u2013 gr\u00e2ce \u2028\u00e0 son bon sens politique et \u00e0 d\u2019heureuses \u2028circonstances \u2013, la Suisse n\u2019ait pas eu \u00e0 subir les affres de la guerre a bien s\u00fbr forte-\u2028ment contribu\u00e9 \u00e0 cette stabilit\u00e9 et au capi-\u2028tal de confiance dont jouit le franc suisse \u2028aujourd\u2019hui.&#13;<\/p>\n<h2>La crise de l\u2019euro et le r\u00f4le de la BCE<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019Europe et la zone euro sont actuellement secou\u00e9es par une grave crise de la dette\u00a0et des banques, dont l\u2019origine r\u00e9side dans les perturbations subies par le m\u00e9canisme budg\u00e9taire &shy;europ\u00e9en. Les fondateurs de l\u2019union mon\u00e9taire avaient promis une monnaie commune, mais ils avaient explicitement exclu tout ce qui\u00a0touche \u00e0 la fiscalit\u00e9 et \u00e0 l\u2019endettement. La\u00a0&shy;d\u00e9sinvolture de nombreux \u00c9tats membres en mati\u00e8re de finances publiques ainsi que le \u00a0surendettement et la fragilit\u00e9 du syst\u00e8me bancaire se sont traduits par une pression politique qui menace de plus en plus cet &shy;engagement et m\u00e8ne \u00e0 une union des transferts et de la dette.La grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9conomique et sociale des pays membres a constitu\u00e9, d\u00e8s le d\u00e9but, un risque \u00e9lev\u00e9 et un fardeau structurel pour l\u2019union mon\u00e9taire. L\u2019actuelle crise de la dette a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au grand jour ces probl\u00e8mes latents. La zone euro se compose d\u2019\u00e9l\u00e9ments beaucoup trop dissemblables sur le plan \u00e9conomique, de l\u2019endettement et des id\u00e9es sociales. Sa coh\u00e9sion n\u2019est assur\u00e9e que par des mesures successives visant \u00e0 socialiser les risques et les obligations. \u00c0 la longue, ce mouvement rampant vers l\u2019union des transferts devrait s\u2019av\u00e9rer instable politiquement. Le danger est grand de voir intervenir \u00e0 long terme des changements politiques qui remettront en question la zone euro dans sa forme actuelle.Durant sa premi\u00e8re d\u00e9cennie d\u2019activit\u00e9s, la nouvelle Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) s\u2019est attel\u00e9e \u00e0 faire de l\u2019euro une monnaie stable et cr\u00e9dible sur l\u2019ensemble du continent. Au d\u00e9but, elle y est bien parvenue. Ce succ\u00e8s \u00e9tait principalement d\u00fb \u00e0 une action solidement ancr\u00e9e dans son statut de banque centrale, lequel lui conf\u00e9rait une forte ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des milieux politiques et des diverses strat\u00e9gies suivies par les \u00c9tats en mati\u00e8re financi\u00e8re; la clart\u00e9 de son mandat \u2013 maintien de la stabilit\u00e9 des prix et, accessoirement, stabilisation con-joncturelle \u2013 y contribuait \u00e9galement. Toutefois, la violation progressive des principes initiaux de l\u2019union mon\u00e9taire a commenc\u00e9 de ternir son image. Le fait que la BCE soit dans le collimateur d\u2019un nombre croissant de politiciens a pes\u00e9 lourdement sur la nouvelle monnaie qu\u2019elle avait cr\u00e9\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h2>Des risques mondiaux associ\u00e9s \u00e0 la &shy;faiblesse du dollar<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 cela s\u2019ajoutent les risques li\u00e9s \u00e0 la situation actuelle de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, la BCE a \u2013 comme toutes les banques centrales du monde \u2013 consid\u00e9rablement accru les actifs inscrits \u00e0 son bilan et cr\u00e9\u00e9 des liquidit\u00e9s. Elle r\u00e9pondait ainsi correctement \u00e0 la crise. Pour \u00e9viter une inflation et un affaiblissement de la monnaie, il faudra, toutefois, que ces liquidit\u00e9s suppl\u00e9mentaires soient rapidement r\u00e9absorb\u00e9es le jour o\u00f9 la situation de l\u2019\u00e9conomie et des march\u00e9s mon\u00e9taires se normalisera. La tentation est grande pour l\u2019UE, dans sa version actuelle, de r\u00e9duire l\u2019\u00e9cart de comp\u00e9titivit\u00e9 du \u00abSud\u00bb en tol\u00e9rant un peu plus d\u2019inflation au \u00abNord\u00bb\u00a0et de compenser ainsi les d\u00e9s\u00e9quilibres commerciaux \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la zone euro. La correction par la BCE de sa politique mon\u00e9taire pourrait arriver trop tard. La peur de voir des hausses d\u2019int\u00e9r\u00eat ou une chute du prix des actifs d\u00e9stabiliser de nouveau le syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en et le budget des \u00c9tats en crise accro\u00eet encore ce risque.Actuellement, les \u00c9tats-Unis font p\u00e2le &shy;figure sur le plan \u00e9conomique. Le pays croule\u00a0sous les probl\u00e8mes internes: il est paralys\u00e9 par les d\u00e9ficits fiscaux, par une dette publique incontr\u00f4l\u00e9e et par les effets \u00e0 retardement, pas encore totalement ma\u00eetris\u00e9s, d\u2019un \u00a0surendettement massif du secteur priv\u00e9. Le\u00a0risque est grand que la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale, en raison des difficult\u00e9s budg\u00e9taires, maintienne trop longtemps des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat bas et corrige le tir trop tard, quand le \u2028retournement conjoncturel ainsi que le \u2028retour \u00e0 la croissance et \u00e0 l\u2019emploi normal seront en vue. Les \u00c9tats-Unis ont de toute fa\u00e7on une nette tendance \u00e0 utiliser l\u2019inflation pour r\u00e9duire la dette publique r\u00e9elle. Il existe un risque de voir la politique mon\u00e9taire se confondre de plus en plus avec la politique fiscale. Cela n\u2019est pas un bon pr\u00e9sage pour la stabilit\u00e9 du dollar.&#13;<\/p>\n<h2>Menace sur le franc suisse?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCes tendances se sont r\u00e9cemment traduites par une pression croissante et mas-sive sur le franc suisse. Tous ces dangers et ces &shy;incertitudes seront-ils \u00e9galement une menace pour lui? Compromettent-ils son avenir en tant que monnaie ind\u00e9pen-\u2028dante? De telles\u00a0craintes ne sont pas rares aujourd\u2019hui. Elles appellent une r\u00e9ponse nuanc\u00e9e.Premi\u00e8rement, ce n\u2019est pas \u00e9tonnant que les incertitudes pesant sur la zone euro et les \u00c9tats-Unis constituent une lourde hypoth\u00e8que sur leurs monnaies respectives. Il est \u00e9galement clair qu\u2019une situation de crise peut mettre en difficult\u00e9 des monnaies stables et en principe solides; cela n\u2019a rien de nouveau. La Suisse en a fait l\u2019exp\u00e9rience \u00e0 plusieurs reprises au cours de son histoire: pendant la Grande D\u00e9pression des ann\u00e9es trente, durant la derni\u00e8re phase du syst\u00e8me de Bretton Woods \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante et au d\u00e9but des ann\u00e9es septante, puis \u00e0 nouveau durant les fortes turbulences mon\u00e9taires de 1977\/78. L\u2019exp\u00e9rience montre qu\u2019un pays ne peut jamais s\u2019isoler totalement de son environnement dans de telles circonstances. C\u2019est ainsi qu\u2019en 1936, apr\u00e8s avoir longtemps h\u00e9sit\u00e9, la Suisse s\u2019est vue finalement oblig\u00e9e de d\u00e9valuer le franc de 30%. Elle aurait mieux fait de se d\u00e9cider plus t\u00f4t, soit juste apr\u00e8s les fortes d\u00e9pr\u00e9ciations d\u00e9cid\u00e9es par la Grande-Bretagne (1931) et les \u00c9tats-Unis (1933\/34). Ces mesures avaient provoqu\u00e9 une importante sur\u00e9valuation du franc en termes r\u00e9els, ce qui avait s\u00e9rieusement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale de l\u2019\u00e9conomie suisse.De tels \u00e9v\u00e9nements n\u2019ont, toutefois, jamais oblig\u00e9 la Suisse \u00e0 renoncer \u00e0 son autonomie mon\u00e9taire ou compromis durablement le succ\u00e8s de sa politique en la mati\u00e8re. Elle souffre, en ce moment, d\u2019un \u00abexc\u00e8s de succ\u00e8s\u00bb par rapport aux autres pays, ce qui peut gonfler exag\u00e9r\u00e9ment le cours de sa monnaie. Il lui faut traiter le probl\u00e8me de \u2028mani\u00e8re pragmatique et en gardant le sens des r\u00e9alit\u00e9s, sans d\u00e9vier \u00e0 long terme de \u2028ses propres principes. Fondamentalement, \u2028la force d\u2019une monnaie est une chose positive. On n\u2019a encore jamais mesur\u00e9 le succ\u00e8s d\u2019une monnaie \u00e0 sa faiblesse. Aucune n\u2019a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e parce qu\u2019elle \u00e9tait solide et stable, bien au contraire, ou alors cela s\u2019est fait pour des raisons purement politiques, comme dans le cas du mark allemand. Ce dernier passait \u00e0 juste titre pour l\u2019une des monnaies les plus performantes de son temps, justement parce qu\u2019il \u00e9tait fort.&#13;<\/p>\n<h2>Un cours plancher pour stabiliser &shy;l\u2019\u00e9conomie nationale<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, la crise de l\u2019euro et la faiblesse du dollar ont par moments affol\u00e9 le march\u00e9 des devises. L\u2019appr\u00e9ciation vertigineuse du franc, survenue \u00e0 une vitesse qui n\u2019avait gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, a oblig\u00e9 la BNS \u00e0 fixer le 6 septembre 2011 un cours plancher \u00e0 1,20 franc pour un euro (apr\u00e8s que la parit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 pratiquement atteinte entre les deux monnaies). Si la BNS n\u2019\u00e9tait pas intervenue, le choc de la revalo&shy;risation l\u2019aurait amen\u00e9e \u00e0 r\u00e9orienter fortement sa politique mon\u00e9taire et aurait menac\u00e9 l\u2019avenir de notre industrie d\u2019exportation. La banque centrale se devait de garantir une certaine s\u00e9curit\u00e9. C\u2019est en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019application syst\u00e9matique du cours plancher que les entreprises suisses ont pu conserver une s\u00e9curit\u00e9 minimale en mati\u00e8re de planification et que l\u2019\u00e9conomie s\u2019est stabilis\u00e9e. La politique interventionniste jouit pour cette raison d\u2019un large soutien, ce qui est vital pour sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et son efficacit\u00e9.Il existe principalement deux risques li\u00e9s au cours plancher. Ils doivent \u00eatre mis en &shy;parall\u00e8le avec ceux qu\u2019aurait pr\u00e9sent\u00e9s une non-intervention:&#13;<\/p>\n<ol>&#13;<\/p>\n<li>La BNS pourrait enregistrer des pertes sur\u00a0ses r\u00e9serves de devises si l\u2019euro continuait de s\u2019affaiblir par rapport au franc. Elles seraient, toutefois, compens\u00e9es \u00e0 long terme par les importants rendements des placements en devises.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Le danger existe que, le jour o\u00f9 la situation se normalisera, la Banque nationale suisse ne puisse pas r\u00e9sorber \u00e0 temps les \u00e9normes liquidit\u00e9s qu\u2019elle a accumul\u00e9es et\u00a0devra peut-\u00eatre encore accumuler en &shy;vertu de sa politique de crise. L\u2019inflation en serait la cons\u00e9quence. Cette question devrait fortement solliciter la BNS \u00e0 l\u2019avenir. Naturellement, les autres banques centrales du monde affrontent le m\u00eame risque.<\/li>\n<p>&#13;\n<\/ol>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019actuelle politique interventionniste ne doit \u00eatre pas \u00eatre per\u00e7ue comme la fin de l\u2019autonomie en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire. Il s\u2019agit plut\u00f4t de la mani\u00e8re dont cette ind\u00e9pendance s\u2019exprime dans les fortes turbulences qui caract\u00e9risent aujourd\u2019hui l\u2019environnement mon\u00e9taire international. Nous pouvons d\u2019ailleurs annuler ou ajuster le cours plancher \u00e0 tout moment si cela s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire. Aucun engagement internatio-\u2028nal ni aucune restriction interne ne nous emp\u00eache de le faire.&#13;<\/p>\n<h2>La valeur de la souverainet\u00e9 mon\u00e9taire<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSerait-il judicieux et r\u00e9aliste pour la Suisse d\u2019adh\u00e9rer formellement \u00e0 un grand espace mon\u00e9taire? Au fil de son histoire, elle a ac-cumul\u00e9 une vaste exp\u00e9rience des cours de change aussi bien fixes que flottants. Tant qu\u2019il fonctionne correctement, un r\u00e9gime\u2028de changes fixes comporte de remarqua-\u2028bles avantages. C\u2019\u00e9tait le cas \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00e9talon-or ainsi qu\u2019au d\u00e9but du syst\u00e8me de Bretton Woods. Pour \u00eatre fonctionnel et viable, un tel r\u00e9gime suppose, toutefois, que tous les\u00a0acteurs s\u2019engagent \u00e0 mener une politique\u00a0mon\u00e9taire stable et consensuelle, \u00e0 plus forte\u00a0raison dans une union mon\u00e9taire. Si ces conditions \u00e9taient v\u00e9ritablement r\u00e9unies, l\u2019adh\u00e9sion pourrait constituer une option pour la Suisse, mais cela ne semble absolument pas le cas actuellement et il faudrait probablement plusieurs d\u00e9cennies pour cr\u00e9er la confiance n\u00e9cessaire.Un r\u00e9gime de changes fixes sous-entend d\u2019abord un accord dans le domaine mon\u00e9taire, mais aussi sur certains param\u00e8tres de la politique \u00e9conomique (notamment en mati\u00e8re de stabilit\u00e9 budg\u00e9taire); il n\u00e9cessite ensuite des march\u00e9s des biens et des facteurs de\u00a0production flexibles. Une volont\u00e9 insuf&shy;fisante en ces domaines entra\u00eene des d\u00e9s\u00e9quilibres \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, insoutenables \u00e0 long terme. Elle conduit \u00e9galement \u00e0 des tentatives de stabiliser le syst\u00e8me au moyen de mesures administratives (entraves au commerce, restrictions \u00e0 la circulation des capitaux, mise en place de m\u00e9canismes de transfert au niveau international). Autant de facteurs qui le fragilisent n\u00e9cessairement.Un r\u00e9gime de changes fixes peut donc g\u00e9n\u00e9rer de fortes tensions et turbulences. L\u00e0 aussi, la Suisse en a fait la douloureuse exp\u00e9rience \u00e0 plusieurs reprises: \u00e0 certaines p\u00e9riodes de l\u2019Union mon\u00e9taire latine au XIXe si\u00e8cle, de mani\u00e8re plus marqu\u00e9e lors de la Grande D\u00e9pression des ann\u00e9es trente, et plus tard, durant la derni\u00e8re phase du syst\u00e8me de Bretton Woods. La Suisse a appris que les changes flottants constituaient un moindre mal dans ces conditions; un tel r\u00e9gime &shy;pouvait m\u00eame \u00eatre une solution des plus int\u00e9ressantes. S\u2019il est impossible d\u2019atteindre un consensus international large et fiable en mati\u00e8re de stabilit\u00e9, il est pr\u00e9f\u00e9rable, dans le doute, de s\u2019accommoder des turbulences qui peuvent appara\u00eetre p\u00e9riodiquement dans un r\u00e9gime de changes flottants. Cela \u00e9vite d\u2019affronter les dangers d\u2019un syst\u00e8me qui ne serait coordonn\u00e9 qu\u2019en apparence et donc non cr\u00e9dible.Il est souhaitable de pr\u00e9server la souverainet\u00e9 mon\u00e9taire dans ce contexte. C\u2019est un bien pr\u00e9cieux, une option qu\u2019il ne faudrait jamais abandonner \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. La souverainet\u00e9 permet en principe \u2013 m\u00eame en cas &shy;d\u2019engagements pris sur la base de changes fixes \u2013 de revenir \u00e0 tout moment \u00e0 une politique mon\u00e9taire ind\u00e9pendante. Les turbulences que traverse actuellement la zone euro illustrent pleinement les dangers et les risques pouvant r\u00e9sulter de l\u2019abandon pr\u00e9matur\u00e9 de la souverainet\u00e9 mon\u00e9taire au profit d\u2019une instance sup\u00e9rieure communautaire, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019accord pr\u00e9alable cr\u00e9dible sur des valeurs \u00e9conomiques et politiques communes. Ce constat devient \u00e9vident si l\u2019on compare la situation actuelle \u00e0 l\u2019Union mon\u00e9taire latine du XIXe si\u00e8cle. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, il n\u2019y a pas eu de transfert de souverainet\u00e9 au profit de l\u2019union. La d\u00e9finition et la base l\u00e9gale des monnaies des pays participants restaient du\u00a0ressort national. Il s\u2019agissait uniquement d\u2019une convention internationale visant l\u2019adoption commune d\u2019un \u00e9talon m\u00e9tallique d\u00e9termin\u00e9. Les \u00c9tats membres pouvaient en tout temps abandonner l\u2019union, puis la r\u00e9int\u00e9grer au cours d\u2019un autre \u00e9pisode de leur politique mon\u00e9taire, et cela relativement facilement. C\u2019est tout le contraire de ce qui se passe dans l\u2019union mon\u00e9taire actuelle de l\u2019Europe.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<ul>&#13;<\/p>\n<li>Baltensperger Ernst, \u00abGeldpolitik: Autonomie als Stabilit\u00e4tsanker\u00bb, dans Gentinetta K. et Kohler G. (\u00e9d.), Souver\u00e4nit\u00e4t im H\u00e4rtetest, NZZ Libro, Zurich, 2010.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li>Baltensperger Ernst, Der Schweizer Franken \u2013 Eine Erfolgsgeschichte. Die W\u00e4hrung der Schweiz im 19. und 20. Jahrhundert, NZZ Libro, Zurich, 2012.<\/li>\n<p>&#13;<\/p>\n<li class=\"c1\"><\/li>\n<p>&#13;\n<\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Que signifie la crise actuelle de l\u2019euro pour la monnaie suisse? 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