{"id":149573,"date":"2013-01-01T12:00:00","date_gmt":"2013-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2013\/01\/botteron-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:43:27","modified_gmt":"2023-08-23T22:43:27","slug":"botteron-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2013\/01\/botteron-2\/","title":{"rendered":"La politique mon\u00e9taire suisse dans la tourmente \u2028de la crise financi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>Avant la crise financi\u00e8re, la politique mon\u00e9taire de la Banque nationale suisse (BNS) s\u2019appuyait sur le \u00abmod\u00e8le IS-LM\u00bb, issu de la th\u00e9orie \u00e9conomique. L\u2019\u00e9clatement de la crise a n\u00e9cessit\u00e9 de faire appel \u00e0 de nouveaux concepts. La BNS a accru sa marge de manu-vre en recourant \u00e0 des mesures non conventionnelles. La plus importante d\u2019entre elles consiste \u00e0 influer sur le taux de change. Ce type d\u2019intervention s\u2019appuie sur la th\u00e9orie selon laquelle la politique mon\u00e9taire peut influencer la production \u00e9conomique globale par le biais des taux d\u2019int\u00e9-r\u00eat certes, mais aussi du taux de change. Pour faire simple, la BNS a \u00e9toff\u00e9 le mod\u00e8le IS-LM d\u2019une composante \u00ab\u00e9conomie ext\u00e9-rieure\u00bb. Cet\u00a0ajustement de la politique mon\u00e9taire s\u2019av\u00e8re efficace, mais il a aussi des effets secondaires.&#13;<\/p>\n<h2>La crise n\u00e9cessite des mesures non \u2028conventionnelles<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa crise financi\u00e8re a mis la BNS face \u00e0 des d\u00e9fis de taille. Pour assurer la stabilit\u00e9 des prix, celle-ci a d\u00fb prendre de fa\u00e7on r\u00e9p\u00e9t\u00e9e des libert\u00e9s par rapport \u00e0 la ligne qui guide sa politique mon\u00e9taire depuis 2000 (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Principe r\u00e9gissant la politique \u2028mon\u00e9taire avant la crise<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa BNS pilotait jusqu\u2019alors le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de r\u00e9f\u00e9rence, afin de rench\u00e9rir ou d\u2019abaisser le co\u00fbt des cr\u00e9dits garantis sur une semaine aux banques (op\u00e9rations repo \u00e0 une semaine). Le taux de r\u00e9f\u00e9rence utilis\u00e9 par la BNS est le Libor \u00e0 trois mois, soit le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat auquel les banques s\u2019accordent des cr\u00e9dits en francs non garantis \u00e0 trois mois.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n) et recourir \u00e0 des mesures dites non conventionnelles.Suite \u00e0 l\u2019effondrement de la banque d\u2019investissement Lehman Brothers fin 2008, les perturbations sur le march\u00e9 interbancaire \u00e9taient telles que la BNS a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00e9tendre le volume, la fr\u00e9quence et la dur\u00e9e des op\u00e9rations repo (cr\u00e9dit accord\u00e9 avec une garantie) et de proposer des swaps de devises (contrats \u00e0 terme avec deux devises) en dollars US et en euros. Ces mesures se sont rapidement r\u00e9v\u00e9l\u00e9es insuffisantes. D\u00e9but 2009, la r\u00e9cession avait pris une telle ampleur que la BNS s\u2019est vue contrainte d\u2019intervenir directement sur le march\u00e9 des devises et d\u2019acqu\u00e9rir des emprunts d\u00e9tenus par des d\u00e9biteurs priv\u00e9s. Ces op\u00e9rations ont, tout d\u2019abord, eu l\u2019effet esp\u00e9r\u00e9, mais elles ont rapidement atteint leur limite, de sorte que \u2028la Banque nationale y a mis un terme en \u2028juin 2010.Les interventions massives de d\u00e9but 2010 ont conduit \u00e0 un renversement de la politique mon\u00e9taire vers la fin de la m\u00eame ann\u00e9e. La BNS avait vendu une telle quantit\u00e9 de francs en intervenant sur le march\u00e9 des devises que les banques n\u2019avaient plus besoin de s\u2019adresser \u00e0 elle pour se procurer des liquidit\u00e9s. Il y en avait m\u00eame trop en circulation pour la BNS. Cette derni\u00e8re est donc entr\u00e9e sur le march\u00e9 comme emprunteuse, contractant aupr\u00e8s des banques des cr\u00e9dits \u00e0 int\u00e9r\u00eat limit\u00e9s dans le temps, soit assortis de garanties (reverse-repo), soit sans garanties (bons de la BNS). D\u00e9but 2011, elle avait globalement r\u00e9sorb\u00e9 les deux tiers de la masse mon\u00e9taire engendr\u00e9e par ses interventions ant\u00e9rieures sur le march\u00e9 des devises. \u00abR\u00e9sorb\u00e9\u00bb, car les banques ne disposaient plus librement de l\u2019argent en question, l\u2019ayant plac\u00e9 aupr\u00e8s de la BNS pour une dur\u00e9e d\u00e9termin\u00e9e.Vers le milieu de 2011, le \u00abchoc de l\u2019\u00e9t\u00e9\u00bb \u2028\u2013 combinant un ralentissement conjoncturel et une appr\u00e9ciation du franc suisse jusqu\u2019\u00e0 la parit\u00e9 face \u00e0 l\u2019euro \u2013 a fait prendre \u00e0 la BNS un nouveau virage \u00e0 180 degr\u00e9s. Celle-ci a alors sold\u00e9 ses positions destin\u00e9es \u00e0 r\u00e9sorber les liquidit\u00e9s et en a de nouveau inond\u00e9 le march\u00e9. En ao\u00fbt 2011, la BNS s\u2019est de fait fix\u00e9 un objectif provisoire de masse mon\u00e9taire, comme elle l\u2019avait fait dans les ann\u00e9es nonante. En injectant des liquidit\u00e9s suppl\u00e9mentaires par de nouveaux swaps de devises, elle a m\u00eame r\u00e9ussi l\u2019exploit de rendre les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominaux n\u00e9gatifs. Les incitations sur le march\u00e9 mon\u00e9taire n\u2019ont cependant pas suffi \u00e0 stabiliser le franc face \u00e0 l\u2019euro. Seule la menace d\u2019interventions directes en cas de taux de change inf\u00e9rieur \u00e0 1,20 franc a pu stabiliser le march\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Th\u00e9orie et pratique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAvant la crise financi\u00e8re, la r\u00e9alit\u00e9 de la politique mon\u00e9taire correspondait \u00e0 l\u2019univers th\u00e9orique de l\u2019IS-LM, un mod\u00e8le simple. La BNS r\u00e9pondait \u00e0 une diminution de la production \u00e9conomique globale par un accroissement de la masse mon\u00e9taire; dans les phases de ralentissement, elle abaissait les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Le mod\u00e8le IS-LM, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente par le prix Nobel John Hicks et Alvin Hansen, repose \u2028en grande partie sur les th\u00e9ories de John Maynard Keynes. Il a \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises, mais le m\u00e9canisme de base est rest\u00e9 le m\u00eame (voir <i>graphique 1<\/i>). La courbe IS repr\u00e9sente l\u2019ensemble des points o\u00f9 l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle est \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre \u2028et o\u00f9 les investissements peuvent \u00eatre financ\u00e9s par l\u2019\u00e9pargne. La courbe LM correspond \u00e0 tous les points o\u00f9 l\u2019offre et la demande de monnaie sont en ad\u00e9quation \u2013 et o\u00f9 par cons\u00e9quent le syst\u00e8me financier est \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre. Le point d\u2019intersection des deux courbes \u2028repr\u00e9sente l\u2019\u00e9quilibre \u00e9conomique global. \u2028Selon le mod\u00e8le IS-LM, une banque centrale peut d\u00e9placer la courbe LM en modifiant l\u2019offre de monnaie et d\u00e9terminer ainsi la \u2028production \u00e9conomique globale. Lorsque \u2028la banque centrale accro\u00eet l\u2019offre de monnaie \u00e0 demande constante, la courbe LM se d\u00e9place vers la droite, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat dimi-nuent et la production \u00e9conomique globale augmente.L\u2019\u00e9conomiste John B. Taylor a d\u00e9velopp\u00e9 en 1993 sur la base du mod\u00e8le IS-LM une r\u00e8gle qui permet de d\u00e9terminer si le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat fix\u00e9 par une banque centrale est &shy;adapt\u00e9 \u00e0 la situation \u00e9conomique&#13;<br \/>\nVoir John B. Taylor, \u00abDiscretion versus policy rules in practice\u00bb, Carnegie-Rochester Conference Series on Public Policy, 39, 1993, pp. 195-214.. En l\u2019appliquant \u00e0 la Suisse&#13;<br \/>\nUn objectif inflationniste de 2% et un taux de ch\u00f4mage neutre par rapport \u00e0 l\u2019inflation de 2,5% sont suppos\u00e9s pour la Suisse. La \u00abDynamic Factor Inflation\u00bb de la BNS sert \u00e0 mesurer le rench\u00e9rissement. Inflation et march\u00e9 du travail entrent pond\u00e9r\u00e9s de mani\u00e8re \u00e9gale dans le calcul., on constate que le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat calcul\u00e9 selon la r\u00e8gle de Taylor et le Libor \u00e0 trois mois ont suivi des \u00e9volutions parall\u00e8les jusqu\u2019en 2009. Cela montre que la politique mon\u00e9taire de la BNS repo-sait dans les faits sur les facteurs qui sous-\u2028tendent \u00e9galement la r\u00e8gle de Taylor (voir <i>graphique 2<\/i>). La persistance de la crise financi\u00e8re a sonn\u00e9 le glas des principes th\u00e9oriques simples. En 2009, le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat a atteint la limite du z\u00e9ro, ce qui a fait perdre toute influence \u00e0 la politique mon\u00e9taire. En effet, lorsqu\u2019on arrive \u00e0 un tel niveau, la courbe LM prend la forme d\u2019une ligne horizontale, et comme celle-ci ne peut pas \u00eatre d\u00e9cal\u00e9e vers la droite, la banque centrale ne peut pas modifier le point d\u2019intersection des courbes IS et LM.La premi\u00e8re phase des mesures non conventionnelles a \u00e9t\u00e9 rendue possible par le fait qu\u2019il existe non pas un, mais plusieurs taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Lorsqu\u2019il n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 possible de r\u00e9duire celui des cr\u00e9dits \u00e0 court terme, la plupart des mesures ont vis\u00e9 les int\u00e9r\u00eats \u00e0 plus long terme. La plus importante d\u00e9cision de la BNS a n\u00e9anmoins consist\u00e9 \u00e0 intervenir sur le taux de change, lequel est un facteur important de la politique mon\u00e9taire pour une \u00e9conomie petite et ouverte comme la \u2028Suisse. L\u2019indice des conditions mon\u00e9taires (\u00abMonetary Conditions Index\u00bb, MCI)&#13;<br \/>\nLe MCI a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9 dans les ann\u00e9es nonante par la banque centrale canadienne. Il inclut le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9el et le cours de change pond\u00e9r\u00e9 en fonction des \u00e9changes commerciaux (dans les deux cas sous forme d\u2019\u00e9carts par rapport \u00e0 une valeur moyenne \u00e0 long terme). La pond\u00e9ration des deux composantes se fait sur le mod\u00e8le OCDE de 3 \u00e0 1. \u00e9value les conditions g\u00e9n\u00e9rales de la politique mon\u00e9taire de fa\u00e7on similaire \u00e0 la r\u00e8gle de Taylor. Cette derni\u00e8re ne prend toutefois en compte que de fa\u00e7on indirecte les \u00e9v\u00e9nements \u00e9conomiques \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, tandis que le MCI inclut explicitement la valeur ext\u00e9-\u2028rieure de la monnaie. Ce proc\u00e9d\u00e9 repose sur la th\u00e9orie selon laquelle la politique mon\u00e9taire peut influencer la production \u00e9conomique globale non seulement par le biais des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais \u00e9galement par celui du taux de change. En bref, une composante \u00ab\u00e9conomie ext\u00e9rieure\u00bb a \u00e9t\u00e9 adjointe au mod\u00e8le IS-LM. Le MCI est con\u00e7u de sorte qu\u2019une valeur sup\u00e9rieure \u00e0 z\u00e9ro refl\u00e8te une politique mon\u00e9taire restrictive, alors qu\u2019elle est expansive dans le cas inverse. Le <i>graphique 3<\/i> montre combien l\u2019appr\u00e9ciation du franc \u2013 qui a fr\u00f4l\u00e9 la parit\u00e9 avec l\u2019euro durant l\u2019\u00e9t\u00e9 2011 \u2013 a resserr\u00e9 la politique mon\u00e9taire suisse. Le coup de frein qui en a r\u00e9sult\u00e9 a plus que neutralis\u00e9 les stimulations produites par les faibles taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. La politique mon\u00e9taire n\u2019est redevenue expansive qu\u2019une fois le taux de change stabilis\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>La BNS assume des risques \u00e9lev\u00e9s<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes mesures non conventionnelles ne sont pas sans risque et peuvent se solder par des co\u00fbts importants. Depuis 2007, le bilan total de la BNS a presque quintupl\u00e9 pour atteindre quelque 500 milliards de francs. La majeure partie de cette somme et de son accroissement consistent en placements en devises, qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 420 milliards, alors qu\u2019avant la crise, elles se montaient \u00e0 environ 50 mil-\u2028liards de francs. Les r\u00e9serves de la BNS en monnaies \u00e9trang\u00e8res sont actuellement parmi les plus importantes du monde \u2013 toute proportion gard\u00e9e \u2013, ses placement \u00e9tant \u00e0 90% effectu\u00e9s sur ce march\u00e9. En moyenne internationale, les r\u00e9serves de devises repr\u00e9sentent environ 16% du produit int\u00e9rieur brut, alors qu\u2019en Suisse, cette proportion at-teint pratiquement 70%. Ce chiffre n\u2019est d\u00e9pass\u00e9 que dans quelques pays exportateurs de p\u00e9trole (Arabie saoudite, Libye etc. avec une part de 100%) et certains pays asiatiques (Singapour, Tha\u00eflande). M\u00eame la Chine se situe en dessous (45%). Le risque de change \u00e0 court terme \u2013 et donc la d\u00e9pendance du bilan de la BNS vis-\u00e0-vis de la situation internationale \u2013 sont donc d\u2019une ampleur \u00e9gale aux r\u00e9serves accumul\u00e9es.Cette situation d\u00e9licate pour le bilan de la BNS ne menace, cependant, pas dans l\u2019imm\u00e9diat la stabilit\u00e9 des prix en Suisse. Le risque ne se concr\u00e9tiserait qu\u2019en cas de pertes massives r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. Une banque centrale n\u2019a certes pas pour vocation de r\u00e9aliser des b\u00e9n\u00e9fices et peut fonctionner sans capital propre; ce serait pourtant un handicap \u00e0 long terme. Le pr\u00e9sident de la BNS, Thomas Jordan, a admis r\u00e9cemment qu\u2019une banque centrale perdrait le contr\u00f4le de la politique mon\u00e9taire si elle devait imprimer de l\u2019argent pour couvrir ses d\u00e9penses courantes&#13;<br \/>\nExpos\u00e9 de Thomas Jordan le 28 septembre 2011 devant la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9conomie politique et de statistique de B\u00e2le: La Banque nationale suisse a-t-elle besoin de fonds propres?. Elle ne pourrait d\u00e8s lors plus assurer la stabilit\u00e9 des prix. Les retomb\u00e9es du cours plancher et les d\u00e9g\u00e2ts que pourrait entra\u00eener le gonflement massif de la masse mon\u00e9taire suite aux mesures non conventionnelles sont en revanche de possi-bles facteurs de risque pour la stabilit\u00e9 des prix. Finalement, l\u2019affirmation du mon\u00e9tariste Milton Friedman reste valide: l\u2019inflation est un ph\u00e9nom\u00e8ne mon\u00e9taire. Selon la th\u00e9orie, les prix augmentent quand la masse mon\u00e9taire \u00e9coul\u00e9e est plus importante que l\u2019offre r\u00e9elle. La liquidit\u00e9 est n\u00e9anmoins largement th\u00e9sauris\u00e9e actuellement, en raison du manque de confiance sur le march\u00e9 in-terbancaire et de co\u00fbts d\u2019opportunit\u00e9 tr\u00e8s bas. La \u00abvitesse de circulation\u00bb de l\u2019argent \u2028et donc la pression inflationniste sont par cons\u00e9quent faibles.&#13;<\/p>\n<h2>Les effets secondaires du cours plancher<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLorsque la BNS a instaur\u00e9 son cours plancher face \u00e0 l\u2019euro, elle a renonc\u00e9 de fait \u00e0 contr\u00f4ler les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat en Suisse. Une des rares lois irr\u00e9vocables de la politique mo-\u2028n\u00e9taire veut en effet que la trinit\u00e9 soit im-possible. On entend par l\u00e0 le \u00abtrilemme\u00bb \u2028selon lequel seuls deux des trois objectifs \u2028suivants peuvent \u00eatre atteints simutan\u00e9ment: stabilit\u00e9 du cours de change, contr\u00f4le autonome des taux d\u2019int\u00e9r\u00eats et libre circulation des capitaux. Les raisons de cette impossibilit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es dans les ann\u00e9es soixante par Robert Mundell et Marcus Fleming. \u2028Aussi longtemps que le franc subira une pression \u00e0 la hausse \u2013 hypoth\u00e8se r\u00e9aliste, puisqu\u2019aucune issue ne s\u2019annonce \u00e0 la crise de l\u2019euro \u2013, le cours plancher constituera \u2028un arrimage de fait du franc suisse \u00e0 l\u2019euro. \u2028Si l\u2019on applique la th\u00e9orie de Mundell-\u2028Fleming \u00e0 cette situation et si l\u2019on assume par ailleurs la libre circulation des capitaux, on en d\u00e9duit que la BNS a d\u00fb renoncer \u00e0 contr\u00f4ler les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat en Suisse&#13;<br \/>\nElle conserve cependant son autonomie en mati\u00e8re de politique mon\u00e9taire dans la mesure o\u00f9 elle peut suspendre \u00e0 tout moment le cours plancher.. Ces derniers sont d\u00e9termin\u00e9s dans les faits par ceux de l\u2019\u00e9tranger.Cette perte de contr\u00f4le n\u2019est pas sans \u2028danger, car des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat trop faibles peuvent entra\u00eener des surinvestissements. L\u2019effet des taux bas est particuli\u00e8rement marqu\u00e9 dans le domaine de l\u2019immobilier, une proportion relativement importante du financement \u00e9tant assur\u00e9e par des capitaux \u00e9trangers. Les prix de l\u2019immobilier connaissent actuellement une hausse tr\u00e8s rapide, avec des taux de rench\u00e9rissement de plus de 2%. Toutefois, comme ces derniers ne sont pas pris en compte dans le dispositif destin\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer la stabilit\u00e9 des prix, la BNS remplit tout de m\u00eame sur le papier sa mission \u2013 la premi\u00e8re par ordre d\u2019importance \u2013 en ce \u2028domaine. La mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart des prix de l\u2019immobilier fait l\u2019objet de controverses parmi les th\u00e9oriciens \u00e9conomiques. Celles-ci sont, toutefois, st\u00e9rile, dans la mesure o\u00f9 la BNS ne peut de toute fa\u00e7on pas courir le risque d\u2019une bulle immobili\u00e8re en raison de sa mission premi\u00e8re. La stabilit\u00e9 des prix \u2028serait menac\u00e9e au plus tard par la r\u00e9cession qui suivrait son \u00e9clatement.&#13;<\/p>\n<h2>La cr\u00e9dibilit\u00e9 est essentielle<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl est essentiel que la BNS, quelles que \u2028soient les mesures prises, pr\u00e9serve sa cr\u00e9dibilit\u00e9 quant \u00e0 sa politique de stabilit\u00e9 des prix, ce qui est assur\u00e9ment le cas aujourd\u2019hui (voir <i>graphique 4<\/i>). Le degr\u00e9 de cr\u00e9dibilit\u00e9 peut \u00eatre mesur\u00e9 au moyen d\u2019un indicateur que nous avons appliqu\u00e9 \u00e0 la Suisse en nous r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Laxton\/N\u2019Diaye (2002)&#13;<br \/>\nVoir Laxton D. et N\u2019Diaye N., \u00abMonetary Policy Credibility and the Unemployment-Inflation Trade-Off: Some Evidence from 17 Industrial Countries\u00bb, IMF-Working Paper, n\u00b0 02\/220, 2002.. Celui-ci emploie une \u00e9chelle allant de 0 (cr\u00e9dibilit\u00e9 faible) \u00e0 1 (cr\u00e9dibilit\u00e9 forte). La cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019une banque centrale n\u2019est pas une loi naturelle; elle d\u00e9pend de facteurs aussi bien structurels qu\u2019endog\u00e8nes. Le principal facteur structurel est l\u2019ind\u00e9pendance. D\u2019innombrables \u00e9tudes empiriques montrent que les banques centrales qui en b\u00e9n\u00e9ficient arrivent \u00e0 des taux d\u2019inflation faibles, sans nuire \u00e0 la croissance \u00e9conomique&#13;<br \/>\nVoir Klomp J. et de Haan J., \u00abInflation and Central Bank Independence: A Meta-Regression Analysis\u00bb, Journal of Economic Surveys, n\u00b0 24\/4, 2010, pp. 593\u2013621. Les auteurs ont \u00e9tabli un rapport significatif entre l\u2019ind\u00e9pendance d\u2019une banque centrale et l\u2019inflation, en s\u2019appuyant sur une m\u00e9ta-analyse de 59 \u00e9tudes.. Le principal facteur endog\u00e8ne est la r\u00e9ussite. Les banques centrales sont, avant tout, jug\u00e9es sur la stabilit\u00e9 des prix obtenue ant\u00e9rieurement. On peut s\u2019attendre par ailleurs \u00e0 ce que les effets des mesures non conventionnelles prises durant la crise financi\u00e8re soient \u00e9galement pass\u00e9s \u00e0 l\u2019avenir sous la loupe.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abPr\u00e9sentation sch\u00e9matique du mod\u00e8le IS-LM\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abTaux d\u2019int\u00e9r\u00eat selon la r\u00e8gle de Taylor et taux d\u2019int\u00e9r\u00eat effectif, 2000\u20132012\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00abIndice des conditions mon\u00e9taires, 2009-2012\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 4: \u00abInflation et cr\u00e9dibilit\u00e9 de la politique mon\u00e9taire, 1974-2012\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Principe r\u00e9gissant la politique \u2028mon\u00e9taire avant la crise&#13;<\/p>\n<h3>Principe r\u00e9gissant la politique \u2028mon\u00e9taire avant la crise<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa BNS pilotait jusqu\u2019alors le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de r\u00e9f\u00e9rence, afin de rench\u00e9rir ou d\u2019abaisser le co\u00fbt des cr\u00e9dits garantis sur une semaine aux banques (op\u00e9rations repo \u00e0 une semaine). Le taux de r\u00e9f\u00e9rence utilis\u00e9 par la BNS est le Libor \u00e0 trois mois, soit le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat auquel les banques s\u2019accordent des cr\u00e9dits en francs non garantis \u00e0 trois mois.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant la crise financi\u00e8re, la politique mon\u00e9taire de la Banque nationale suisse (BNS) s\u2019appuyait sur le \u00abmod\u00e8le IS-LM\u00bb, issu de la th\u00e9orie \u00e9conomique. L\u2019\u00e9clatement de la crise a n\u00e9cessit\u00e9 de faire appel \u00e0 de nouveaux concepts. La BNS a accru sa marge de manu-vre en recourant \u00e0 des mesures non conventionnelles. 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