{"id":149859,"date":"2012-10-01T12:00:00","date_gmt":"2012-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/10\/junge-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:45:33","modified_gmt":"2023-08-23T22:45:33","slug":"junge-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/10\/junge-2\/","title":{"rendered":"Les effets du durcissement des exigences en mati\u00e8re de fonds propres sur l\u2019\u00e9conomie suisse"},"content":{"rendered":"<p>Les nouvelles prescriptions sur les fonds propres des banques, qui entreront progressivement en vigueur d\u00e8s le d\u00e9but de 2013, auront-elles des cons\u00e9quences macro\u00e9conomiques significatives? Les avis divergent largement \u00e0 ce sujet. Le pr\u00e9sent article tente de quantifier le co\u00fbt et le b\u00e9n\u00e9fice de ce durcissement des exigences en fonds propres pour l\u2019\u00e9conomie suisse&#13;<br \/>\nLes r\u00e9sultats empiriques r\u00e9capitul\u00e9s ici sont tir\u00e9s des travaux de Junge G. et Kugler P., Quantifying the impact of higher capital requirements on the Swiss Economy, WWZ <i>Discussion Paper<\/i> 2012\/13; <a href=\"http:\/\/wwz.unibas.ch\">http:\/\/wwz.unibas.ch<\/a>, \u00abForschung\u00bb, \u00abWWZ Discussion Papers\u00bb. Les points de vue pr\u00e9sent\u00e9s dans le pr\u00e9sent article sont ceux des auteurs et ne correspondent pas \u00e0 la position de la Finma.. Malgr\u00e9 toutes les incertitudes inh\u00e9rentes \u00e0 ce genre d\u2019estimation, le r\u00e9sultat est clair: le co\u00fbt tend \u00e0 \u00eatre nul, tandis que le b\u00e9n\u00e9fice est consid\u00e9rable. Le surcro\u00eet dexigences r\u00e9duit la vuln\u00e9rabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie nationale face aux crises bancaires, jugulant ainsi nettement le risque de recul du produit int\u00e9rieur brut.&#13;<\/p>\n<h2>Les nouvelles exigences de fonds propres selon B\u00e2le III et la l\u00e9gislation \u00abtoo big to fail\u00bb<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa grande le\u00e7on tir\u00e9e de la crise financi\u00e8re de 2007 est que les banques ne disposaient pas de fonds propres suffisants pour couvrir leurs pertes. Afin d\u2019\u00e9viter le pire, l\u2019\u00c9tat s\u2019est vu contraint de d\u00e9lier les cordons de sa bourse. On devrait \u00e9viter la r\u00e9p\u00e9tition de telles crises. C\u2019est pourquoi les nouvelles r\u00e8gles internationales de B\u00e2le III, de m\u00eame que la l\u00e9gislation nationale \u00abtoo big to fail\u00bb (TBTF), suivent deux approches compl\u00e9mentaires:\u2212 renforcement massif des fonds propres des banques destin\u00e9s \u00e0 couvrir leurs pertes, en combinaison avec une augmentation des pond\u00e9rations-risque de certaines cat\u00e9gories de risques, tels ceux de la contrepartie dans le domaine des d\u00e9riv\u00e9s;\u2212 mesures organisationnelles propres \u00e0 garantir le maintien des fonctions d\u2019importance syst\u00e9mique en cas de crise.La pr\u00e9sente analyse ne porte que sur la premi\u00e8re de ces approches. Elle tente d\u2019estimer le co\u00fbt et le b\u00e9n\u00e9fice que repr\u00e9sente pour l\u2019\u00e9conomie nationale l\u2019augmentation des fonds propres des banques. Conform\u00e9ment aux nouvelles r\u00e8gles, les fonds propres destin\u00e9s \u00e0 couvrir les pertes constituent le capital CET1, qui se compose pour l\u2019essentiel des actions ordinaires et des b\u00e9n\u00e9fices non distribu\u00e9s. Le \u00abgoodwill\u00bb et d\u2019autres valeurs immat\u00e9rielles en sont exclus.Selon le rapport explicatif de l\u2019Autorit\u00e9 f\u00e9d\u00e9rale de surveillance des march\u00e9s financiers (Finma) sur la nouvelle r\u00e9glementation, la plupart des petites et moyennes banques suisses remplissent d\u00e9j\u00e0 les exigences de B\u00e2le III. Seules les deux grandes, \u00e0 savoir CS et UBS, pr\u00e9sentent un besoin de rattrapage, dont l\u2019importance n\u2019est cependant pas sp\u00e9cifi\u00e9e&#13;<br \/>\nFinma, <i>Rapport explicatif \u2013 Modification de l\u2019ordonnance sur les fonds propres<\/i> (OFR) <i>et des dispositions d\u2019ex\u00e9cution,<\/i> octobre 2011, chiffres 9.4 et 9.5.. En raison des incertitudes quant \u00e0 leurs fonds propres, trois sc\u00e9narios sont envisag\u00e9s: pour se mettre en conformit\u00e9 avec les exigences r\u00e9glementaires, les grandes banques devraient augmenter leur ratio de capitaux CET1 de 50, 100 ou 150%&#13;<br \/>\nIl ressort des publications du Comit\u00e9 de B\u00e2le sur le contr\u00f4le bancaire (CBCB) qu\u2019une augmentation de 100 \u00e0 150% du ratio de fonds propres des grandes banques est r\u00e9aliste. Nous pr\u00e9sumons \u00e0 cet \u00e9gard que les deux grandes banques suisses disposent de fonds propres CET1 \u00e0 hauteur de la moyenne internationale. Voir CBCB, <i>Results of the comprehensive quantitative impact study,<\/i> 16 d\u00e9cembre 2010, <i><a href=\"http:\/\/www.bis.org\">http:\/\/www.bis.org<\/a>.<\/i>.&#13;<\/p>\n<h2>Co\u00fbt \u00e9conomique de l\u2019augmentation des fonds propres<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans les milieux bancaires \u2013 mais aussi parfois dans les m\u00e9dias et l\u2019opinion publique \u2013, on objecte que les nouvelles exigences de fonds propres vont faire augmenter les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat du cr\u00e9dit et diminuer le nombre de pr\u00eats. Ces deux effets conjugu\u00e9s seraient de nature \u00e0 freiner la croissance et \u00e0 porter durablement atteinte \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 du pays. Cette argumentation repose sur l\u2019id\u00e9e que le renforcement des fonds propres entra\u00eenera automatiquement une hausse du co\u00fbt du capital pour les banques et que celles-ci en r\u00e9percuteront l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 sur le march\u00e9. Il vaut la peine d\u2019examiner cet argument d\u2019abord dans une perspective historique. Le <i>graphique 1<\/i> montre que le taux d\u2019endettement&#13;<br \/>\nLe taux d\u2019endettement correspond au rapport entre la somme du bilan et les fonds propres. du syst\u00e8me bancaire suisse a fortement augment\u00e9 depuis 1881. Une th\u00e8se veut que des exigences accrues en fonds propres se traduisent par des marges d\u2019int\u00e9r\u00eats plus \u00e9lev\u00e9es. Ces derni\u00e8res auraient d\u00fb diminuer en moyenne depuis 1881, si c\u00e9tait vrai. Or, ce n\u2019est pas le cas. Elles ont \u00e9volu\u00e9 de fa\u00e7on largement ind\u00e9pendante du taux d\u2019endettement des banques. Au d\u00e9but des ann\u00e9es septante, elles s\u2019inscrivaient m\u00eame \u00e0 la hausse alors que la capitalisation du syst\u00e8me bancaire connaissait un fort recul.Selon une autre th\u00e8se, une capitalisation accrue du syst\u00e8me bancaire pourrait avoir des r\u00e9percussions n\u00e9gatives sur la croissance. Cet argument n\u2019est pas non plus fond\u00e9 du point de vue historique (voir <i>tableau 1<\/i>). En effet, bien que le taux d\u2019endettement moyen des banques ait fortement augment\u00e9 apr\u00e8s 1935, puis apr\u00e8s 1990, la croissance annuelle du PIB est rest\u00e9e pratiquement inchang\u00e9e, accusant m\u00eame un ralentissement depuis 1990. Des observations similaires ont \u00e9t\u00e9 faites notamment en Grande-Bretagne et aux \u00c9tats-Unis. On peut donc en conclure que le lien postul\u00e9 entre l\u2019augmentation des fonds propres, le rench\u00e9rissement du co\u00fbt du capital et le ralentissement de la croissance n\u2019est pas aussi \u00e9vident que certains l\u2019affirment&#13;<br \/>\nVoir Miles D., Yang J. et Marcheggiano G., Optimal bank capital, Bank of England, External MPC Unit, <i>Discussion Paper<\/i> n\u00b0 1, 2011; Kashyap K., Stein J. et Hanson S. (2010): <i>An analysis of the impact of \u00absubstantially heightened\u00bb capital requirements on large financial institutions,<\/i> document de travail.. La th\u00e9orie moderne du financement des entreprises d\u00e9ment \u00e9galement l\u2019affirmation selon laquelle une capitalisation accrue des banques gr\u00e8verait l\u2019\u00e9conomie nationale d\u2019un co\u00fbt suppl\u00e9mentaire. Une telle hausse r\u00e9duit plut\u00f4t les attentes des actionnaires et des cr\u00e9anciers en mati\u00e8re de rendement, \u00e9tant donn\u00e9 que leurs risques diminuent par la m\u00eame occasion. En effet, plus les fonds propres d\u2019une banque sont \u00e9lev\u00e9s, plus le risque couru par ses actionnaires et ses cr\u00e9anciers est faible. Il existe donc une relation lin\u00e9aire entre la capitalisation de la banque et le risque d\u2019actionnaire&#13;<br \/>\nModigliani et Miller ont d\u00e9montr\u00e9 cet \u00e9tat de fait en 1958.. Ce lien est v\u00e9rifiable empiriquement et constitue le fondement de l\u2019analyse \u00e9conom\u00e9trique esquiss\u00e9e ci-apr\u00e8s (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Proc\u00e9dure<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>Dans une premi\u00e8re \u00e9tape, on s\u2019est servi du mod\u00e8le d\u2019\u00e9valuation des actifs financiers (Medaf) pour estimer, sur une base trimestrielle ou semestrielle et \u00e0 l\u2019aide de donn\u00e9es journali\u00e8res, des coefficients b\u00eata variant dans le temps. On a ensuite examin\u00e9, d\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es d\u2019un groupe de banques, dans quelle mesure les variations de leur endettement ont un effet sur le coefficient b\u00eata estim\u00e9 et donc sur le rendement des fonds propres des banques en Suisse. Selon le th\u00e9or\u00e8me de Modigliani-Miller, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 du coefficient b\u00eata en relation avec le taux d\u2019endettement des banques est \u00e9gale \u00e0 1. Sur la base de cette estimation et de quelques hypoth\u00e8ses compl\u00e9mentaires, il a \u00e9t\u00e9 possible de d\u00e9terminer le co\u00fbt pond\u00e9r\u00e9 du capital en fonction du taux d\u2019endettement. L\u2019analyse \u00e9tait centr\u00e9e sur CS et UBS, mais elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9largie \u00e0 d\u2019autres banques. Enfin, on a quantifi\u00e9 les pertes de production \u00e0 long terme d\u00e9coulant de l\u2019augmentation du co\u00fbt du capital, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une fonction de production macro\u00e9conomique.<\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n).&#13;<\/p>\n<h2>R\u00e9sultats<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes r\u00e9sultats de l\u2019estimation du co\u00fbt sont pr\u00e9sent\u00e9s dans le <i>tableau 2<\/i>, avec ceux de l\u2019analyse du b\u00e9n\u00e9fice. Ils montrent que, m\u00eame en cas d\u2019augmentation massive de 50, 100 ou 150% du ratio de fonds propres des grandes banques, le co\u00fbt \u00e9conomique est n\u00e9gligeable. Ainsi, une hausse de 100% se traduirait par une diminution permanente du PIB de seulement 0,044 \u00e0 0,049%. Il s\u2019agit donc d\u2019un effet manifestement peu important. Ces r\u00e9sultats reposent sur l\u2019analyse suivante: 1. Selon nos estimations, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 de Modigliani-Miller (MM) des grandes banques est d\u2019environ 55%. Des exigences accrues de fonds propres r\u00e9duisent donc le risque de ces \u00e9tablissements, si bien que les attentes en mati\u00e8re de rendement diminuent aussi, comme le pr\u00e9dit la th\u00e9orie moderne du financement des entreprises. D\u00e8s lors, l\u2019augmentation du co\u00fbt du capital est nettement moindre que ce ne serait le cas si le th\u00e9or\u00e8me MM ne s\u2019appliquait pas&#13;<br \/>\nSelon nos estimations, le co\u00fbt du capital augmente de 5 \u00e0 14 points de base pour les grandes banques. Sans l\u2019effet MM, la hausse serait de 15 \u00e0 39 points.. 2. L\u2019augmentation du co\u00fbt du capital dans les grandes banques n\u2019a qu\u2019une faible incidence, voire aucune, sur l\u2019\u00e9conomie nationale. Ces \u00e9tablissements n\u2019occupent en effet pas une position dominante sur le march\u00e9 suisse du cr\u00e9dit et ne peuvent donc gu\u00e8re r\u00e9percuter la hausse de leurs co\u00fbts sur le reste de l\u2019\u00e9conomie.3. M\u00eame si les grandes banques parvenaient \u00e0 r\u00e9percuter enti\u00e8rement la hausse du co\u00fbt du capital sur les m\u00e9nages et les entreprises, l\u2019effet \u00e9conomique global resterait minime, cela pour deux raisons: premi\u00e8rement, comme les grandes banques ne contr\u00f4lent qu\u2019un tiers du march\u00e9 suisse du cr\u00e9dit, les m\u00e9nages n\u2019auraient \u00e0 supporter qu\u2019un tiers de l\u2019augmentation du co\u00fbt du capital; deuxi\u00e8mement, les entreprises suisses ne se financent qu\u2019\u00e0 hauteur d\u2019un tiers de leurs besoins par des cr\u00e9dits bancaires. Il s\u2019ensuit que le rench\u00e9rissement du co\u00fbt de leur propre capital ne repr\u00e9sente que 11% (0,33*0,33) de celui des grandes banques. Une hausse de 100% des exigences de fonds propres n\u2019augmente que de 0,6 \u00e0 1,5 point de base le co\u00fbt du capital pour les entreprises. D\u2019apr\u00e8s la fonction de production estim\u00e9e, cela se traduit par une diminution unique du PIB de seulement 0,044 \u00e0 0,049%.Les hausses pr\u00e9vues des fonds propres des banques n\u2019entra\u00eeneront donc, \u00e0 long terme, qu\u2019un co\u00fbt suppl\u00e9mentaire n\u00e9gligeable pour l\u2019\u00e9conomie nationale. L\u2019effet MM et le bon fonctionnement de la concurrence sur le march\u00e9 suisse du cr\u00e9dit emp\u00eacheront les g\u00e9ants bancaires de r\u00e9percuter enti\u00e8rement l\u2019augmentation du co\u00fbt de leur capital sur l\u2019\u00e9conomie. De plus, les g\u00e9n\u00e9reux d\u00e9lais de transition accord\u00e9s pour la mise en \u0153uvre de B\u00e2le III et de la loi TBTF faciliteront l\u2019adaptation des banques aux nouvelles exigences de fonds propres&#13;<br \/>\nLe Comit\u00e9 de B\u00e2le pour le contr\u00f4le bancaire estime que la transition occasionnera en moyenne des co\u00fbts uniques s\u2019\u00e9levant \u00e0 0,08% du PIB..&#13;<\/p>\n<h2>B\u00e9n\u00e9fice \u00e9conomique de l\u2019augmentation des fonds propres<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe durcissement des exigences de fonds propres a pour avantage de r\u00e9duire la probabilit\u00e9 de crises bancaires et leur r\u00e9percussion sur le PIB. Pour examiner cette hypoth\u00e8se sur le plan quantitatif, nous l\u2019avons scind\u00e9e en deux parties:\u2212 quelle est l\u2019importance des pertes de PIB en cas de grave crise bancaire avec restructuration interne du secteur ou mesures de sauvetage par l\u2019\u00c9tat?\u2212 dans quelle mesure la probabilit\u00e9 d\u2019une crise d\u00e9pend-elle du taux d\u2019endettement des banques?Ces deux analyses distinctes permettent de calculer le b\u00e9n\u00e9fice (pr\u00e9vention de pertes de PIB) que l\u2019on attend de l\u2019augmentation des fonds propres. Au cours des 140 derni\u00e8res ann\u00e9es, la Suisse a travers\u00e9 quatre graves crises bancaires. Celles de 1931 (Banque populaire et Banque d\u2019escompte suisse) et de 2008 (UBS) ont n\u00e9cessit\u00e9 une aide importante des pouvoirs publics, tandis que celles de 1911 et de 1991 ont pu \u00eatre ma\u00eetris\u00e9es sans intervention de l\u2019\u00c9tat \u2013 sauf pour les banques cantonales. Dans ce contexte, il s\u2019agit de savoir si les pertes subies par le PIB et r\u00e9sultant de tels bouleversements sont temporaires ou permanentes. Notre analyse \u00e9conom\u00e9trique de cette question met en \u00e9vidence les faits suivants: les crises bancaires entra\u00eenent un recul permanent et significatif du point de vue statistique et \u00e9conomique de la croissance du PIB r\u00e9el, lequel se chiffre \u00e0 quelque 28,5%. D\u2019autres crises graves, comme les deux guerres mondiales ou le choc p\u00e9trolier des ann\u00e9es septante, n\u2019ont r\u00e9duit le rythme de croissance du PIB que de 10,9%. On peut donc estimer qu\u2019une crise bancaire pr\u00e9sente un \u00absurco\u00fbt\u00bb de 17,6% (28,5% moins 10,9%) par rapport \u00e0 celles ayant d\u2019autres causes.Cet impressionnant recul permanent du PIB r\u00e9el s\u2019explique par le fait que les crises bancaires provoquent un ralentissement persistant de la croissance, avec de s\u00e9rieuses pertes de capital physique et humain. En outre, elles sont souvent pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d\u2019une phase de croissance euphorique, caract\u00e9ris\u00e9e par la formation d\u2019une bulle des prix et des investissements mal cibl\u00e9s. Ceux-ci doivent alors \u00eatre amortis, ce qui aggrave encore les difficult\u00e9s. Selon notre analyse, sans les quatre graves crises bancaires \u00e9voqu\u00e9es plus haut, les deux guerres mondiales et le choc p\u00e9trolier, le PIB r\u00e9el de la Suisse se serait accru de 3,9%, au lieu des 2,7% effectivement enregistr\u00e9s.Le <i>graphique 2<\/i> montre l\u2019\u00e9volution tendancielle du PIB sur une \u00e9chelle logarithmique (tendance d\u00e9terministe avec ruptures de niveau) et les \u00e9carts par rapport \u00e0 cette tendance. Les ruptures de niveau dues aux crises sont clairement visibles. Les \u00e9carts rendent compte de la conjoncture normale, sans chocs importants. Ils sont uniquement temporaires ou stationnaires&#13;<br \/>\nStationnaire signifie dans ce contexte que les \u00e9carts par rapport \u00e0 la tendance pr\u00e9sentent une moyenne \u00e0 long terme \u00e9gale \u00e0 0 et une variance limit\u00e9e.. On le constate aussi bien \u00e0 l\u2019\u0153il qu\u2019au moyen des tests statistiques correspondants.Pour \u00e9tudier l\u2019influence du taux d\u2019endettement sur la probabilit\u00e9 d\u2019une crise bancaire, nous nous sommes servis d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conom\u00e9trique int\u00e9grant les donn\u00e9es allant de 1906 \u00e0 2010. Celui-ci se concentre sur le taux d\u2019endettement, d\u00e9fini comme le quotient de la somme du bilan divis\u00e9e par le total des fonds propres. Comme variables explicatives suppl\u00e9mentaires, nous avons tenu compte de la marge d\u2019int\u00e9r\u00eats, de la croissance du PIB et de l\u2019inflation. Pour chacune d\u2019elles, nous avons en outre distingu\u00e9 entre deux composantes, l\u2019une cyclique et l\u2019autre tendancielle&#13;<br \/>\nLe taux d\u2019inflation a \u00e9t\u00e9 scind\u00e9 en une composante pr\u00e9visible et une autre impr\u00e9visible.. Le mod\u00e8le montre notamment que de fortes hausses cycliques du taux d\u2019endettement accroissent de mani\u00e8re significative la probabilit\u00e9 de crises bancaires et qu\u2019une hausse permanente accro\u00eet la probabilit\u00e9 de variations cycliques vers le haut&#13;<br \/>\nCes relations ont \u00e9t\u00e9 mod\u00e9lis\u00e9es moyennant l\u2019\u00e9valuation d\u2019un mod\u00e8le Egarch de variabilit\u00e9 cyclique, compte tenu de la composante tendancielle du taux d\u2019endettement.. Ces inter-actions indiquent que la vraisemblance d\u2019une crise bancaire augmente avec la progression du taux d\u2019endettement. Il est int\u00e9ressant en outre de relever que le taux d\u2019endettement des grandes banques est un meilleur indicateur statistique de la probabilit\u00e9 de crises bancaires que celui de toutes les banques.Des simulations permettent de calculer dans quelle mesure l\u2019augmentation du taux d\u2019endettement accro\u00eet la probabilit\u00e9 d\u2019une crise bancaire&#13;<br \/>\nLa variance de la composante cyclique selon le mod\u00e8le Egarch a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e en fonction de la composante tendancielle. On a ensuite calcul\u00e9 la probabilit\u00e9 moyenne selon le mod\u00e8le probit de crise bancaire, \u00e0 l\u2019aide de 50&nbsp;000 r\u00e9plications Monte-Carlo de la composante cyclique. Toutes les autres variables explicatives ont \u00e9t\u00e9 fix\u00e9es \u00e0 leur valeur \u00e0 long terme.. Cette relation est pr\u00e9sent\u00e9e dans le <i>graphique 3<\/i>. Il appara\u00eet que l\u2019endettement atteint juste avant l\u2019\u00e9clatement de la derni\u00e8re crise, en 2007, avait fortement accru la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me. Avec un tel taux, la probabilit\u00e9 de survenance annuelle d\u2019une crise bancaire est en effet de 4 \u00e0 5%. En d\u2019autres termes, dans des conditions de faible couverture par des fonds propres, telles qu\u2019on les connaissait avant 2007, une crise bancaire devrait \u00e9clater \u2013 statistiquement parlant \u2013 tous les 20 \u00e0 25 ans. En diminuant le taux d\u2019endettement de moiti\u00e9, ce qui correspond \u00e0 la hausse de 100% des fonds propres pr\u00e9vue dans le sc\u00e9nario interm\u00e9diaire, on peut ramener cette valeur nettement au-dessous de 1% (une crise par si\u00e8cle). Dans le premier cas de figure, le recul annuel attendu du PIB (probabilit\u00e9 x 17,6%) est de 0,8%. Dans le second, il est inf\u00e9rieur \u00e0 0,1%.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes r\u00e9sultats de notre analyse montrent que le co\u00fbt \u00e9conomique d\u2019une augmentation substantielle de la dotation en fonds propres des banques suisses est pratiquement nul. Le b\u00e9n\u00e9fice est en revanche consid\u00e9rable, puisque cette mesure permet d\u2019\u00e9viter des pertes de PIB de l\u2019ordre de 0,5 \u00e0 0,7%. Les craintes selon lesquelles la hausse est trop importante pour les deux grandes banques sont donc infond\u00e9es. Un surcro\u00eet de fonds propres renforce la r\u00e9sistance des banques aux pertes et r\u00e9duit la vuln\u00e9rabilit\u00e9 du syst\u00e8me financier face aux crises.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abTaux d\u2019endettement et marges d\u2019int\u00e9r\u00eats, 1880\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abEffets des crises graves sur le PIB r\u00e9el de la Suisse, 1881\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00abProbabilit\u00e9 de survenance de crises bancaires en fonction du taux d\u2019endettement, 1906\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abTaux d\u2019endettement moyen et croissance \u00e9conomique durant certaines p\u00e9riodes\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abCo\u00fbt et b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019augmentation des fonds propres\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Proc\u00e9dure&#13;<\/p>\n<h3>Proc\u00e9dure<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nDans une premi\u00e8re \u00e9tape, on s\u2019est servi du <i>mod\u00e8le d\u2019\u00e9valuation des actifs financiers (Medaf)<\/i> pour estimer, sur une base trimestrielle ou semestrielle et \u00e0 l\u2019aide de donn\u00e9es journali\u00e8res, des coefficients b\u00eata variant dans le temps. On a ensuite examin\u00e9, d\u2019apr\u00e8s les donn\u00e9es d\u2019un groupe de banques, dans quelle mesure les variations de leur endettement ont un effet sur le coefficient b\u00eata estim\u00e9 et donc sur le rendement des fonds propres des banques en Suisse. Selon le th\u00e9or\u00e8me de Modigliani-Miller, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 du coefficient b\u00eata en relation avec le taux d\u2019endettement des banques est \u00e9gale \u00e0 1. Sur la base de cette estimation et de quelques hypoth\u00e8ses compl\u00e9mentaires, il a \u00e9t\u00e9 possible de d\u00e9terminer le co\u00fbt pond\u00e9r\u00e9 du capital en fonction du taux d\u2019endettement. L\u2019analyse \u00e9tait centr\u00e9e sur CS et UBS, mais elle a \u00e9galement \u00e9t\u00e9 \u00e9largie \u00e0 d\u2019autres banques. Enfin, on a quantifi\u00e9 les pertes de production \u00e0 long terme d\u00e9coulant de l\u2019augmentation du co\u00fbt du capital, \u00e0 l\u2019aide d\u2019une fonction de production macro\u00e9conomique.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les nouvelles prescriptions sur les fonds propres des banques, qui entreront progressivement en vigueur d\u00e8s le d\u00e9but de 2013, auront-elles des cons\u00e9quences macro\u00e9conomiques significatives? Les avis divergent largement \u00e0 ce sujet. 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