{"id":149874,"date":"2012-10-01T12:00:00","date_gmt":"2012-10-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/10\/mueller-6\/"},"modified":"2023-08-24T00:45:36","modified_gmt":"2023-08-23T22:45:36","slug":"mueller-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/10\/mueller-6\/","title":{"rendered":"Les march\u00e9s financiers dans la spirale r\u00e9gulatrice"},"content":{"rendered":"<p>Pour un large public, l\u2019affaire est entendue: apr\u00e8s la crise financi\u00e8re, les banques doivent \u00eatre soumises \u00e0 des r\u00e8gles plus rigoureuses. Le titre du pr\u00e9sent article peut donc surprendre. En fait, dans les ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la crise, la d\u00e9r\u00e9glementation allait bon train, en contradiction avec l\u00e9volution \u00e0 long terme. Depuis des d\u00e9cennies, les r\u00e9glementations sadaptent et s\u00e9largissent. Malgr\u00e9 cela, les march\u00e9s financiers rencontrent encore et toujours les m\u00eames probl\u00e8mes. Cet article analyse les principales r\u00e8gles en vigueur, le contexte qui les entoure et leurs faiblesses.<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201210_04_Mueller_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"277\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nUn effondrement des march\u00e9s financiers aurait des effets catastrophiques pour l\u2019\u00e9conomie de la plan\u00e8te. La crise \u00e9conomique mondiale des ann\u00e9es trente doit servir de le\u00e7on \u00e0 cet \u00e9gard. La r\u00e9glementation des march\u00e9s financiers a pris son essor \u00e0 cette occasion, son but \u00e9tant de garantir la stabilit\u00e9 et l\u2019efficience de ces m\u00eame march\u00e9s. Nous d\u00e9crirons d\u2019abord le dysfonctionnement du march\u00e9 financier et l\u2019importance de l\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re, pour aborder ensuite les r\u00e9glementations centralis\u00e9es du march\u00e9 financier et expliquer pourquoi l\u2019on peut parler de spirale r\u00e9gulatrice.&#13;<\/p>\n<h2>Le dysfonctionnement du march\u00e9 financier et le r\u00f4le des banques<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSur le march\u00e9 se n\u00e9gocient des cr\u00e9ances financi\u00e8res, lesquelles permettent de transf\u00e9rer du pouvoir d\u2019achat dans le temps. Elles ont pour particularit\u00e9 que leur valeur d\u00e9pend des sp\u00e9cificit\u00e9s et des actes du d\u00e9biteur. Par cons\u00e9quent, le cr\u00e9ancier ne peut pas, sans autres, d\u00e9terminer la solidit\u00e9 de sa cr\u00e9ance. Cette asym\u00e9trie de l\u2019information entre op\u00e9rateurs \u00e9conomiques comporte un risque d\u2019al\u00e9a moral et peut se traduire par de mauvais choix (\u00abs\u00e9lection adverse\u00bb). Voil\u00e0 pourquoi de tr\u00e8s nombreuses cr\u00e9ances ne se n\u00e9gocient pas directement sur le march\u00e9 financier, mais sont confi\u00e9es \u00e0 des interm\u00e9diaires \u2013 notamment les banques \u2013, qui exercent de ce fait une fonction importante (voir <i>graphique 1<\/i>). Les probl\u00e8mes de l\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re \u00e9tant au c\u0153ur de la crise actuelle, le pr\u00e9sent article est centr\u00e9 sur cet aspect pr\u00e9cis&#13;<br \/>\nIl laisse donc de c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres secteurs du march\u00e9 financier comme les actions et les assurances..Dans les d\u00e9bats politiques, les banques sont souvent pr\u00e9sent\u00e9es comme la cause de tous les maux. Or, ce sont elles qui contribuent \u00e0 att\u00e9nuer l\u2019impact des d\u00e9faillances du march\u00e9 financier. Par leurs activit\u00e9s inscrites \u00e0 l\u2019actif aussi bien qu\u2019au passif du bilan, elles compl\u00e8tent en effet les march\u00e9s dits imparfaits (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Comment les banques att\u00e9nuent l\u2019impact des d\u00e9faillances du march\u00e9 financiera<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPour commencer, les banques \u00e9valuent la solvabilit\u00e9 des emprunteurs potentiels. Gr\u00e2ce \u00e0 cette proc\u00e9dure de \u00abscreening\u00bb, elles peuvent \u00e9viter les mauvais choix dans l\u2019octroi de cr\u00e9dits. Quand elles offrent un cr\u00e9dit, les banques le lient g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 des dispositions contractuelles sp\u00e9ciales et au d\u00e9p\u00f4t de garanties. Pendant la dur\u00e9e du contrat, elles veillent au respect de ses termes et v\u00e9rifient la valeur des garanties. Ce \u00abmonitoring\u00bb permet d\u2019\u00e9viter l\u2019al\u00e9a moral de la part de l\u2019emprunteur. Le \u00abscreening\u00bb et le \u00abmonitoring\u00bb sont des op\u00e9rations co\u00fbteuses, mais indispensables au bon fonctionnement des activit\u00e9s de cr\u00e9dit. Les banques les financent en pr\u00e9levant sur les pr\u00eats allou\u00e9s un int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9 que celui qu\u2019elles versent sur les placements bancaires.Pour pouvoir accorder des cr\u00e9dits, les banques doivent emprunter de l\u2019argent. C\u2019est sur ce point que se situe la diff\u00e9rence entre banques et fonds d\u2019investissement. Ces derniers se financent exclusivement par des fonds propres, alors que les premi\u00e8res offrent aussi des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue qui peuvent \u00eatre retir\u00e9s en tout temps \u00e0 leur valeur nominale. Les banques d\u00e9tiennent un portefeuille de cr\u00e9dits largement diversifi\u00e9 et leurs pertes \u00e9ventuelles sont couvertes \u00e0 hauteur des fonds propres des propri\u00e9taires. Pour cette raison, les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue pr\u00e9sentent habituellement un risque de cr\u00e9dit n\u00e9gligeable. Du fait de leur disponibilit\u00e9 permanente et de leur faible risque de cr\u00e9dit, les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue ont un caract\u00e8re de quasi-monnaie et permettent aux clients de se pr\u00e9munir contre les risques de liquidit\u00e9. La banque finance des projets \u00e0 long terme sans que le cr\u00e9ancier doive renoncer \u00e0 sa liquidit\u00e9 (c\u2019est le m\u00e9canisme de la transformation des \u00e9ch\u00e9ances).&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\na Pour un aper\u00e7u de la micro\u00e9conomie des banques, voir Freixas et Rochet (2008).), assurant de la sorte une meilleure utilisation de ressources peu abondantes. Notre \u00e9conomie tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9e serait impensable sans un syst\u00e8me bancaire performant.&#13;<\/p>\n<h2>Le risque de panique bancaire explique les r\u00e9glementations<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn remplissant ces t\u00e2ches essentielles \u00e0 l\u2019\u00e9conomie, les banques courent des risques. La transformation des \u00e9ch\u00e9ances \u2013 autrement dit le financement de projets de longue dur\u00e9e par des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 court terme \u2013 les expose au risque de panique bancaire. Lorsque de nombreux d\u00e9posants affluent en peu de temps aux guichets d\u2019une banque pour y retirer leur avoir, celle-ci devient insolvable. Le probl\u00e8me est connu. Trois points m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre rappel\u00e9s \u00e0 ce propos:\u2212 les paniques peuvent \u00eatre auto-r\u00e9alisatrices: quand un certain nombre de clients doute de la capacit\u00e9 d\u2019une banque et en retire son argent, la banque devient insolvable m\u00eame si ces doutes sont infond\u00e9s&#13;<br \/>\nBryant (1980) et Diamond &amp; Dybvig (1983) ont donn\u00e9 une explication th\u00e9orique des paniques bancaires.;\u2212 les paniques sont un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9current&#13;<br \/>\nGorton et Winton (2003) fournissent un aper\u00e7u de la litt\u00e9rature traitant des paniques bancaires historiques.;\u2212 elles peuvent avoir des effets d\u00e9vastateurs pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle: la faillite de plusieurs banques affecte durablement l\u2019efficience de l\u2019allocation des ressources ainsi que les investissements dans une \u00e9conomie&#13;<br \/>\nBernanke (1993) r\u00e9sume les causes et les cons\u00e9quences du resserrement du cr\u00e9dit..Sur le premier point, il semble que les paniques bancaires pourraient \u00eatre \u00e9vit\u00e9es assez facilement. Le second point souligne en revanche l\u2019acuit\u00e9 du probl\u00e8me. Le troisi\u00e8me point justifie une intervention de l\u2019\u00c9tat, face aux cons\u00e9quences catastrophiques du ph\u00e9nom\u00e8ne.Les \u00c9tats ont r\u00e9agi aux paniques bancaires qui s\u2019\u00e9taient succ\u00e9d\u00e9es \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe en instituant des garanties de d\u00e9p\u00f4t et en faisant des banques centrales des pr\u00eateurs en dernier ressort&#13;<br \/>\nLa premi\u00e8re garantie nationale de d\u00e9p\u00f4t fut mise en place aux \u00c9tats-Unis en 1934 en r\u00e9ponse \u00e0 la crise \u00e9conomique mondiale. D\u00e8s le 1er janvier 1934, les d\u00e9p\u00f4ts des particuliers furent garantis \u00e0 hauteur de 2500 USD (Federal Deposit Insurance Corporation, 2010). Par la suite, de nombreux \u00c9tats ont introduit des garanties de d\u00e9p\u00f4t (Demirg\u00fc\u00e7-Kunt, Karacaovali et Laeven, 2005).. Lorsque la collectivit\u00e9 garantit les d\u00e9p\u00f4ts des clients des banques, ceux-ci n\u2019ont plus \u00e0 craindre de perdre leur \u00e9pargne, les paniques bancaires perdent leur potentiel auto-r\u00e9alisateur et les rumeurs ne peuvent plus mettre des banques en cessation de paiement. Notons que l\u2019institution de garanties de d\u00e9p\u00f4t n\u2019a pas pour objet le dysfonctionnement du march\u00e9 financier, mais vise \u00e0 emp\u00eacher les paniques bancaires. Celles-ci ne r\u00e9sultent pas d\u2019une asym\u00e9trie d\u2019information sur le march\u00e9 financier, mais essentiellement de la transformation des \u00e9ch\u00e9ances par les banques.&#13;<\/p>\n<h2>La garantie des d\u00e9p\u00f4ts appelle des r\u00e9glementations suppl\u00e9mentaires<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nEn th\u00e9orie, la garantie des d\u00e9p\u00f4ts est un instrument pratique et efficace. Elle cr\u00e9e pourtant \u00e0 son tour un risque d\u2019abus et de dommages par n\u00e9gligence. Quand les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue sont garantis par l\u2019\u00c9tat, le risque li\u00e9 \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019un compte bancaire dispara\u00eet. Les banques sont alors enclines \u00e0 prendre des risques excessifs pour maximiser le rendement de leur capital propre&#13;<br \/>\nBuser, Chen et Kane (1981). Grossman (2001) confirme empiriquement cet effet. Le probl\u00e8me est plus aigu parmi les banques \u00abtoo big to fail\u00bb puisque l\u00c9tat ne garantit pas seulement leurs d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue, mais implicitement la totalit\u00e9 de leurs dettes. Voir aussi l\u2019article de W\u00fcnsch dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro, page 8ss.. Si ces risques sont payants, le gain profite aux d\u00e9tenteurs de parts ainsi qu\u2019aux collaborateurs, suivant le syst\u00e8me de r\u00e9tribution en vigueur. Dans le cas contraire, les banques ne r\u00e9pondent qu\u2019\u00e0 hauteur de leur capital propre. Lorsque celui-ci est trop faible, les d\u00e9biteurs de la banque doivent accepter des pertes. Avec une garantie des d\u00e9p\u00f4ts, c\u2019est l\u2019\u00c9tat \u2013 donc le contribuable \u2013 qui \u00e9ponge les pertes. La r\u00e9ponse \u00e0 ce probl\u00e8me d\u2019al\u00e9a moral li\u00e9 \u00e0 la garantie des d\u00e9p\u00f4ts a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019exigences minimales de fonds propres&#13;<br \/>\nDans les ann\u00e9es quatre-vingt, face \u00e0 la constante diminution des parts de fonds propres, des efforts visant \u00e0 harmoniser les prescriptions de fonds propres bancaires \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale ont \u00e9t\u00e9 entrepris dans le cadre du premier accord de B\u00e2le (B\u00e2le I).. Toutefois, alors que les int\u00e9r\u00eats de la banque et du r\u00e9gulateur co\u00efncident pour la garantie des d\u00e9p\u00f4ts, il n\u2019en va pas de m\u00eame pour les exigences de fonds propres. Depuis leur introduction, les banques cherchent \u00e0 les contourner. Elles peuvent d\u2019abord y r\u00e9pondre, en cas de durcissement, par des investissements plus risqu\u00e9s. Le niveau de fonds propre exig\u00e9 devrait donc \u00eatre d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9 que les investissements sont risqu\u00e9s&#13;<br \/>\nB\u00e2le I comportait d\u00e9j\u00e0 des r\u00e8gles sommaires de pond\u00e9ration des risques. B\u00e2le II avait notamment pour but de rem\u00e9dier aux imperfections de ces r\u00e8gles.. Cette pond\u00e9ration des risques complique, toutefois, \u00e9norm\u00e9ment la mise sur pied d\u2019une r\u00e9glementation efficace. Ensuite, les banques ont trouv\u00e9 dans la titrisation un moyen d\u2019\u00e9carter les cr\u00e9dits illiquides de leur bilan et d\u2019esquiver ainsi les prescriptions de fonds propres.&#13;<\/p>\n<h2>Les banques parall\u00e8les reprennent les t\u00e2ches des banques traditionnelles<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe transfert des activit\u00e9s bancaires traditionnelles vers le secteur dit des banques parall\u00e8les (ou \u00abbanques de l\u2019ombre\u00bb) a commenc\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es septante. Ce domaine largement non r\u00e9glement\u00e9 est depuis lors en forte croissance. Aux \u00c9tats-Unis, au d\u00e9but des ann\u00e9es nonante, les obligations contract\u00e9es par les banques classiques comme par les banques parall\u00e8les s\u00e9levaient dans chacun des cas \u00e0 quelque 3 billions d\u2019USD&#13;<br \/>\nPozsar et al. (2012).. Peu avant l\u2019\u00e9clatement de la crise, il atteignait environ 22 billions d\u2019USD pour les banques parall\u00e8les, soit une fois et demie celui des banques classiques.Cette \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9e par les efforts de contournement des prescriptions de fonds propres. Seul le recours aux technologies de l\u2019information (TIC) l\u2019a, toutefois, rendue possible. La banque parall\u00e8le tranforme des cr\u00e9dits illiquides en papiers-valeurs \u00e9changeables. Les activit\u00e9s qui accompagnent cette op\u00e9ration \u2013 comme la titrisation des cr\u00e9dits, l\u2019\u00e9mission de papiers-valeurs et l\u2019\u00e9valuation des risques qu\u2019ils comportent \u2013 n\u2019ont pu \u00eatre ma\u00eetris\u00e9es qu\u2019\u00e0 l\u2019aide d\u2019ordinateurs. Sous sa forme actuelle, le secteur des banques parall\u00e8les serait impensable sans les \u00e9normes progr\u00e8s des TIC. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, les chercheurs ont consacr\u00e9 maintes analyses aux banques parall\u00e8les&#13;<br \/>\nPozsar et al. (2012) fournissent une bonne introduction \u00e0 cette th\u00e9matique.. La transformation des \u00e9ch\u00e9ances pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat tout particulier pour le propos du pr\u00e9sent article. Voici en quoi elle consiste en une phrase&#13;<br \/>\nLes consid\u00e9rations suivantes se focalisent sur le r\u00f4le des conventions de rachat, ou repos (en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Gorton et Metrick, 2012). D\u2019autres canaux ont aussi, bien s\u00fbr, leur importance (p. ex. les fonds communs de placement du march\u00e9 mon\u00e9taire ou les titres commerciaux adoss\u00e9s \u00e0 des actifs).: des cr\u00e9dits illiquides \u00e0 long terme, comme des hypoth\u00e8ques ou des cr\u00e9dits pour \u00e9tudiants, sont ensuite transform\u00e9s en nouveaux titres adoss\u00e9s \u00e0 des actifs aux qualit\u00e9s de cr\u00e9dit variables. Ces titres sont \u00e9valu\u00e9s par des agences de notation&#13;<br \/>\nPour une introduction aux titres garantis par des actifs et au r\u00f4le des agences de notation, voir Coval, Jurek et Stafford (2009). Voir aussi dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro l\u2019article de J\u00fcrg Adamek et Alexandre Miremad, page 24ss..Les titres les mieux not\u00e9s peuvent \u00eatre utilis\u00e9s en garantie dans une <i>convention de rachat (repo).<\/i> Celle-ci se d\u00e9finit \u2013 pour simplifier \u2013 comme un cr\u00e9dit \u00e0 court terme garanti par des titres. Son montant est d\u00e9termin\u00e9 par la valeur de march\u00e9 de la garantie \u2013 dans notre cas un titre fond\u00e9 sur un actif justifiant un cr\u00e9dit \u00e0 long terme \u2013, ainsi que par une d\u00e9cote (\u00abhaircut\u00bb). Cette derni\u00e8re s\u2019exprime en pourcentage de la valeur du march\u00e9 de la garantie; elle est port\u00e9e en d\u00e9duction du cr\u00e9dit maximum obtenable. En cas de d\u00e9faut de paiement de l\u2019emprunteur, le cr\u00e9ancier peut vendre la garantie et compenser ses pertes de cette mani\u00e8re. La d\u00e9cote le prot\u00e8ge \u00e9galement des fluctuations de prix du titre mis en garantie. En temps normal, il n\u2019y a par cons\u00e9quent pratiquement aucun risque de cr\u00e9dit, le d\u00e9lai d\u2019un repo \u00e9tant en outre souvent tr\u00e8s court, g\u00e9n\u00e9ralement moins de 24 heures. Le cr\u00e9ancier peut exiger la restitution de son argent en tout temps. Un repo pr\u00e9sente donc d\u2019importantes similitudes avec un d\u00e9p\u00f4t \u00e0 vue classique: en temps normal, le risque de cr\u00e9dit est n\u00e9gligeable et le montant investi est disponible en tout temps \u00e0 sa valeur nominale. \u00c0 linstar dune banque classique, ce sont ces fonds \u00e0 court terme qui financent les projets \u00e0 long terme.&#13;<\/p>\n<h2>Le risque de panique parmi les banques parall\u00e8les<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCette transformation des \u00e9ch\u00e9ances expose toutefois le secteur des banques parall\u00e8les au risque de panique bancaire, tout comme les banques classiques. C\u2019est ce qui s\u2019est produit en 2007. Des pertes relativement modestes sur le march\u00e9 hypoth\u00e9caire des \u00absubprimes\u00bb ont fini par cr\u00e9er une grande ins\u00e9curit\u00e9 parmi les acteurs du march\u00e9. Des conventions de rachat garanties par des titres ayant comme sous-jacents ce type de cr\u00e9dits hypoth\u00e9caires n\u2019ont plus alors \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9es ou l\u2019ont \u00e9t\u00e9 en \u00e9change de d\u00e9cotes plus importantes. Pour obtenir des liquidit\u00e9s, leurs d\u00e9tenteurs ont cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9couler ces titres sur le march\u00e9. La chute des prix qui a suivi s\u2019est accompagn\u00e9e de d\u00e9cotes encore plus fortes, ce qui a finalement provoqu\u00e9 une r\u00e9action en cha\u00eene inattendue&#13;<br \/>\nPeu avant la crise, Ben Bernanke, pr\u00e9sident de la Banque centrale am\u00e9ricaine, disait dans une conf\u00e9rence: \u00ab &#8230; and we do not expect significant spillovers from the subprime market to the rest of the economy or to the financial system.&nbsp;\u00bb (Bernanke, 2007).. M\u00eame si cette panique bancaire du secteur parall\u00e8le ne s\u2019est pas traduite par de longues files devant les guichets, ses effets sur l\u2019octroi de cr\u00e9dits ont \u00e9t\u00e9 spectaculaires&#13;<br \/>\nVoir Ivashina et Scharfstein (2010) pour une analyse empirique de cet effet..Pour sauver le syst\u00e8me financier mondial de l\u2019effondrement, les banques centrales ont \u00e9t\u00e9 contraintes de se muer en pr\u00eateurs en dernier ressort. Elles qui en temps normal n\u2019approvisionnent en liquidit\u00e9s que les banques classiques, ont d\u00fb recourir \u00e0 des mesures peu conventionnelles&#13;<br \/>\nBernanke (2009) donne un bon aper\u00e7u des diff\u00e9rentes mesures prises.. Le prix des titres a ainsi pu \u00eatre stabilis\u00e9 et la panique jugul\u00e9e, mais la spirale r\u00e9glementaire aura progress\u00e9 d\u2019un cran (voir <i>graphique 2<\/i>). Depuis l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des banques centrales, les op\u00e9rateurs du march\u00e9 attendent de l\u00c9tat qu\u2019il garantisse aussi les engagements \u00e0 court terme du secteur bancaire parall\u00e8le. Cette situation soul\u00e8ve aussit\u00f4t un probl\u00e8me d\u2019al\u00e9a moral qui ne peut \u00eatre r\u00e9solu que par de nouvelles r\u00e9glementations.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe dysfonctionnement initial du march\u00e9 financier est att\u00e9nu\u00e9 par des interm\u00e9diaires. Des banques \u2013 notamment celles du secteur parall\u00e8le \u2013 cr\u00e9ent des produits financiers quasi mon\u00e9taires. Lorsque la confiance dans ces produits vacille, une panique bancaire peut survenir. Ces produits perdent alors leur caract\u00e8re de quasi-monnaie, ce qui, avec les perturbations du m\u00e9canisme d\u2019octroi de cr\u00e9dits, a de graves cons\u00e9quences pour l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle. L\u2019\u00c9tat peut \u00e9viter un tel effondrement en intervenant comme pr\u00eateur en dernier ressort ou en garantissant ces produits de telle sorte qu\u2019ils conservent leur caract\u00e8re de quasi-monnaie. Cela cr\u00e9e toutefois un probl\u00e8me d\u2019al\u00e9a moral, auquel il est apparu \u00e9tonnamment difficile de rem\u00e9dier jusqu\u2019ici.Depuis plus de 30 ans, des experts tentent de r\u00e9soudre ce probl\u00e8me au plan international en \u00e9dictant des prescriptions toujours plus complexes en mati\u00e8re de fonds propres. L\u2019\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re de 2007 a d\u00e9montr\u00e9 l\u2019\u00e9chec de ces tentatives: en d\u00e9pit de r\u00e9glementations tr\u00e8s \u00e9tendues, le march\u00e9 financier a connu cette ann\u00e9e-l\u00e0 une vaste panique qui a pouss\u00e9 le syst\u00e8me \u00e9conomique mondial au bord de la faillite. La question de la juste dose de r\u00e9glementation du march\u00e9 financier continuera de nous occuper. Nous verrons alors si des am\u00e9liorations continues des r\u00e9glementations financi\u00e8res existantes peuvent apporter les r\u00e9sultats escompt\u00e9s ou si une r\u00e9orientation radicale de l\u2019approche normative s\u2019impose.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abDysfonctionnement du march\u00e9 financier et r\u00f4le de l\u2019interm\u00e9diation financi\u00e8re\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abSpirale r\u00e9gulatrice: les r\u00e9glementations centralis\u00e9es du march\u00e9 financier et leurs effets ind\u00e9sirables\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Comment les banques att\u00e9nuent l\u2019impact des d\u00e9faillances du march\u00e9 financiera&#13;<\/p>\n<h3>Comment les banques att\u00e9nuent l\u2019impact des d\u00e9faillances du march\u00e9 financiera<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nPour commencer, les banques \u00e9valuent la solvabilit\u00e9 des emprunteurs potentiels. Gr\u00e2ce \u00e0 cette proc\u00e9dure de \u00abscreening\u00bb, elles peuvent \u00e9viter les mauvais choix dans l\u2019octroi de cr\u00e9dits. Quand elles offrent un cr\u00e9dit, les banques le lient g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 des dispositions contractuelles sp\u00e9ciales et au d\u00e9p\u00f4t de garanties. Pendant la dur\u00e9e du contrat, elles veillent au respect de ses termes et v\u00e9rifient la valeur des garanties. Ce \u00abmonitoring\u00bb permet d\u2019\u00e9viter l\u2019al\u00e9a moral de la part de l\u2019emprunteur. Le \u00abscreening\u00bb et le \u00abmonitoring\u00bb sont des op\u00e9rations co\u00fbteuses, mais indispensables au bon fonctionnement des activit\u00e9s de cr\u00e9dit. Les banques les financent en pr\u00e9levant sur les pr\u00eats allou\u00e9s un int\u00e9r\u00eat plus \u00e9lev\u00e9 que celui qu\u2019elles versent sur les placements bancaires.Pour pouvoir accorder des cr\u00e9dits, les banques doivent emprunter de l\u2019argent. C\u2019est sur ce point que se situe la diff\u00e9rence entre banques et fonds d\u2019investissement. Ces derniers se financent exclusivement par des fonds propres, alors que les premi\u00e8res offrent aussi des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue qui peuvent \u00eatre retir\u00e9s en tout temps \u00e0 leur valeur nominale. Les banques d\u00e9tiennent un portefeuille de cr\u00e9dits largement diversifi\u00e9 et leurs pertes \u00e9ventuelles sont couvertes \u00e0 hauteur des fonds propres des propri\u00e9taires. Pour cette raison, les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue pr\u00e9sentent habituellement un risque de cr\u00e9dit n\u00e9gligeable. Du fait de leur disponibilit\u00e9 permanente et de leur faible risque de cr\u00e9dit, les d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 vue ont un caract\u00e8re de quasi-monnaie et permettent aux clients de se pr\u00e9munir contre les risques de liquidit\u00e9. La banque finance des projets \u00e0 long terme sans que le cr\u00e9ancier doive renoncer \u00e0 sa liquidit\u00e9 (c\u2019est le m\u00e9canisme de la transformation des \u00e9ch\u00e9ances).&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\na Pour un aper\u00e7u de la micro\u00e9conomie des banques, voir Freixas et Rochet (2008).&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Bernanke B. S., \u00abCredit in the Macroeconomy, Federal Reserve Bank of New York\u00bb, <i>Quarterly Review,<\/i> 18, 1993, p. 50\u201370.\u2212 Bernanke B. S., <i>The Subprime Mortgage Market,<\/i> discours tenu le 17 mai 2007 \u00e0 la Federal Reserve Bank of Chicago\u2019s 43rd Annual Conference on Bank Structure and Competition.\u2212 Bernanke B. S., <i>The Crisis and the Policy Response,<\/i> expos\u00e9 prononc\u00e9 le 13 janvier 2009 \u00e0 la London School of Economics.\u2212 Bryant J., \u00abA Model of Reserves, Bank Runs, and Deposit Insurance\u00bb, <i>Journal of Banking &amp; Finance,<\/i> 4(4), 1980, p. 335\u2013344.\u2212 Buser S. A., Chen A. H. et Kane E. J., \u00abFederal Deposit Insurance, Regulatory Policy, and Optimal Bank Capital\u00bb, <i>The Journal of Finance,<\/i> 36(1): 1981, p. 51\u201360.\u2212 Coval J., Jurek J. et Stafford E., \u00abThe Economics of Structured Finance\u00bb, <i>Journal of Economic Perspectives,<\/i> 23(1), 2009, p. 3\u201325.\u2212 Demirg\u00fc\u00e7-Kunt A., Karacaovali B. et Laeven L., <i>Deposit Insurance around the World: A Comprehensive Database,<\/i> Policy Research Working Paper n\u00b0 3628, World Bank, Washington, DC, 2005.\u2212 Diamond D. W. et Dybvig P. H., \u00abBank Runs, Deposit Insurance, and Liquidity\u00bb, <i>The Journal of Political Economy,<\/i> 91(3), 1983, p. 401\u2013419.\u2212 Federal Deposit Insurance Corporation, <i>About FDIC \u2013 The 1930<\/i>s, \u00e9tat au 18 novembre 2010.\u2212 Freixas X. et Rochet J.-C., <i>Microeconomics of Banking<\/i> (2e \u00e9d.), MIT Press, Cambridge, MA, 2008.\u2212 Gorton G., Metrick A., \u00abSecuritized Banking and the Run on Repo\u00bb, <i>Journal of Financial Economics,<\/i> 104(3), 2012, p. 425\u2013451.\u2212 Gorton G. et Winton A., \u00abFinancial Intermediation\u00bb, dans Constantinides G. M., Harris M. et Stulz R. M. (\u00e9d.), <i>Handbook of the Economics of Finance<\/i> (vol. 1), 2003, p. 431\u2013552, Elsevier, Amsterdam.\u2212 Grossman R. S., \u00abDouble Liability and Bank Risk Taking\u00bb, <i>Journal of Money, Credit and Banking,<\/i> 33(2), 2001, p. 143\u2013159.\u2212 Ivashina V. et Scharfstein D., \u00abBank Lending During the Financial Crisis of 2008\u00bb, <i>Journal of Financial Economics,<\/i> 97(3), 2019, p. 319\u2013338.\u2212 Pozsar Z., Adrian T., Ashcraft A. et Hayley B., <i>Shadow Banking,<\/i> Federal Reserve Bank of New York \u2013 Staff Reports, 2012, n\u00b0 458.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour un large public, l\u2019affaire est entendue: apr\u00e8s la crise financi\u00e8re, les banques doivent \u00eatre soumises \u00e0 des r\u00e8gles plus rigoureuses. Le titre du pr\u00e9sent article peut donc surprendre. En fait, dans les ann\u00e9es qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la crise, la d\u00e9r\u00e9glementation allait bon train, en contradiction avec l\u00e9volution \u00e0 long terme. 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