{"id":149924,"date":"2012-09-01T12:00:00","date_gmt":"2012-09-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/09\/billeter-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:46:11","modified_gmt":"2023-08-23T22:46:11","slug":"billeter-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/09\/billeter-2\/","title":{"rendered":"Adapter la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure suisse aux sp\u00e9cificit\u00e9s asiatiques"},"content":{"rendered":"<p>Depuis la fin de la guerre froide, l\u2019importance de l\u2019Asie n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre et, parmi les \u00c9tats qui composent son territoire, nonbreux sont ceux qui sont devenus des acteurs incontournables, que ce soit dans le domaine politique, \u00e9conomique, mais aussi environnemental, technologique, migratoire, strat\u00e9gique ou culturel. Le dynamisme de ce continent est tel que certains pr\u00e9disent l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00absi\u00e8cle asiatique\u00bb. Comme la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Suisse d\u00e9pend dans une large mesure de ses relations \u00e9conomiques ext\u00e9rieures, elle doit en tenir compte. C\u2019est dans cette perspective que le Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco) a r\u00e9dig\u00e9 une strat\u00e9gie de politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure vis-\u00e0-vis de l\u2019Asie dont le pr\u00e9sent article r\u00e9sume les grands axes. Celle-ci ne saurait, toutefois, se substituer aux n\u00e9gociations multilat\u00e9rales et \u00e0 la politique men\u00e9e avec l\u2019Union europ\u00e9enne (UE), car m\u00eame si les \u00c9tats asiatiques sont importants, ils n\u2019en demeurent pas moins tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201209_06_Billeter_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"250\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019Asie aujourd\u2019hui<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019Asie telle qu\u2019envisag\u00e9e par la strat\u00e9gie du Seco (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>D\u00e9finir l\u2019Asie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>D\u00e9finir l\u2019\u00abAsie\u00bb au plan g\u00e9ographique constitue une question relativement complexe. Le Seco a choisi pour y r\u00e9pondre de s\u2019appuyer sur des crit\u00e8res socio-\u00e9conomiques tels que le produit int\u00e9rieur brut, le taux de croissance ou la population; interviennent \u00e9galement les int\u00e9r\u00eats que la Suisse poss\u00e8de dans cette r\u00e9gion du monde et les d\u00e9fis \u00e0 surmonter, aujourd\u2019hui et \u00e0 l\u2019horizon 2020. La strat\u00e9gie du Seco se limite aux \u00c9tats suivants: Bangladesh, Chine (y compris Ta\u00efwan, Hong-Kong et Macao), Cor\u00e9e du Sud, Inde, Japon, Pakistan, Sri Lanka auxquels il convient d\u2019ajouter l\u2019Association des nations de l\u2019Asie du Sud-Est (Anase, plus connue sous son acronyme anglais Asean), qui comprend le Brune\u00ef, le Cambodge, l\u2019Indon\u00e9sie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Tha\u00eflande et le Vietnam.<\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n) se caract\u00e9rise d\u2019abord par d\u2019importantes disparit\u00e9s, que ce soit entre les \u00c9tats de la r\u00e9gion ou en leur sein. La r\u00e9gionalisation des flux \u00e9conomiques et sociaux cr\u00e9e \u00e9galement des espaces transfrontaliers disposant de niveaux de d\u00e9veloppement comparables. Ainsi certains chercheurs parlent d\u2019une \u00abM\u00e9diterran\u00e9e asiatique\u00bb situ\u00e9e entre les villes de Pusan, Osaka, Fukuoka, Shanghai, Hong-Kong, Taipei et Kaohsiung. Un autre exemple de ce type pourrait se situer autour de Singapour et du d\u00e9troit de Malacca avec Ho-Chi-Minh-Ville, Bangkok, Kuala Lumpur et Jakarta. Ces espaces transfrontaliers centr\u00e9s autour de m\u00e9gapoles aux conditions de vie de plus en plus similaires constituent aujourd\u2019hui les moteurs de la croissance asiatique. Ils disposent d\u2019arri\u00e8repays dans lesquels se concentrent les industries et o\u00f9 ils puisent une main-d\u2019\u0153uvre g\u00e9n\u00e9ralement abondante et donc peu co\u00fbteuse, souvent alphab\u00e9tis\u00e9e, jeune, disciplin\u00e9e et travailleuse.Le d\u00e9veloppement rapide de l\u2019Asie, ou en tout cas de ses m\u00e9gapoles mondialis\u00e9es, a \u00e9galement permis en l\u2019espace d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration l\u2019\u00e9mergence d\u2019une bourgeoisie urbaine aux habitudes de consommation comparables \u00e0 celles de l\u2019Occident. L\u00e0 aussi, des centaines de millions de consommateurs transforment les flux commerciaux: que ce soit pour la consommation de biens courants, de biens de luxe, de tourisme international ou de services financiers, l\u2019Asie ne cesse de gagner en importance au niveau mondial gr\u00e2ce \u00e0 ces classes moyennes urbaines. Les in\u00e9galit\u00e9s sociales y sont \u00e9galement tr\u00e8s fortes et opposent bourgeoisies mondialis\u00e9es d\u2019une part et travailleurs ou paysans migrants d\u2019autre part. Ce facteur potentiel d\u2019instabilit\u00e9 est renforc\u00e9 dans certains pays par l\u2019absence de m\u00e9canismes institutionnels permettant de d\u00e9samorcer les tensions, que ce soit par un syst\u00e8me politique d\u00e9mocratique ou par le dialogue social.Beaucoup d\u2019entreprises ont d\u00e9localis\u00e9 leurs usines de production dans les arri\u00e8re-pays des m\u00e9gapoles asiatiques pour profiter de la main-d\u2019\u0153uvre locale et de politiques favorables aux investissements internationaux; elles ont \u00e9galement profit\u00e9 d\u2019infrastructures vitales \u00e0 la r\u00e9exp\u00e9dition des produits manufactur\u00e9s sur place en m\u00eame temps qu\u2019elles se rapprochaient des consommateurs locaux. Le d\u00e9collage \u00e9conomique de nombreux pays asiatiques a donc \u00e9t\u00e9, en grande partie, le fruit de politiques favorables aux investissements internationaux directs. Cette industrialisation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e s\u2019est souvent faite au d\u00e9triment de l\u2019environnement. Aujourd\u2019hui, la soci\u00e9t\u00e9 civile se mobilise et fait valoir que le co\u00fbt des d\u00e9gradations subies dans ce domaine pourrait, s\u2019il \u00e9tait comptabilis\u00e9, r\u00e9duire de plusieurs points le taux de croissance annuel du continent. Les gouvernements concern\u00e9s reconnaissent l\u2019ampleur du d\u00e9fi et commencent \u00e0 prendre des mesures tout en s\u2019effor\u00e7ant de trouver un \u00e9quilibre entre une n\u00e9cessaire pr\u00e9servation de l\u2019environnement et un d\u00e9veloppement \u00e9conomique permettant d\u2019assurer la stabilit\u00e9 politique. D\u2019un point de vue politique, l\u2019Asie ne conna\u00eet pas d\u2019int\u00e9gration r\u00e9gionale comparable \u00e0 celle du continent europ\u00e9en. \u00c0 ce jour, l\u2019Association des nations de l\u2019Asie du Sud-Est (Anase) est la structure supra-\u00e9tatique la plus aboutie m\u00eame si elle demeure relativement peu contraignante pour ses membres. Les logiques nationales continuent de dominer dans cette r\u00e9gion du monde o\u00f9 la m\u00e9fiance et le poids du pass\u00e9 l\u2019emportent souvent. Cela n\u2019emp\u00e8che, toutefois, pas les coop\u00e9rations \u00e9conomiques bilat\u00e9rales ou plurilat\u00e9rales, m\u00eame si nombre de gouvernements asiatiques se distinguent par des pratiques plut\u00f4t interventionnistes, voire mercantilistes. Traditionnellement, le r\u00f4le des \u00c9tats dans l\u2019\u00e9conomie \u2013 par exemple \u00e0 travers les entreprises \u00e9tatiques ou des \u00abplans quinquennaux\u00bb \u2013 reste significatif. M\u00eame lorsqu\u2019elle est faible ou d\u00e9croissante, l\u2019influence informelle des pouvoirs en place sur le secteur \u00abpriv\u00e9\u00bb demeure souvent importante.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019Asie demain<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019Asie h\u00e9berge environ 60% de la population du globe, mais ne r\u00e9alise que 15% de son produit int\u00e9rieur brut (PIB), contre 26% en Europe, 27% en Am\u00e9rique du Nord, 8% en Am\u00e9rique latine et moins de 2% en Afrique&#13;<br \/>\nLe total de 78% s\u2019explique par le d\u00e9coupage statistique de la Banque mondiale. Manquent ici l\u2019Asie centrale, le Moyen-Orient et l\u2019Afrique du Nord, les pays d\u2019Oc\u00e9anie ainsi que les pays europ\u00e9ens non-membres de l\u2019Union europ\u00e9enne.. Si l\u2019on consid\u00e8re le PIB par habitant, on obtient le classement suivant: environ 3700 USD\/hab. en Asie-Pacifique et 1200 USD\/hab. en Asie du Sud, contre 34&nbsp;000 USD en Europe, 37&nbsp;700 USD en Am\u00e9rique du Nord, 7700 USD en Am\u00e9rique latine et 1200 USD en Afrique sub-saharienne&#13;<br \/>\nVoir Banque mondiale, chiffres 2010.. Certes, ces donn\u00e9es sont \u00e0 relativiser, notamment en raison des immenses diff\u00e9rences en mati\u00e8re de pouvoir d\u2019achat.Ceci \u00e9tant, si l\u2019on part de lhypoth\u00e8se que les taux de croissance annuels moyens se maintiendront au rythme de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e et \u00e9chapperont au \u00abpi\u00e8ge du revenu interm\u00e9diaire\u00bb (\u00abmiddle-income trap\u00bb), la conclusion est que l\u2019Asie est appel\u00e9e \u00e0 moyen terme \u00e0 devenir le principal p\u00f4le \u00e9conomique de la plan\u00e8te. On constate d\u00e9j\u00e0 que les pays qui la composent ne se contentent pas d\u2019\u00eatre des r\u00e9cepteurs d\u2019investissements directs \u00e9trangers et des imitateurs de technologies occidentales: le Japon, la Cor\u00e9e du Sud, la Chine, l\u2019Inde et d\u2019autres investissent aujourd\u2019hui massivement dans les autres continents, les marchandises produites en Asie se retrouvent sur les march\u00e9s du monde entier, le nombre de brevets d\u00e9pos\u00e9s est en croissance constante et les communaut\u00e9s d\u2019origines asiatiques constituent des diasporas de plus en plus importantes partout dans le monde. Il convient certes de ne pas surestimer les tendances observables. Certains \u00e9l\u00e9ments am\u00e8nent en effet \u00e0 relativiser l\u2019essor de cette r\u00e9gion du monde. Ainsi, si beaucoup d\u2019habits, de jouets, de chaussures, de produits \u00e9lectrom\u00e9nagers sont aujourd\u2019hui manufactur\u00e9s dans des pays asiatiques \u00e0 bas co\u00fbts salariaux, ils le sont souvent dans des filiales d\u2019entreprises occidentales qui ont d\u00e9localis\u00e9 une partie de leur production. Seuls les pays asiatiques d\u00e9velopp\u00e9s ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019imposer dans la comp\u00e9tition mondiale en recherche et d\u00e9veloppement (R&amp;D) et \u00e0 produire leurs propres marques. Un autre facteur \u00e0 souligner est la relative d\u00e9pendance des principaux pays asiatiques par rapport \u00e0 d\u2019autres r\u00e9gions du monde concernant leur approvisionnement en ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et en mati\u00e8res premi\u00e8res. D\u2019autres d\u00e9fis importants attendent encore l\u2019Asie sur le chemin d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 durable, que ce soit la pollution mentionn\u00e9e plus haut ou le vieillissement de la population dans certains pays ou encore les cr\u00e9ances douteuses de syst\u00e8mes bancaires parfois assez opaques. Malgr\u00e9 ces r\u00e9serves, si les tendances actuelles se poursuivent, la physionomie du monde de demain sera fortement d\u00e9termin\u00e9e en Asie et les voies qu\u2019elle empruntera auront, encore plus qu\u2019aujourd\u2019hui, un impact mondial.&#13;<\/p>\n<h2>La Suisse et l\u2019Asie<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nTraditionnellement, la Suisse entretient d\u2019excellentes relations politiques avec les principaux pays d\u2019Asie. Sa neutralit\u00e9 et son absence de pass\u00e9 colonial font qu\u2019elle n\u2019est pas per\u00e7ue comme une menace aux arri\u00e8re-pens\u00e9es troubles; on la consid\u00e8re, en outre, comme un partenaire fiable. Son implication dans la r\u00e9solution de plusieurs conflits, sa coop\u00e9ration au d\u00e9veloppement, son aide humanitaire, ainsi que la rapide reconnaissance officielle de certains r\u00e9gimes s\u2019est traduite par des relations politiques amicales, voire privil\u00e9gi\u00e9es. Nombre de pays d\u2019Asie ont, en outre, une image extr\u00eamement positive de la Suisse, combinant paysages idylliques et environnement pr\u00e9serv\u00e9 avec une grande ouverture au monde. La prosp\u00e9rit\u00e9 et une stabilit\u00e9 sociale et politique envi\u00e9e viennent encore compl\u00e9ter le tableau.Aujourd\u2019hui, la Suisse effectue plus de 13% de son commerce ext\u00e9rieur avec cette r\u00e9gion du monde, contre 70% avec l\u2019Europe, 9% avec l\u2019Am\u00e9rique du Nord, 2% avec l\u2019Am\u00e9rique latine et 4% avec l\u2019Afrique et le Moyen-Orient. Ce pourcentage a augment\u00e9 de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re et soutenue au cours de la d\u00e9cennie \u00e9coul\u00e9e et tout indique que cette tendance va se poursuivre. Une r\u00e9cente \u00e9tude de l\u2019OCDE rel\u00e8ve \u00e0 ce propos que l\u2019\u00e9conomie suisse a en moyenne des liens plus \u00e9troits avec l\u2019Asie que la plupart des pays membres de l\u2019organisation&#13;<br \/>\nOCDE, \u00c9tudes \u00e9conomiques de l\u2019OCDE: Suisse, 2011. p. 14. Par ailleurs, les entreprises suisses investissent des sommes importantes en Asie au point que dans certains pays, nous figurons parmi les premiers investisseurs europ\u00e9ens. Certes, la comp\u00e9tition est vive sur ces march\u00e9s o\u00f9 nos principaux concurrents sont les pays de l\u2019UE, d\u2019Am\u00e9rique du Nord et de l\u2019Asie d\u00e9velopp\u00e9e. L\u2019analyse des chiffres \u00e9conomiques montre toutefois que la Suisse a adopt\u00e9 une strat\u00e9gie de niche dans certains secteurs \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e qui lui permet parfois de d\u00e9gager un exc\u00e9dent commercial. Ce n\u2019est, de loin, pas toujours le cas pour nos principaux concurrents europ\u00e9ens ou nord-am\u00e9ricains. En ce qui concerne les services, la Suisse jouit d\u2019une bonne r\u00e9putation dans plusieurs domaines comme le tourisme, la formation, l\u2019innovation et la recherche, ou encore les services financiers. Cependant, au-del\u00e0 de certains domaines d\u2019excellence, on ne saurait n\u00e9gliger le fait que la Suisse est per\u00e7ue en Asie comme un acteur relativement mineur sur la sc\u00e8ne internationale. Notre non-appartenance \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne, si elle est globalement bien per\u00e7ue et qu\u2019elle nous permet de d\u00e9finir notre politique asiatique de mani\u00e8re autonome, renforce \u00e9galement la perception que la Suisse n\u2019a pas un poids politique comparable \u00e0 son poids \u00e9conomique.&#13;<\/p>\n<h2>D\u00e9fis et objectifs<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa strat\u00e9gie du Seco consiste donc \u00e0 identifier les principaux d\u00e9fis que nous lance l\u2019Asie et de proposer des mesures permettant d\u2019y r\u00e9pondre. Au-del\u00e0 des diff\u00e9rences \u00e9videntes de taille, de poids d\u00e9mographique et de stade de d\u00e9veloppement, le d\u00e9fi le plus fondamental est celui de la gouvernance politique et \u00e9conomique. La Suisse, en tant qu\u2019\u00c9tat r\u00e9gi par les principes de l\u2019\u00e9conomie de march\u00e9, de la libert\u00e9 \u00e9conomique et du droit, se caract\u00e9rise par un \u00c9tat lib\u00e9ral et relativement peu interventionniste, une gestion f\u00e9d\u00e9rale et d\u00e9centralis\u00e9e gouvern\u00e9e par la logique de la subsidiarit\u00e9, une politique sociale solidaire et une grande attention port\u00e9e \u00e0 la durabilit\u00e9 environnementale et \u00e9nerg\u00e9tique. Nombre de nos partenaires asiatiques ont une approche tr\u00e8s diff\u00e9rente, m\u00ealant un fort interventionnisme \u00e9tatique, un relativement haut degr\u00e9 de centralisation administrative, un important volontarisme dans les politiques \u00e9conomiques, combin\u00e9s avec une structuration hi\u00e9rarchique de la soci\u00e9t\u00e9 et une relative opacit\u00e9 des processus de prise de d\u00e9cision. Ces diff\u00e9rences de philosophie politique se traduisent, dans les relations de la Suisse avec les pays d\u2019Asie, par toute une s\u00e9rie de d\u00e9fis sectoriels dont voici les principaux: \u2212 fiabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat de droit et pr\u00e9visibilit\u00e9 des syst\u00e8mes juridiques, ainsi que transparence de l\u2019information et libert\u00e9 de la presse;\u2212 am\u00e9lioration de l\u2019application du droit de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et protection des \u00e9conomies bas\u00e9es sur le savoir et l\u2019innovation;\u2212 respect du droit du travail, des principes et droits fondamentaux au travail et des standards de l\u2019Organisation internationale du travail ainsi que des normes de responsabilit\u00e9 sociale des entreprises;\u2212 r\u00e9duction des atteintes \u00e0 l\u2019environnement dues \u00e0 une industrialisation rapide du continent et gestion durable des ressources naturelles;\u2212 int\u00e9gration accrue des pays asiatiques dans les forums internationaux pour qu\u2019ils participent activement \u00e0 la mondialisation dans des domaines tels que le r\u00e9chauffement climatique, les migrations ou la r\u00e9gulation commerciale; \u2212 risques de p\u00e9n\u00e9tration des \u00e9conomies occidentales par la criminalit\u00e9 organis\u00e9e transnationale, de blanchiment d\u2019argent et de d\u00e9gradation pour la r\u00e9putation du secteur financier suisse qui pourrait avoir \u00e0 g\u00e9rer des avoirs provenant de \u00abpersonnes politiquement expos\u00e9es\u00bb en Asie;\u2212 en raison du statut d\u2019\u00abatelier du monde\u00bb de l\u2019Asie, d\u00e9pendance croissante vis-\u00e0-vis des transports internationaux a\u00e9riens et maritimes, et possible fragilit\u00e9 des lignes d\u2019approvisionnement.Face \u00e0 ces d\u00e9fis, la Suisse doit renforcer ses relations avec ses partenaires asiatiques afin de d\u00e9fendre sa vision de ce qui constitue une bonne gouvernance \u00e9conomique. Pour ce faire, elle devra disposer d\u2019informations fiables et compl\u00e8tes sur l\u2019\u00e9volution socio\u00e9conomiques de cette r\u00e9gion du monde. Il est de ce point de vue crucial de d\u00e9velopper des instruments permettant une analyse pr\u00e9cise des risques et formant un syst\u00e8me d\u2019alerte pr\u00e9coce des crises pouvant affecter nos int\u00e9r\u00eats en Asie. Il importe \u00e9galement de r\u00e9duire autant que possible notre d\u00e9pendance envers nos quelques partenaires en multipliant les contacts sur le continent. Il faut pour cela:\u2212 contribuer, m\u00eame modestement, au renforcement de la bonne gouvernance en Asie dans les domaines pr\u00e9sentant directement ou indirectement un int\u00e9r\u00eat pour l\u2019\u00e9conomie suisse, comme l\u2019ind\u00e9pendance de la justice et de la presse, la protection de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle, le respect des normes sociales;\u2212 prendre en compte les dimensions sociales et \u00e9cologiques dans le d\u00e9veloppement de nos relations \u00e9conomiques et sensibiliser nos partenaires asiatiques aux imp\u00e9ratifs de la protection de l\u2019environnement, du d\u00e9veloppement durable et de la lutte contre le r\u00e9chauffement climatique;\u2212 inciter les pays de la r\u00e9gion \u00e0 participer de mani\u00e8re active aux travaux des organisations internationales visant \u00e0 d\u00e9finir des r\u00e8gles permettant de r\u00e9pondre aux d\u00e9fis plan\u00e9taires du moment en surmontant les logiques strictement nationales.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAujourd\u2019hui, plus de 60% du commerce entre la Suisse et lAsie concernent la Chine et le Japon. Ces deux pays avec Singapour absorbent environ 56% de ses investissements directs sur le continent. \u00c0 l\u2019heure de d\u00e9velopper une strat\u00e9gie de politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure vis-\u00e0-vis de l\u2019Asie, il convient de relever que nos relations se concentrent sur un nombre limit\u00e9 de pays et que la Suisse ne tire pas pleinement profit de la diversit\u00e9 du d\u00e9collage asiatique. Ses atouts sont, pourtant, monbreux: relative autonomie de sa politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure, existence de nombreux accords \u00e9conomiques avec les principaux pays de la r\u00e9gion, important r\u00e9seau international, capacit\u00e9 \u00e0 offrir des biens aujourd\u2019hui fortement demand\u00e9s en Asie et excellente r\u00e9putation. S\u2019il est exag\u00e9r\u00e9 de dire que l\u2019avenir \u00e9conomique de la Suisse se trouve en Asie, la pr\u00e9sente strat\u00e9gie de politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure d\u00e9montre l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il y a pour les acteurs suisses \u2013 priv\u00e9s et publics \u2013 \u00e0 coordonner et \u00e0 renforcer leurs efforts vis-\u00e0-vis de ce continent afin d\u2019y promouvoir avec davantage d\u2019intensit\u00e9 les int\u00e9r\u00eats de notre pays.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: D\u00e9finir l\u2019Asie&#13;<\/p>\n<h3>D\u00e9finir l\u2019Asie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nD\u00e9finir l\u2019\u00abAsie\u00bb au plan g\u00e9ographique constitue une question relativement complexe. Le Seco a choisi pour y r\u00e9pondre de s\u2019appuyer sur des crit\u00e8res socio-\u00e9conomiques tels que le produit int\u00e9rieur brut, le taux de croissance ou la population; interviennent \u00e9galement les int\u00e9r\u00eats que la Suisse poss\u00e8de dans cette r\u00e9gion du monde et les d\u00e9fis \u00e0 surmonter, aujourd\u2019hui et \u00e0 l\u2019horizon 2020. La strat\u00e9gie du Seco se limite aux \u00c9tats suivants: Bangladesh, Chine (y compris Ta\u00efwan, Hong-Kong et Macao), Cor\u00e9e du Sud, Inde, Japon, Pakistan, Sri Lanka auxquels il convient d\u2019ajouter l\u2019Association des nations de l\u2019Asie du Sud-Est (Anase, plus connue sous son acronyme anglais Asean), qui comprend le Brune\u00ef, le Cambodge, l\u2019Indon\u00e9sie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar, les Philippines, Singapour, la Tha\u00eflande et le Vietnam.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis la fin de la guerre froide, l\u2019importance de l\u2019Asie n\u2019a cess\u00e9 de cro\u00eetre et, parmi les \u00c9tats qui composent son territoire, nonbreux sont ceux qui sont devenus des acteurs incontournables, que ce soit dans le domaine politique, \u00e9conomique, mais aussi environnemental, technologique, migratoire, strat\u00e9gique ou culturel. 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