{"id":150014,"date":"2012-07-01T12:00:00","date_gmt":"2012-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/07\/schneider-ammann-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:46:56","modified_gmt":"2023-08-23T22:46:56","slug":"schneider-ammann-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/07\/schneider-ammann-4\/","title":{"rendered":"Johann N. Schneider-Ammann, conseiller f\u00e9d\u00e9ral, s\u2019exprime sur l\u2019avenir de la place industrielle suisse"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9conomie suisse se maintient mieux que pr\u00e9vu, gr\u00e2ce \u00e0 une conjoncture int\u00e9rieure solide et \u00e0 des exportations qui r\u00e9sistent relativement bien, en d\u00e9pit d&#8217;un franc fort et de la morosit\u00e9 qui r\u00e8gne plus particuli\u00e8rement dans l&#8217;UE. Toute embellie est subordonn\u00e9e \u00e0 une d\u00e9tente dans la situation de crise que traverse la zone euro en mati\u00e8re d&#8217;endettement public. Ces \u00e9l\u00e9ments sont au centre de l&#8217;entretien que nous a accord\u00e9 le conseiller f\u00e9d\u00e9ral Johann N. Schneider-Ammann, charg\u00e9 du D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l&#8217;\u00e9conomie. Les facteurs qui ont scell\u00e9 la r\u00e9ussite du p\u00f4le industriel, scientifique et de recherche suisse font partie des sujets \u00e9voqu\u00e9s, tout comme les actions \u00e0 entreprendre pour assurer de bonnes conditions-cadres \u00e0 long terme.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201207_12_Schneider-Ammann_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Selon l\u2019International Institute for Management Development (IMD) de Lausanne, la Suisse se classe depuis des ann\u00e9es parmi les cinq pays les plus comp\u00e9titifs de la plan\u00e8te. En d\u00e9pit de cette position somme toute des plus confortables, y a-t-il r\u00e9ellement lieu de s\u2019inqui\u00e9ter pour l\u2019avenir de la place \u00e9conomique suisse et si oui pourquoi?<b>Johann N. Schneider-Ammann:<\/b> Globalement, le p\u00f4le industriel, scientifique et de recherche suisse se porte tr\u00e8s bien. Ce n\u2019est pas pour autant qu\u2019il faut rester les bras crois\u00e9s. La concurrence internationale pour des parts de march\u00e9 est de plus en plus f\u00e9roce. La capacit\u00e9 d\u2019innovation des entreprises et donc des diff\u00e9rentes branches \u00e9conomiques est d\u00e9terminante. En outre, les nouveaut\u00e9s deviennent vite obsol\u00e8tes et les am\u00e9liorations, m\u00eame modestes, font l&#8217;objet d&#8217;une lutte toujours plus acharn\u00e9e. Il s\u2019\u00e9coule de moins en moins de temps avant que les nouveaux produits soient copi\u00e9s. C\u2019est pourquoi nous devons \u0153uvrer tous les jours pour rester \u00e0 la pointe, faute de quoi l\u2019avance que nous avons aura vite fondu.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>En fixant un cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro, la Banque nationale suisse (BNS) a accru la s\u00e9curit\u00e9 et la pr\u00e9visibilit\u00e9 pour la branche d\u2019exportation. Est-ce une mesure suffisante?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> La d\u00e9cision prise par la BNS est cruciale pour l\u2019\u00e9conomie suisse. Le cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro donne \u00e0 nos entreprises la base minimale dont elles ont besoin pour \u00e9tablir leurs budgets \u00e0 moyen et long termes. Bien s\u00fbr, le cours de notre monnaie est encore loin de garantir la parit\u00e9 r\u00e9elle de pouvoir d\u2019achat. Notre industrie d\u2019exportation, principalement l\u2019industrie des machines, des \u00e9quipements \u00e9lectriques et des m\u00e9taux, mais aussi la branche du tourisme, souffrent de la vigueur du franc. Je suis donc tr\u00e8s reconnaissant \u00e0 la direction de la BNS et \u00e0 son pr\u00e9sident, Thomas Jordan, de leur engagement r\u00e9it\u00e9r\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre ce taux plancher par tous les moyens.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>La fermet\u00e9 du franc, durement ressentie par beaucoup, ne devrait gu\u00e8re s<\/i>amoindrir au regard des turbulences qui secouent la zone euro. Ses cons\u00e9quences devraient, en revanche, bient\u00f4t s&#8217;att\u00e9nuer fortement en raison des diff\u00e9rentiels d\u2019inflation. Comment jugez-vous cette \u00e9volution?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Il est vrai qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019inflation en Suisse et que, de fait, la parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat \u00e9volue en notre faveur. Corollaire, le franc suisse se d\u00e9pr\u00e9cie l\u00e9g\u00e8rement en termes r\u00e9els par rapport \u00e0 l\u2019euro. Il faut, toutefois, beaucoup de temps pour r\u00e9tablir une r\u00e9elle parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat. La pression que subit notre \u00e9conomie ne se rel\u00e2che donc qu\u2019\u00e0 long terme. Lorsque l\u2019euro se d\u00e9pr\u00e9cie par rapport au dollar et \u00e0 d\u2019autres devises, c\u2019est avantageux pour la Suisse: cela limite aussi la sur\u00e9valuation du franc par rapport aux devises tierces et, par ailleurs, soutient la conjoncture dans la zone euro.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> Jusqu\u2019en 2008, nous avions un franc faible. Se pourrait-il que la faiblesse du franc et l\u2019essor du march\u00e9 chinois aient conduit, en Suisse, au d\u00e9veloppement d\u2019industries qui, maintenant que la concur-rence s&#8217;est durcie, ne sont plus comp\u00e9titives? <b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Il est certain que la situation qui pr\u00e9valait sur le march\u00e9 des changes jusqu\u2019en 2008 a favoris\u00e9 la place \u00e9conomique suisse. L\u2019industrie suisse s\u2019est, toutefois, bien positionn\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es gr\u00e2ce, non seulement \u00e0 des produits innovants, mais aussi \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration constante des processus de fabrication. En outre, notre \u00e9conomie a beaucoup \u0153uvr\u00e9 pour p\u00e9n\u00e9trer de nouveaux march\u00e9s, notamment en Extr\u00eame-Orient, en Chine et en Inde. La Chine, en particulier, est un march\u00e9 extr\u00eamement exigeant et \u00e2prement disput\u00e9. Plusieurs entreprises suisses s&#8217;y sont implant\u00e9es avec succ\u00e8s, ce qui atteste de leur comp\u00e9titivit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle mondiale.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Qu\u2019a selon vous la Suisse \u00e0 gagner \u00e0 disposer d\u2019une industrie? En effet, nous n\u2019avons quasiment pas de ch\u00f4mage et poss\u00e9dons des branches tertiaires \u00e0 haute valeur ajout\u00e9e.<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Cest tr\u00e8s simple: l\u2019industrie fournit \u00e0 elle seule quelque 630&nbsp;000 emplois directs en Suisse, contribuant ainsi de mani\u00e8re d\u00e9terminante \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de notre pays. En p\u00e9riode de turbulences comme aujourd\u2019hui, force est de constater qu\u2019une \u00e9conomie qui poss\u00e8de, en plus des services, un v\u00e9ritable secteur industriel, s\u2019en sort mieux qu\u2019une autre o\u00f9 il est r\u00e9duit \u00e0 un r\u00f4le secondaire. On le voit bien avec la Grande-Bretagne, o\u00f9 les activit\u00e9s industrielles p\u00e8sent pour moins de 10% dans l\u2019\u00e9conomie nationale. Dans une \u00e9conomie largement diversifi\u00e9e comme la n\u00f4tre, les fluctuations des autres branches peuvent \u00eatre amorties avec succ\u00e8s. Une autre raison, selon moi, fait qu\u2019une \u00e9conomie b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une large assise est tr\u00e8s importante: elle seule est en mesure d\u2019offrir un vrai choix \u00e0 des cat\u00e9gories de personnes aux aptitudes et comp\u00e9tences diverses. Une soci\u00e9t\u00e9 ne doit pas que fournir du travail aux cerveaux, mais aussi aux artisans. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelles sont les chances et les possibilit\u00e9s de l\u2019industrie suisse compte tenu de la d\u00e9t\u00e9rioration de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Il faut de l&#8217;innovation et encore de l&#8217;innovation. De meilleurs produits et processus sont autant d&#8217;avantages \u00e9conomiques pour l\u2019industrie suisse. Il est donc d\u00e9terminant pour nous d\u2019am\u00e9liorer en permanence les processus d\u2019innovation. Cela inclut beaucoup de choses: une main-d\u2019\u0153uvre bien form\u00e9e \u00e0 tous les \u00e9chelons, depuis les travailleurs qualifi\u00e9s jusqu\u2019aux ing\u00e9nieurs, une \u00e9troite collaboration entre les entreprises et les hautes \u00e9coles, un march\u00e9 des capitaux qui fonc-tionne bien, y compris pour le capital-risque, une bonne marge de man\u0153uvre entrepreneuriale. Il faut surtout des entrepreneurs qui prennent au s\u00e9rieux et vivent intens\u00e9ment l\u2019esprit d\u2019entreprise. L\u2019\u00c9tat a aussi son r\u00f4le \u00e0 jouer: il est, d\u2019une part, responsable de l\u2019offre de formation \u00e0 tous les \u00e9chelons et il soutient, d\u2019autre part, les projets novateurs par le biais de la CTI, l&#8217;agence pour la promotion de l\u2019innovation.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelles mesures l\u2019\u00c9tat peut-il prendre sans sacrifier ce mod\u00e8le de r\u00e9ussite qu&#8217;est notre politique \u00e9conomique, laquelle ne pr\u00f4ne pas l\u2019intervention directe dans les branches et les entreprises?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> La politique \u00e9conomique doit favoriser la comp\u00e9titivit\u00e9 des entreprises. Elle repose sur quatre piliers: elle doit, premi\u00e8rement, fournir une main-d\u2019\u0153uvre optimale gr\u00e2ce \u00e0 la formation. Deuxi\u00e8mement, elle peut promouvoir l\u2019innovation par le truchement de la CTI. Troisi\u00e8mement, elle peut aider les entreprises \u00e0 abaisser leurs co\u00fbts en all\u00e9geant leurs charges administratives et en r\u00e9duisant le poids de la r\u00e9glementation. Enfin, quatri\u00e8mement, il incombe \u00e0 l\u2019\u00c9tat de soutenir les entreprises dans la prospection de nouveaux march\u00e9s. Cela peut se faire \u00e0 travers des accords de libre-\u00e9change, mais aussi des prestations que proposent les repr\u00e9sentations diplomatiques et les Business Hubs sp\u00e9cialis\u00e9s pr\u00e9sents sur 18 march\u00e9s du monde entier. <b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Il y a peu, la libre circulation des personnes passait encore pour un mod\u00e8le de r\u00e9ussite. Continuera-t-elle \u00e0 l\u2019avenir de jouer un r\u00f4le majeur, malgr\u00e9 l\u2019activation de la clause de sauvegarde? <b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> La libre circulation des personnes est et demeure cruciale pour l\u2019\u00e9conomie suisse. Elle a accru la prosp\u00e9rit\u00e9 de notre pays. Les entreprises en ont particuli\u00e8rement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, puisqu&#8217;elles ont pu recruter de la main-d\u2019\u0153uvre dans la zone UE\/AELE. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l\u2019ouverture du march\u00e9 du travail a contribu\u00e9 de mani\u00e8re d\u00e9terminante \u00e0 la croissance \u00e9conomique et \u00e0 la progression de l\u2019emploi en Suisse. On entend toutefois, ces derniers temps, de plus en plus de critiques contre l\u2019immigration. Elles pointent \u2013 non sans raison \u2013 certaines de ses cons\u00e9quences qui p\u00e8sent sur le march\u00e9 du travail et celui du logement; force est, toutefois, de constater que ces derni\u00e8res sont rest\u00e9es strictement limit\u00e9es jusqu\u2019ici.Pour le temps \u00e0 venir, je veux consolider la libre circulation des personnes avec nos partenaires de l\u2019Espace \u00e9conomique europ\u00e9en, car l\u2019\u00e9conomie suisse en est une composante. Je veux, parall\u00e8lement, veiller \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019y ait pas de pression sur les salaires et que le travail s\u2019effectue selon nos conditions locales. Je suis, par cons\u00e9quent, tr\u00e8s heureux que le Parlement ait ajust\u00e9 et affin\u00e9 les mesures d\u2019accompagnement et, r\u00e9pondant en cela \u00e0 une demande de ce dernier, je soumettrai une proposition lors de la session d\u2019automne concernant la responsabilit\u00e9 solidaire.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Dans notre syst\u00e8me \u00e9conomique lib\u00e9ral, il appartient au march\u00e9 de d\u00e9cider de la comp\u00e9titivit\u00e9. En fin de compte et si l&#8217;on r\u00e9sume, quelles sont selon vous les possibilit\u00e9s et les limites du march\u00e9 et de l\u2019\u00c9tat?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Nous savons d\u2019exp\u00e9rience que le march\u00e9 ne peut tout r\u00e9gler \u00e0 lui seul. Il faut un \u00c9tat fort qui d\u00e9finit des conditions-cadres permettant \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de se d\u00e9velopper de mani\u00e8re optimale pour le bien de la soci\u00e9t\u00e9 toute enti\u00e8re. Ce faisant, l\u2019\u00c9tat doit veiller \u00e0 ce que les diff\u00e9rents acteurs de l\u2019industrie et des services b\u00e9n\u00e9ficient de conditions avantageuses. Il doit, en m\u00eame temps, emp\u00eacher les d\u00e9rives auxquelles l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 doit ensuite pallier.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Jusqu\u2019ici, l\u2019industrie d\u2019exportation a remarquablement tir\u00e9 son \u00e9pingle du jeu malgr\u00e9 les importants d\u00e9fis \u00e0 relever dans un contexte extr\u00eamement difficile. Jusqu\u2019o\u00f9 va, selon vous, la solidarit\u00e9 des entreprises envers la place \u00e9conomique suisse? Qu\u2019est-ce qui pourrait la remettre en cause?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Il est r\u00e9jouissant que notre industrie se soit aussi bien maintenue; ce n&#8217;\u00e9tait pas forc\u00e9ment \u00e9vident. Il y a plusieurs raisons \u00e0 cela. \u00c9voquons au premier chef la conjoncture mondiale, \u00e0 commencer par l\u2019industrie allemande. Les fournisseurs suisses sont demand\u00e9s et ils saisissent l\u2019opportunit\u00e9 qui leur est offerte de mettre au service des march\u00e9s mondiaux leurs produits de qualit\u00e9, leurs efforts d\u2019innovation durables et leur grande efficacit\u00e9, laquelle est encore transcend\u00e9e par la n\u00e9cessit\u00e9 et la fermet\u00e9 du franc. Les entreprises s\u2019attachent \u00e0 am\u00e9liorer leurs structures de co\u00fbts et \u00e0 rester sur le march\u00e9. Le r\u00e9sultat est r\u00e9jouissant. L\u2019\u00e9volution \u00e0 long terme est un peu plus probl\u00e9matique. Les entreprises s\u2019implantent en principe l\u00e0 o\u00f9 les clients se trouvent. Comme le centre de gravit\u00e9 de l\u2019industrie mondiale se d\u00e9place de plus en plus vers l\u2019Extr\u00eame-Orient, et plus particuli\u00e8rement en Chine, les fournisseurs s\u2019implantent in\u00e9vitablement \u00e0 proximit\u00e9 afin de limiter les risques li\u00e9s aux cha\u00eenes de valeur ajout\u00e9e. Le deuxi\u00e8me crit\u00e8re est celui des co\u00fbts qui, \u00e9videmment, restent int\u00e9ressants en Extr\u00eame-Orient.Nous avons pu observer exactement ce quil en \u00e9tait r\u00e9ellement et cest plut\u00f4t r\u00e9-confortant. Sur trois entreprises qui ont d\u00e9localis\u00e9, une seule est all\u00e9e au bout de la d\u00e9 marche. Ce constat ajout\u00e9 au cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro et aux bonnes conditions-cadres qu\u2019offre la Suisse me persuadent que la plupart des entreprises resteront chez nous. Certes, il y a toujours des exceptions et je les connais. Si chacune m\u2019agace, je dois m\u2019y plier car elle est finalement d\u00e9termin\u00e9e par le march\u00e9.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quelles possibilit\u00e9s un ministre de l\u2019\u00c9conomie a-t-il d\u2019intervenir, y compris en tenant compte des conditions du march\u00e9, et qu\u2019est-ce qui peut limiter son action?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Sa marge de man\u0153uvre est tr\u00e8s faible dans certains cas. Il doit en \u00eatre ainsi. Nous b\u00e9n\u00e9ficions d\u2019un r\u00e9gime lib\u00e9ral sain. \u00c0 la Conf\u00e9d\u00e9ration et aux cantons de fixer les conditions-cadres, aux entreprises de trouver leur voie par ellesm\u00eames. Si je suis intervenu dans le cas de Merck Serono \u00e0 Gen\u00e8ve, de Novartis \u00e0 Prangins avant cela, mais aussi dans d\u2019autres circonstances qui n\u2019ont pas b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de la m\u00eame visibilit\u00e9, c\u2019\u00e9tait d&#8217;abord pour envoyer un signal clair: ne regardez pas seulement les co\u00fbts \u00e0 court terme mais aussi tous les facteurs d\u2019implantation. J\u2019ai voulu rappeler ensuite clairement aux entreprises que nous jouissons dans ce pays d\u2019un acquis tout particulier: le partenariat social. Lorsque les deux partenaires sociaux vont l\u2019un vers l\u2019autre et se rencontrent dans un esprit de transparence et de sinc\u00e9rit\u00e9, la propension \u00e0 trouver un consensus \u2013 et donc des solutions \u2013 augmente, c\u2019est ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec Novartis \u00e0 Prangins. Nous verrons ce quil en sera \u00e0 Gen\u00e8ve. Mais j\u2019ai \u00e0 c\u0153ur de garder en Suisse la main-d\u2019\u0153uvre tr\u00e8s qualifi\u00e9e, notamment les chercheurs en biotechnologie, et d\u2019\u0153uvrer \u00e0 ce qu\u2019elle n\u2019aille pas voir ailleurs. Nous parlons d&#8217;essaimages (\u00abspins-off\u00bb), de jeunes pousses (\u00abstart-up\u00bb) gravitant dans l\u2019environnement hautement qualifi\u00e9 de l\u2019EPFL et des universit\u00e9s de Lausanne et de Gen\u00e8ve. Une telle alchimie devrait, \u00e0 vrai dire, conduire \u00e0 ce que perdure ce qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 en ce lieu. Il est, toutefois, tr\u00e8s regrettable que la direction du groupe Merck-Serono tienne \u00e0 fermer son site de Gen\u00e8ve.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Revenons \u00e0 la crise de l\u2019euro. En Gr\u00e8ce, les forces pr\u00f4nant le respect du plan d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9forme convenu avec l\u2019UE ont remport\u00e9 les \u00e9lections. Voil\u00e0 de quoi mettre en confiance les milieux boursiers, mais aussi le Conseil f\u00e9d\u00e9ral. On ne voit, cependant, pas quand la crise de l&#8217;euro s&#8217;ach\u00e8vera. Quelles peuvent en \u00eatre selon vous les r\u00e9percussions sur la Suisse?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Elles sont difficiles \u00e0 \u00e9valuer, que ce soit pour moi ou pour un autre. Je note, toutefois, avec une certaine satisfaction que les forces qui se sont impos\u00e9es sont celles qui acceptent de remplir les obligations auxquelles le soutien de Bruxelles est li\u00e9. Pour moi, il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00e9trangler l\u2019\u00e9conomie en multipliant les mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. J\u2019estime qu\u2019il faut trouver un \u00e9quilibre entre les \u00e9conomies et les gains d\u2019efficacit\u00e9; les investissements sont \u00e9galement essentiels pour s\u2019ouvrir des opportunit\u00e9s. Bruxelles a maintenant la t\u00e2che d\u2019aider le nouveau gouvernement grec \u00e0 trouver le bon dosage pour stabiliser le pays. La r\u00e8gle veut, en effet, qu\u2019on n\u2019investisse que si l\u2019environnement est stable. C\u2019est valable pour la Gr\u00e8ce comme pour l\u2019UE et d\u2019autres r\u00e9gions. Si la stabilit\u00e9 r\u00e8gne, les entreprises sont pr\u00eates \u00e0 courir des risques, et de nouvelles opportunit\u00e9s s\u2019ouvrent alors. Je suis par cons\u00e9quent convaincu que les r\u00e9sultats des urnes permettront de d\u00e9boucher sur une nouvelle stabilit\u00e9 en Gr\u00e8ce.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>En tant que ministre de l\u2019\u00c9conomie, vous \u00eates particuli\u00e8rement sollicit\u00e9 dans le contexte tr\u00e8s difficile auquel est confront\u00e9e l\u2019industrie d\u2019exportation. Selon vous, qu\u2019est-il important d\u2019entreprendre aujourd\u2019hui et dans les prochains mois pour repousser la menace de crise en Suisse?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Nos conditions-cadres sont fonci\u00e8rement bonnes. Nous sommes l\u2019un des pays les plus comp\u00e9titifs et les plus innovants et nous disposons d\u2019un syst\u00e8me de formation de tout premier plan comptant d\u2019excellentes hautes \u00e9coles. Toutefois, et c\u2019est l\u2019ancien alpiniste que je suis qui s\u2019exprime: on ne commet des erreurs que si l\u2019on est trop s\u00fbr de soi. J\u2019entends par l\u00e0 qu\u2019il faut avoir une vigilance totale et redoubler d\u2019efforts pour rester parmi les pays les plus comp\u00e9titifs et les plus innovants. C\u2019est la condition premi\u00e8re d\u2019un bel avenir pour notre \u00e9conomie.Nous \u0153uvrons, par ailleurs, \u00e0 l\u2019ouverture des march\u00e9s par la conclusion d\u2019accords de libre-\u00e9change avec les grands pays \u00e9mergents tels l\u2019Inde et la Chine. Ils sont, en principe, r\u00e9ceptifs \u00e0 nos produits industriels et \u00e0 nos services. Nous travaillons \u00e9galement au d\u00e9veloppement de conditions-cadres \u00e0 long terme permettant d\u2019ouvrir des opportunit\u00e9s aux entreprises. Ces derni\u00e8res doivent, de leur c\u00f4t\u00e9, se frayer leur propre chemin dans le monde.Actuellement, on peut dire il n\u2019y a pas n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;agir \u00e0 tr\u00e8s court terme. La croissance de l\u2019\u00e9conomie suisse est bonne, ce qui est r\u00e9jouissant. Le taux de ch\u00f4mage est bas et le taux d\u2019emploi tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Je reste, toutefois, tr\u00e8s vigilant. Nous discutons continuellement des sc\u00e9narios possibles et des mesures \u00e0 prendre. Tant que leur besoin ne se fait pas sentir, nous pouvons nous estimer contents.<b>La Vie \u00e9conomique:<\/b> <i>Quel r\u00f4le joue, dans ce contexte, la politique de croissance 2012-2015 r\u00e9cemment arr\u00eat\u00e9e par le Conseil f\u00e9d\u00e9ral?<b>J. N. Schneider-Ammann:<\/b> Elle joue pr\u00e9cis\u00e9ment un r\u00f4le essentiel, \u00e9tant donn\u00e9 qu&#8217;elle doit am\u00e9liorer \u00e0 long terme les conditions-cadres dont j\u2019ai parl\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. La politique de croissance vise avant tout \u00e0 accro\u00eetre la productivit\u00e9 du travail, notamment dans les secteurs int\u00e9rieurs comme la sant\u00e9 publique, l\u2019agriculture et la construction, ainsi que dans le secteur public. Le domaine de l\u2019\u00e9nergie a \u00e9galement un r\u00f4le \u00e0 jouer. Nous voulons passer \u00e0 long terme aux \u00e9nergies renouvelables, mais ce changement doit intervenir sans que notre \u00e9conomie nationale en p\u00e2tisse. Cela signifie que les co\u00fbts \u00e9nerg\u00e9tiques doivent rester bas. La politique de croissance contient \u00e0 cet \u00e9gard toute une s\u00e9rie de mesures \u00e0 d\u00e9ployer. Je suis convaincu que cette politique d\u00e9cid\u00e9e pour les ann\u00e9es 2012\u20132015 nous permettra d\u2019aller beaucoup plus loin que cela n\u2019a \u00e9t\u00e9 le cas lors de la p\u00e9riode \u00e9coul\u00e9e. C\u2019est primordial pour maintenir un niveau d\u2019emploi \u00e9lev\u00e9 dans notre pays.<i>Entretien et r\u00e9daction: Geli Spescha, r\u00e9dacteur en chef de<\/i> La Vie \u00e9conomiqueTranscription: Simon D\u00e4llenbach, r\u00e9dacteur \u00e0 La Vie \u00e9conomique<\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/i><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;\u00e9conomie suisse se maintient mieux que pr\u00e9vu, gr\u00e2ce \u00e0 une conjoncture int\u00e9rieure solide et \u00e0 des exportations qui r\u00e9sistent relativement bien, en d\u00e9pit d&#8217;un franc fort et de la morosit\u00e9 qui r\u00e8gne plus particuli\u00e8rement dans l&#8217;UE. 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