{"id":150024,"date":"2012-07-01T12:00:00","date_gmt":"2012-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/07\/zuercher-10\/"},"modified":"2023-08-24T00:46:41","modified_gmt":"2023-08-23T22:46:41","slug":"zuercher-10","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/07\/zuercher-10\/","title":{"rendered":"La Suisse souffre-t-elle du syndrome hollandais?"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019article ci-dessous traite des origines structurelles dune possible d\u00e9sindustrialisation de la Suisse dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Il part du mod\u00e8le en trois secteurs qui est \u00e0 la base de ce que l\u2019on appelle \u00able mal hollandais\u00bb. On verra que la Suisse r\u00e9unit diff\u00e9rentes conditions qui la pr\u00e9disposaient \u00e0 d\u00e9velopper ce syndrome dans le pass\u00e9. Cependant, une politique \u00e9conomique appropri\u00e9e lui a jusqu\u2019ici \u00e9vit\u00e9 des trajectoires qui auraient pu se r\u00e9v\u00e9ler n\u00e9fastes, de sorte qu\u2019il n\u2019y a pas de raison de craindre une d\u00e9sindustrialisation aggrav\u00e9e.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDans les ann\u00e9es soixante, la d\u00e9couverte de gaz naturel \u00e0 Groningue, aux Pays-Bas, a entra\u00een\u00e9 un \u00abboom\u00bb des investissements et des exportations, ainsi qu\u2019un afflux consid\u00e9rable de capitaux sous la forme d\u2019investissements directs qui promettaient de donner des ailes \u00e0 l\u2019\u00e9conomie n\u00e9erlandaise. Le changement structurel qui en est r\u00e9sult\u00e9 lui a, toutefois, pos\u00e9 de s\u00e9rieux probl\u00e8mes. Il a eu des r\u00e9percussions particuli\u00e8rement n\u00e9fastes sur le secteur industriel. Des emplois ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s et le pays a subi une v\u00e9ritable d\u00e9sindustrialisation. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019est la revue <i>The Economist<\/i> qui a utilis\u00e9 le terme de \u00abdutch disease\u00bb (mal hollandais) pour qualifier cette d\u00e9rive. Elle voulait exprimer par l\u00e0 qu\u2019une \u00e9volution en soi salutaire \u2013 la hausse des revenus cons\u00e9cutive \u00e0 celle des recettes d\u2019exportation \u2013 peut provoquer des changements structurels \u00e0 double tranchant dans le pays.Le ph\u00e9nom\u00e8ne du syndrome hollandais offre un cadre appropri\u00e9 pour analyser l\u2019avenir de la place industrielle suisse. En effet, il s\u2019agit moins d\u2019examiner l\u2019\u00e9volution con-joncturelle que les facteurs susceptibles de provoquer \u00e0 moyen ou \u00e0 long terme une d\u00e9sindustrialisation. C\u2019est pourquoi nous commencerons par d\u00e9crire succinctement le mod\u00e8le des trois secteurs qui est \u00e0 la base du mal hollandais. Ensuite, nous montrerons les liens pertinents de causalit\u00e9 et les cons\u00e9-quences que peut avoir le \u00abboom\u00bb d\u2019un secteur sur les autres pans de l\u2019\u00e9conomie. Dans une deuxi\u00e8me partie, nous nous demanderons par analogie si l\u2019\u00e9conomie suisse actuelle pr\u00e9sente les m\u00eames traits que celle des Pays-Bas de l\u2019\u00e9poque, \u00e0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s que le secteur financier remplace dans notre pays l\u2019industrie gazi\u00e8re. Il en ressort que l\u2019\u00e9conomie suisse n\u2019a pas suivi jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent une \u00e9volution qui soit v\u00e9ritablement caract\u00e9ristique du mal hollandais, bien que diverses conditions aient pu \u00eatre r\u00e9unies au plan structurel. Il est, alors, particuli\u00e8rement int\u00e9ressant de savoir pourquoi elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e. La r\u00e9ponse \u00e0 cette question peut d\u00e9boucher finalement sur des recommandations concernant la politique \u00e9conomique.&#13;<\/p>\n<h2>Un mod\u00e8le simple bas\u00e9 sur trois secteurs<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe mod\u00e8le utilis\u00e9 pour l\u2019analyse du syndrome hollandais a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9 par les \u00e9conomistes Max Corden et Peter Neary&#13;<br \/>\nVoir Corden et Neary (1982), ainsi que Corden (1984).. Tr\u00e8s simple, il se fonde sur un secteur tourn\u00e9 vers le march\u00e9 int\u00e9rieur, un secteur industriel et un secteur appel\u00e9 \u00aben plein boom\u00bb.1. Le <i>secteur \u00e9conomique tourn\u00e9 vers le march\u00e9 int\u00e9rieur<\/i> produit des biens et des services qui ne peuvent pas s\u2019\u00e9changer sur la sc\u00e8ne internationale. Cela inclut certains produits agricoles, la construction, les services personnels, les prestations du syst\u00e8me de sant\u00e9 et d\u2019autres domaines isol\u00e9s du march\u00e9 international. L\u2019\u00c9tat et les entreprises qui lui sont proches font \u00e9galement partie de ce secteur. 2. Le <i>secteur tourn\u00e9 vers l\u2019exportation<\/i> produit des biens et des services \u00e9changeables sur les march\u00e9s internationaux. Il rassemble les branches et les entreprises qui exportent ou qui sont soumises \u00e0 la concurrence des importations. Concr\u00e8tement, cela inclut les branches MEM, l\u2019industrie pharmaceutique et chimique, une grande partie du secteur manufacturier, l\u2019horlogerie et les instruments de pr\u00e9cision ainsi que certaines activit\u00e9s touristiques. Par souci de simplification, nous ne parlerons ci-apr\u00e8s que du secteur industriel.3. Enfin, le <i>secteur en plein<\/i> \u00abboom\u00bb produit lui aussi des biens ou des services \u00e9changeables au niveau international. Il peut s\u2019agir de mati\u00e8res premi\u00e8res ou d\u2019agents \u00e9nerg\u00e9tiques, tels que le gaz naturel ou le p\u00e9trole, mais \u00e9galement de prestations sp\u00e9ciales comme des services financiers dans le cas de la Suisse ou de la Grande-Bretagne. Cependant, l\u2019aspect le plus important est le \u00abboom\u00bb: ce secteur cro\u00eet plus vite que les autres. Le mod\u00e8le n\u2019explique pas en d\u00e9tail les raisons de son expansion soudaine, mais laisse supposer qu\u2019elle est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par des circonstances exog\u00e8nes. En gonflant les recettes d\u2019exportation, le \u00abboom\u00bb du troisi\u00e8me secteur entra\u00eene une croissance g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e9conomie dans le pays ainsi qu\u2019une hausse des revenus. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019accompagne d\u2019un afflux substantiel de capitaux \u00e9trangers&#13;<br \/>\nDans le mod\u00e8le original, ces capitaux arrivent sous la forme d\u2019investissements directs dans le secteur en plein essor, entra\u00eenant ainsi une appr\u00e9ciation de la monnaie nationale.. Toute la question est de savoir comment les autres secteurs r\u00e9agissent \u00e0 cette expansion. L\u2019un des principaux constats est que le secteur en plein \u00abboom\u00bb entre en concurrence avec le secteur industriel sur les march\u00e9s des facteurs de production et qu\u2019il provoque une appr\u00e9ciation r\u00e9elle de la monnaie, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui r\u00e9duit encore la comp\u00e9titivit\u00e9 internationale de l\u2019industrie. Dans les deux cas, cette derni\u00e8re subit une \u00e9rosion de ses marges ou voit sa rentabilit\u00e9 diminuer. Cela peut aller jusqu\u2019au retrait du march\u00e9 ou \u00e0 la d\u00e9localisation d\u2019entreprises industrielles vers des endroits plus avantageux, donc \u00e0 une d\u00e9sindustrialisation.&#13;<\/p>\n<h2>Les liens de causalit\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe secteur tourn\u00e9 vers le march\u00e9 int\u00e9rieur b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une progression de la demande, due \u00e0 l\u2019accroissement des revenus, et peut d\u00e8s lors augmenter ses prix et ses salaires. Expos\u00e9e \u00e0 la concurrence internationale, l\u2019industrie n\u2019a en revanche aucune marge de man\u0153uvre en mati\u00e8re de prix et profite donc moins de l\u2019accroissement des revenus. Cela provoque une hausse relative des prix des biens et services non \u00e9chang\u00e9s par rapport aux autres; cela correspond \u00e0 une appr\u00e9ciation r\u00e9elle de la monnaie, connue \u00e9galement sous le nom d\u2019<i>effet Balassa-Samuelson.<\/i> Les consommateurs en profitent dans la mesure o\u00f9 les produits import\u00e9s co\u00fbtent moins cher. En revanche, une pression s\u2019exerce sur la rentabilit\u00e9 des entreprises tourn\u00e9es vers l\u2019exportation ou expos\u00e9es \u00e0 la concurrence des importations. Le secteur en plein \u00abboom\u00bb a des besoins croissants de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. Ses salaires augmentent plus vite que ceux du secteur industriel. Pour rester concurrentiel malgr\u00e9 un capital humain limit\u00e9, ce dernier doit suivre le mouvement. \u00c9tant donn\u00e9 que, par ailleurs, le secteur en plein \u00abboom\u00bb se procure davantage de biens et de services aupr\u00e8s de celui tourn\u00e9 vers le march\u00e9 int\u00e9rieur, les prix relatifs continuent d\u2019\u00e9voluer au d\u00e9triment de l\u2019industrie. L\u2019\u00c9tat a un effet similaire: gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019augmentation des revenus, il engrange davantage de recettes fiscales et peut donc \u00e9tendre ses activit\u00e9s, ce qui l\u2019am\u00e8ne aussi \u00e0 consommer davantage de biens et de services provenant du secteur tourn\u00e9 vers le march\u00e9 int\u00e9rieur.Nous avons donc affaire \u00e0 deux liens de causalit\u00e9: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les prix relatifs qui \u00e9voluent au d\u00e9triment de l\u2019industrie \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019appr\u00e9ciation r\u00e9elle de la monnaie \u2013 et de l\u2019autre, la baisse de rentabilit\u00e9 de l\u2019industrie. Dans les deux cas, on a suppos\u00e9 jusqu\u2019ici qu\u2019une concurrence parfaite r\u00e9gnait sur les march\u00e9s des facteurs de production, et que les salaires et les prix r\u00e9agissaient avec souplesse. Or, cette hypoth\u00e8se ne s\u2019est pas v\u00e9rifi\u00e9e. Nous devons \u00eatre r\u00e9alistes et partir du principe que la croissance du secteur en plein \u00abboom\u00bb peut m\u00eame alimenter des tendances r\u00e9cessives. Certes, ce secteur exerce une pression \u00e0 la hausse sur les prix, en raison de l\u2019augmentation de la demande int\u00e9rieure. Toutefois, l\u2019inflation exige que la politique mon\u00e9taire se montre accommodante face \u00e0 la hausse suppl\u00e9mentaire de revenus. Si elle ne le fait pas ou insuffisamment, la devise nationale s\u2019appr\u00e9cie dans un r\u00e9gime de taux de change flottants, tandis qu\u2019une tendance d\u00e9flationniste fait baisser les salaires et les prix. Au cas o\u00f9 ceux-ci restent fig\u00e9s \u00e0 un faible niveau, il faut s\u2019attendre \u00e0 un recul de l\u2019emploi, \u00e0 une hausse du ch\u00f4mage ou \u00e0 une nouvelle \u00e9rosion des marges du secteur industriel.&#13;<\/p>\n<h2>Analogie avec la situation suisse et faits stylis\u00e9s<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans le cas des Pays-Bas, les liens de causalit\u00e9 esquiss\u00e9s ci-dessus sont bien document\u00e9s. La d\u00e9couverte de vastes gisements de gaz naturel s\u2019est traduite par une vague de d\u00e9sindustrialisation. Confront\u00e9es \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation rapide et vigoureuse du florin, des entreprises industrielles riches d\u2019une longue tradition ont d\u00fb se battre pour survivre. Actuellement, l\u2019Australie pr\u00e9sente une configuration similaire \u00e0 la suite du \u00abboom\u00bb persistant des mati\u00e8res premi\u00e8res dans le monde&#13;<br \/>\nVoir Corden 2012.. On rencontre aussi des sympt\u00f4mes du mal hollandais dans quelques pays moins d\u00e9velopp\u00e9s, par exemple lorsque l\u2019exploitation d\u2019importants gisements de mati\u00e8res premi\u00e8res entrave l\u2019industrialisation projet\u00e9e. Durant la crise des march\u00e9s financiers, on a appliqu\u00e9 maintes fois ce mod\u00e8le \u00e0 des situations dans lesquelles il ne s\u2019agissait pas de la d\u00e9couverte ou de l\u2019exploitation de mati\u00e8res premi\u00e8res. Mentionnons par exemple l\u2019afflux d\u2019investissements directs en Irlande, qui a entra\u00een\u00e9 jusqu\u2019en 2007 une hausse des recettes d\u2019exportation, ou l\u2019expansion rapide du secteur financier au Royaume-Uni&#13;<br \/>\nVoir Laidler 2008.. En ce qui concerne la Suisse, il est facile d\u2019\u00e9tablir une analogie entre le secteur financier \u2013 en particulier la gestion de fortune \u2013 et la d\u00e9couverte de gaz naturel aux Pays-Bas (ne serait que parce que l\u2019argent est volatil et qu\u2019il pr\u00e9sente de ce fait certaines ressemblances avec le gaz). Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, l\u2019aspect d\u00e9terminant du mod\u00e8le est que le troisi\u00e8me secteur cro\u00eet plus vite que le reste de l\u2019\u00e9conomie, que le produit de ses exportations est \u00e9lev\u00e9 et qu\u2019il g\u00e9n\u00e8re d\u2019importants flux de capitaux. Tout cela est vrai pour le secteur financier suisse et en particulier pour la gestion de fortune&#13;<br \/>\nLa gestion de fortune agit comme un chauffe-eau: une masse de capitaux affluent vers la Suisse, provoquant une forte demande de francs, avant de repartir vers l\u2019\u00e9tranger pour y \u00eatre investis. Une partie de ces capitaux restent toutefois en Suisse, o\u00f9 ils exercent un effet positif sur les revenus. Si les investissements ne retournaient pas \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, il ne fait aucun doute que l\u2019inflation augmenterait fortement ou que le franc s\u2019appr\u00e9cierait encore davantage.. En outre, ce secteur a incontestablement connu un \u00abboom\u00bb durant les derni\u00e8res d\u00e9cennies. Il a largement profit\u00e9 de la mondialisation financi\u00e8re, soit de la lev\u00e9e des contr\u00f4les sur les mouvements de capitaux et de l\u2019ouverture internationale des march\u00e9s les concernant&#13;<br \/>\nVoir Seco 2006.. Signalons \u00e0 cet \u00e9gard le r\u00f4le particulier jou\u00e9 par la gestion de fortune, en lien avec le secret bancaire. Le succ\u00e8s relatif du secteur financier s\u2019est manifest\u00e9 notamment \u00e0 travers le niveau \u00e9lev\u00e9 des gains et des salaires moyens. En cons\u00e9quence, l\u2019allocation de ressources a \u00e9t\u00e9 fauss\u00e9e dans l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie et b\u00e9n\u00e9ficie indubitablement au secteur financier. Le \u00abboom\u00bb de ce dernier a \u00e9galement eu un effet salutaire sur les caisses de la Conf\u00e9d\u00e9ration, des cantons et des communes. En outre, le secteur financier relativement important de la Suisse a de tout temps profit\u00e9 de la force du franc et contribu\u00e9 \u00e0 son appr\u00e9ciation. Depuis l\u2019effondrement du syst\u00e8me de Bretton-Woods, son cours r\u00e9el, pond\u00e9r\u00e9 par les exportations, tend effectivement \u00e0 s\u2019appr\u00e9cier de 0,5% par an. L\u2019\u00eelot de chert\u00e9 suisse est, en outre, bien connu. L\u2019industrie constitue, enfin, la base de nos exportations et tant dans la chimie-pharma que dans l\u2019industrie MEM, la part des marchandises export\u00e9es d\u00e9passe largement les 50%. Dans l\u2019ensemble, la r\u00e9alit\u00e9 suisse pr\u00e9sente donc de nombreux parall\u00e8les avec le mod\u00e8le utilis\u00e9 pour expliquer le syndrome hollandais.&#13;<\/p>\n<h2>Que faire?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nBien qu\u2019elle r\u00e9unisse en principe toutes les conditions d\u2019une d\u00e9sindustrialisation si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re au mod\u00e8le mentionn\u00e9, la Suisse fait toujours partie des pays de l\u2019OCDE dans lesquels l\u2019industrie fournit la plus haute valeur ajout\u00e9e par habitant. Son \u00e9conomie a visiblement pu surmonter les mutations structurelles \u00e9voqu\u00e9es, ce qui lui a \u00e9vit\u00e9 une d\u00e9sindustrialisation. \u00c0 quoi cela tient-il? Sans pr\u00e9tendre \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9, en voici quelques raisons importantes:1. La Suisse n\u2019a jamais soutenu l\u2019industrie par une politique sp\u00e9cifique, bien qu\u2019il e\u00fbt sembl\u00e9 logique de le faire, compte tenu de la pression latente exerc\u00e9e sur ce secteur. Cela a eu jusqu\u2019ici l\u2019avantage de pousser le secteur industriel \u00e0 proc\u00e9der de lui-m\u00eame aux transformations n\u00e9cessaires, accroissant ainsi sa valeur ajout\u00e9e.2. \u00c0 l\u2019absence d\u2019une politique industrielle explicite s\u2019ajoute un march\u00e9 du travail jug\u00e9 tr\u00e8s souple par les experts. C\u2019est l\u00e0 aussi une condition importante pour que le changement structurel puisse se r\u00e9aliser de mani\u00e8re efficace. 3. La politique mon\u00e9taire a toujours accord\u00e9 la priorit\u00e9 aux taux de change flottants. Cependant, elle n\u2019a pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 affaiblir le franc lorsqu\u2019une telle mesure s\u2019imposait en dernier recours, comme c\u2019est de nouveau le cas actuellement. Le secteur industriel a ainsi \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 un changement structurel au mieux inefficace \u2013 car excessif. 4. Le secteur industriel lui-m\u00eame s\u2019est habitu\u00e9 \u00e0 la sur\u00e9valuation traditionnelle du franc: il s\u2019efforce d\u2019\u00e9viter la concurrence en mati\u00e8re de prix et de co\u00fbts, pour se concentrer sur l\u2019innovation et la qualit\u00e9. Si l\u2019industrie a pu rester comp\u00e9titive dans ces deux domaines, c\u2019est aussi parce que la Suisse a mis sur pied un syst\u00e8me efficace de formation et d\u2019innovation. Les entreprises elles-m\u00eames investissent des sommes importantes dans la R&amp;D et s\u2019engagent dans le syst\u00e8me sp\u00e9cifique de formation duale. 5. L\u2019ouverture des march\u00e9s est un \u00e9l\u00e9ment important. Tandis que la mondialisation s\u2019intensifiait, la politique \u00e9conomique a pos\u00e9 correctement les jalons: la Suisse a continu\u00e9 d\u2019ouvrir ses march\u00e9s non seulement aux biens et aux services, mais \u00e9galement aux facteurs de production. Cette politique vaut en particulier pour l\u2019accord sur la libre circulation des personnes. La main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, voire tr\u00e8s qualifi\u00e9e, constitue le principal facteur de production des secteurs exportateurs. Lindustrie compte dautant plus l\u00e0-dessus quelle doit simposer par linnovation. Louverture du march\u00e9 du travail lui a permis d\u00e9largir ses possibilit\u00e9s de recrutement au-del\u00e0 des fronti\u00e8res. Elle a pu d\u00e8s lors all\u00e9ger sensiblement la pression sur les salaires et maintenir sa rentabilit\u00e9.6. Un autre point important concerne la limitation de l\u2019activit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. De nombreuses analyses consacr\u00e9es \u00e0 la maladie hollandaise parviennent \u00e0 la m\u00eame conclusion: le marasme \u00e9conomique qui a suivi la d\u00e9couverte de gaz naturel aux Pays-Bas s\u2019explique principalement par l\u2019activit\u00e9 d\u00e9mesur\u00e9e de l\u2019\u00c9tat et par l\u2019\u00e9conomie de rente qui l\u2019accompagnait. Or, la Suisse dispose du frein \u00e0 l\u2019endettement, un instrument essentiel pour stabiliser l\u2019activit\u00e9 \u00e9tatique. La concurrence fiscale, li\u00e9e au syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9raliste, est aussi un moyen d\u2019endiguer les d\u00e9bordements de l\u2019\u00c9tat.Si la Suisse parvient \u00e0 maintenir cette configuration, elle a peu de raisons de craindre une nouvelle vague de d\u00e9sindustrialisation, d\u2019autant que son secteur en plein \u00abboom\u00bb va plut\u00f4t subir un redimensionnement. Cette \u00e9volution soul\u00e8vera d\u2019autres probl\u00e8mes, tout aussi importants, mais elle devrait en contrepartie donner une bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne \u00e0 l\u2019industrie.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abValeur ajout\u00e9e industrielle nominale par habitant (en euros), 2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00ab\u00c9volution de la valeur ajout\u00e9e r\u00e9elle brute en Suisse, 1980\u20132011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00abEffet de l\u2019appr\u00e9ciation du franc, selon le degr\u00e9 d\u2019implication dans le commerce ext\u00e9rieur\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Corden Max W. et Neary J. Peter, \u00ab\u2039Booming Sector and De-Industrialisation in a Small Open Economy\u00bb, <i>The Economic Journal,<\/i> vol. 92, 1982.\u2212 Corden Max W., \u00ab\u2039Booming Sector and Dutch Disease Economics: Survey and Consolidation\u00bb, <i>Oxford Economic Papers,<\/i> vol. 36, 1984.\u2212 Corden Max W., \u00abThe Dutch Disease in Australia: Policy Options for a Three-Speed Economy\u00bb, <i>Melbourne Institute Working Paper Series,<\/i> Working Paper n\u00b0 5\/12, 2012; <i><a href=\"http:\/\/www.melbourneinstitute.com\/downloads\/working_paper_series\/wp2012n05.pdf\">http:\/\/www.melbourneinstitute.com\/downloads\/working_paper_series\/wp2012n05.pdf<\/a>.<\/i>\u2212 Laidler David, <i>The Dutch Disease \u2013 Notes by a Monetary Economist,<\/i> polycopi\u00e9, 2008; <i><a href=\"http:\/\/www.ucalgary.ca\/files\/conference08\/Dutch%20Disease%20June%2024.pdf\">http:\/\/www.ucalgary.ca\/files\/conference08\/Dutch%20Disease%20June%2024.pdf<\/a><\/i>\u2212 Seco, <i>L\u2019importance des activit\u00e9s financi\u00e8res dans le PIB suisse,<\/i> Tendances conjoncturelles \u2013 hiver 2006, Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie SECO, Berne; <i><a href=\"http:\/\/www.seco.admin.ch\">http:\/\/www.seco.admin.ch<\/a>,<\/i> th\u00e8mes, situation \u00e9conomique, tendances conjoncturelles.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019article ci-dessous traite des origines structurelles dune possible d\u00e9sindustrialisation de la Suisse dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Il part du mod\u00e8le en trois secteurs qui est \u00e0 la base de ce que l\u2019on appelle \u00able mal hollandais\u00bb. On verra que la Suisse r\u00e9unit diff\u00e9rentes conditions qui la pr\u00e9disposaient \u00e0 d\u00e9velopper ce syndrome dans le pass\u00e9. [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":2695,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[229,105],"post_content_subject":[231],"acf":{"seco_author":2695,"seco_co_author":null,"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Dr. rer. pol., Leiter der Direktion f\u00fcr Arbeit, Staatssekretariat f\u00fcr Wirtschaft (Seco), Bern","seco_author_post_occupation_fr":"Chef de la Direction du travail, Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco), Berne","seco_co_authors_post_ocupation":null,"short_title":"","post_lead":"","post_hero_image_description":"","post_hero_image_description_copyright_de":"","post_hero_image_description_copyright_fr":"","post_references_literature":"","post_kasten":null,"post_notes_for_print":"","first_teaser_header_de":"","first_teaser_header_fr":"","first_teaser_text_de":"","first_teaser_text_fr":"","second_teaser_header_de":"","second_teaser_header_fr":"","second_teaser_text_de":"","second_teaser_text_fr":"","kseason_de":"","kseason_fr":"","post_in_pdf":150027,"main_focus":null,"serie_email":null,"frontpage_slider_bild":"","artikel_bild-slider":null,"legacy_id":"7948","post_abstract":"","magazine_issue":"2012-07\/08","seco_author_reccomended_post":null,"redaktoren":null,"korrektor":null,"planned_publication_date":null,"original_files":null,"external_release_for_author":"19700101","external_release_for_author_time":"00:00:00","link_for_external_authors":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/exedit\/54e1cd62a6f0d"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150024"}],"collection":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2695"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=150024"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150024\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189160,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/150024\/revisions\/189160"}],"acf:user":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2695"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=150024"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post__type","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post__type?post=150024"},{"taxonomy":"post_opinion","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_opinion?post=150024"},{"taxonomy":"post_serie","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_serie?post=150024"},{"taxonomy":"post_content_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_category?post=150024"},{"taxonomy":"post_content_subject","embeddable":true,"href":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/post_content_subject?post=150024"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}