{"id":150029,"date":"2012-07-01T12:00:00","date_gmt":"2012-07-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/07\/arvanitis-6\/"},"modified":"2023-08-24T00:47:04","modified_gmt":"2023-08-23T22:47:04","slug":"arvanitis-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/07\/arvanitis-6\/","title":{"rendered":"Malgr\u00e9 la crise, l\u2019\u00e9conomie suisse reste en position de force dans la course internationale \u00e0 l\u2019innovation"},"content":{"rendered":"<p>La capacit\u00e9 des entreprises \u00e0 innover exerce une forte influence sur la croissance de l\u2019\u00e9conomie suisse. Pour l\u2019\u00e9valuer, le Centre de recherches conjoncturelles de l\u2019EPFZ (KOF) m\u00e8ne r\u00e9guli\u00e8rement, depuis 1990, une enqu\u00eate aupr\u00e8s de quelque 6000 soci\u00e9t\u00e9s. L\u2019\u00e9tude cons\u00e9cutive \u00e0 la derni\u00e8re enqu\u00eate effectu\u00e9e pour la p\u00e9riode 2009\u20132011 apporte des r\u00e9ponses aux questions suivantes: comment la capacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 innover a-t-elle \u00e9volu\u00e9 depuis 1990? Par quels facteurs a-t-elle \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e? O\u00f9 en est la Suisse par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tranger? Les entreprises ont-elles pu am\u00e9liorer leur rendement gr\u00e2ce aux innovations? Quelles sont les cons\u00e9quences de la crise \u00e9conomique sur l\u2019innovation? Comment la politique peut-elle renforcer la capacit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 innover?&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201207_11_Arvanitis_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Recul de la production d\u2019innovations, stabilit\u00e9 des investissements<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis le pic du d\u00e9but des ann\u00e9es no-nante, la proportion de soci\u00e9t\u00e9s ayant r\u00e9alis\u00e9 des innovations (nouveaux produits ou proc\u00e9d\u00e9s) a subi un recul continuel, qui s\u2019est ralenti entre 2003 et 2008 pour repartir de plus belle ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence 2009\u20132011, cet indicateur a encore baiss\u00e9 dans l\u2019industrie (voir <i>graphique 1<\/i>), le recul \u00e9tant plus marqu\u00e9 pour les proc\u00e9d\u00e9s que pour les produits. La crise \u00e9conomique actuelle a donc laiss\u00e9 de fortes traces dans les activit\u00e9s d\u2019innovation. Cela appara\u00eet \u00e9galement dans la diminution du nombre de brevets d\u00e9clar\u00e9s ainsi que dans la proportion de nouveaux produits dans les chiffres d\u2019affaires pendant la p\u00e9riode 2009\u20132011 (voir <i>graphique 2<\/i>). Au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence, le nombre de soci\u00e9t\u00e9s actives en R&amp;D n\u2019a pas accus\u00e9 de forte diminution. Dans le secteur des services, le nombre de soci\u00e9t\u00e9s novatrices \u2013 l\u2019indicateur d\u2019innovation le plus probant pour le secteur \u2013 a \u00e9galement diminu\u00e9, mais moins fortement que dans l\u2019industrie. Moins concluants pour ce dernier secteur, des indicateurs comme le nombre de soci\u00e9t\u00e9s actives en R&amp;D et celui des soci\u00e9t\u00e9s ayant d\u00e9clar\u00e9 des brevets pr\u00e9sentent m\u00eame une l\u00e9g\u00e8re augmentation.La proportion de soci\u00e9t\u00e9s actives dans l\u2019innovation n\u2019est pas le seul crit\u00e8re de jugement; il faut aussi tenir compte de l\u2019\u00e9volution des moyens engag\u00e9s. Dans les deux secteurs, ceux-ci ont baiss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin des ann\u00e9es nonante. Le recul a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement marqu\u00e9 dans les d\u00e9penses en faveur de la recherche, alors qu\u2019il \u00e9tait moindre dans la construction et le \u00abdesign\u00bb (baisse \u00e0 70% du pic ant\u00e9rieur). \u00c0 partir de l\u2019an 2000, les d\u00e9penses en faveur de l\u2019innovation sont rest\u00e9es pratiquement constantes. Lors des deux reprises conjoncturelles, soit \u00e0 la fin des ann\u00e9es nonante et avant 2008, elles ont m\u00eame (l\u00e9g\u00e8rement) progress\u00e9. \u00c0 long terme, les moyens engag\u00e9s sont progressivement pas-s\u00e9s des activit\u00e9s R&amp;D visant \u00e0 renforcer les bases technologiques \u00e0 des applications plus concr\u00e8tes, comme la construction et le \u00abdesign\u00bb, et \u00e0 des investissements de suivi (\u00e9tudes de march\u00e9, par exemple). Cette mutation structurelle des d\u00e9penses en faveur de l\u2019innovation indique que celle-ci a perdu en \u00abprofondeur\u00bb, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019une tendance que l\u2019on ne retrouve pas ces derniers temps. La quote-part des d\u00e9penses consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019innovation dans le chiffre d\u2019affaires est \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gale \u00e0 celle de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente (4-5% pour l\u2019industrie; 1-1,5% pour les services), tandis que la structure des d\u00e9penses (recherche, d\u00e9veloppement, construction, \u00abdesign\u00bb, investissements de suivi) est rest\u00e9e sensiblement constante au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence pour les produits novateurs. Pour les nouveaux proc\u00e9d\u00e9s, la tendance a m\u00eame \u00e9t\u00e9 de renforcer les d\u00e9penses en faveur de la R&amp;D, de la construction et du \u00abdesign\u00bb: cela s\u2019est fait au d\u00e9triment des investissements de suivi, qui exigent davantage de moyens. Dans le secteur des services, les d\u00e9penses en faveur de l\u2019informatique au service de l\u2019innovation ont en outre \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites.&#13;<\/p>\n<h2>Pas de d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019esprit d\u2019innovation<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 quelques exceptions pr\u00e8s, les entraves \u00e0 l\u2019innovation \u00e9num\u00e9r\u00e9es au <i>tableau 1<\/i> ont fortement perdu en importance, sur le long terme. L\u2019esprit d\u2019innovation s\u2019est donc am\u00e9lior\u00e9 sensiblement tout au long de la p\u00e9riode sous revue et, malgr\u00e9 la crise, ne s\u2019est pas visiblement d\u00e9t\u00e9rior\u00e9 au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence.Les facteurs qui entravent toujours l\u2019innovation dans une partie importante des soci\u00e9t\u00e9s \u2013 surtout industrielles \u2013 sont les suivants: co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 des projets novateurs, dur\u00e9e excessive des amortissements, risque commerciaux et technologiques de tels projets, enfin manque de fonds propres et de personnel R&amp;D. Les r\u00e9glementations officielles et l\u2019insuffisance des moyens allou\u00e9s \u00e0 l\u2019encouragement de la recherche et de l\u2019innovation ne sont, en revanche, pas essentiels.Seule une partie de ces entraves peut relever du politique. Constatons sur ce point les tendances suivantes:1. Apr\u00e8s avoir fortement entrav\u00e9 l\u2019innovation jusqu\u2019au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, les probl\u00e8mes de financement ont nettement perdu en importance ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Cette \u00e9volution est cependant conjoncturelle, jusqu\u2019\u00e0 un certain point. Du point de vue structurel, le manque de fonds propres devrait rester un probl\u00e8me, en particulier pour les petites entreprises.2. Les probl\u00e8mes de recrutement en personnel (hautement) qualifi\u00e9, qui ont sensiblement diminu\u00e9 sur le long terme, ont un peu baiss\u00e9 en 2009-2011 \u00e0 cause de la conjoncture, notamment dans l\u2019industrie. Malgr\u00e9 la forte immigration de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e en provenance de l\u2019UE, le manque de personnel R&amp;D continue \u00e0 constituer un probl\u00e8me structurel.&#13;<\/p>\n<h2>La capacit\u00e9 d\u2019innover en comparaison internationale<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<h2>La Suisse toujours en position de pointe<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on compare les r\u00e9sultats de la derni\u00e8re enqu\u00eate du KOF sur l\u2019innovation avec les enqu\u00eates communautaires sur l\u2019innovation (ECI) r\u00e9alis\u00e9es dans les pays de l\u2019UE, la Suisse reste avec l\u2019Allemagne l\u2019un des champions d\u2019Europe. Notons cependant que les donn\u00e9es actuellement disponibles dans l\u2019espace communautaire \u2013 \u00e0 l\u2019exception de l\u2019Allemagne, o\u00f9 l\u2019on dispose d\u00e9j\u00e0 des donn\u00e9es 2009\u20132010 \u2013 se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 la p\u00e9riode 2006\u20132008, soit celle pr\u00e9c\u00e9dant le tassement de la conjonc-ture. La comparaison exag\u00e8re donc nettement \u2013 au d\u00e9triment de la Suisse \u2013 les diff\u00e9rences par rapport aux pays de l\u2019UE (sauf l\u2019Allemagne), puisqu\u2019on peut partir de l\u2019id\u00e9e que le tassement de la conjoncture aura \u00e9galement laiss\u00e9 des traces ailleurs.Cette estimation de la position suisse se fonde sur une vaste palette d\u2019indicateurs couvrant toutes les phases du processus d\u2019innovation (voir <i>tableau 2<\/i>). Dans l\u2019industrie, la Suisse occupe globalement \u2013 soit compte tenu de tous les param\u00e8tres cit\u00e9s dans le tableau \u2013 le premier rang avec l\u2019Allemagne, suivie de la Finlande, de la Su\u00e8de et de la Belgique. Dans le secteur des services, elle figure \u00e9galement en t\u00eate, mais sur la base de donn\u00e9es insuffisantes, qui n\u2019autorisent pas de comparaison probante. Le <i>tableau 2<\/i> indique que les atouts sp\u00e9cifiques de l\u2019\u00e9conomie suisse sont la part \u00e9lev\u00e9e de soci\u00e9t\u00e9s ac-tives en R&amp;D et la facult\u00e9 de transformer les innovations en succ\u00e8s commerciaux.La position de pointe de la Suisse est confirm\u00e9e par des comparaisons \u00e9tablies sur la base d\u2019une palette \u00e9largie d\u2019indicateurs et de la prise en compte d\u2019un grand nombre de pays non europ\u00e9ens&#13;<br \/>\nCommission europ\u00e9enne, 2012.. Selon le classement de l\u2019UE, la Suisse est la championne de l\u2019innovation, devant la Su\u00e8de, le Danemark, l\u2019Alle-magne et la Finlande, qui forment le peloton de t\u00eate. Elle semble aussi devancer les \u00c9tats-Unis, le Japon et la Cor\u00e9e, mais ici, la prudence s\u2019impose, car les indicateurs utilis\u00e9s ne permettent pas toujours de comparaison directe.&#13;<\/p>\n<h2>Un secteur des PME particuli\u00e8rement cr\u00e9atif en Suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Suisse s\u2019en tire particuli\u00e8rement bien au niveau des PME. D\u2019apr\u00e8s les indicateurs \u00e9num\u00e9r\u00e9s au <i>tableau 2<\/i>, ses entreprises de moins de 250 employ\u00e9s sont globalement plus novatrices que celles des pays de l\u2019UE. La capacit\u00e9 d\u2019innover a donc une assise particuli\u00e8rement large en Suisse si l\u2019on consid\u00e8re la taille des entreprises. Gr\u00e2ce \u00e0 leurs propres activit\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019innovation, une proportion notable de PME est en mesure d\u2019assimiler des savoirs externes et de les combiner avec leur propre savoir-faire. De nombreuses PME b\u00e9n\u00e9ficient ainsi des conditions n\u00e9cessaires pour r\u00e9ussir sur les march\u00e9s mondiaux avec des produits de haute technologie et, la plupart du temps, de niche. La combinaison d\u2019un secteur des PME tr\u00e8s cr\u00e9atif et d\u2019un nombre respectable de grandes multinationales actives en R&amp;D est l\u2019un des atouts structurels de l\u2019innovation suisse.&#13;<\/p>\n<h2>Fonte de l\u2019avance de la Suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa capacit\u00e9 de la Suisse \u00e0 innover est certes sup\u00e9rieure \u00e0 celle des pays de l\u2019UE (\u00e0 l\u2019exception de l\u2019Allemagne), mais ces derniers ont regagn\u00e9 du terrain ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, et souvent de fa\u00e7on prononc\u00e9e (voir <i>tableau 3<\/i>). C\u2019est dans les services que ce rattrapage est le plus marqu\u00e9. Cela ne tient pas seulement aux progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, qui sont jusqu\u2019\u00e0 un certain point l\u2019expression d\u2019un processus de convergence normal, mais refl\u00e8te aussi l\u2019\u00e9volution d\u00e9favorable des activit\u00e9s d\u2019innovation de l\u2019industrie suisse dans les ann\u00e9es nonante et du secteur des services au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Si l\u2019on consid\u00e8re la proportion de soci\u00e9t\u00e9s novatrices, la Finlande et la Belgique sont les pays qui ont regagn\u00e9 le plus de terrain par rapport \u00e0 la Suisse. Le nouveau recul de 2009\u20132011 n\u2019a cependant pas r\u00e9duit l\u2019avance relative du pays.&#13;<\/p>\n<h2>Une bonne capacit\u00e9 \u00e0 convertir les innovations en succ\u00e8s commerciaux<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDu point de vue \u00e9conomique, une innovation est r\u00e9ussie quand elle s\u2019impose sur le march\u00e9 et g\u00e9n\u00e8re les recettes correspondantes. Le crit\u00e8re de succ\u00e8s commercial appliqu\u00e9 ici est la proportion de nouveaux produits dans le chiffre d\u2019affaires. Comme le montre le <i>tableau 2<\/i>, ce taux est \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame en Suisse qu\u2019en Allemagne. Notre pays se distingue particuli\u00e8rement \u2013 y compris vis-\u00e0-vis de sa voisine du nord \u2013 en ce qui concerne les nouveaut\u00e9s absolues (\u00abnouveau pour le march\u00e9\u00bb), mais fait moins bien en mati\u00e8re de nouveaut\u00e9s relatives (\u00abnouveau pour la soci\u00e9t\u00e9\u00bb), autrement dit l\u2019adoption d\u2019innovations \u00e9labor\u00e9es en partie ailleurs. La comparaison internationale montre que la th\u00e8se populaire selon laquelle l\u2019\u00e9conomie suisse r\u00e9ussirait bien dans la cr\u00e9ation d\u2019innovations, mais faillirait dans leur commercialisation, n\u2019est pas valable.L\u2019\u00e9volution dans le temps de la quote-part des nouveaux produits dans les chiffres d\u2019affaires fournit des informations suppl\u00e9mentaires sur la capacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie suisse \u00e0 commercialiser ses innovations. Dans l\u2019industrie, ce taux s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 relativement favorablement \u2013 apr\u00e8s un fort recul \u00e0 la fin des ann\u00e9es nonante \u2013, puisqu\u2019il progresse de nouveau depuis 2002 et a atteint presque les deux tiers du pic pr\u00e9c\u00e9dent pendant la p\u00e9riode 2006\u20132008. Au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence, il est cependant retomb\u00e9 de fa\u00e7on marqu\u00e9e, et ce aussi bien dans l\u2019industrie que dans les services (voir <i>graphique 2<\/i>). Comme, au cours de cette p\u00e9riode, la proportion de nouveaux produits dans le chiffre d\u2019affaires a baiss\u00e9 plus fortement que celle des d\u00e9- penses en faveur de l\u2019innovation, le rendement des investissements dans des projets novateurs a diminu\u00e9 lui aussi. La tendance qu\u2019on pouvait observer depuis un certain temps d\u2019une am\u00e9lioration du rendement de l\u2019innovation a donc \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e par la crise, ce qui est en accord avec le ph\u00e9nom\u00e8ne cy-clique g\u00e9n\u00e9ral de la diminution de la productivit\u00e9 au d\u00e9but d\u2019une p\u00e9riode de faiblesse conjoncturelle.&#13;<\/p>\n<h2>Conjoncture et innovation: la crise laisse ind\u00e9niablement des traces<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on compare les courbes de l\u2019\u00e9volution de la conjoncture et de la capacit\u00e9 de l\u2019industrie \u00e0 innover pendant deux cycles complets (de 1988\u20131990 \u00e0 2006\u20132008), on d\u00e9couvre que les deux variables \u00e9voluent parall\u00e8lement ou plut\u00f4t que la capacit\u00e9 d\u2019innover suit l\u2019\u00e9volution de la conjoncture avec un l\u00e9ger retard. Ce sch\u00e9ma provient de ce que les investissements sont en g\u00e9n\u00e9ral procycliques \u2013 ce qui vaut d\u2019autant plus pour les projets novateurs, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent des risques sup\u00e9rieurs \u00e0 la moyenne. Or, en p\u00e9riode de r\u00e9cession, les fonds propres des entreprises diminuent, soit pr\u00e9cis\u00e9ment les ressources n\u00e9cessaires au financement de projets novateurs. Plus une r\u00e9cession dure, plus ce facteur prend d\u2019importance.\u00c9tant donn\u00e9 ces relations, la crise devrait avoir provoqu\u00e9 un recul des activit\u00e9s d\u2019innovation au cours de la p\u00e9riode de r\u00e9f\u00e9rence. Comme on l\u2019a vu au d\u00e9but de l\u2019article, les entreprises ont certes r\u00e9duit leur production d\u2019innovations, dans une perspective <i>procy-clique,<\/i> mais elles ont, parall\u00e8lement, renon-c\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire sensiblement leurs investissements, que ce soit en rognant sur les d\u00e9penses en faveur de l\u2019innovation ou en suspendant leurs activit\u00e9s R&amp;D (pour les soci\u00e9t\u00e9s peu actives en R&amp;D). De cette fa\u00e7on, elles peuvent conserver pour la prochaine reprise leur savoir-faire et leurs comp\u00e9tences en mati\u00e8re de cr\u00e9ativit\u00e9, qui sont des ressources co\u00fbteuses \u00e0 renouveler.Ce comportement est en contradiction avec notre th\u00e8se initiale, mais peut en partie s\u2019expliquer par les conclusions d\u2019une nouvelle \u00e9tude du KOF sur la p\u00e9riode 1997\u20132008&#13;<br \/>\nArvanitis et W\u00f6rter, 2011.. D\u2019apr\u00e8s celle-ci, le nombre des soci\u00e9t\u00e9s pratiquant des investissements R&amp;D <i>procycliques<\/i> est consid\u00e9rablement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 comportement <i>anticyclique.<\/i> Le comportement procyclique est, cependant, asym\u00e9trique. Les entreprises qui se comportent de fa\u00e7on procyclique en p\u00e9riode d\u2019<i>essor \u00e9conomique<\/i> sont nettement plus nombreuses que celles qui modifient leurs investissements R&amp;D lors d\u2019un tassement de la conjoncture. En outre, il existe un nombre de soci\u00e9t\u00e9s comparable \u00e0 celui des entreprises \u00abprocycliques\u00bb qui se comportent de fa\u00e7on non syst\u00e9matique, autrement dit ni procy-clique ni anticyclique, d\u2019o\u00f9 une majorit\u00e9 de soci\u00e9t\u00e9s pratiquant la retenue en p\u00e9riode de tassement. L\u2019\u00e9tude en question montre, par ailleurs, que les caract\u00e9ristiques sp\u00e9cifiques d\u2019une entreprise et le r\u00e9gime de la concurrence exercent une influence marqu\u00e9e sur les investissements R&amp;D des soci\u00e9t\u00e9s pendant les fluctuations conjoncturelles. Elle a relev\u00e9 que le comportement <i>anticyclique<\/i> se retrouvait surtout sur les march\u00e9s o\u00f9 la concur-rence sur les prix \u00e9tait faible et o\u00f9 d\u2019autres param\u00e8tres avaient une forte influence. La R&amp;D des entreprises anticycliques est, en g\u00e9n\u00e9ral, bien interconnect\u00e9e et leurs activit\u00e9s en la mati\u00e8re sont relativement pouss\u00e9es.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusions pour la politique<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nNotre analyse nous permet de dire qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e pour la politique \u00e9conomique d\u2019intervenir. L\u2019am\u00e9lioration des capacit\u00e9s d\u2019innovation des entreprises suisses passe par les points suivants:1. L\u2019ouverture de march\u00e9s jusqu\u2019ici prot\u00e9g\u00e9s devrait favoriser l\u2019innovation. On lib\u00e9rerait ainsi des ressources \u00e9conomiques qui contribueraient \u00e0 am\u00e9liorer la capacit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie suisse \u00e0 innover, pour autant qu\u2019elles soient consacr\u00e9es \u00e0 des investissements d\u2019avenir.2. Le manque de personnel hautement qualifi\u00e9 est certes temp\u00e9r\u00e9 par l\u2019immigration de ressortissants de l\u2019UE et par la crise \u00e9conomique (voir <i>tableau 3<\/i>), mais il reste un point faible \u00e0 plus long terme. La libre circulation des personnes ne saurait donc \u00eatre restreinte dans une perspective \u00e0 court terme. Il convient en outre de chercher \u00e0 faciliter l\u2019immigration de sp\u00e9cialistes provenant de pays hors UE. Cela dit, la Suisse doit se pr\u00e9occuper en premier lieu d\u2019\u00e9largir son capital humain, ce dernier constituant le principal avantage comparatif de la Suisse. Il nous semble donc judicieux d\u2019exclure des coupes pr\u00e9vues dans les budgets publics les investissements n\u00e9cessaires \u00e0 la formation et \u00e0 la recherche. Ils devraient au contraire \u00eatre fortement r\u00e9\u00e9valu\u00e9s. 3. La m\u00eame recommandation vaut pour la promotion de l\u2019innovation dont est charg\u00e9e la Commission pour la technologie et l\u2019innovation (CTI). Il faudrait encore envisager de soutenir par des mesures fiscales le financement des projets R&amp;D et d\u2019innovation des entreprises, comme le font de plus en plus d\u2019autres pays champions en innovation.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abActivit\u00e9s de l\u2019\u00e9conomie suisse en mati\u00e8re d\u2019innovation, 1988\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abQuote-part des produits novateurs dans le chiffre d\u2019affaires, 1992\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abEntraves \u00e0 l\u2019innovation, 1994\/96\u20132008\/10\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abComparaison internationale de la capacit\u00e9 d\u2019innover\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 3: \u00abCapacit\u00e9 d\u2019innovation en comparaison internationale, 1993\u20132008\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: 8e enqu\u00eate sur l\u2019innovation&#13;<\/p>\n<h3>8e enqu\u00eate sur l\u2019innovation<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe pr\u00e9sent article se fonde sur la huiti\u00e8me enqu\u00eate sur l\u2019innovation, r\u00e9alis\u00e9e en automne 2011 par le KOF de l\u2019EPFZ aupr\u00e8s d\u2019un \u00e9chantillon d\u2019entreprises, sur mandat du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco). L\u2019\u00e9tude correspondante para\u00eetra fin 2012 dans la s\u00e9rie \u00abStrukturberichterstattung\u00bb publi\u00e9 par ce dernier.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Indications bibliographiques&#13;<\/p>\n<h3>Indications bibliographiques<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Arvanitis S. et W\u00f6rter M., <i>Firm Characteristics and the Cyclicality of R&amp;D Investments,<\/i> KOF Working Paper Nr. 277, Zurich, 2011.\u2212 Commission europ\u00e9enne, <i>The Innovation Union Scoreboard 2011,<\/i> Luxembourg, 2012.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La capacit\u00e9 des entreprises \u00e0 innover exerce une forte influence sur la croissance de l\u2019\u00e9conomie suisse. Pour l\u2019\u00e9valuer, le Centre de recherches conjoncturelles de l\u2019EPFZ (KOF) m\u00e8ne r\u00e9guli\u00e8rement, depuis 1990, une enqu\u00eate aupr\u00e8s de quelque 6000 soci\u00e9t\u00e9s. L\u2019\u00e9tude cons\u00e9cutive \u00e0 la derni\u00e8re enqu\u00eate effectu\u00e9e pour la p\u00e9riode 2009\u20132011 apporte des r\u00e9ponses aux questions suivantes: comment [&hellip;]<\/p>","protected":false},"author":2727,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"om_disable_all_campaigns":false,"ep_exclude_from_search":false,"footnotes":""},"post__type":[83],"post_opinion":[],"post_serie":[],"post_content_category":[229,105],"post_content_subject":[231],"acf":{"seco_author":2727,"seco_co_author":[3113,3769,3770,3015,0],"author_override":"","seco_author_post_ocupation_year":"","seco_author_post_occupation_de":"Dr. oec. publ., h\u00f6herer wissenschaftlicher Mitarbeiter, KOF Konjunkturforschungsstelle der ETH Z\u00fcrich","seco_author_post_occupation_fr":"Collaborateur scientifique senior, Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de 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