{"id":150119,"date":"2012-06-01T12:00:00","date_gmt":"2012-06-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/06\/mueller-16\/"},"modified":"2023-08-24T00:47:20","modified_gmt":"2023-08-23T22:47:20","slug":"mueller-16","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/06\/mueller-16\/","title":{"rendered":"Les facteurs fondamentaux du march\u00e9 immobilier suisse"},"content":{"rendered":"<p>Il est de plus en plus question d\u2019une bulle immobili\u00e8re qui menacerait la Suisse. Pourquoi? Le march\u00e9 de l\u2019immobilier est influenc\u00e9 par la persistance de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat bas, le manque d\u2019options s\u00fbres au niveau mondial pour le placement de capitaux, la d\u00e9ductibilit\u00e9 fiscale des int\u00e9r\u00eats hypoth\u00e9caires, l\u2019essor d\u00e9mographique et bien d\u2019autres facteurs. Par cons\u00e9quent, les prix ne cessent de grimper. L\u2019article ci-contre montre dans quelle mesure le secteur r\u00e9agit aux stimulations de l\u2019offre et de la demande dans une perspective \u00e0 long terme. Il soul\u00e8ve la question d\u2019une intervention \u00e9tatique sur le march\u00e9 immobilier.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n<img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201206_15_Mueller_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Le statut particulier des biens immobiliers<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes biens immobiliers sont un \u00e9l\u00e9ment important de la prosp\u00e9rit\u00e9. En Suisse, ils repr\u00e9sentent environ 42% du patrimoine total des m\u00e9nages&#13;<br \/>\nBNS, <i>Patrimoine des m\u00e9nages en 2010,<\/i> communiqu\u00e9 de presse du 18 novembre 2011.. Selon les donn\u00e9es de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS), ces derniers consacrent en moyenne 16% de leur revenu brut au logement et \u00e0 l\u2019\u00e9nergie&#13;<br \/>\nSource: OFS. L\u2019OCDE estime m\u00eame cette part \u00e0 21%. Voir Andrews D., Caldera S\u00e1nchez A. et Johansson A., <i>Housing Markets and Structural Policies in OECD Countries,<\/i> OECD Economics Department Working Papers n\u00b0 836, 2011, publications de l\u2019OCDE.. M\u00eame lorsqu\u2019ils gagnent davantage, la part de l\u2019habitat dans le budget ne diminue pas sensiblement.En Suisse, 34,6% des logements sont occup\u00e9s par leur propri\u00e9taire, un taux relativement bas en comparaison internationale&#13;<br \/>\nSource: OFS, <i>Taux de logements occup\u00e9s par leur propri\u00e9taire en 2000, Recensement f\u00e9d\u00e9ral.<\/i>. Le droit de bail rev\u00eat donc une grande importance quand il s\u2019agit de r\u00e9glementer le march\u00e9 de l\u2019immobilier. Son but principal est d\u2019en corriger les imperfections. Il doit emp\u00eacher les propri\u00e9taires d\u2019abuser de leur forte position sur le march\u00e9 au d\u00e9triment des locataires, ce qui peut, en particulier, se produire lorsque l\u2019offre est r\u00e9duite. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, une l\u00e9gislation trop stricte peut avoir des effets secondaires ind\u00e9sirables. Si le propri\u00e9taire n\u2019a pratiquement aucune possibilit\u00e9 d\u2019augmenter le loyer durant le bail, il le fera lors du changement de locataire. Cela risque de conduire \u00e0 une discrimination envers les m\u00e9nages les plus mobiles et de restreindre globalement la mobilit\u00e9 r\u00e9sidentielle de la population.Les objets immobiliers sont soit des biens de consommation, soit des biens d\u2019investissement. Dans le premier cas, leur valeur peut reposer en grande partie sur des appr\u00e9ciations personnelles. Dans le second, ce sont surtout des composantes objectives qui d\u00e9terminent le prix. \u00c0 d\u00e9faut d\u2019options de placement rentables et s\u00fbres, beaucoup d\u2019investisseurs se servent actuellement des biens immobiliers pour maintenir la valeur de leurs capitaux. Cela influence consid\u00e9rablement le march\u00e9 et, par cons\u00e9quent, les prix des immeubles. Le march\u00e9 de l\u2019immobilier n\u2019est donc pas affect\u00e9 seulement par les besoins des personnes qui occupent les logements, mais aussi \u2013 du moins indirectement \u2013 par les exigences auxquelles ob\u00e9issent les investissements et les possibilit\u00e9s offertes en la mati\u00e8re aux clients nationaux et internationaux.Les immeubles sont des biens particuliers pour dautres raisons: leur long\u00e9vit\u00e9 in-fluence durablement le fonctionnement du march\u00e9 de l\u2019immobilier. Un immeuble ne se construit pas en un jour; l\u2019offre est relativement rigide, du moins \u00e0 court terme. Heureusement, la demande \u00e9volue elle aussi lentement. Le besoin global de logements continue d\u2019augmenter, mais il faut s\u2019attendre \u00e0 ce que le vieillissement d\u00e9mographique fasse sentir ses effets dans les prochaines ann\u00e9es. L\u2019immigration peut, de son c\u00f4t\u00e9, stimuler fortement la demande et c\u2019est souvent \u00e0 elle que l\u2019on attribue la hausse permanente des loyers \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie des grands centres \u00e9conomiques suisses.&#13;<\/p>\n<h2>Le fonctionnement du march\u00e9 immobilier suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDepuis des d\u00e9cennies, le parc immobilier s\u2019accro\u00eet de mani\u00e8re relativement constante en Suisse, tandis que la courbe d\u00e9mographique accuse de fortes fluctuations. Les donn\u00e9es relatives \u00e0 l\u2019activit\u00e9 sur le march\u00e9 immobilier montrent que l\u2019offre de logements r\u00e9agit avec un certain retard aux variations de la demande: par exemple \u00e0 la modification de la population r\u00e9sidante permanente. En partant d\u2019un m\u00e9nage moyen de 2,3 personnes&#13;<br \/>\nSelon l\u2019OFS, un m\u00e9nage comptait en moyenne 2,3 personnes entre 1980 et 2010; la tendance est \u00e0 la baisse., on peut estimer la demande suppl\u00e9mentaire de logements induite par l\u2019essor d\u00e9mographique. Le <i>graphique 1<\/i> montre que l\u2019offre r\u00e9agit \u00e0 la demande avec deux ou trois ans de retard. \u00c0 court terme, ce d\u00e9calage peut avoir un impact sur les prix. Le fonctionnement est le m\u00eame dans les situations de r\u00e9cession: il est rare que l\u2019on puisse d\u00e9placer l\u2019offre exc\u00e9dentaire vers un autre march\u00e9 ou en tirer parti d\u2019une autre mani\u00e8re pour stabiliser compl\u00e8tement les prix.&#13;<\/p>\n<h2>L\u2019inertie du march\u00e9 suisse de l\u2019immobilier<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCette \u00e9volution plut\u00f4t constante des nouvelles constructions peut s\u2019expliquer par l\u2019inertie du march\u00e9 suisse de l\u2019immobilier. En comparaison internationale, la r\u00e9activit\u00e9 \u2013 ou l\u2019\u00e9lasticit\u00e9 \u2013 de l\u2019offre est tr\u00e8s faible en Suisse, comme le montre une estimation de l\u2019OCDE&#13;<br \/>\nPour d\u2019autres informations, voir Andrews D., <i>Real House Prices in OECD Countries: The Role of Demand Shocks and Structural and Policy Factors,<\/i> OECD Economics Department Working Papers n\u00b0 831, 2010, publications de l\u2019OCDE. (voir <i>graphique 2<\/i>).Pour \u00e9valuer la capacit\u00e9 de r\u00e9action de l\u2019offre, il convient de prendre en consid\u00e9ration les d\u00e9terminants fondamentaux des prix de l\u2019immobilier. Du c\u00f4t\u00e9 de la demande, ce sont le revenu r\u00e9el, le stock de nouvelles constructions, la disponibilit\u00e9 de terrains constructibles, l\u2019\u00e9volution d\u00e9mographique, la structure des \u00e2ges et l\u2019immigration. Ils sont confront\u00e9s au co\u00fbt des nouveaux investissements dans l\u2019immobilier, lesquels refl\u00e8tent les co\u00fbts r\u00e9els de la construction. Le volume global des cr\u00e9dits accord\u00e9s au niveau national d\u00e9termine \u00e9galement les prix, tandis que limportance des int\u00e9r\u00eats peut augmenter ou r\u00e9duire le nombre de demandeurs. L\u2019\u00e9lasticit\u00e9-prix de l\u2019offre de nouveaux immeubles exprime la capacit\u00e9 de r\u00e9action du march\u00e9 face aux variations de prix de limmobilier r\u00e9el. Dans le cas de la Suisse, elle est de 0,15. Cela signifie que si les prix augmentent de 10%, l\u2019offre s\u2019accro\u00eet de 1,5% \u00e0 long terme. Le march\u00e9 suisse de l\u2019immobilier r\u00e9agit donc de mani\u00e8re relativement lente. \u00c0 l\u2019autre extr\u00eame, on trouve celui des \u00c9tats-Unis, dont la sensibilit\u00e9 au prix est plus de dix fois sup\u00e9rieure. Les variations au niveau de l\u2019offre sont importantes, car elles d\u00e9terminent dans quelle mesure une demande accrue de nouveaux immeubles fait grimper les prix. En principe, une offre flexible pr\u00e9sente l\u2019avan-tage \u00e0 long terme d\u2019absorber plus rapidement les chocs de la demande.&#13;<\/p>\n<h2>Les raisons de l\u2019inertie de l\u2019offre<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPlusieurs facteurs pourraient expliquer l\u2019inertie de l\u2019offre sur le march\u00e9 suisse de l\u2019immobilier. Tout d\u2019abord, les r\u00e9glementations relativement fastidieuses \u00e0 respecter lors d\u2019une nouvelle construction ont un effet de freinage. D\u2019autre part, la Suisse affiche une densit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e de population, due \u00e0 l\u2019exigu\u00eft\u00e9 de son territoire et de la surface urbanis\u00e9e constructible&#13;<br \/>\nLa surface urbanis\u00e9e repr\u00e9sente seulement 6,8% du territoire national, qui compte 41&nbsp;285 km2.. Les ressources en sol sont donc limit\u00e9es et les plans de zone ne peuvent pas s\u2019adapter rapidement \u00e0 une hausse de la demande. En outre, le manque de concurrence dans certaines branches de la construction p\u00e8se sur la r\u00e9activit\u00e9 de l\u2019offre.Le droit de la construction a toujours \u00e9t\u00e9 du ressort des cantons, ce qui constitue une entrave inutile \u00e0 la concurrence intercantonale (par exemple entre architectes). Il existe une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 entre les r\u00e9glementations f\u00e9d\u00e9rales, cantonales et communales en la mati\u00e8re, ainsi qu\u2019entre les notions et les m\u00e9thodes de mesure employ\u00e9es dans la construction. Cela complique le d\u00e9ploiement au niveau national d\u2019une concurrence qui serait susceptible de stimuler la r\u00e9activit\u00e9 de l\u2019offre&#13;<br \/>\nEn ce qui concerne l\u2019harmonisation formelle des concepts de construction, la Conf\u00e9rence suisse des directeurs cantonaux des travaux publics, de l\u2019am\u00e9nagement du territoire et de l\u2019environnement (DTAP) s\u2019emploie \u00e0 mettre de l\u2019ordre dans l\u2019imbroglio r\u00e9glementaire. Par ailleurs, une initiative parlementaire a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e au Conseil national sur \u00abl\u2019harmonisation des notions et des m\u00e9thodes de mesure dans les prescriptions de construction et d\u2019exploitation\u00bb (04.456).. Il est important de garder tous ces facteurs \u00e0 l\u2019esprit pour tirer d\u2019\u00e9ventuelles conclusions concernant les mesures susceptibles de d\u00e9tendre la situation actuelle sur le march\u00e9 de l\u2019immobilier.&#13;<\/p>\n<h2>Origines de la crise immobili\u00e8re au d\u00e9but des ann\u00e9es nonante<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9volution \u00e0 long terme des prix r\u00e9els de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e en Suisse (voir <i>graphique 3<\/i>) montre que le march\u00e9 de l\u2019immobilier a suivi une courbe relativement constante \u2013 sauf durant les \u00e9v\u00e9nements qui ont marqu\u00e9 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt. M\u00eame en comparaison avec les pays voisins, il se comporte de mani\u00e8re plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9e. L\u2019\u00e9volution dans les r\u00e9gions \u2013 en soi, les march\u00e9s immobiliers sont des march\u00e9s r\u00e9gionaux \u2013 est plus difficile \u00e0 discerner dans l\u2019indice moyen des prix. Il laisse, toutefois, appara\u00eetre certaines tendances importantes.&#13;<\/p>\n<h2>Politique mon\u00e9taire expansionniste et situation conjoncturelle difficile<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe cycle de limmobilier qu\u2019a connue la Suisse \u00e0 la fin des ann\u00e9es quatre-vingt et au d\u00e9but des ann\u00e9es nonante peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 une politique mon\u00e9taire expansionniste et \u00e0 une situation conjoncturelle difficile (rench\u00e9rissement de 5,4% en 1990; de 5,7% en 1991). Apr\u00e8s avoir atteint un sommet en 1981, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat sont redescendus gr\u00e2ce au ralentissement de l\u2019inflation, \u00e0 la hausse des revenus et \u00e0 l\u2019expansion du cr\u00e9dit bancaire. Ces facteurs, associ\u00e9s aux gains r\u00e9investis sur le march\u00e9 par les promoteurs, ont aliment\u00e9 la bulle immobili\u00e8re qui a suivi et sur laquelle est venue se greffer les errements de la politique mon\u00e9taire du d\u00e9but 1989.L\u2019offre de nouveaux immeubles a r\u00e9agi tardivement. Elle a atteint un pic vers 1992, soit apr\u00e8s que les mesures prises en 1990 pour ma\u00eetriser les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat aient d\u00e9j\u00e0 nettement apais\u00e9 la situation conjoncturelle. Les objets mis sur le march\u00e9 cette ann\u00e9e-l\u00e0 avaient \u00e9t\u00e9 construits \u00e0 des conditions plus avantageuses que ceux de 1990 et 1991. Cela a accentu\u00e9 les probl\u00e8mes de solvabilit\u00e9 des personnes qui avaient d\u00e9j\u00e0 construit. Les pertes de valeurs enregistr\u00e9es sur le march\u00e9 suisse de l\u2019immobilier ont provoqu\u00e9 un long repli de l\u2019\u00e9conomie. Dautres facteurs se sont ajout\u00e9s pour aboutir \u00e0 la longue r\u00e9cession des ann\u00e9es nonante.On constate \u00e9galement une modification notable du rapport propri\u00e9taires\/locataires sur le march\u00e9 immobilier suisse. En raison probablement des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat avantageux et de la bonne situation conjoncturelle qui se maintient depuis plusieurs ann\u00e9es, la proportion de propri\u00e9taires augmente lentement mais continuellement, bien qu\u2019elle reste tr\u00e8s faible en comparaison internationale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne exerce une profonde influence aussi bien sur le prix de vente des immeubles que sur les loyers, car la demande s\u2019en trouve modifi\u00e9e.&#13;<\/p>\n<h2>Comment la politique peut-elle et doit-elle intervenir?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nQue peut et que doit faire la politique pour maintenir un bon \u00e9quilibre sur le march\u00e9 immobilier, freiner la hausse des prix et pr\u00e9venir la formation d\u2019une bulle ou son \u00e9clatement? Une intervention politique devrait avoir pour but d\u2019emp\u00eacher ou de r\u00e9-duire les d\u00e9faillances du march\u00e9. Il importe \u00e9galement d\u2019en limiter les inefficiences, telles que les asym\u00e9tries d\u2019information et de force entre les diff\u00e9rents acteurs. Il est possible de mod\u00e9rer le mouvement des prix de diverses fa\u00e7ons:1. Plusieurs mesures peuvent influencer positivement l\u2019offre: le changement d\u2019affectation de zones, la mise \u00e0 disposition de terrains \u00e0 b\u00e2tir ou encore l\u2019harmonisation et la simplification des l\u00e9gislations f\u00e9d\u00e9rales, cantonales et communales en mati\u00e8re de construction et de planification. Sur le plan de la politique \u00e9conomique, cela ne semble gu\u00e8re poser de probl\u00e8me. Sous l\u2019angle de l\u2019am\u00e9nagement du territoire et de la protection du paysage, en revanche, cela se traduit par des jugements de valeur compliqu\u00e9s et des difficult\u00e9s dapplication. C\u2019est pourquoi on ne peut gu\u00e8re envisager une telle solution \u00e0 long terme.2. L\u2019introduction de nouvelles taxes (par exemple droits de mutation) ou l\u2019augmentation des imp\u00f4ts existants seraient de nature \u00e0 r\u00e9duire les achats sp\u00e9culatifs \u2013 qui jouent un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la formation de bulles immobili\u00e8res. Limp\u00f4ts sur les gains immobiliers est toujours largement r\u00e9pandu et tient fortement compte de la dur\u00e9e de d\u00e9tention du bien. Cependant, les questions fiscales sont souvent sensibles politiquement. En outre, elles provoquent des distorsions ou des d\u00e9placements ind\u00e9sirables sur le march\u00e9.3. La m\u00e9thode largement \u00e9voqu\u00e9e de nos jours qui consiste \u00e0 intervenir sur le march\u00e9 du financement immobilier dans le cadre du droit de surveillance cause moins de distorsions et se base sur des r\u00e9flexions pertinentes. Si le nantissement d\u00e9passe 80% du prix d\u2019achat d\u2019un bien immobilier, la banque doit \u00eatre tenue de constituer des provisions suppl\u00e9mentaires sur les risques de cr\u00e9dit. Cette obligation vise \u00e0 compenser le cr\u00e9dit excessif qu\u2019elle a octroy\u00e9 en se basant sur le bas niveau persistant des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral est convaincu de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une telle mesure. En ao\u00fbt 2011, il a renforc\u00e9 la pond\u00e9ration des risques pour les objets d\u2019habitation.4. La d\u00e9ductibilit\u00e9 fiscale des int\u00e9r\u00eats hypoth\u00e9caires est un autre aspect largement d\u00e9battu \u00e0 l\u2019heure actuelle. Cet encouragement \u00e9tatique de l\u2019endettement par l\u2019achat de biens immobiliers, en combinaison avec le faible niveau des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, pourrait bien avoir accru la demande de logements. Au regard de la r\u00e9action h\u00e9sitante de l\u2019offre, il aurait contribu\u00e9 \u00e0 la hausse des prix.&#13;<\/p>\n<h2>Le moment est-il venu d\u2019augmenter les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nTh\u00e9oriquement, la Banque nationale suisse (BNS) a la possibilit\u00e9 d\u2019augmenter les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat pour freiner la demande. Une telle hausse corrigerait probablement la structure des prix sur le march\u00e9 de l\u2019immobilier. Elle ferait, toutefois, resurgir la probl\u00e9matique du niveau supportable de la charge hypoth\u00e9-caire. On verrait alors affluer sur le march\u00e9 des immeubles qui avaient \u00e9t\u00e9 financ\u00e9s \u00e0 un taux de nantissement \u00e9lev\u00e9 et sans examen suffisant de la capacit\u00e9 financi\u00e8re du d\u00e9biteur; l\u2019offre augmenterait et les prix baisseraient. Toutefois, cet instrument n\u2019est pas valable dans le contexte mon\u00e9taire actuel, du moins \u00e0 court et \u00e0 moyen terme.Les hypoth\u00e8ques fixes \u00e0 long terme diminuent, en outre, les risques que repr\u00e9sentent de possibles modifications dans les taux dint\u00e9r\u00eat. Comme on le voit sur le graphique 1, on peut tracer un certain parall\u00e8le entre la situation actuelle et la crise immobili\u00e8re du d\u00e9but des ann\u00e9es nonante en ce qui concerne les besoins suppl\u00e9mentaires en logements. La comparaison sarr\u00eate l\u00e0, car, dans plusieurs branches, la situation pour-rait bien \u00eatre fondamentalement diff\u00e9rente de ce qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Il convient de suivre tr\u00e8s attentivement les \u00e9v\u00e9nements actuels et de prendre au besoin des mesures correctives.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abEstimation des besoins suppl\u00e9mentaires en logements par rapport \u00e0 l\u2019essor d\u00e9mographique et aux nouveaux logements construits, 1980\u20132010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abLa sensibilit\u00e9 au prix de l\u2019offre immobili\u00e8re en comparaison internationale, du d\u00e9but des ann\u00e9es 80 au milieu des ann\u00e9es 2000\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00ab\u00c9volution des prix r\u00e9els de l\u2019immobilier en Suisse et dans les pays voisins, 1970\u20132009\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Les caract\u00e9ristiques d\u2019une bulle immobili\u00e8re&#13;<\/p>\n<h3>Les caract\u00e9ristiques d\u2019une bulle immobili\u00e8re<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019\u00e9volution actuelle des prix annonce-telle la formation d\u2019une bulle immobili\u00e8re? Ou bien la hausse des prix nominaux est-elle due \u00e0 des changements structurels sur le march\u00e9 de l\u2019immobilier? Les acteurs du march\u00e9 motiv\u00e9s par l\u2019app\u00e2t du gain \u2013 les sp\u00e9culateurs \u2013 sont-ils responsables de cette augmentation? Il est difficile de d\u00e9finir une bulle immobili\u00e8re. Diff\u00e9rentes approches sont propos\u00e9es dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9ea. En principe, on consid\u00e8re qu\u2019une bulle est en train de se former lorsque les attentes relatives \u00e0 l\u2019\u00e9volution des prix ne reposent pas sur des r\u00e9flexions rationnelles et que cela conduit \u00e0 une hausse excessive de la demande. On attribue souvent la responsabilit\u00e9 de cette flamb\u00e9e des prix \u00e0 des investisseurs mus par des int\u00e9r\u00eats financiers. Or, ces derniers prennent justement leurs d\u00e9cisions sur la base de consid\u00e9rations rationnelles concernant le rendement attendu. Diverses th\u00e8ses sont avanc\u00e9es pour expliquer l\u2019augmentation rapide de la demande durant la formation d\u2019une bulle. Une soci\u00e9t\u00e9 immobil\u00e8re peut \u00eatre tent\u00e9e de r\u00e9p\u00e9ter des investissements qui se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s fructueux. La mont\u00e9e des prix peut motiver de nouvelles couches de la population qui craignent de ne plus trouver de logement \u00e0 acheter plus tard. Le surplus d\u2019offre d\u00e9clench\u00e9 ainsi satisfaira une demande existante, mais croissant \u00e0 long terme, si bien que la disponibilit\u00e9 \u00e0 payer des prix toujours plus \u00e9lev\u00e9s diminuera, jusqu\u00e0 ce que la bulle \u00e9clate enfin.Cette derni\u00e8re pourrait donc se d\u00e9finir comme la diff\u00e9rence entre le prix effectivement pay\u00e9 et la valeur intrins\u00e8que de l\u2019objet.Cette derni\u00e8re doit, cependant, \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e par rapport au rendement qui en est attendu. Si le rendement actuel ne d\u00e9termine pas suffisamment le prix intrins\u00e8quement justifi\u00e9, sa fixation demeure incertaine.Aussi longtemps que des facteurs fondamentaux justifient une hausse des prix et qu\u2019un nombre suffisant d\u2019acteurs se montrent confiants, on ne peut gu\u00e8re parler de bulle immobili\u00e8re. Il faut toujours garder en m\u00e9moire le fait que, m\u00eame lorsque les prix ont fortement augment\u00e9, les nouveaux acheteurs doivent justifier leur appr\u00e9ciation du march\u00e9 par leur disponibilit\u00e9 \u00e0 mobiliser davantage de capital propre.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\na Voir notamment Hilbers Paul, Hoffmaister Alexander W., Banerji Angana et Haiyan Shi, <i>House Price Developments in Europe: A Comparison,<\/i> 2008, p. 39.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est de plus en plus question d\u2019une bulle immobili\u00e8re qui menacerait la Suisse. Pourquoi? Le march\u00e9 de l\u2019immobilier est influenc\u00e9 par la persistance de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat bas, le manque d\u2019options s\u00fbres au niveau mondial pour le placement de capitaux, la d\u00e9ductibilit\u00e9 fiscale des int\u00e9r\u00eats hypoth\u00e9caires, l\u2019essor d\u00e9mographique et bien d\u2019autres facteurs. 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