{"id":150189,"date":"2012-05-01T12:00:00","date_gmt":"2012-05-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/05\/feuz-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:47:33","modified_gmt":"2023-08-23T22:47:33","slug":"feuz-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/05\/feuz-2\/","title":{"rendered":"La politique de stabilisation men\u00e9e par la Conf\u00e9d\u00e9ration en 2008\u20132010: pourquoi la Suisse a rapidement surmont\u00e9 la crise"},"content":{"rendered":"<p>En novembre 2008, lorsqu\u2019\u00e9clata la crise immobili\u00e8re et financi\u00e8re aux \u00c9tats-Unis, la conjoncture \u00e9conomique et la situation de l\u2019emploi en Suisse \u00e9taient encore relativement bonnes. Cependant, du fait de son \u00e9conomie fortement ax\u00e9e sur les exportations et dot\u00e9e d\u2019un secteur financier de grande envergure, la Suisse ne tarda pas \u00e0 \u00eatre emport\u00e9e dans le tourbillon de la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique mondiale. Les branches exportatrices furent confront\u00e9es \u00e0 un effondrement brutal de la demande. Le produit int\u00e9rieur brut (PIB) r\u00e9el se contracta entre le 3e trimestre 2008 et le 2e trimestre 2009. La lutte contre la crise a exig\u00e9 l\u2019adoption de mesures \u00e0 plusieurs niveaux. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201205_18_Feuz_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"241\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa crise immobili\u00e8re et financi\u00e8re qui couvait aux \u00c9tats-Unis depuis le d\u00e9but de 2007 donna lieu \u00e0 une s\u00e9rie de rebondissements. En automne 2007, la banque Northern Rock subit des retraits massifs de la part de ses clients; la crise atteignit son paroxysme en septembre 2008, avec la faillite de Lehman Brothers et le quasi-effondrement d\u2019AIG. Ces \u00e9v\u00e9nements entra\u00een\u00e8rent une chute des Bourses dans une ambiance de panique et une paralysie temporaire du march\u00e9 interbancaire. Entre septembre et novembre 2008, le fl\u00e9chissement de la conjoncture mondiale s\u2019acc\u00e9l\u00e9ra brusquement et se propagea \u00e0 la Suisse.Le pr\u00e9sent article se penche sur la politique de stabilisation conjoncturelle adopt\u00e9e par la Conf\u00e9d\u00e9ration et examine pourquoi la Suisse a travers\u00e9 la crise sans trop de dommages.&#13;<\/p>\n<h2>Politique mon\u00e9taire et stabilisation des march\u00e9s financiers<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa politique mon\u00e9taire d\u00e9finie par la Banque nationale suisse (BNS) contribua largement \u00e0 r\u00e9duire le niveau g\u00e9n\u00e9ral des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et, par ricochet, \u00e0 doper la demande globale de l\u2019\u00e9conomie suisse. Les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9mun\u00e9rant les placements sans risque ne furent pas les seuls \u00e0 baisser; les primes de risque, qui avaient pris l\u2019ascenseur durant la crise financi\u00e8re de 2008-2009, retomb\u00e8rent \u00e9galement. La faiblesse des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat b\u00e9n\u00e9ficia tant aux entreprises qu\u2019aux m\u00e9nages et le resserrement du cr\u00e9dit redout\u00e9 par de nombreux observateurs n\u2019eut pas lieu. Son expansion fut m\u00eame meilleure que lors de pr\u00e9c\u00e9dentes r\u00e9cessions.Par ailleurs, les aspects internationaux de la crise financi\u00e8re exig\u00e8rent une collaboration \u00e9troite des banques centrales. Face \u00e0 l\u2019aggravation de la crise cons\u00e9cutive \u00e0 la faillite de Lehman Brothers, ces derni\u00e8res d\u00e9cid\u00e8rent, au d\u00e9but d\u2019octobre 2008, d\u2019abaisser simultan\u00e9ment leurs taux directeurs et de se fournir mutuellement des liquidit\u00e9s. Cette action concert\u00e9e permit de limiter les tensions sur les march\u00e9s mon\u00e9taires internationaux.&#13;<\/p>\n<h2>Frein \u00e0 l\u2019endettement<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Suisse dispose d\u2019un m\u00e9canisme contraignant et fort, le frein \u00e0 l\u2019endettement, qui pose des limites claires aux mesures ponctuelles de politique budg\u00e9taire. Le frein \u00e0 l\u2019endettement exige, lors de l\u2019\u00e9tablissement du budget, que les d\u00e9penses de la Conf\u00e9d\u00e9-ration soient fix\u00e9es en fonction des recettes escompt\u00e9es. En principe, les d\u00e9penses ne peuvent augmenter que si leur financement est assur\u00e9 par des recettes suppl\u00e9mentaires ou l\u2019abandon d\u2019autres d\u00e9penses d\u2019un montant \u00e9quivalent. Ce m\u00e9canisme est certes contraignant, mais il laisse une marge de man\u0153uvre suffisante pour pouvoir r\u00e9agir de mani\u00e8re appropri\u00e9e \u00e0 des situations impr\u00e9vues. En cas de besoin financier exceptionnel, le Parlement peut ainsi d\u00e9cider, \u00e0 la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e, un rel\u00e8vement du plafond de d\u00e9penses autoris\u00e9 par le frein \u00e0 l\u2019endettement.&#13;<\/p>\n<h2>Politique conjoncturelle discr\u00e9tionnaire de la Conf\u00e9d\u00e9ration<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes incertitudes quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution et \u00e0 la dur\u00e9e de la crise \u00e9taient particuli\u00e8rement grandes. Il ne s\u2019agissait pas d\u2019un repli conjoncturel \u00abnormal\u00bb faisant suite \u00e0 une phase d\u2019essor, mais d\u2019une crise \u00e9conomique mondiale d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019\u00e9clatement d\u2019une bulle immobili\u00e8re sans pr\u00e9c\u00e9dent accompagn\u00e9 d\u2019une crise du cr\u00e9dit. Ainsi, l\u2019affaiblissement conjoncturel \u00e9tait aggrav\u00e9 par le d\u00e9sendettement qui s\u2019imposait dans le secteur financier. Il \u00e9tait alors extr\u00eamement difficile de pr\u00e9dire \u00e0 quelle vitesse et avec quelle intensit\u00e9 se ferait ce processus d\u2019ajustement structurel. Face \u00e0 cette situation de crise exceptionnelle, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral opta, lorsque la conjoncture commen\u00e7a \u00e0 s\u2019assombrir, pour une d\u00e9marche en plusieurs phases, permettant de prendre des mesures suppl\u00e9mentaires en fonction de l\u2019\u00e9volution de la crise.&#13;<\/p>\n<h2>1re phase<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9poque, la situation conjoncturelle et les pr\u00e9visions disponibles ne justifiaient pas un d\u00e9passement du plafond de d\u00e9penses autoris\u00e9 par le frein \u00e0 l\u2019endettement. Il paraissait cependant indiqu\u00e9 de faire usage de la marge de man\u0153uvre budg\u00e9taire, qui repr\u00e9sentait quelque 1 milliard de francs pour 2009. Le 12 novembre 2008, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral proposa une premi\u00e8re s\u00e9rie de mesures totalisant 432 millions de francs. En mati\u00e8re budg\u00e9taire, il recommanda la lev\u00e9e du blocage des cr\u00e9dits et des mesures touchant \u00e0 l\u2019environnement, \u00e0 l\u2019\u00e9nergie et \u00e0 la promotion des exportations. Il proposa \u00e9galement de donner le feu vert \u00e0 la derni\u00e8re lib\u00e9ration des r\u00e9serves de crise b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019all\u00e9gements fiscaux. En outre, des dispositions relevant de la politique \u00e9conomique ext\u00e9rieure devaient \u00eatre prises pour permettre d\u2019am\u00e9liorer le plus rapidement possible les conditions-cadres des entreprises. Par ailleurs, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a annonc\u00e9 qu\u2019il acc\u00e9l\u00e9rerait le traitement de projets visant \u00e0 renforcer le march\u00e9 int\u00e9rieur.&#13;<\/p>\n<h2>2e phase<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe 11 f\u00e9vrier 2009, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral arr\u00eata un deuxi\u00e8me train de mesures. Il s\u2019agissait ainsi d\u2019utiliser les quelque 700 millions de francs du volant budg\u00e9taire restant pour 2009. Cette phase mettait, elle aussi, l\u2019accent sur l\u2019anticipation de d\u00e9penses projet\u00e9es. La pr\u00e9f\u00e9rence fut donn\u00e9e aux d\u00e9penses qui b\u00e9n\u00e9ficiaient tout particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019industrie et au tourisme. Les mesures touchaient entre autres \u00e0 l\u2019infrastructure routi\u00e8re et ferro-viaire, \u00e0 la recherche, aux r\u00e9novations \u00e9nerg\u00e9tiques et \u00e9cologiques, et au tourisme. L\u2019augmentation des d\u00e9penses \u00e9tait compl\u00e9t\u00e9e par des mesures qui devaient profiter directement aux branches touch\u00e9es, \u00e0 savoir l\u2019adaptation temporaire de l\u2019Assurance suisse contre les risques \u00e0 l\u2019exportation (Asre) et les dispositions r\u00e9gissant l\u2019indemnisation en cas de r\u00e9duction de l\u2019horaire de travail. Le Conseil f\u00e9d\u00e9ral proposa \u00e9galement une modification de la loi f\u00e9d\u00e9rale encourageant la construction et l\u2019accession \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de logements (LCAP) permettant une remise anticip\u00e9e des avances vers\u00e9es au titre de l\u2019abaissement de base.&#13;<\/p>\n<h2>3e phase<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAu milieu de 2009, la situation sur le march\u00e9 du travail mena\u00e7ait de se d\u00e9t\u00e9riorer, et le risque d\u2019une propagation de la crise \u00e0 l\u2019\u00e9conomie domestique allait croissant. Le 25 septembre 2009, le Parlement adopta une troisi\u00e8me s\u00e9rie de mesures pour un montant total de 944 millions de francs. L\u2019\u00e9ventail des instruments dont dispose l\u2019assurancech\u00f4mage fut compl\u00e9t\u00e9 par des mesures temporaires en faveur des groupes cibles les plus touch\u00e9s. Par ailleurs, des mesures furent prises pour renforcer l\u2019\u00e9conomie en pr\u00e9vision de la phase d\u2019expansion qui devait succ\u00e9der \u00e0 la crise. Celles-ci comprenaient une campagne de perfectionnement professionnel dans le secteur de l\u2019\u00e9nergie, la promotion des technologies de l\u2019information et de la communication, ainsi que la cr\u00e9ation de plateformes de promotion des exportations pour soutenir les entreprises suisses. La redistribution anticip\u00e9e des recettes provenant de la taxe sur le CO<i>2<\/i>, le report de l\u2019augmentation de la TVA et l\u2019introduction anticip\u00e9e de la r\u00e9forme de la TVA ont permis aux entreprises et aux m\u00e9nages de disposer de liquidit\u00e9s suppl\u00e9mentaires (voir <i>tableau 1<\/i>).&#13;<\/p>\n<h2>Cantons et communes<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes cantons ont beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 la sortie rapide de la r\u00e9cession. Leur bonne sant\u00e9 financi\u00e8re permet d\u2019assurer les d\u00e9penses n\u00e9cessaires, voire de stimuler la demande. Les d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires et les recettes r\u00e9duites des cantons et des communes se sont sold\u00e9es par une enveloppe globale de 5,3 milliards de francs. Cette situation tranche avec les r\u00e9cessions ant\u00e9rieures, o\u00f9 il a souvent fallu assainir les finances publiques en p\u00e9riode de basse conjoncture. Assumant pleinement leurs responsabilit\u00e9s, les cantons ont su r\u00e9pondre \u00e0 la r\u00e9cente crise par une politique conjoncturelle appropri\u00e9e et ont largement contribu\u00e9 \u00e0 la sortie de crise.&#13;<\/p>\n<h2>Estimation des impulsions<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nL\u2019estimation des retomb\u00e9es g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les mesures discr\u00e9tionnaires doit tenir compte des d\u00e9penses consenties par les cantons et les communes (voir <i>tableau 2<\/i>).Pour calculer les retomb\u00e9es de ces d\u00e9penses, on a eu recours aux donn\u00e9es empiriques utilis\u00e9es par l\u2019OCDE pour les multiplicateurs. Compte tenu de la forte propension \u00e0 importer et du taux d\u2019\u00e9pargne \u00e9lev\u00e9 qui caract\u00e9risent la Suisse, on estime que, en 2009 et en 2010, les mesures discr\u00e9tionnaires ont induit une hausse du PIB d\u2019environ 0,6%.M\u00eame si le programme de stabilisation de la Suisse \u00e9tait relativement modeste par rapport aux plans de relance adopt\u00e9s par d\u2019autres pays, ses retomb\u00e9es sont appr\u00e9ciables. La relative stabilit\u00e9 des importations a contribu\u00e9 \u00e0 la stabilisation de la conjoncture dans les pays limitrophes. Par ailleurs, la Suisse a beaucoup profit\u00e9 de la demande des pays en d\u00e9veloppement ou en transition, qui est rest\u00e9e soutenue. Bien que les exportations vers la plupart des pays voisins et les \u00c9tats-Unis (entre autres) aient fortement recul\u00e9, les programmes conjoncturels \u00e9trangers ont att\u00e9nu\u00e9 la baisse de la demande provenant de ces pays, ce qui a indirectement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 aux exportations suisses.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9l\u00e9ments \u00e0 prendre en consid\u00e9ration dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un programme de stabilisation<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<h2>Risques inh\u00e9rents aux pr\u00e9visions<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes risques inh\u00e9rents aux pr\u00e9visions, qui sont particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9s en p\u00e9riode de crise, sont de nature \u00e0 influer sur tout programme. La reprise rapide et vigoureuse qui s\u2019est amorc\u00e9e en 2010 avait certes \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e par quelques rares augures, mais elle ne correspondait pas aux pr\u00e9visions consensuelles. Ce climat d\u2019incertitude aurait pu d\u00e9boucher sur un programme trop important, \u00e0 l\u2019image de ce qu\u2019ont fait bon nombre de pays. La d\u00e9marche \u00e9chelonn\u00e9e s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e un excellent choix: elle a permis de prendre en compte les risques inh\u00e9rents aux pr\u00e9visions et les mesures ont pu \u00eatre adopt\u00e9es en accord avec l\u2019\u00e9volution conjoncturelle. Il a ainsi \u00e9t\u00e9 possible de conserver une marge de ma-n\u0153uvre suffisante pour prendre, si n\u00e9cessaire, des mesures suppl\u00e9mentaires. De plus, on a \u00e9vit\u00e9 l\u2019\u00e9cueil de l\u2019ampleur excessive du programme, ce qui \u00e9tait une bonne chose dans la mesure o\u00f9 l\u2019exploitation des capacit\u00e9s pr\u00e9sent\u00e9es par plusieurs des domaines soutenus \u2013 en particulier dans la construction \u2013, \u00e9tait bonne et o\u00f9 un programme trop vaste aurait pu provoquer une surchauffe.&#13;<\/p>\n<h2>Facteur de d\u00e9clenchement des mesures<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPar ailleurs, il peut \u00eatre utile de pr\u00e9voir un facteur de d\u00e9clenchement, autrement dit de fixer une valeur seuil pour la mise en application d\u2019une mesure donn\u00e9e. Les cons\u00e9-quences n\u00e9fastes engendr\u00e9es par les pr\u00e9visions erron\u00e9es s\u2019en trouvent consid\u00e9rablement r\u00e9duites. Durant l\u2019automne 2009, les pr\u00e9visionnistes tablaient sur un taux de ch\u00f4mage moyen de plus de 5% en 2010. En cons\u00e9quence, des moyens importants ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vus pour financer les mesures ciblant le march\u00e9 du travail. En r\u00e9alit\u00e9, le taux de ch\u00f4mage n\u2019a pas d\u00e9pass\u00e9 3,9%; le seuil fix\u00e9 par le Parlement (un taux de ch\u00f4mage de 5%) s\u2019est donc r\u00e9v\u00e9l\u00e9 tr\u00e8s pertinent. Le dispositif na pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9clench\u00e9 et les autres mesures nont gu\u00e8re \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaires au vu du faible taux de ch\u00f4mage.&#13;<\/p>\n<h2>Mesures discr\u00e9tionnaires<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nPour s\u00e9lectionner les mesures \u00e0 prendre, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral a appliqu\u00e9 la r\u00e8gle des trois T (voir <i>encadr\u00e9 2<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>La r\u00e8gle des trois T<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 \u00abTargeted\u00bb: la mesure d\u00e9ploie-t-elle des effets cibl\u00e9s? En l\u2019esp\u00e8ce, la nature de la r\u00e9cession est particuli\u00e8rement d\u00e9terminante. Il s\u2019agit de soutenir les composantes de la demande (consommation, investissement, par exemple) ou les branches (industrie d\u2019exportation, par exemple) qui sont touch\u00e9es par la r\u00e9cession.\u2212 \u00abTimely\u00bb: la mesure d\u00e9ploie-t-elle ses effets au moment opportun? Un grand nombre de mesures de stabilisation envisageables risquent d\u2019agir trop tard en raison d\u2019une longue dur\u00e9e de planification, d\u2019oppositions ou d\u2019autres facteurs de retard. \u2212 \u00abTemporary\u00bb: la mesure est-elle limit\u00e9e dans le temps? Il doit \u00eatre concevable de mettre fin \u00e0 la mesure apr\u00e8s la crise et, pour la Conf\u00e9d\u00e9ration, de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n), selon laquelle les mesures doivent \u00eatre cibl\u00e9es (\u00abTargeted\u00bb), d\u00e9ployer leurs effets au bon moment (\u00abTimely\u00bb) et \u00eatre temporaires (\u00abTemporary\u00bb).\u00abTargeted\u00bb: les mesures de stabilisation conjoncturelle cibl\u00e9es et efficaces ne sont pas l\u00e9gion. Il a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 difficile d\u2019en trouver en 2009: il \u00e9tait impossible de compenser directement le recul de la demande \u00e9trang\u00e8re auquel les entreprises \u00e9taient confront\u00e9es et c\u2019est pourquoi il a cherch\u00e9 \u00e0 \u00e9viter une propagation de la crise \u00e0 l\u2019\u00e9conomie domestique.\u00abTimely\u00bb: les mesures doivent pouvoir \u00eatre appliqu\u00e9es rapidement. Les projets des pouvoirs publics remplissent rarement cette exigence. Souvent, ils ne peuvent pas \u00eatre mis en \u0153uvre \u00e0 temps, notamment lorsque des autorisations pr\u00e9alables sont n\u00e9cessaires. C\u2019\u00e9tait le cas de certaines mesures en faveur du secteur de la construction d\u00e9cid\u00e9es lors de la 2e phase.\u00abTemporary\u00bb: le respect du caract\u00e8re temporaire des mesures s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 probl\u00e9matique. Si la limitation dans le temps est la raison m\u00eame du succ\u00e8s de certaines mesures (r\u00e9serves de crise, par exemple), plusieurs d\u2019entre elles n\u2019ont pas pu \u00eatre lev\u00e9es comme pr\u00e9vu \u00e0 l\u2019origine. Ce probl\u00e8me confirme la difficult\u00e9, d\u00e9j\u00e0 constat\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, de limiter les mesures discr\u00e9tionnaires.Quelques mesures de stabilisation des 1reet 2e phases consistaient \u00e0 avancer la mise en \u0153uvre de projets en gestation, tels que l\u2019augmentation des moyens consacr\u00e9s \u00e0 la protection contre les crues ou l\u2019introduction anticip\u00e9e de la r\u00e9forme de la TVA. Comme ces projets \u00e9taient de toute fa\u00e7on \u00e0 l\u2019ordre du jour, il s\u2019agissait seulement de faire en sorte qu\u2019ils d\u00e9ploient leurs effets plus t\u00f4t. Les effets d\u00e9ploy\u00e9s ici ont par d\u00e9finition un caract\u00e8re temporaire. Les mesures anticip\u00e9es doivent n\u00e9anmoins respecter le crit\u00e8re de l\u2019intervention cibl\u00e9e. Il ne faut ni porter atteinte aux priorit\u00e9s en mati\u00e8re de d\u00e9penses d\u00e9finies par la voie d\u00e9mocratique ni n\u00e9gliger les effets sur la conjoncture. Dans l\u2019application, il convient de prendre en consid\u00e9ration les adaptations qui s\u2019imposent \u00e0 certains acteurs \u00e9conomiques et veiller \u00e0 ce que les charges administratives soient r\u00e9duites. Dans l\u2019ensemble, ces projets comportent moins de risques que les mesures purement discr\u00e9tionnaires.Lon est aujourd\u2019hui conscient des limites inh\u00e9rentes \u00e0 une politique de stabilisation. C\u2019est la raison pour laquelle les stabilisateurs automatiques connaissent un regain d\u2019int\u00e9r\u00eat croissant depuis quelques ann\u00e9es. Ils consistent non pas dans des mesures ponctuelles, mais dans des d\u00e9penses caract\u00e9ris\u00e9es par une efficacit\u00e9 \u00e9conomique attest\u00e9e et une l\u00e9gitimit\u00e9 politique. Ce sont non seulement des instruments appropri\u00e9s, mais les stabilisateurs automatiques n\u2019entra\u00eenent pas non plus de distorsions au sein de l\u2019\u00e9conomie nationale. En outre, ils d\u00e9ploient leurs effets au moment opportun.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa Suisse a rapidement surmont\u00e9 la crise de 2008-2009. Les mesures de stabilisation y sont pour beaucoup. Cela dit, la conjoncture \u00e9conomique et la situation budg\u00e9taire qui r\u00e9gnaient alors jouent un r\u00f4le au moins aussi important. Une crise ne peut \u00eatre contr\u00e9e avec succ\u00e8s que si l\u2019\u00c9tat dispose d\u2019une cer-taine marge de man\u0153uvre en mati\u00e8re budg\u00e9taire. Le frein \u00e0 l\u2019endettement et les r\u00e8gles cantonales en mati\u00e8re de d\u00e9penses ont permis de d\u00e9gager la souplesse n\u00e9cessaire lors de la derni\u00e8re r\u00e9cession.La r\u00e9silience d\u2019une \u00e9conomie en situation de crise est \u00e9galement conditionn\u00e9e par sa capacit\u00e9 \u00e0 adapter ses structures lorsque la donne change. Toute crise s\u2019accompagne, dans une certaine mesure, d\u2019un choc structurel. Les am\u00e9liorations structurelles rel\u00e8vent de la politique de croissance. Or, comme ses objectifs sont \u00e0 long terme, il sav\u00e8re difficile den faire mesurer limportance sur le plan politique. Son int\u00e9r\u00eat a, cependant, \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s clairement d\u00e9montr\u00e9e par la derni\u00e8re crise et les exp\u00e9riences faites en Europe.Situation budg\u00e9taire et \u00e9conomique pendant et apr\u00e8s la crise, reprise \u00e9tonnamment rapide de l\u2019\u00e9conomie mondiale: les conditions \u00e9taient id\u00e9ales pour surmonter les difficult\u00e9s. Le red\u00e9marrage \u00e9nergique et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique au niveau mondial a am\u00e9lior\u00e9 rapidement les perspectives de l\u2019\u00e9conomie suisse. Cet effet a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9 par la conjoncture \u00e9conomique favorable en Allemagne, premier partenaire commercial de la Suisse. Il ne faudrait toutefois pas que d\u2019\u00e9ventuelles crises futures suscitent les m\u00eames attentes, car on ne saurait tabler, \u00e0 chaque fois, sur un ensemble de conditions aussi favorables.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abAper\u00e7u des mesures adopt\u00e9es\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abImpulsions r\u00e9sultant des mesures f\u00e9d\u00e9rales, cantonales et communales\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Stabilisateurs automatiques&#13;<\/p>\n<h3>Stabilisateurs automatiques<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nEn mati\u00e8re de politique budg\u00e9taire, la Conf\u00e9d\u00e9ration peut compter sur les stabilisateurs automatiques. Ce sont des flux de recettes et de d\u00e9penses qui s\u2019adaptent \u00e0 la situation conjoncturelle, sans que des d\u00e9cisions politiques doivent express\u00e9ment \u00eatre prises. Les avantages sont \u00e9vidents: les stabilisateurs automatiques consistent dans des d\u00e9penses politiquement l\u00e9gitim\u00e9es qui ont prouv\u00e9 leur efficacit\u00e9 et qui n\u2019entra\u00eenent pas de distorsions durables au sein de l\u2019\u00e9conomie; ils d\u00e9ploient leurs effets au moment opportun et ne pr\u00e9sentent pratiquement aucun risque inh\u00e9rent aux pr\u00e9visions.L\u2019assurance-ch\u00f4mage (AC) est clairement con\u00e7ue comme un stabilisateur automatique. En cas de r\u00e9cession accompagn\u00e9e d\u2019une hausse du ch\u00f4mage, les indemnit\u00e9s journali\u00e8res vers\u00e9es aux demandeurs d\u2019emploi compl\u00e8tent rapidement et efficacement leurs revenus. Dans le m\u00eame temps, le taux de cotisation reste g\u00e9n\u00e9ralement inchang\u00e9, ce qui permet d\u2019\u00e9viter que les m\u00e9nages et les entreprises soient priv\u00e9s d\u2019une partie de leurs ressources. Une augmentation du nombre des demandeurs d\u2019emploi se traduit automatiquement par un accroissement des moyens accord\u00e9s. Inversement, les indemnit\u00e9s journali\u00e8res vers\u00e9es diminuent \u00e0 mesure que le ch\u00f4mage recule. Un autre instrument est id\u00e9al pour lutter contre un ralentissement marqu\u00e9 et tr\u00e8s limit\u00e9 dans le temps de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique: l\u2019indemnisation en cas de r\u00e9duction de l\u2019horaire de travail.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: La r\u00e8gle des trois T&#13;<\/p>\n<h3>La r\u00e8gle des trois T<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 \u00abTargeted\u00bb: la mesure d\u00e9ploie-t-elle des effets cibl\u00e9s? En l\u2019esp\u00e8ce, la nature de la r\u00e9cession est particuli\u00e8rement d\u00e9terminante. Il s\u2019agit de soutenir les composantes de la demande (consommation, investissement, par exemple) ou les branches (industrie d\u2019exportation, par exemple) qui sont touch\u00e9es par la r\u00e9cession.\u2212 \u00abTimely\u00bb: la mesure d\u00e9ploie-t-elle ses effets au moment opportun? Un grand nombre de mesures de stabilisation envisageables risquent d\u2019agir trop tard en raison d\u2019une longue dur\u00e9e de planification, d\u2019oppositions ou d\u2019autres facteurs de retard. \u2212 \u00abTemporary\u00bb: la mesure est-elle limit\u00e9e dans le temps? Il doit \u00eatre concevable de mettre fin \u00e0 la mesure apr\u00e8s la crise et, pour la Conf\u00e9d\u00e9ration, de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9tat ant\u00e9rieur.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En novembre 2008, lorsqu\u2019\u00e9clata la crise immobili\u00e8re et financi\u00e8re aux \u00c9tats-Unis, la conjoncture \u00e9conomique et la situation de l\u2019emploi en Suisse \u00e9taient encore relativement bonnes. 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