{"id":150464,"date":"2012-01-01T12:00:00","date_gmt":"2012-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/01\/henchoz-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:49:35","modified_gmt":"2023-08-23T22:49:35","slug":"henchoz-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/01\/henchoz-2\/","title":{"rendered":"L\u2019endettement des jeunes est-il sup\u00e9rieur \u00e0 celui des adultes en Suisse?"},"content":{"rendered":"<p>En Suisse, l\u2019endettement des jeunes est la principale justification \u00e0 l\u2019introduction de l\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pourtant, il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9tude re-pr\u00e9sentative au niveau national prouvant que ceux-ci sont plus endett\u00e9s que leurs a\u00een\u00e9s. L\u2019ana-lyse des donn\u00e9es du Panel suisse de m\u00e9nages offre pour la premi\u00e8re fois une image repr\u00e9sentative de la situation \u00e9conomique des jeunes. Bien qu\u2019elle soit moins bonne que celle de leurs a\u00een\u00e9s, les jeunes semblent autant responsables financi\u00e8rement. Ils n\u2019empruntent pas plus et sont capables d\u2019\u00e9pargner. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201201_18_Henchoz_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"253\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nL\u2019introduction de l\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole fait d\u00e9bat en Suisse&#13;<br \/>\nVoir dossier dans La Vie \u00e9conomique, 6-2011. comme dans l\u2019ensemble de l\u2019OCDE&#13;<br \/>\nOCDE (2005).. Dans notre pays, les individus ont peu de marge de man\u0153uvre quant \u00e0 leur \u00e9pargne professionnelle et ils ont d\u00e9j\u00e0 un comportement d\u2019\u00e9pargnant. L\u2019introduction de l\u2019enseignement des comp\u00e9tences financi\u00e8res dans les \u00e9tablissements scolaires a donc principalement pour but de pr\u00e9venir l\u2019endettement des m\u00e9nages et surtout celui des jeunes&#13;<br \/>\nManz (2011)..&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9tat actuel des recherches<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa plupart des \u00e9tudes sur lesquelles on s\u2019appuie pour d\u00e9battre se fondent sur des projections ou sur des enqu\u00eates partielles. Ainsi, selon les conjectures d\u2019Intrum Justitia SA&#13;<br \/>\nIntrum Justicia (2004)., principal prestataire europ\u00e9en dans le domaine de la gestion de cr\u00e9dit, un m\u00e9nage sur dix serait endett\u00e9 en Suisse et un sur quatre parmi les jeunes. L\u2019entr\u00e9e dans la spirale de l\u2019endettement serait pr\u00e9coce. Quatre personnes endett\u00e9es sur cinq auraient mis le doigt dans l\u2019engrenage avant 25 ans et un jeune de 13\u201320 ans sur trois aurait des dettes dont la moyenne s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 500 francs. L\u2019\u00e9tude scientifique suisse la plus fr\u00e9quemment cit\u00e9e&#13;<br \/>\nStreuili (2007), Streuli et al. (2008). nuance toutefois ce constat alarmiste. Bas\u00e9e sur des questionnaires effectu\u00e9s en ligne aupr\u00e8s de 500 jeunes al\u00e9maniques, elle r\u00e9v\u00e8le qu\u2019environ un tiers des jeunes de 18\u201324 ans ont contract\u00e9 des dettes. Pour la plupart, il s\u2019agit de montants de quelques centaines de francs (300 francs en moyenne) que la moiti\u00e9 des jeunes concern\u00e9s ont emprunt\u00e9 aupr\u00e8s de leurs parents ou de leurs amis. Qu\u2019en est-il de l\u2019ensemble des jeunes vivant en Suisse?&#13;<\/p>\n<h2>Une premi\u00e8re \u00e9tude repr\u00e9sentative sur l\u2019endettement des jeunes<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa question de l\u2019endettement des jeunes restait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ouverte car nous ne disposions pas de recherche nationale sur le sujet&#13;<br \/>\nHieber, Probst et W\u00fcthrich (2011); Manz (2011)..&#13;<\/p>\n<h2>Une r\u00e9ponse par les donn\u00e9es du panel suisse de m\u00e9nages<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCet article s\u2019appuie sur les donn\u00e9es du Panel suisse de m\u00e9nages (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Le Panel suisse de m\u00e9nages (PSM)<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>Le Panel suisse de m\u00e9nages (www.swiss panel.ch) est financ\u00e9 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Il s\u2019agit d\u2019une enqu\u00eate longitudinale multith\u00e9matique. Elle est men\u00e9e par la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (Fors). L\u2019enqu\u00eate interroge chaque ann\u00e9e, depuis 1999, les personnes de 14 ans et plus figurant parmi les m\u00e9nages s\u00e9lectionn\u00e9s. Depuis 2004, deux \u00e9chantillons al\u00e9atoires de m\u00e9nages de la population r\u00e9sidente suisse sont interrog\u00e9s chaque ann\u00e9e. Ainsi, plus de 7500 entretiens individuels ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en 2010\u20132011.<\/i>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n) pour proposer une des premi\u00e8res analyses statis-tiques repr\u00e9sentatives de la situation \u00e9conomique des jeunes en Suisse. Ceux concern\u00e9s par nos propos (voir <i>encadr\u00e9 2<\/i>&#13;<\/p>\n<h3 class=\"c2\">La construction de l\u2019\u00e9chantillon<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Nous avons bas\u00e9 nos analyses sur les jeunes vivant dans des m\u00e9nages dont la personne la plus \u00e2g\u00e9e a 25 ans au maximum. Comme l\u2019effectif est inf\u00e9rieur \u00e0 100 unit\u00e9s chaque ann\u00e9e, les cas ont \u00e9t\u00e9 cumul\u00e9s sur 5 ans (vague 8 \u00e0 12 du PSM, ann\u00e9es 2006 \u00e0 2010) afin de constituer un \u00e9chantillon assez grand. De mani\u00e8re \u00e0 ne pas compter plusieurs fois le m\u00eame individu, nous n\u2019avons consid\u00e9r\u00e9 que la premi\u00e8re fois o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9. 329 jeunes remplissaient les conditions susmentionn\u00e9es. Leur situation \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e \u00e0 celle des 8025 personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 25 ans lors du premier entretien qui a \u00e9galement eu lieu entre 2006 et 2010. En outre, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du groupe des jeunes, la situation des femmes est compar\u00e9e \u00e0 celle des hommes. L\u2019intervalle de confiance \u00e0 95% d\u2019une proportion calcul\u00e9e aupr\u00e8s de l\u2019ensemble de notre \u00e9chantillon de jeunes est d\u2019environ \u00b1 5,5%. Ainsi, on peut d\u00e9duire du tableau que la proportion de jeunes dont le m\u00e9nage dispose d\u2019une voiture a une probabilit\u00e9 de 95% d\u2019\u00eatre comprise entre 50 et 62%.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>) vivent dans un m\u00e9nage dont la personne la plus \u00e2g\u00e9e a 25 ans au maximum (329 cas). Afin de mettre en lumi\u00e8re la situation sp\u00e9cifique des jeunes, nous l\u2019avons compar\u00e9e avec celle du reste de la population, soit les r\u00e9pondants \u00e2g\u00e9s de 26 ans et plus (8025 cas). Ce choix m\u00e9thodologique a conduit \u00e0 ne pas tenir compte des jeunes vivant avec leurs parents. Ceux-ci ont, en effet, un profil diff\u00e9rent, notamment en termes de d\u00e9pendance \u00e9conomique et d\u2019au-tonomie de logement. De plus, l\u2019enqu\u00eate mesure l\u2019endettement au niveau du m\u00e9nage et non des individus: il n\u2019\u00e9tait donc pas possible de les int\u00e9grer dans notre analyse si nous voulions comparer la situation \u00e9conomique des jeunes \u00e0 celle de leurs a\u00een\u00e9s. Nous distinguons \u00e9galement les jeunes femmes des jeunes hommes, car un certain nombre d\u2019\u00e9tudes, dont celle d\u2019Intrum Justitia, affirment que celles-ci sont plus endett\u00e9es. <\/i>&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Caract\u00e9ristiques sociod\u00e9mographiques des jeunes<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">La majorit\u00e9 des jeunes de notre \u00e9chantillon (moyenne d\u2019\u00e2ge de 23 ans contre 50 ans pour le reste de la population) vivent seul ou dans un m\u00e9nage de deux personnes&#13;<br \/>\nDans 62% des cas, il s\u2019agit de couples. (respectivement 42% et 48%). Ils sont une minorit\u00e9 \u00e0 vivre dans un m\u00e9nage de 3 personnes et plus (10%)&#13;<br \/>\nContre respectivement 17%, 38% et 45% pour le reste de la population. et il est rare qu\u2019ils aient des enfants (7% de ceux vivant dans un m\u00e9nage de plus d\u2019une personne). Les jeunes, comme le reste de la population, comptent autant de femmes que d\u2019hommes mais les personnes de nationalit\u00e9 suisse y sont un peu plus nombreuses (83% contre 77%).Les jeunes sont pour la plupart actifs professionnellement (66%), \u00e0 plein temps pour un peu plus de la moiti\u00e9 d\u2019entre eux (55%). Le reste d\u2019entre eux est majoritairement en cours de formation (28%)&#13;<br \/>\n65% du reste de la population est professionnellement active, dont 40% \u00e0 plein temps. 1% est en formation.. Leur niveau de formation est semblable \u00e0 celui du reste de la population.Parmi les jeunes, on trouve peu de diff\u00e9rences entre les femmes et les hommes si ce n\u2019est que les femmes travaillent davantage \u00e0 temps partiel (15% contre 6% d\u2019hommes) et moins \u00e0 temps plein (46% contre 65%). Les jeunes femmes b\u00e9n\u00e9ficient \u00e9galement d\u2019un niveau de formation plus \u00e9lev\u00e9 que les jeunes hommes (44% ont un niveau d\u2019\u00e9tudes gymnasiales et universitaires contre 30%). De leur c\u00f4t\u00e9, ces derniers ont plus souvent fait un apprentissage (49% contre 41%), ou alors n\u2019ont aucune formation (21% contre 15%).<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Les jeunes ont une moins bonne situation financi\u00e8re<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">La situation financi\u00e8re des jeunes est moins bonne que celle du reste de la population. Leurs revenus (au niveau du m\u00e9nage ou des individus) sont 30 \u00e0 40% inf\u00e9rieurs. Le chiffre le plus comparable reste toutefois le revenu d\u2019\u00e9quivalence (standardis\u00e9 et pon-d\u00e9r\u00e9 selon la taille du m\u00e9nage, selon les cri-t\u00e8res du Skos ou de l\u2019OCDE), qui est 22-23% inf\u00e9rieur. Le revenu des jeunes femmes est l\u00e9g\u00e8rement plus faible que celui des jeunes hommes mais de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale on ne constate pas de nettes diff\u00e9rences entre les deux groupes. Les jeunes encourent un risque de pauvret\u00e9&#13;<br \/>\nLe risque de pauvret\u00e9 se d\u00e9finit usuellement \u00e0 60% du revenu d\u2019\u00e9quivalence m\u00e9dian de lOCDE. sup\u00e9rieur au reste de la population (26%, contre 16%) mais celui-ci ne diff\u00e8re pas selon le sexe. Un autre indicateur de leur situation financi\u00e8re est le revenu minimal, soit le revenu indiqu\u00e9 par les personnes interrog\u00e9es comme \u00e9tant celui qui leur permet tout juste de vivre. Les jeunes mentionnent un revenu minimal de 37% plus bas que le reste de la population.Un peu moins d\u2019un jeune sur trois (31% contre 7% pour le reste de la population) re\u00e7oit toutefois une aide financi\u00e8re&#13;<br \/>\nLe montant annuel moyen de cette aide est de 6966 francs pour les jeunes. de la part de personnes ext\u00e9rieures \u00e0 leur m\u00e9nage, vraisemblablement de leurs parents pour la majorit\u00e9 d\u2019entre eux. C\u2019est plus fr\u00e9quemment le cas des femmes (40% contre 22% d\u2019hommes), sans doute en raison d\u2019une situation financi\u00e8re un peu plus pr\u00e9caire. Ajoutons que 7% de jeunes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019une bourse d\u2019\u00e9tude (contre 1% pour le reste de la population)&#13;<br \/>\nLe montant annuel moyen de cette bourse est de 5128 francs pour les jeunes..<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Ils ont moins de biens et services \u00e0 disposition, mais ils \u00e9pargnent aussi<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Leur revenu g\u00e9n\u00e9ralement moindre conduit les jeunes \u00e0 se passer plus souvent d\u2019une voiture et d\u2019un IIIe pilier que le reste de la population (respectivement 44% et 70% des jeunes n\u2019en ont pas contre 13% et 35%). Ils vivent dans des logements plus petits (3 pi\u00e8ces contre 4,5 pi\u00e8ces en moyenne) avec des loyers plus faibles (1175 francs\/mois contre 1593 francs\/mois en moyenne). On observe, n\u00e9anmoins, des diff\u00e9rences dans la mani\u00e8re de consommer. Ainsi, les jeunes se privent de certains biens, mais ils sont plus nombreux \u00e0 fr\u00e9quenter les restaurants (70% y vont au moins une fois par mois, contre 57% pour le reste de la population). On ne constate, toutefois, pas de diff\u00e9rence concernant les soins de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, comme les soins dentaires (2\u20133% ne vont pas chez le dentiste dans les deux groupes) ou encore l\u2019\u00e9pargne. Les jeunes sont aussi nombreux que le reste de la population \u00e0 d\u00e9clarer \u00eatre capables d\u2019\u00e9pargner au moins 400 francs par mois (respectivement 59% et 64%, ce qui ne pr\u00e9sente pas une diff\u00e9rence statistiquement significative).Au sein du groupe des jeunes, on note peu de diff\u00e9rences entre les hommes et les femmes, si ce n\u2019est que ces derni\u00e8res ont moins souvent un IIIe pilier que les hommes (24% contre 36%), ce qui peut \u00eatre la cons\u00e9quence d\u2019un revenu plus faible.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Les jeunes sont moins satisfaits de leur situation \u00e9conomique<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">La relative pr\u00e9carit\u00e9 de la situation \u00e9conomique des jeunes a un impact sur leur sentiment de satisfaction, lequel est inf\u00e9rieur \u00e0 celui du reste de la population: 6,2 pour la satisfaction individuelle et 6,7 pour la satisfaction financi\u00e8re du m\u00e9nage contre respectivement 7,1 et 7,3 sur une \u00e9chelle allant de 0 \u00e0 10. Ils ont \u00e9galement le sentiment que leur situation financi\u00e8re est l\u00e9g\u00e8rement moins facile \u00e0 g\u00e9rer que celle de leurs ain\u00e9s (7 contre 7,3, toujours sur une \u00e9chelle allant de 0 \u00e0 10). Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence significative entre les hommes et les femmes.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Les jeunes ont plus de retards dans les paiements, mais ne sont pas plus endett\u00e9s<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Les jeunes sont plus nombreux que leurs a\u00een\u00e9s \u00e0 avoir des retards dans leurs paiements (16% contre 10%), mais la fr\u00e9quence de ceux-ci est semblable. Il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence entre les deux groupes quant \u00e0 la proportion de m\u00e9nages payant des traites mensuelles pour un cr\u00e9dit, un \u00ableasing\u00bb ou un emprunt (hors hypoth\u00e8ques&#13;<br \/>\nLes dettes hypoth\u00e9caires n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 prises en consid\u00e9ration dans cette analyse qui se fonde essentiellement sur des dettes \u00e0 la consommation.). Dans les deux cas, ils repr\u00e9sentent entre 15 et 16% des m\u00e9nages. La raison pour laquelle ces dettes ont \u00e9t\u00e9 contract\u00e9es est identique pour les deux groupes. Dans 81% des cas, il s\u2019agit de financer des achats importants, comme par exemple une voiture. Les montants des traites sont \u00e9galement proches (500\u2013600 francs par mois en moyenne).L\u2019endettement des jeunes est, toutefois, moins chronique que dans le reste de la population: la dur\u00e9e moyenne du paiement des traites est de 8 mois durant l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e contre 11 mois pour les autres m\u00e9nages. En outre, le montant annuel des traites pay\u00e9es est moins important: en moyenne 4000 francs contre 7000 pour le reste de la population, ce qui implique n\u00e9anmoins une charge financi\u00e8re \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quivalente, le revenu des jeunes \u00e9tant en g\u00e9n\u00e9ral moins \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">En cas de difficult\u00e9, les jeunes pr\u00e9f\u00e8rent se restreindre ou demander de l\u2019aide aux proches<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Les jeunes m\u00e9nages ne r\u00e9agissent pas tr\u00e8s diff\u00e9remment de leurs a\u00een\u00e9s en cas de difficult\u00e9s financi\u00e8res. Ils sont toutefois plus nombreux \u00e0 d\u00e9clarer solliciter leurs proches: 44% recourent \u00e0 un emprunt aupr\u00e8s de la parent\u00e9 ou des amis contre 27% pour le reste de la population. Cela est surtout valable pour les jeunes hommes (55% contre 37% des femmes). En cas de difficult\u00e9s financi\u00e8res, les jeunes femmes sont quant \u00e0 elles plus enclines \u00e0 se restreindre (90% contre 59% des hommes). Par contre, les jeunes dans leur ensemble semblent plus r\u00e9ticents \u00e0 s\u2019adresser \u00e0 une banque que le reste de la population (2% contre 12%).<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Qui sont les jeunes endett\u00e9s?<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Qui sont les personnes qui remboursent des traites (de cr\u00e9dit, \u00ableasing\u00bb, pr\u00eat)? Quel que soit l\u2019\u00e2ge, l\u2019endettement touche plus fortement ceux qui ne sont pas de nationalit\u00e9 suisse (25% d\u2019entre eux sont endett\u00e9s contre 14% des Suisses), les personnes n\u2019\u00e9tant pas en risque de pauvret\u00e9 (17% contre 11%), les personnes travaillant \u00e0 plein temps (21% contre 11%) et celles vivant en couple (17% contre 10%). Concernant les jeunes, l\u2019effectif tr\u00e8s restreint (51 cas) r\u00e9duit les possibilit\u00e9s analytiques. On retrouve toutefois un profil analogue \u00e0 celui de l\u2019ensemble de la population: le fait de vivre en couple (24% d\u2019entre eux sont endett\u00e9s contre 10% des autres), de travailler \u00e0 plein temps (23% contre 7%) ou de ne pas courir un risque de pauvret\u00e9 (20% contre 5%) augmente fortement le risque d\u2019endettement. En outre, il n\u2019y a pas de diff\u00e9rences statistiquement significatives entre les hommes et les femmes. Ainsi, contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait supposer, les personnes qui s\u2019endettent, qu\u2019elles soient jeunes ou non, ne sont pas celles dont la situation financi\u00e8re est la plus pr\u00e9caire. Ce sont des personnes qui ont les moyens de rembourser leurs dettes.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Int\u00e9r\u00eats et limites d\u2019une analyse par le Panel suisse de m\u00e9nages<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Cette \u00e9tude se fonde sur un \u00e9chantillon repr\u00e9sentatif de la population suisse. Les caract\u00e9ristiques du Panel suisse de m\u00e9nages nous ont conduit \u00e0 analyser la situation des jeunes habitant dans des m\u00e9nages dont la personne la plus \u00e2g\u00e9e a au maximum 25 ans. En ce sens, nos r\u00e9sultats ont une port\u00e9e limit\u00e9e par le fait qu\u2019ils ne rendent pas compte de la situation \u00e9conomique de l\u2019ensemble des jeunes, notamment ceux qui vivent chez leurs parents. L\u2019endettement est, en outre, mesur\u00e9 par le paiement de traites r\u00e9guli\u00e8res, ce qui ne tient pas compte des emprunts occasionnels souscrits aupr\u00e8s de la famille ou des proches. Or nous avons pu noter que les proches font preuve d\u2019une r\u00e9elle solidarit\u00e9 \u00e9conomique. Presque un jeune sur trois re\u00e7oit de l\u2019aide de personnes ext\u00e9rieures au m\u00e9nage. Nous ne sommes toutefois pas en mesure de pr\u00e9ciser si cette aide se fait sous forme de pr\u00eat ou de don. Ajoutons que nos r\u00e9sultats s\u2019appuient sur les d\u00e9clarations des personnes interrog\u00e9es. Celles-ci peuvent \u00eatre soumises \u00e0 ce qu\u2019on appelle l\u2019effet de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la tendance qu\u2019on a tous \u00e0 vouloir se montrer sous son meilleur jour lorsqu\u2019on est questionn\u00e9 sur ses pratiques. Il n\u2019y a, toutefois, pas de raison de penser que les jeunes y seraient plus sensibles que leurs a\u00een\u00e9s. En ce sens, la comparaison entre les jeunes et leurs a\u00een\u00e9s conserve tout son sens, d\u2019autant plus que cette analyse permet de revenir sur un certain nombre de pr\u00e9jug\u00e9s et de constats alarmistes concernant le comportement \u00e9conomique de la jeunesse suisse.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Des jeunes gens responsables \u00e9conomiquement<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Si ce n\u2019est quelques diff\u00e9rences li\u00e9es au revenu moindre des jeunes filles, on ne note pas de diff\u00e9rences notables entre les hommes et les femmes. Malgr\u00e9 des revenus plus modestes, les jeunes ne semblent pas s\u2019endetter davantage que leurs a\u00een\u00e9s. Loin de l\u2019image consum\u00e9riste qu\u2019on leur colle parfois, les jeunes semblent privil\u00e9gier la simplicit\u00e9 plus ou moins volontaire ou l\u2019aide de proches plut\u00f4t que de recourir \u00e0 des petits cr\u00e9dits. En ce sens, les pr\u00e9visions alarmistes doivent \u00eatre revues \u00e0 la baisse. S\u2019ils ont un style de consommation diff\u00e9rent (notamment en privil\u00e9giant les sorties au restaurant plut\u00f4t que l\u2019achat d\u2019une automobile), il n\u2019en reste pas moins que les jeunes s\u2019av\u00e8rent aussi capables que leurs a\u00een\u00e9s d\u2019assumer leurs responsabilit\u00e9s financi\u00e8res. Ils arrivent \u00e9galement \u00e0 \u00e9pargner et ils sont peu nombreux \u00e0 recourir \u00e0 des achats \u00e0 cr\u00e9dit. Lorsque c\u2019est le cas, c\u2019est g\u00e9n\u00e9ralement le fait de jeunes qui ont une activit\u00e9 professionnelle et des revenus suffisants pour en assumer le remboursement.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n&#13;<\/p>\n<h2 class=\"c4\">Qu\u2019en est-il alors de l\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole?<\/h2>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Le portrait g\u00e9n\u00e9ral que nous dressons montre que l\u2019ensemble des jeunes semble avoir acquis les comp\u00e9tences financi\u00e8res suffisantes pour g\u00e9rer de mani\u00e8re ad\u00e9quate leurs revenus et leurs d\u00e9penses. Ce constat ne remet pas pour autant en question la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une \u00e9ducation financi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Par exemple, le fait que les comp\u00e9tences \u00e9conomiques soient acquises essentiellement hors des \u00e9tablissements scolaires signifie que les jeunes ne sont pas \u00e9gaux face \u00e0 cet apprentissage, notamment parce que tous ne b\u00e9n\u00e9ficient pas d\u2019un milieu qui dispense le m\u00eame type et la m\u00eame qualit\u00e9 de connaissances. L\u2019\u00e9cole pourrait ainsi intervenir en favorisant l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances dans l\u2019acc\u00e8s aux comp\u00e9tences financi\u00e8res. En outre, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il existe des jeunes en difficult\u00e9 financi\u00e8re dont on ignore \u00e0 peu pr\u00e8s tout. Il semble essentiel de mieux conna\u00eetre cette population afin de cibler des actions qui soient appropri\u00e9es \u00e0 leur situation.<\/p>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Tableau 1: \u00abIndicateurs du revenu et du niveau de vie: diff\u00e9rences entre les jeunes et le reste de la population et entre jeunes femmes et jeunes hommes\u00bb<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>Encadr\u00e9 1: Le Panel suisse de m\u00e9nages (PSM)<\/i>&#13;<\/p>\n<h3 class=\"c2\">Le Panel suisse de m\u00e9nages (PSM)<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Le Panel suisse de m\u00e9nages <i>(www.swiss panel.ch)<\/i> est financ\u00e9 par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Il s\u2019agit d\u2019une enqu\u00eate longitudinale multith\u00e9matique. Elle est men\u00e9e par la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (Fors). L\u2019enqu\u00eate interroge chaque ann\u00e9e, depuis 1999, les personnes de 14 ans et plus figurant parmi les m\u00e9nages s\u00e9lectionn\u00e9s. Depuis 2004, deux \u00e9chantillons al\u00e9atoires de m\u00e9nages de la population r\u00e9sidente suisse sont interrog\u00e9s chaque ann\u00e9e. Ainsi, plus de 7500 entretiens individuels ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s en 2010\u20132011.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>Encadr\u00e9 2: La construction de l\u2019\u00e9chantillon<\/i>&#13;<\/p>\n<h3 class=\"c2\">La construction de l\u2019\u00e9chantillon<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">Nous avons bas\u00e9 nos analyses sur les jeunes vivant dans des m\u00e9nages dont la personne la plus \u00e2g\u00e9e a 25 ans au maximum. Comme l\u2019effectif est inf\u00e9rieur \u00e0 100 unit\u00e9s chaque ann\u00e9e, les cas ont \u00e9t\u00e9 cumul\u00e9s sur 5 ans (vague 8 \u00e0 12 du PSM, ann\u00e9es 2006 \u00e0 2010) afin de constituer un \u00e9chantillon assez grand. De mani\u00e8re \u00e0 ne pas compter plusieurs fois le m\u00eame individu, nous n\u2019avons consid\u00e9r\u00e9 que la premi\u00e8re fois o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9. 329 jeunes remplissaient les conditions susmentionn\u00e9es. Leur situation \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e \u00e0 celle des 8025 personnes \u00e2g\u00e9es de plus de 25 ans lors du premier entretien qui a \u00e9galement eu lieu entre 2006 et 2010. En outre, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du groupe des jeunes, la situation des femmes est compar\u00e9e \u00e0 celle des hommes. L\u2019intervalle de confiance \u00e0 95% d\u2019une proportion calcul\u00e9e aupr\u00e8s de l\u2019ensemble de notre \u00e9chantillon de jeunes est d\u2019environ \u00b1 5,5%. Ainsi, on peut d\u00e9duire du tableau que la proportion de jeunes dont le m\u00e9nage dispose d\u2019une voiture a une probabilit\u00e9 de 95% d\u2019\u00eatre comprise entre 50 et 62%.<\/p>\n<p>&#13;<br \/>\n<i>Encadr\u00e9 3: Bibliographie<\/i>&#13;<\/p>\n<h3 class=\"c2\">Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<\/p>\n<p class=\"c3\">\u2212 Hieber A., Probst B. et W\u00fcthrich S., \u00abFaut-il une strat\u00e9gie nationale pour l\u2019enseignement des questions financi\u00e8res dans les \u00e9coles?\u00bb <i>La Vie \u00e9conomique,<\/i> 6-2011, pp. 61\u201365.\u2212 Intrum Justitia, <i>Endettement chez les jeunes,<\/i> 2004. Internet: <i><a href=\"http:\/\/www.my-money.ch\/cms.cfm\/s_page\/68670\/mItem\/200780\">http:\/\/www.my-money.ch\/cms.cfm\/s_page\/68670\/mItem\/200780<\/a>.<\/i>\u2212 Manz M., \u00abR\u00f4le et \u00e9volution internationale de l\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re\u00bb, <i>La Vie \u00e9conomique,<\/i> 6-2011, pp. 57\u201360.\u2212 OCDE, <i>Pour une meilleure \u00e9ducation financi\u00e8re: enjeux et initiatives,<\/i> Publications de l\u2019OCDE, 2005.\u2212 Streuli E., <i>Verschuldung junger Erwachsener \u2013 Zusammenfassung wichtiger Ergebnisse,<\/i> Fachhochschule Nordwestschweiz, Hochschule f\u00fcr Soziale Arbeit. B\u00e2le, 2007.\u2212 Streuli E., Steiner O., Mattes C. et Shenton F., <i>Eigenes Geld und fremdes Geld \u2013 Jugendliche zwischen finanzieller Abh\u00e4ngigkeit und M\u00fcndigkeit,<\/i> B\u00e2le, 2008, Gesowip.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, l\u2019endettement des jeunes est la principale justification \u00e0 l\u2019introduction de l\u2019\u00e9ducation financi\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Pourtant, il n\u2019existe pas d\u2019\u00e9tude re-pr\u00e9sentative au niveau national prouvant que ceux-ci sont plus endett\u00e9s que leurs a\u00een\u00e9s. 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