{"id":150469,"date":"2012-01-01T12:00:00","date_gmt":"2012-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/01\/hess-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:48:52","modified_gmt":"2023-08-23T22:48:52","slug":"hess-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/01\/hess-4\/","title":{"rendered":"La crise europ\u00e9enne de l\u2019endettement et son impact sur le secteur bancaire suisse"},"content":{"rendered":"<p>Les diff\u00e9rentes r\u00e9percussions que la crise de l\u2019endettement peut avoir dans la zone euro posent d\u2019immenses d\u00e9fis aux \u00e9tablissements financiers. La solidit\u00e9 du secteur bancaire suisse et la stabilit\u00e9 politique du pays devraient, toutefois, permettre d\u2019amortir les risques de solvabilit\u00e9. Cela rassure les investisseurs, m\u00eame si les tendances r\u00e9cessionnistes et la force du franc suisse n\u2019en font pas moins planer des doutes consid\u00e9rables.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nNous assistons actuellement \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement hors du commun: la rencontre entre la crise de la dette europ\u00e9enne et un secteur bancaire qui, du fait des suites de la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re et des modifications radicales subies par son cadre r\u00e9glementaire, se trouve en plein processus de mutation. Quelle que soit son issue, la crise de la dette engendre d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 des co\u00fbts \u00e9conomiques et politiques immenses pour certains \u00c9tats membres de la zone euro. Le Fonds mon\u00e9taire international (FMI) a ainsi estim\u00e9 en septembre 2011 que les banques de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE) avaient essuy\u00e9 des pertes atteignant 300 milliards d\u2019euros, un montant qui devrait encore avoir massivement augment\u00e9. Les besoins en capitaux suppl\u00e9mentaires, \u00e9valu\u00e9s \u00e0 quelque 140 milliards de francs suisses au d\u00e9but de d\u00e9cembre 2011 par l\u2019Autorit\u00e9 bancaire europ\u00e9enne (ABE), sont par cons\u00e9quent tout aussi immenses.&#13;<\/p>\n<h2>Le secteur bancaire suisse se montre solide<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe secteur bancaire suisse semble, en comparaison, extr\u00eamement robuste et il devrait le rester selon une \u00e9tude de l\u2019Association suisse des banquiers (ASB) et du Boston Consulting Group datant de septembre 2011&#13;<br \/>\nVoir ASB\/BCG, Le secteur bancaire en pleine mutation \u2013 Perspectives d\u2019avenir pour les banques en Suisse, 2011.. Certes, le renforcement de la concurrence et les nouvelles exigences r\u00e9glementaires devraient se traduire par un recul des marges b\u00e9n\u00e9ficiaires; toutefois, compte tenu de l\u2019augmentation de la fortune mondiale et du volume des cr\u00e9dits, il semble qu\u2019il faille s\u2019attendre pour les cinq prochaines ann\u00e9es \u00e0 une croissance des revenus \u00e9quivalente \u00e0 celle du PIB.Bien que la Suisse ne fasse pas partie de l\u2019UE, la crise de l\u2019endettement en Europe ne saurait demeurer sans cons\u00e9quence pour notre place financi\u00e8re, ce qui s\u2019explique essentiellement par l\u2019ouverture de notre \u00e9conomie \u2013 directement tributaire de l\u2019\u00e9volution conjoncturelle au sein de l\u2019UE \u2013 et par la nature globale de l\u2019activit\u00e9 bancaire. Fin 2010, 44% des avoirs \u00e9trangers d\u00e9tenus par les banques suisses provenaient ainsi de l\u2019UE. La r\u00e9putation de place refuge de notre pays se traduit \u00e9galement par une forte demande en franc, lequel est depuis longtemps appel\u00e9 \u00e0 s\u2019appr\u00e9cier, ce qui p\u00e8se sur les r\u00e9sultats des banques suisses. L\u2019ampleur de la crise de l\u2019endettement ne fait qu\u2019ajouter \u00e0 ces difficult\u00e9s.&#13;<\/p>\n<h2>Des risques de d\u00e9faut de cr\u00e9dit sous contr\u00f4le<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes banques sont, toutefois, bien arm\u00e9es. Gr\u00e2ce \u00e0 leur exposition relativement faible aux pays surendett\u00e9s que sont les Giips, elles ne font face qu\u2019\u00e0 des risques de d\u00e9faut de cr\u00e9dit limit\u00e9s. Fin juin 2011, les cr\u00e9ances d\u00e9tenues par les banques suisses dans ces pays \u2013 35,2 milliards d\u2019USD \u2013 ne repr\u00e9sentaient ainsi que 2,3% du total exigible aupr\u00e8s d\u2019emprunteurs \u00e9trangers et 1,2% de la somme inscrite \u00e0 leur bilan. La plus grande partie (27,5 milliards d\u2019USD) provenait d\u2019Espagne et d\u2019Italie, alors que les emprunts d\u2019\u00c9tat grecs n\u2019atteignaient que 571 millions d\u2019USD. Les banques suisses ne sont ainsi, que ce soit en termes absolus ou relatifs, que marginalement concern\u00e9es par les 100 milliards d\u2019euros de dettes grecques que le Sommet europ\u00e9en du 27 octobre 2011 a promis d\u2019effacer.Outre leur faible exposition aux pays sur-endett\u00e9s de la zone euro, les banques suisses sont parmi les mieux capitalis\u00e9es de la plan\u00e8te, ce qui leur permet d\u2019assumer des pertes. Leurs ratios de fonds propres sont d\u00e9j\u00e0 sup\u00e9rieurs \u00e0 la limite (9%) fix\u00e9e par l\u2019UE pour juin 2012. Le renforcement progressif de leur assise capitalistique depuis la crise financi\u00e8re montre bien qu\u2019elles ont su, avec les autorit\u00e9s suisses, en tirer rapidement les cons\u00e9quences. De 2007 \u00e0 2010, les banques suisses ont ainsi r\u00e9duit \u2013 par rapport au PIB du pays \u2013 leurs capitaux \u00e9trangers plus que n\u2019importe quelle autre en Europe. Cet effet de levier invers\u00e9 (\u00abdeleveraging\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repris par les banques europ\u00e9ennes, mais au moment m\u00eame o\u00f9 la crise de la dette bat son plein, ce qui ne va pas sans faire planer une menace sur la stabilit\u00e9 macro\u00e9conomique en Europe&#13;<br \/>\nDeloitte estime \u00e0 1700 milliards d\u2019euros, soit \u00e0 peu pr\u00e8s le PIB britannique, les actifs n\u2019appartenant pas aux affaires de base ou porteurs de pertes, donc potentiellement d\u00e9sinvestissables..La confiance envers les banques suisses se traduit par l\u2019abondance des liquidit\u00e9s dont elles disposent et repose sur un financement confortable. Cela s\u2019explique notamment par le fait que les investisseurs, rendus frileux par la multiplication des incertitudes, pr\u00e9f\u00e8rent placer leur liquidit\u00e9s dans des d\u00e9p\u00f4ts \u00e0 terme aupr\u00e8s de banques plut\u00f4t que d\u2019investir dans des titres. De plus, les banques suisses n\u2019ont, gr\u00e2ce \u00e0 leur solidit\u00e9, jusqu\u2019ici pas \u00e9t\u00e9 directement affect\u00e9es par l\u2019ass\u00e8chement du march\u00e9 interbancaire, lequel a en outre \u00e9t\u00e9 abondamment pourvu en liquidit\u00e9s par la Banque nationale suisse (BNS). La stabilit\u00e9 de la politique financi\u00e8re suisse n\u2019a fait que renforcer le mouvement, alors qu\u2019a contrario, de nombreuses banques de la zone euro risquent leur existence m\u00eame par les probl\u00e8mes rencontr\u00e9s sur le march\u00e9 interbancaire, ce qui a oblig\u00e9 les diff\u00e9rentes banques centrales \u00e0 mettre en place des dispositifs concert\u00e9s et massifs&#13;<br \/>\nLa BCE, la R\u00e9serve f\u00e9d\u00e9rale, la Banque d\u2019Angleterre, la Banque du Japon et la BNS ont annonc\u00e9 le 15 septembre 2011 de nouvelles op\u00e9rations en USD afin d\u2019accro\u00eetre les liquidit\u00e9s. Le 6 octobre 2011, la BCE a pour sa part annonc\u00e9 la mise en place d\u2019op\u00e9rations de refinancement \u00e0 long terme. L\u2019offre de liquidit\u00e9s par les banques centrales a \u00e9t\u00e9 de nouveau \u00e9largie le 30 novembre 2011.. Les avoirs \u00e0 vue d\u00e9pos\u00e9s aupr\u00e8s de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) un indicateur des risques de liquidit\u00e9 ont d\u00e9pass\u00e9 500 milliards deuros \u00e0 la mi-janvier 2012, ce qui correspond presquau double du volume atteint \u00e0 lapog\u00e9e de la crise financi\u00e8re en 2008.&#13;<\/p>\n<h2>Le poids de la crise de l\u2019endettement et du franc fort<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nMalgr\u00e9 leur solidit\u00e9, les banques suisses sont, pour la plupart, confront\u00e9es aux cons\u00e9quences indirectes de la crise de l\u2019endettement qui s\u00e9vit dans la zone euro. La menace la plus s\u00e9rieuse sur le plan des revenus est de nature conjoncturelle. En effet, la r\u00e9cession qui gagne l\u2019Europe, et qui ne manquera pas d\u2019entra\u00eener un refroidissement en Suisse, a des r\u00e9percussions sur la demande de cr\u00e9dit et risque de se traduire par une recrudescence des incapacit\u00e9s \u00e0 rembourser. Compte tenu de la stabilit\u00e9 des banques suisses, aucun signe de contraction du cr\u00e9dit ne s\u2019est toutefois fait ressentir jusqu\u2019ici dans le pays&#13;<br \/>\nDurant la crise financi\u00e8re de 2008\u201309, les banques ont d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 leur capacit\u00e9 \u00e0 proposer des cr\u00e9dits en suffisance. Le taux d\u2019utilisation des limites de cr\u00e9dit, qui \u00e9tait alors d\u2019environ 73%, est rest\u00e9 relativement stable jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui..De la sorte et contrairement \u00e0 l\u2019UE, la Suisse n\u2019est pas menac\u00e9e par une spirale baissi\u00e8re au cours de laquelle la dette publique et les probl\u00e8mes de refinancement des banques se renforceraient mutuellement (voir <i>graphique 1<\/i>). Par ailleurs, la bonne situation financi\u00e8re du pays permet au march\u00e9 obligataire de demeurer serein et aux risques de d\u00e9faut de cr\u00e9dit de rester faibles. La facilit\u00e9 qu\u2019ont les banques suisses \u00e0 se financer rend \u00e9galement improbable un ass\u00e8chement du cr\u00e9dit et autorise les \u00e9tablissements financiers \u00e0 exercer sans aucune limitation la responsabilit\u00e9 qui est la leur vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9conomie.La force persistante du franc \u00e0 l\u2019\u00e9gard des principales monnaies constitue \u00e9galement un handicap. Si la place financi\u00e8re suisse est traditionnellement avantag\u00e9e par une monnaie forte, la situation est cette fois-ci diff\u00e9rente. Elle a une incidence sur les commissions dans les domaines de la gestion de fortune et d\u2019actifs ainsi que dans la banque d\u2019investissement du fait de la part \u00e9lev\u00e9e des monnaies \u00e9trang\u00e8res dans les portefeuilles des clients et des moins-values qui s\u2019ensuivent. Pouss\u00e9s par leur aversion au risque, les investisseurs renoncent de plus en plus \u00e0 d\u00e9tenir des titres pour se replier vers les d\u00e9p\u00f4ts liquides ou les m\u00e9taux pr\u00e9cieux tout en r\u00e9duisant le nombre de transactions op\u00e9r\u00e9es, ce qui p\u00e8se aussi sur les commissions.Les banques tourn\u00e9es vers l\u2019international essuient, en outre, des pertes de change sur les actifs \u00e9trangers pr\u00e9sents dans leurs bilans, m\u00eame si celles-ci sont en partie compens\u00e9es par des couvertures. Bien plus important, comme pour les industries d\u2019exportation, les banques actives \u00e0 l\u2019international supportent davantage de co\u00fbts en francs suisses qu\u2019elles n\u2019encaissent de revenus dans la m\u00eame monnaie. C\u2019est notamment le cas pour les op\u00e9rations de gestion de fortune, importantes dans la cha\u00eene de valeur ajout\u00e9e suisse. Il est \u00e0 craindre qu\u2019une augmentation du nombre de d\u00e9fauts de cr\u00e9dit de la part d\u2019entreprises exportatrices suisses handicap\u00e9es par la flamb\u00e9e du franc ne repr\u00e9sente un risque suppl\u00e9mentaire pour les banques.&#13;<\/p>\n<h2>Les probl\u00e8mes sont connus<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes d\u00e9fis auxquels les banques devront faire face sont connus. La place financi\u00e8re prend donc les mesures n\u00e9cessaires au maintien de sa comp\u00e9titivit\u00e9 sur le long terme. Les autorit\u00e9s se sont de leur c\u00f4t\u00e9 montr\u00e9es pr\u00eates \u00e0 prendre, si la situation l\u2019exige, des d\u00e9cisions inhabituelles. Chacun est conscient que durant les p\u00e9riodes de turbulences, les investisseurs et l\u2019\u00e9conomie doivent pouvoir s\u2019appuyer sur un syst\u00e8me bancaire solide et des conditions-cadres appropri\u00e9es. Les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par les banques et les autorit\u00e9s doivent donc viser au maintien de la comp\u00e9titivit\u00e9 de la Suisse au-del\u00e0 de la crise actuelle. Les signes semblent jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent encourageants.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abLa crainte d\u2019un cercle vicieux\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les diff\u00e9rentes r\u00e9percussions que la crise de l\u2019endettement peut avoir dans la zone euro posent d\u2019immenses d\u00e9fis aux \u00e9tablissements financiers. La solidit\u00e9 du secteur bancaire suisse et la stabilit\u00e9 politique du pays devraient, toutefois, permettre d\u2019amortir les risques de solvabilit\u00e9. 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