{"id":150474,"date":"2012-01-01T12:00:00","date_gmt":"2012-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/01\/indergand-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:49:14","modified_gmt":"2023-08-23T22:49:14","slug":"indergand-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/01\/indergand-4\/","title":{"rendered":"Les exportations suisses face au franc fort"},"content":{"rendered":"<p>Le repli conjoncturel qui a frapp\u00e9 l\u00e9conomie mondiale en 2008\/09 a fortement port\u00e9 pr\u00e9judice aux secteurs exportateurs de l\u2019\u00e9conomie suisse. Le franc fort, deux ans plus tard, a provoqu\u00e9 en peu de temps un nouveau recul, dans un contexte de conjoncture mondiale an\u00e9mique. Jusqu\u2019\u00e0 la fin de 2011, le recul des exportations n\u2019a toutefois pas pris des proportions dramatiques. Le danger a-t-il \u00e9t\u00e9 conjur\u00e9? Doit-on, au contraire, s\u2019attendre \u00e0 une forte aggravation de la situation dans les prochains mois? L\u2019article montre que lanalyse de la situation diff\u00e8re suivant les branches \u00e9conomiques. Il quantifie, en outre, les facteurs qui influencent l\u2019\u00e9volution des diff\u00e9rents types dexportations. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201201_05_Indergand_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<\/p>\n<h2>Des exportateurs soumis aux vents contraires<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nApr\u00e8s une p\u00e9riode faste, les exportateurs doivent depuis quelques ann\u00e9es composer avec des vents contraires. La p\u00e9riode de croissance qui accompagnait le d\u00e9but du mill\u00e9naire a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9e nette en 2008\/2009 par une des plus grandes chutes de la demande depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre. \u00c0 peine cette crise plus ou moins surmont\u00e9e, celle de l\u2019euro a pris le relais, engendrant la hausse du franc, qui a de nouveau mis l\u2019industrie d\u2019exportation au pied du mur. L\u2019introduction par la Banque nationale suisse (BNS) d\u2019un plancher pour le taux de change franc\/euro a l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9tendu la situation. Depuis septembre 2011, les entreprises suisses peuvent compter sur le fait que le franc ne s\u2019appr\u00e9ciera pas davantage, ce qui \u00e9vite une \u00e9rosion suppl\u00e9mentaire de leurs marges et leur permet de planifier avec une meilleure pr\u00e9visibilit\u00e9. Avec un taux moyen d\u2019environ 1,23 franc pour un euro (septembre \u00e0 d\u00e9cembre), le cours du change demeure toutefois tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9.Il peut para\u00eetre \u00e9tonnant, au vu de ces probl\u00e8mes, que les exportations aient d\u00e9j\u00e0 pratiquement retrouv\u00e9 en \u00e9t\u00e9 2011 leur niveau record de 2007. Depuis cette \u00e9poque jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, la croissance s\u2019est nettement enray\u00e9e (voir <i>graphique 1<\/i>), mais l\u2019appr\u00e9ciation du franc d\u2019environ 30% par rapport \u00e0 la plupart des devises na pas fait chuter brutalement les exportations, comme certains auraient pu sy attendre.&#13;<\/p>\n<h2>Le pire reste-t-il \u00e0 venir?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa forte appr\u00e9ciation du franc vis-\u00e0-vis des principales devises a fait craindre un repli \u00e9conomique tr\u00e8s important, qui ne s\u2019est pas produit jusqu\u00e0 la fin de 2011. Les modifications survenues dans les taux de change d\u00e9ploient, toutefois, leur plein impact sur les exportations avec quelques retards, car les contrats sont souvent sign\u00e9s \u00e0 long terme. On peut, d\u00e8s lors, se demander si un repli important est toujours \u00e0 craindre en raison de la force du franc et, dans ce cas, quelles sont les branches qui seront les plus touch\u00e9es. Si l\u2019existence m\u00eame de certaines entreprises est menac\u00e9e par l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 des devises (par exemple l\u2019industrie des machines), certains exportateurs semblent insensibles \u00e0 la force du franc (par exemple l\u2019industrie horlog\u00e8re). Il est donc n\u00e9cessaire de consid\u00e9rer s\u00e9par\u00e9ment les diverses branches et cat\u00e9gories de marchandises exportatrices. Notre analyse utilise les donn\u00e9es de la Direction g\u00e9n\u00e9rale des douanes (corrig\u00e9es de l\u2019\u00e9volution des prix et des variations saisonni\u00e8res par le Seco).&#13;<\/p>\n<h2>Les d\u00e9terminants de l\u2019\u00e9volution des exportations<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe d\u00e9veloppement des exportations est g\u00e9n\u00e9ralement mod\u00e9lis\u00e9 sur la base de deux facteurs (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Pr\u00e9cisions concernant les variables utilis\u00e9es<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa demande mondiale&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe principal d\u00e9terminant de la demande en produits suisses est l\u2019\u00e9volution du revenu dans le reste du monde. Celle-ci se mesure de mani\u00e8re relativement fiable en se basant sur l\u2019\u00e9volution du PIB. L\u2019indicateur de la demande mondiale correspond par cons\u00e9quent \u00e0 la moyenne des taux de croissance du PIB des principaux partenaires commerciaux de la Suisse, pond\u00e9r\u00e9e en fonction de leur quote-part dans les exportations suisses. Les coefficients varient donc au fil du temps, selon la quote-part des exportations suisses vers chacun des pays. Ont \u00e9t\u00e9 pris en compte: l\u2019Allemagne (19,3%), les \u00c9tats-Unis (10%), l\u2019Italie (9%), la France (7,8%), le Royaume-Uni (4,9%), l\u2019Espagne (3,5%), la Chine (3,4%), l\u2019Autriche (3,3%), le Japon (3,0%), Hong Kong (2,5%), l\u2019Inde (1,4%), Singapour (1,3%), le Canada (1,3%), le Br\u00e9sil (1,3%), l\u2019Australie (1,1%), la Russie (1%) et la Su\u00e8de (0,9%). Ces pays repr\u00e9sentent environ 75% des exportations suisses. Les chiffres ci-dessus correspondent \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2010.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa comp\u00e9titivit\u00e9-prix&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe deuxi\u00e8me facteur d\u00e9terminant pour les exportations est la comp\u00e9titivit\u00e9-prix. Contrairement \u00e0 la mesure de la demande mondiale, celle de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix est complexe. En effet, outre l\u2019\u00e9volution du taux de change nominal, la politique des prix appliqu\u00e9e par les entreprises suisses et leurs concurrents entrent en consid\u00e9ration, ce qui suppose de d\u00e9tenir un certain nombre d\u2019informations. Globalement, on peut dire qu\u2019une appr\u00e9ciation nominale de la monnaie du pays et une dynamique des prix et des co\u00fbts sup\u00e9rieure \u00e0 ce qui se pratique \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont dommageables \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie d\u2019exportation suisse. C\u2019est la raison pour laquelle on emploie souvent la valeur ext\u00e9rieure r\u00e9elle du franc (taux de change nominal d\u00e9flat\u00e9 par le diff\u00e9rentiel dinflation, mesur\u00e9 sur la base des prix \u00e0 la consommation) pour comparer les prix \u00e0 la consommation avec nos principaux partenaires commerciaux. Cette m\u00e9thode de calcul suppose que les co\u00fbts des produits export\u00e9s \u00e9voluent \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame rythme que le rench\u00e9rissement global (prix \u00e0 la consommation et \u00e0 la production). Si ce type de d\u00e9flation fonc-tionne encore relativement bien pour l\u2019ensemble des exportations, il pose probl\u00e8me quand l\u2019analyse se pratique par branche. En effet, dans certaines d\u2019entre elles, l\u2019\u00e9volution des prix varie fortement par rapport au cours des prix globaux.C\u2019est la raison pour laquelle, dans la pr\u00e9sente analyse, les variables li\u00e9es au prix ont \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9es pour chaque branche. Pour ce faire, on a utilis\u00e9 les prix \u00e0 l\u2019exportation et \u00e0 la production. Comme pour la demande mondiale, ils ont \u00e9t\u00e9 pond\u00e9r\u00e9s en fonction de la quote-part de chaque pays dans les exportations suisses.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n). Les exportations d\u00e9pendent d\u2019abord de la <i>conjoncture mondiale;<\/i> si l\u2019\u00e9conomie est en bonne sant\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, la demande de marchandises augmente, ce qui profite aussi aux exportations suisses. Inversement, ces derni\u00e8res ont enregistr\u00e9 une forte chute durant la crise de 2008\/09 du fait du recul abrupt de la demande mondiale.La <i>demande est \u00e9galement influenc\u00e9e par les prix propos\u00e9s par rapport \u00e0 la concurrence.<\/i> Si ceux pratiqu\u00e9s par les exportateurs suisses augmentent, la demande tendra \u00e0 en souffrir. Le cours des changes joue un r\u00f4le \u00e0 ce niveau, comme l\u2019illustre l\u2019exemple suivant: si une entreprise allemande demande une machine \u00e0 un fabricant suisse, ce n\u2019est pas le prix en francs qui est d\u00e9cisif, mais celui en euros, les produits concurrents \u00e9tant eux-m\u00eames g\u00e9n\u00e9ralement offerts dans cette monnaie. Si le franc s\u2019appr\u00e9cie, le prix de la machine augmente \u00e9galement sans que les co\u00fbts ou la marge du fabricant suisse en soit affect\u00e9 dans un premier temps. Pour pallier une telle d\u00e9gradation de comp\u00e9titivit\u00e9-prix, ce fabricant peut \u00e9videmment tenter de r\u00e9duire ses co\u00fbts ou une partie de sa marge. La seconde solution l\u2019emporte \u00e0 court terme. C\u2019est ainsi que, ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es, nombre d\u2019entreprises suisses ont d\u00fb abaisser leurs marges pour emp\u00eacher que leur comp\u00e9titivit\u00e9-prix ne se d\u00e9grade encore.Des m\u00e9thodes \u00e9conom\u00e9triques permettent de distinguer l\u2019influence de la demande mondiale de celle de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix, et de la quantifier. Il est donc possible d\u2019\u00e9valuer dans quelle mesure l\u2019industrie d\u2019exportation est port\u00e9e par la demande, et dans quelle mesure elle est affect\u00e9e par la d\u00e9gradation actuelle de sa comp\u00e9titivit\u00e9-prix, ce qui peut \u00eatre d\u00fb \u00e0 des changements dans les prix \u00e0 l\u2019exportation libell\u00e9s en francs \u2013 en raison des co\u00fbts de fabrication ou de variation de la marge \u2013 ou au cours des changes.La pr\u00e9sente analyse se concentre donc sur les effets des chocs exog\u00e8nes sur les deux variables pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9es. Cela \u00e9tant, \u00e0 long terme, d\u2019autres facteurs influencent les exportations suisses. La qualit\u00e9 des produits par exemple (capacit\u00e9 d\u2019innovation) ou encore l\u2019am\u00e9lioration des conditions-cadres par l\u2019\u00c9tat sont des conditions n\u00e9cessaires \u00e0 une industrie d\u2019exportation florissante.&#13;<\/p>\n<h2>Les exportations r\u00e9agissent plus rapidement \u00e0 la demande quaux variations de prix<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on consid\u00e8re les exportations au niveau agr\u00e9g\u00e9, elles d\u00e9pendent principalement de l\u2019\u00e9volution de l\u2019\u00e9conomie mondiale. Lorsque la demande augmente de 1%, l\u2019effet b\u00e9n\u00e9fique sur les exportations suisses est environ du double&#13;<br \/>\nDurant la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les exportations mondiales ont augment\u00e9 deux fois plus vite que le PIB mondial. La d\u00e9pendance des exportations suisses \u00e0 la demande mondiale est donc peu surprenante. Il est, toutefois, possible que cette corr\u00e9lation de longue date se modifie \u00e0 l\u2019avenir.. Il est clair que la comp\u00e9titivit\u00e9-prix des entreprises suisses, et donc le cours de change, ont moins d\u2019importance \u00e0 court terme. \u00c0 long terme&#13;<br \/>\nLe mod\u00e8le dit \u00ab\u00e0 correction d\u2019erreur\u00bb permet de faire ressortir la relation de coint\u00e9gration (\u00e9volution \u00e0 long terme) et la dynamique \u00e0 court terme. Les variables doivent, toutefois, ob\u00e9ir \u00e0 certaines conditions (entre autres: int\u00e9gration, coint\u00e9gration)., par contre, leur incidence est nettement sup\u00e9rieure. Une d\u00e9t\u00e9rioration de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix de 1% entra\u00eene, apr\u00e8s quelques trimestres, une baisse des exportations d\u2019environ 0,5% (voir encadr\u00e9 1). En somme, les effets li\u00e9s aux prix ont besoin de temps pour se d\u00e9ployer. Cela s\u2019explique en partie par le fait que les entreprises sont souvent li\u00e9es \u00e0 des contrats de commande et ne peuvent pas changer de fournisseur du jour au lendemain. Or, plus le taux de change demeure \u00e0 un niveau \u00e9lev\u00e9, moins les entreprises ont de possibilit\u00e9s de r\u00e9duire leur marge et plus elles risquent de perdre des clients \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Cela \u00e9tant, il convient de souligner que, m\u00eame \u00e0 long terme, la demande mondiale demeure le facteur dominant m\u00eame si les prix jouent un r\u00f4le de plus en plus important.Il ressort d\u2019analyses suppl\u00e9mentaires que l\u2019\u00e9lasticit\u00e9-prix a eu tendance \u00e0 se r\u00e9duire au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies (voir <i>graphique 2<\/i>)&#13;<br \/>\nEn r\u00e9partissant les donn\u00e9es sur deux p\u00e9riodes et en proc\u00e9dant \u00e0 une \u00e9valuation distincte, il a \u00e9t\u00e9 possible de tirer des conclusions sur les divergences de sensibilit\u00e9 \u00e0 la demande et aux prix. Des m\u00e9thodes plus \u00e9labor\u00e9es \u00e9valuent les coefficients de mani\u00e8re dynamique (\u00abTime Varying Coefficient Model\u00bb). En proc\u00e9dant ainsi, il appara\u00eet que depuis plusieurs ann\u00e9es, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9-prix de l\u2019ensemble des exportations est \u00e0 la baisse.. Cette observation est compatible avec le fait que les secteurs moins sensibles aux prix, tels que les exportations de produits phar-maceutiques ou de montres de luxe, ont nettement gagn\u00e9 en importance parmi les exportations durant cette p\u00e9riode (voir <i>graphique 1<\/i>). Une analyse du m\u00eame ordre pour l\u2019ensemble des exportations de marchandises a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e dans cette revue&#13;<br \/>\nDoytchinov S. et Schmidbauer F., \u00abLes exportations suisses de marchandises au mieux de leur forme: analyse d\u2019un succ\u00e8s\u00bb, La Vie \u00e9conomique, 7\/8-2007, p. 38ss. Voir \u00e9galement les Tendances conjoncturelles du printemps 2010.. Cet article l\u2019\u00e9tend aux diff\u00e9rentes cat\u00e9gories dont elles se composent&#13;<br \/>\nLes branches agriculture, m\u00e9taux pr\u00e9cieux et pierres\/terres n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es, en raison d\u2019une r\u00e9glementation \u00e9tatique trop importante ou d\u2019un manque de donn\u00e9es..&#13;<\/p>\n<h2>Des divergences marqu\u00e9es entre les branches<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes \u00e9lasticit\u00e9s du prix et de la demande montrent comme pr\u00e9vu des diff\u00e9rences importantes entre les diverses branches.&#13;<br \/>\nUne explication d\u00e9taill\u00e9e de la m\u00e9thode destimation ainsi que des r\u00e9sultats obtenus se trouve dans les Tendances conjoncturelles de ce printemps. Il faut donc proc\u00e9der avec prudence avant de tirer des conclusions portant sur lensemble des exportations, lorsqu\u2019on estime l\u2019impact des variations de la conjoncture ou du cours des changes.Les divergences qui caract\u00e9risent les diff\u00e9rentes rubriques sont, surtout dans le cas de la demande \u00e9trang\u00e8re, particuli\u00e8rement marqu\u00e9es. Certains postes, comme les exportations chimiques, profitent nettement plus d\u2019une progression de la demande \u00e9trang\u00e8re que le textile ou la production de papier. Les branches pr\u00e9sentent plus de similarit\u00e9 en ce qui concerne la sensibilit\u00e9 aux prix, bien qu\u2019il existe aussi des diff\u00e9rences. C\u2019est ainsi que la sensibilit\u00e9 des exportations de produits chimiques aux variations de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix a baiss\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, contrairement \u00e0 lindustrie du papier. Il existe, en outre, des diff\u00e9rences entre les effets \u00e0 court et \u00e0 long termes. Ainsi, les exportations de machines ne semblent que peu sensibles aux prix \u00e0 court terme, tandis qu\u2019\u00e0 long terme ce poste le devient fortement.Pour r\u00e9sumer, les diff\u00e9rentes branches d\u2019exportation peuvent se r\u00e9partir en trois groupes.&#13;<\/p>\n<h2>Groupe 1: pr\u00e9dominance de la demande \u00e9trang\u00e8re<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa chimie, le cuir\/caoutchouc\/mati\u00e8res plastiques, les v\u00e9hicules, les agents \u00e9nerg\u00e9tiques (y compris l\u2019\u00e9lectricit\u00e9) et les montres\/instruments de pr\u00e9cision\/bijouterie r\u00e9agissent tr\u00e8s fortement aux variations de la demande mondiale. Si lon excepte le dernier groupe, leur sensibilit\u00e9 aux prix est assez marqu\u00e9e, mais leffet de la demande mondiale pr\u00e9domine nettement. Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces branches qui, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9volution d\u00e9favorable du taux de change, ont r\u00e9ussi \u00e0 maintenir leur position apr\u00e8s 2009 (voir <i>graphique 1<\/i>). Gr\u00e2ce \u00e0 la reprise mondiale amorc\u00e9e en 2009, leurs exportations ont presque \u00e9gal\u00e9 le niveau record de 2007 (cuir\/caoutchouc\/mati\u00e8res plastiques) ou l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 (chimie, instruments de pr\u00e9cision\/horlogerie\/bijouterie, \u00e9nergie). L\u2019interpr\u00e9tation est plus difficile pour les v\u00e9hicules, car ce secteur se caract\u00e9rise par une extr\u00eame volatilit\u00e9.Ces commentaires ne doivent, toutefois, pas faire oublier que les exportations de certaines des branches mentionn\u00e9es sont tr\u00e8s sensibles aux prix. La sensibilit\u00e9 aux prix semble, toutefois, avoir fortement diminu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es pour les principales branches du groupe, soit les produits chimiques et l\u2019horlogerie\/instruments de pr\u00e9cision\/bijouterie. Outre la progression de la demande mondiale apr\u00e8s 2009, il est probable que ces branches d\u2019exportation aient profit\u00e9 d\u2019une moindre sensibilit\u00e9 aux prix et aux variations du taux de change. En ce qui concerne la chimie, cela pourrait tenir \u00e0 la forte croissance de la branche pharmaceutique, qui est probablement soumise \u00e0 une moindre concurrence au niveau des prix (protection des brevets, syst\u00e8mes de sant\u00e9 fortement r\u00e9glement\u00e9s) que les autres exportations de la branche.Le recul de la sensibilit\u00e9 aux prix dans l\u2019horlogerie, les instruments de pr\u00e9cision et la bijouterie pourrait sexpliquer par la r\u00e9cente expansion des exportations de luxe relevant de ces domaines, en particulier vers les pays asiatiques (voir <i>graphique 3<\/i>). Les ventes de montres de luxe sont nettement moins sensibles aux prix que les marchandises classiques. L\u2019\u00e9lasticit\u00e9-prix relativement \u00e9lev\u00e9e pour ce secteur tout au long de cette p\u00e9riode tient certainement \u00e0 la forte proportion d\u2019instruments de pr\u00e9cision (sup\u00e9rieure \u00e0 40%) pr\u00e9sents dans ce groupe. Ces exportations sont souvent consid\u00e9r\u00e9es comme des biens d\u2019investissement et se caract\u00e9risent par une \u00e9lasticit\u00e9-prix relativement \u00e9lev\u00e9e \u00e0 long terme.&#13;<\/p>\n<h2>Groupe 2: effets de la demande mondiale incertains, mais sensibilit\u00e9 aux prix \u00e9lev\u00e9e \u00e0 long terme<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes exportations de m\u00e9taux et machines\/appareils\/\u00e9lectronique ont fortement profit\u00e9 de l\u2019augmentation de la demande \u00e9trang\u00e8re au cours des deux derni\u00e8res ann\u00e9es. Cela \u00e9tant, si l\u2019on observe l\u2019\u00e9volution \u00e0 plus long terme, on constate que l\u2019impact de la demande est moins important apr\u00e8s quelques trimestres. Ceci pourrait tenir au fait que les deux secteurs d\u00e9pendent dans une large mesure des investissements \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, lesquels sont g\u00e9n\u00e9ralement nettement plus volatils que l\u2019\u00e9volution du PIB. Lorsque l\u2019\u00e9conomie mondiale se ressaisit, le besoin en investissements est grand dans bon nombre d\u2019entreprises. Dans cette phase du cycle conjoncturel, le prix d\u2019une machine joue un r\u00f4le un peu moins important. Ce qui importe alors, c\u2019est de satisfaire la demande. Lorsque la croissance ralentit, de nombreuses capacit\u00e9s sont sous-exploit\u00e9es, et le besoin en biens d\u2019\u00e9quipement diminue rapidement. Ce comportement cyclique fait que les exportations de m\u00e9taux et de machines\/appareils\/\u00e9lectronique croissent \u00e0 court terme environ quatre fois plus vite que la demande mondiale. \u00c0 long terme, en revanche, ils \u00e9voluent environ au m\u00eame rythme que l\u2019\u00e9conomie mondiale.Ces deux domaines sont, toutefois, sensibles aux prix \u00e0 long terme (\u00e9lasticit\u00e9-prix proche de 1), ce qui pourrait indiquer la pr\u00e9sence de contrats \u00e0 long terme. Au vu de ces r\u00e9sultats, il est peu \u00e9tonnant que de nombreuses entreprises d\u2019exportation de ces secteurs se retrouvent toujours plus souvent dans des situations difficiles.&#13;<\/p>\n<h2>Groupe 3: peu sensibles \u00e0 la demande, mais tr\u00e8s sensibles aux prix<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nTrois secteurs d\u2019exportation se trouvent actuellement dans une situation particuli\u00e8rement inconfortable: le papier\/produits du papier\/produits graphiques, les textiles\/ v\u00eatements\/chaussures, ainsi que les objets d\u2019am\u00e9nagement int\u00e9rieur\/jouets. Il s\u2019agit de branches qui sont confront\u00e9es \u00e0 une concurrence internationale sur les prix relativement forte, et qui semblent peiner \u00e0 se maintenir face aux producteurs \u00e9trangers. Ces branches sont celles qui ont le moins profit\u00e9 de la demande mondiale, ces deux derni\u00e8res ann\u00e9es. La r\u00e9cente appr\u00e9ciation du franc et les \u00e9ventuelles baisses de prix \u00e0 l\u2019\u00e9tranger risquent d\u2019avoir eu un impact plus important sur elles que sur les autres (voir <i>graphique 4<\/i>). Aujourd\u2019hui, ces branches sont donc p\u00e9niblement parvenues \u00e0 se remettre du repli de 2008\/2009 ou sont, comme c\u2019est le cas du domaine \u00abPapier\/papeterie\/produits graphiques\u00bb, dans une situation nettement plus mauvaise qu\u2019en 2009.&#13;<\/p>\n<h2>Une palette de produits globalement favorable aux exportations<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLes branches exportatrices du premier groupe (chimie, cuir\/caoutchouc\/mati\u00e8res plastiques, v\u00e9hicules, agents \u00e9nerg\u00e9tiques et horlogerie\/instruments de pr\u00e9cision\/bijouterie) sont de loin les plus importantes. Il n\u2019est donc pas surprenant que la demande \u00e9trang\u00e8re conditionne aussi nettement nos ventes \u00e0 l\u00e9tranger. Cela \u00e9tant, le facteur prix et la force du franc devraient \u00e9galement avoir des effets marqu\u00e9s sur l\u2019ensemble des exportations. Leur impact d\u00e9pend, toutefois, toujours de la capacit\u00e9 des grandes branches exportatrices \u00e0 compenser les effets ind\u00e9sirables des fluctuations de change par des baisses de prix.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa demande mondiale joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u00e9volution globale de nos exportations comme pour la plupart des grands postes qui les composent. Les effets de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix (et donc du taux de change) peuvent \u00e9galement \u00eatre mis en \u00e9vidence pour pratiquement chacune des branches. Les diff\u00e9rences entre celles-ci sont parfois consid\u00e9rables, ce qui explique dans une large mesure les in\u00e9galit\u00e9s dans l\u2019\u00e9volution des exportations ces derni\u00e8res ann\u00e9es.Le fait que le taux de change particuli\u00e8rement d\u00e9favorable n\u2019ait pas encore fait nettement recul\u00e9 les exportations de marchandises tient principalement \u00e0 trois \u00e9l\u00e9ments: \u2212 premi\u00e8rement, dans certaines branches, les effets n\u00e9gatifs des variations de change ont \u00e9t\u00e9 largement compens\u00e9s par la forte augmentation de la demande \u00e9trang\u00e8re;\u2212 deuxi\u00e8mement, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9-prix est relativement faible ou tend \u00e0 diminuer dans certaines branches particuli\u00e8rement importantes pour la Suisse (produits pharmaceutiques, horlogerie);\u2212 troisi\u00e8mement, la plupart des entreprises disposent d\u2019une certaine marge de man\u0153uvre dans la fixation des prix, ce qui leur permet de contrecarrer un taux de change \u00e9lev\u00e9. C\u2019est la raison pour laquelle la comp\u00e9titivit\u00e9 relative de branches comme les m\u00e9taux ou le cuir\/caoutchouc\/ mati\u00e8res premi\u00e8res s\u2019est relativement peu d\u00e9t\u00e9rior\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es.Il convient enfin de signaler que la pr\u00e9sente analyse refl\u00e8te une situation pass\u00e9e, et qu\u2019il n\u2019est par cons\u00e9quent pas exclu que les corr\u00e9lations, et donc les \u00e9lasticit\u00e9s consid\u00e9r\u00e9es, se modifient \u00e0 moyenne ou longue \u00e9ch\u00e9ance. Dans les trimestres \u00e0 venir, certains domaines d\u2019exportation continueront \u00e0 souffrir des effets du franc fort. L\u2019\u00e9volution conjoncturelle des march\u00e9s de destination joue, toutefois, un r\u00f4le nettement plus important. Si les pr\u00e9visions en ce domaine \u2013 en particulier en Europe \u2013 demeurent sombres, la croissance de la plupart des exportations risque d\u2019\u00eatre modeste.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00ab\u00c9volution des exportations suisses, 1989\u20132011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00ab\u00c9lasticit\u00e9-prix des exportationss suisses, 2000\u20132011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00ab\u00c9lasticit\u00e9-prix des instruments de pr\u00e9cision, montres et bijoux, 2000\u20132011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 4: \u00ab\u00c9lasticit\u00e9-prix du papier, de la papeterie et des produits graphiques, 2000\u20132011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abQuote-part de chaque rubrique dans les exportations (valeur nominale), 2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 2: \u00abDemande mondiale et \u00e9lasticit\u00e9-prix: vue d\u2019ensemble par branche exportatrice\u00c9lasticit\u00e9-prixa\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Pr\u00e9cisions concernant les variables utilis\u00e9es&#13;<\/p>\n<h3>Pr\u00e9cisions concernant les variables utilis\u00e9es<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLa demande mondiale&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe principal d\u00e9terminant de la demande en produits suisses est l\u2019\u00e9volution du revenu dans le reste du monde. Celle-ci se mesure de mani\u00e8re relativement fiable en se basant sur l\u2019\u00e9volution du PIB. L\u2019indicateur de la demande mondiale correspond par cons\u00e9quent \u00e0 la moyenne des taux de croissance du PIB des principaux partenaires commerciaux de la Suisse, pond\u00e9r\u00e9e en fonction de leur quote-part dans les exportations suisses. Les coefficients varient donc au fil du temps, selon la quote-part des exportations suisses vers chacun des pays. Ont \u00e9t\u00e9 pris en compte: l\u2019Allemagne (19,3%), les \u00c9tats-Unis (10%), l\u2019Italie (9%), la France (7,8%), le Royaume-Uni (4,9%), l\u2019Espagne (3,5%), la Chine (3,4%), l\u2019Autriche (3,3%), le Japon (3,0%), Hong Kong (2,5%), l\u2019Inde (1,4%), Singapour (1,3%), le Canada (1,3%), le Br\u00e9sil (1,3%), l\u2019Australie (1,1%), la Russie (1%) et la Su\u00e8de (0,9%). Ces pays repr\u00e9sentent environ 75% des exportations suisses. Les chiffres ci-dessus correspondent \u00e0 l\u2019ann\u00e9e 2010.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLa comp\u00e9titivit\u00e9-prix&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLe deuxi\u00e8me facteur d\u00e9terminant pour les exportations est la comp\u00e9titivit\u00e9-prix. Contrairement \u00e0 la mesure de la demande mondiale, celle de la comp\u00e9titivit\u00e9-prix est complexe. En effet, outre l\u2019\u00e9volution du taux de change nominal, la politique des prix appliqu\u00e9e par les entreprises suisses et leurs concurrents entrent en consid\u00e9ration, ce qui suppose de d\u00e9tenir un certain nombre d\u2019informations. Globalement, on peut dire qu\u2019une appr\u00e9ciation nominale de la monnaie du pays et une dynamique des prix et des co\u00fbts sup\u00e9rieure \u00e0 ce qui se pratique \u00e0 l\u2019\u00e9tranger sont dommageables \u00e0 la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie d\u2019exportation suisse. C\u2019est la raison pour laquelle on emploie souvent la valeur ext\u00e9rieure r\u00e9elle du franc (taux de change nominal d\u00e9flat\u00e9 par le diff\u00e9rentiel dinflation, mesur\u00e9 sur la base des prix \u00e0 la consommation) pour comparer les prix \u00e0 la consommation avec nos principaux partenaires commerciaux. Cette m\u00e9thode de calcul suppose que les co\u00fbts des produits export\u00e9s \u00e9voluent \u00e0 peu pr\u00e8s au m\u00eame rythme que le rench\u00e9rissement global (prix \u00e0 la consommation et \u00e0 la production). Si ce type de d\u00e9flation fonc-tionne encore relativement bien pour l\u2019ensemble des exportations, il pose probl\u00e8me quand l\u2019analyse se pratique par branche. En effet, dans certaines d\u2019entre elles, l\u2019\u00e9volution des prix varie fortement par rapport au cours des prix globaux.C\u2019est la raison pour laquelle, dans la pr\u00e9sente analyse, les variables li\u00e9es au prix ont \u00e9t\u00e9 calcul\u00e9es pour chaque branche. Pour ce faire, on a utilis\u00e9 les prix \u00e0 l\u2019exportation et \u00e0 la production. Comme pour la demande mondiale, ils ont \u00e9t\u00e9 pond\u00e9r\u00e9s en fonction de la quote-part de chaque pays dans les exportations suisses.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le repli conjoncturel qui a frapp\u00e9 l\u00e9conomie mondiale en 2008\/09 a fortement port\u00e9 pr\u00e9judice aux secteurs exportateurs de l\u2019\u00e9conomie suisse. Le franc fort, deux ans plus tard, a provoqu\u00e9 en peu de temps un nouveau recul, dans un contexte de conjoncture mondiale an\u00e9mique. 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