{"id":150479,"date":"2012-01-01T12:00:00","date_gmt":"2012-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/01\/kugler-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:49:43","modified_gmt":"2023-08-23T22:49:43","slug":"kugler-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/01\/kugler-2\/","title":{"rendered":"Une monnaie si forte pour un si petit pays: chance ou malchance?"},"content":{"rendered":"<p>La forte appr\u00e9ciation que conna\u00eet actuellement le franc et les probl\u00e8mes qui en d\u00e9coulent soul\u00e8vent deux questions int\u00e9ressantes: du point de vue historique, comment celui-ci est-il devenu l\u2019une des principales devises internationales, acqu\u00e9rant m\u00eame le statut de \u00abmonnaie refuge\u00bb? Au-del\u00e0 des pr\u00e9judices \u00e9vidents qu\u2019une telle situation entra\u00eene, la Suisse n\u2019en tire-t-elle pas \u00e9galement des avantages? L\u2019histoire montre que les monnaies stables d\u2019importance internationale ont souvent \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par de petits \u00c9tats. Le cas du franc suisse n\u2019a donc rien de singulier. Par ailleurs, en p\u00e9riode de grande instabilit\u00e9 mon\u00e9taire internationale, un franc fort pr\u00e9sente des avantages \u00e0 moyen et \u00e0 long terme qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre relev\u00e9s, notamment en mati\u00e8re de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat et en termes d\u2019\u00e9change. <img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" class=\"article_rect\" src=\"\/dynBase\/images\/article_rect\/201201_09_Kugler_01.eps.jpg\" alt=\"\" width=\"370\" height=\"247\" \/>&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nApr\u00e8s plus de dix ans de tranquillit\u00e9, durant lesquels l\u2019\u00e9volution \u00e0 moyen terme de son cours de change effectif respectait la parit\u00e9 des pouvoirs d\u2019achat, le franc a soudain pris l\u2019ascenseur en mai 2010. En ao\u00fbt 2011, il \u00e9tait sur\u00e9valu\u00e9 de plus de 30% et ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s la fixation d\u2019un cours plancher franc\/euro que l\u2019\u00e9cart est redescendu \u00e0 moins de 20%. Il ne faut, cependant, pas oublier que durant les ann\u00e9es septante et quatre-vingt, la Suisse avait d\u00e9j\u00e0 connu une appr\u00e9ciation importante de sa monnaie en termes r\u00e9els et que la p\u00e9riode de calme qui court de 1999 \u00e0 2009 repr\u00e9sente l\u2019exception. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019une aussi forte appr\u00e9ciation en \u00e0 peine seize mois a gravement min\u00e9 la comp\u00e9titivit\u00e9 de l\u2019industrie d\u2019exportation suisse et des branches en concurrence avec les importations, mena\u00e7ant ainsi tout le site de production helv\u00e9tique.Cette survalorisation persistante du franc en termes r\u00e9els porte, en outre, pr\u00e9judice \u00e0 la position ext\u00e9rieure nette de la Suisse, dont les actifs, au troisi\u00e8me trimestre 2011, s\u2019\u00e9levaient \u00e0 3216 milliards de francs et les passifs \u00e0 2337 milliards&#13;<br \/>\nSource: BNS, Bulletin mensuel de statistiques \u00e9conomiques, d\u00e9cembre 2011, R1, R4.. \u00c9tant donn\u00e9 que 83% des actifs sont libell\u00e9s en monnaies \u00e9trang\u00e8res et 64% des passifs en francs, cette fortune nette \u2013 \u00e9quivalant actuellement \u00e0 environ 160% du produit int\u00e9rieur brut (PIB) helv\u00e9tique \u2013 est expos\u00e9e \u00e0 un important risque de change. Cette asym\u00e9trie de devises refl\u00e8te la demande en francs, une monnaie relativement importante sur le plan international, aux c\u00f4t\u00e9s des quatre grandes que sont le dollar des \u00c9tats-Unis, l\u2019euro, le yen et la livre. Enfin, l\u2019\u00e9norme expansion de la base mon\u00e9taire visant \u00e0 limiter la survalorisation n\u2019est pas exempte de risque inflationniste, car s\u2019il est techniquement possible de r\u00e9duire ces liquidit\u00e9s \u00e0 temps, l\u2019important retard avec lequel les taux d\u2019inflation r\u00e9agissent \u00e0 la politique mon\u00e9-taire pourrait, n\u00e9anmoins, faire que cette r\u00e9duction intervienne trop tard.&#13;<\/p>\n<h2>Une br\u00e8ve histoire de la monnaie<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on se place dans une perspective historique, les probl\u00e8mes de stabilit\u00e9 mon\u00e9taire qui affectent aujourd\u2019hui certains grands pays ou zones mon\u00e9taires n\u2019ont rien de nouveau. En effet, en d\u00e9pit des avantages \u00e9vidents qu\u2019une vaste zone mon\u00e9taire pr\u00e9sente en mati\u00e8re de co\u00fbts de transaction et d\u2019information, la plupart des grands empires ou \u00c9tats ne sont jamais parvenus \u00e0 cr\u00e9er de monnaie stable \u00e0 long terme. Des d\u00e9penses publiques trop \u00e9lev\u00e9es, impossibles \u00e0 financer durablement, ont toujours fini par l\u2019affaiblir et entra\u00eener une \u00e9mission excessive de monnaie papier, avec d\u2019in\u00e9vitables effets inflationnistes.Prenons pour exemple l\u2019empire romain, dont le denier d\u2019argent n\u2019a conserv\u00e9 sa stabilit\u00e9 que pendant deux si\u00e8cles. D\u00e8s l\u2019an 180, on assiste \u00e0 un affaiblissement de la monnaie et \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une inflation qui atteint des proportions dramatiques sous le r\u00e8gne des empereurs soldats (235\u2013284). Ce n\u2019est pas avant le IVe si\u00e8cle que l\u2019on parvient, avec le sou d\u2019or, \u00e0 cr\u00e9er une nouvelle monnaie stable, qui s\u2019imposera non seulement dans l\u2019empire d\u2019Orient, mais \u00e9galement en Occident, jusqu\u2019au XIe si\u00e8cle&#13;<br \/>\nBernholz (2003), pp. 25\u201331..L\u2019histoire mon\u00e9taire de l\u2019empire chinois, de la dynastie Song (960\u20131272) \u00e0 celle des Qing (1644\u20131911), est \u00e9galement riche d\u2019enseignements&#13;<br \/>\nCe sujet fait l\u2019objet d\u2019une excellente pr\u00e9sentation dans l\u2019ouvrage de Richard von Glahn (1996).. Peu apr\u00e8s avoir invent\u00e9 l\u2019imprimerie au XIe si\u00e8cle, les Chinois adoptent la monnaie papier, beaucoup plus pratique pour les grosses transactions que les pi\u00e8ces de cuivre de faible valeur en usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Trois dynasties d\u2019empereurs vont alors abuser de cette possibilit\u00e9 de cr\u00e9er de la monnaie sans couverture m\u00e9tallique pour financer des d\u00e9penses publiques excessives. Il en r\u00e9sultera une inflation telle que l\u2019\u00c9tat finira par ne plus \u00eatre en mesure de faire accepter la monnaie papier, qui sera peu \u00e0 peu abandonn\u00e9e au XVe si\u00e8cle.Les monnaies des grands empires europ\u00e9ens du bas Moyen \u00c2ge et des temps modernes, de m\u00eame que la monnaie des \u00c9tats-Unis, donnent lieu aux m\u00eames observations. La convertibilit\u00e9 de la livre britannique est r\u00e9guli\u00e8rement suspendue en temps de guerre ou de crise et il n\u2019y a gu\u00e8re qu\u2019entre 1819 et 1914 que cette monnaie traverse une longue p\u00e9riode de stabilit\u00e9. Aux \u00c9tats-Unis, le dollar est cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle, mais doit attendre 1873 pour conna\u00eetre une relative stabilit\u00e9, qui durera jusqu\u2019en 1971, abstraction faite de la d\u00e9valuation de 1933. Quant \u00e0 la France, au temps de sa domination (bas Moyen \u00c2ge, aube des temps modernes, R\u00e9volution et Empire), ce n\u2019est que sous Napol\u00e9on qu\u2019elle est \u00e0 m\u00eame de cr\u00e9er une monnaie qui affichera une certaine stabilit\u00e9 pendant 110 ans. L\u2019empire mondial espagnol du d\u00e9but de l\u2019\u00e8re moderne, ainsi que les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me empires allemands, avec le spectaculaire effondrement du mark lors de l\u2019hyperinflation de 1923 et l\u2019abolition du reichsmark lors de la r\u00e9forme mon\u00e9taire de 1948, constituent d\u2019autres exemples&#13;<br \/>\nBernholz (2003) analyse les p\u00e9riodes d\u2019inflation en relation avec diff\u00e9rentes monnaies. On trouvera en outre dans Spuffort (1988), chapitre 13, une remarquable pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019instabilit\u00e9 mon\u00e9taire qui a s\u00e9vi en Europe de 1250 \u00e0 1500..Quant aux petits pays, leur monnaie ne brille g\u00e9n\u00e9ralement pas non plus par sa stabilit\u00e9. On trouve n\u00e9anmoins r\u00e9guli\u00e8rement l\u2019un ou l\u2019autre \u00c9tat de taille relativement modeste, au commerce ext\u00e9rieur florissant, qui parvient \u00e0 cr\u00e9er une monnaie durablement stable et accept\u00e9e dans les transactions internationales. Les premiers exemples remontent au XIIIe si\u00e8cle, avec Florence et le florin d\u2019or, Venise et le ducat ainsi que l\u2019Angleterre et la livre sterling, autant de monnaies qui resteront globalement stables plusieurs si\u00e8cles durant. L\u2019exemple le plus r\u00e9cent est celui d\u2019une monnaie frapp\u00e9e d\u00e8s 1850, soit deux ans apr\u00e8s la naissance de l\u2019\u00c9tat f\u00e9d\u00e9ral. Il s\u2019agit bien s\u00fbr de notre franc, dont nous allons bri\u00e8vement retracer l\u2019histoire.&#13;<\/p>\n<h2>Histoire du franc suisse<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLe premier franc suisse est une pi\u00e8ce d\u2019argent de 5 grammes au titre de neuf dixi\u00e8mes de fin, en parit\u00e9 avec le franc fran\u00e7ais. \u00c0 sa naissance, le droit de battre monnaie passe des cantons \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration. La r\u00e9glementation de l\u2019\u00e9mission de billets de banque reste n\u00e9anmoins de la comp\u00e9tence des cantons jusqu\u2019en 1881 et la Suisse continue d\u2019appliquer le syst\u00e8me du \u00abfree banking\u00bb, autrement dit de l\u2019\u00e9mission de billets par des priv\u00e9s&#13;<br \/>\nWeber (1992).. D\u00e8s 1881, avec l\u2019adoption de la loi sur les banques, l\u2019\u00e9mission de billets est r\u00e9gl\u00e9e au niveau f\u00e9d\u00e9ral, mais il faut attendre la fondation de la Banque nationale suisse (BNS), en 1907, pour qu\u2019elle devienne monopole d\u2019\u00c9tat. Jusque-l\u00e0, la Suisse, qui faisait partie de l\u2019Union mon\u00e9taire latine&#13;<br \/>\nBelgique, France, Italie, Suisse et, d\u00e8s 1868, Gr\u00e8ce. depuis sa cr\u00e9ation en 1865, \u00e9tait en quelque sorte un \u00absatellite mon\u00e9taire\u00bb de la France. Outre l\u2019institution de la BNS, la Premi\u00e8re Guerre mondiale a jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l\u2019\u00e9mergence du franc suisse sur la sc\u00e8ne internationale. Contrairement \u00e0 la France, la Suisse conna\u00eet, apr\u00e8s l\u2019inflation li\u00e9e au conflit, une p\u00e9riode de d\u00e9flation qui lui permet de retrouver la parit\u00e9-or, de facto en 1924 et de jure en 1929. En d\u00e9pit de la crise \u00e9conomique mondiale des ann\u00e9es trente, elle la maintiendra jusqu\u2019en 1936. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, apr\u00e8s le franc fran\u00e7ais, le franc suisse est \u00e9galement d\u00e9valu\u00e9 de 30%. Sa convertibilit\u00e9 est cependant largement maintenue, au moins pour les transactions commerciales effectu\u00e9es sous le r\u00e9gime du contr\u00f4le des changes.\u00c0 partir de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, le franc se distingue des autres monnaies par sa remarquable stabilit\u00e9 relative. L\u00e9volution des taux de change montre que, de 1914 \u00e0 nos jours, le dollar des \u00c9tats-Unis, la livre britannique, l\u2019\u00abancien\u00bb franc fran\u00e7ais (1 nouveau franc = 100 anciens francs) et la lire italienne ont perdu au moins 80% de leur valeur vis-\u00e0-vis du franc suisse (voir <i>tableau 1<\/i>). Cela s\u2019explique en particulier par le fait que le franc n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 intentionnellement \u00e0 l\u2019inflation pour des raisons budg\u00e9taires. Les \u00e9pisodes inflationnistes en Suisse proviennent principalement de contraintes ext\u00e9rieures (syst\u00e8me de Bretton-Woods) ou d\u2019erreurs d\u2019appr\u00e9ciation de la politique mon\u00e9taire (Premi\u00e8re Guerre mondiale, exc\u00e9dent de liquidit\u00e9s suite \u00e0 des interventions sur le mark allemand en 1978, SIC et nouvelles prescriptions en mati\u00e8re de liquidit\u00e9s en 1988).&#13;<\/p>\n<h2>Les avantages d\u2019un franc fort<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nOutre divers avantages d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral bien connus \u2013 que nous ne traiterons pas ici faute de place \u2013, le franc fort en pr\u00e9sente deux bien particuliers: premi\u00e8rement, il fait de la Suisse un <i>\u00eelot de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/i> Depuis la fin de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, en d\u00e9pit d\u2019une grande libert\u00e9 de circulation des capitaux, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els des actifs \u00e0 taux fixe&#13;<br \/>\nCe constat ne vaut pas pour les taux de rendement des actions. libell\u00e9s en francs suisses sont moins \u00e9lev\u00e9s que ceux concernant d\u2019autres monnaies. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne contrevient au principe de la parit\u00e9 \u00e0 long terme des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominaux et, dans une moindre mesure, \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se de la parit\u00e9 des pouvoirs d\u2019achat. Son explication la plus plausible est que le franc b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une prime de stabilit\u00e9 et de diversification. Les investisseurs sont pr\u00eats \u00e0 accepter que leurs placements \u00e0 taux fixe en francs suisses rapportent moins, du moment qu\u2019ils sont plus s\u00fbrs&#13;<br \/>\nKugler\/Weder di Mauro (2002, 2004, 2005). Il convient de souligner qu\u2019expliquer l\u2019\u00ab\u00eelot suisse de taux d\u2019int\u00e9r\u00eat\u00bb par le secret bancaire est totalement inappropri\u00e9: les particuliers ne r\u00e9sidant pas en Suisse ne d\u00e9tiennent dans leurs d\u00e9p\u00f4ts helv\u00e9tiques que peu de papiersvaleurs \u00e0 taux fixe libell\u00e9s en francs. De plus, l\u2019\u00eelot a \u00e9merg\u00e9 avant l\u2019instauration du secret bancaire en 1934 et le ph\u00e9nom\u00e8ne concerne aussi le march\u00e9 du franc \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.. Les taux \u00e9tant actuellement au plus bas, cet avantage est certes momentan\u00e9ment insignifiant, mais il convient de ne pas l\u2019oublier dans une perspective \u00e0 long terme.Deuxi\u00e8mement, l\u2019appr\u00e9ciation r\u00e9elle du franc se traduit par une <i>am\u00e9lioration des termes de l\u2019\u00e9change<\/i> (prix des exportations\/prix des importations), avec des effets significatifs sur les revenus r\u00e9els et la prosp\u00e9rit\u00e9. Le <i>graphique 2<\/i> illustre l\u2019\u00e9volution des ratios exportations\/importations des biens et services en termes nominaux et r\u00e9els, ainsi que l\u2019\u00e9volution des termes de l\u2019\u00e9change depuis 1980. Il en ressort un important \u00e9cart entre les ratios nominaux et r\u00e9els. Les valeurs r\u00e9elles sont tr\u00e8s volatiles \u00e0 court terme, mais le ratio est stationnaire \u00e0 long terme (moyenne inf\u00e9-rieure \u00e0 1), tandis que les valeurs nominales tendent \u00e0 cro\u00eetre r\u00e9guli\u00e8rement (ratio actuellement de 1,3 environ). Cet \u00e9cart t\u00e9moigne de l\u2019am\u00e9lioration des termes de l\u2019\u00e9change, que l\u2019on peut aussi illustrer au moyen du ratio entre les courbes des valeurs nominales et r\u00e9elles. L\u2019\u00e9volution des termes de l\u2019\u00e9change correspond grosso modo \u00e0 celui des cours du change r\u00e9el, calcul\u00e9 sur la base des prix \u00e0 la consommation. Concr\u00e8tement, cela signifie que les prix en francs suisses des exportations ont subi une augmentation nettement plus importante que ceux des importations et que la Suisse a donc profit\u00e9 du fait que les variations de change ne se sont pas enti\u00e8rement r\u00e9percut\u00e9es sur les importations et les exportations&#13;<br \/>\nDans une situation de concurrence int\u00e9grale et toutes choses \u00e9tant \u00e9gales par ailleurs, les variations de cours de change n\u2019entra\u00eeneraient pas de variations des termes de l\u2019\u00e9change. Toutefois, certains points de friction \u2013 tels que les frais de transaction au sens large et la concurrence monopolistique (\u00abpricing to markets\u00bb) \u2013 se traduisent par une transmission incompl\u00e8te. La r\u00e9percussion sur le prix des importations n\u2019est pas compl\u00e8te dans les pays industrialis\u00e9s et tend \u00e0 diminuer depuis 30 ans (pour la Suisse, voir Stulz, 2008). Cela a donn\u00e9 lieu \u00e0 de vives discussions ces derniers mois. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, ce ph\u00e9nom\u00e8ne a pourtant des effets positifs pour la Suisse..Cette am\u00e9lioration des termes de l\u2019\u00e9change est \u00e0 l\u2019origine de la forte progression de la position ext\u00e9rieure nette de la Suisse, qui est pass\u00e9e de 125% du PIB en 1999 \u00e0 pr\u00e8s de 160% de nos jours. Il importe de souligner que ce gain de prosp\u00e9rit\u00e9 n\u2019appara\u00eet pas dans la croissance du PIB r\u00e9el conventionnel&#13;<br \/>\nKohli (2004) et Kehoe\/Ruhl (2007).. La raison en est que, suite \u00e0 la d\u00e9flation distincte des exportations et des importations nominales \u2013 avec leurs indices de prix respectifs \u2013, l\u2019effet des termes de l\u2019\u00e9change sur les revenus r\u00e9els est perdu. Il est \u00e9galement possible de se servir, \u00e0 titre de variante, du \u00abCommand GDP\u00bb (CGDP), qui se calcule en d\u00e9flatant l\u2019exc\u00e9dent nominal de la balance commerciale par le prix des importations, de mani\u00e8re \u00e0 prendre en consid\u00e9ration les possibilit\u00e9s d\u2019importations r\u00e9elles ainsi accrues. Le <i>graphique 3<\/i> illustre l\u2019\u00e9volution du PIB conventionnel par rapport \u00e0 cette variante. Il en ressort que l\u2019effet des termes de l\u2019\u00e9change est tr\u00e8s important en Suisse, puisque le CGDP d\u00e9passe aujourd\u2019hui de 20% le PIB. Cela signifie que sa croissance annuelle lui est sup\u00e9rieure de 0,65% en moyenne depuis 1980.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nAu-del\u00e0 des probl\u00e8mes \u00e9vidents que pose une appr\u00e9ciation excessive du franc en pleine crise financi\u00e8re mondiale, disposer d\u2019une monnaie forte dans un environnement international instable pr\u00e9sente des avantages qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre relev\u00e9s. Hormis les avantages d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral d\u2019une monnaie stable, il s\u2019agit, d\u2019une part, du \u00abbonus\u00bb d\u2019int\u00e9r\u00eat sur les actifs en francs suisses, m\u00eame s\u2019il est aujourd\u2019hui pratiquement neutralis\u00e9 par la faiblesse des taux au niveau international, et, d\u2019autre part, des b\u00e9n\u00e9fices tir\u00e9s de l\u2019am\u00e9lioration des termes de l\u2019\u00e9change. Ceux-ci n\u2019apparaissent certes pas dans la croissance du PIB r\u00e9el, mais n\u2019en sont pas moins consid\u00e9rables pour la Suisse depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abCours de change effectif du franc par rapport aux monnaies de 40 partenaires commerciaux et \u00e9volution relative des prix \u00e0 la consommation, janvier 1999\u2013novembre 2011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abRatios exportations\/importations en termes nominaux et r\u00e9els, termes de l\u2019\u00e9change, 1er trimestre 1980\u20133e trimestre 2011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00abPIB et \u00abCommand GDP\u00bb, 1er trimestre 1980\u20133e trimestre 2011\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nTableau 1: \u00abAppr\u00e9ciation du franc depuis l\u2019\u00e9talon-or (1875\u20131914)\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 Bernholz Peter, <i>Monetary Regimes and Inflation: History, Economic and Political Relationships,<\/i> Edward Elgar, Cheltenham UK, 2003. \u2212 Glahn Richard von, <i>Fountain of Fortune, Money and Monetary Policy in China,<\/i> 1000\u20131700, UCP, Berkeley, 1996.\u2212 Kehoe Timothy J., Ruhl Kim J., <i>Are Shocks to the Terms-of-Trade Shocks to Productivity?,<\/i> NBER Working Paper 13111, Mai 2007.\u2212 Kohli Ulrich, \u00abReal GDP, Real Domestic Income, and Terms-of-Trade Changes\u00bb, <i>Journal of International Economics,<\/i> 62, 2004, pp. 83\u2013106.\u2212 Kugler Peter et Weder di Mauro Beatrice, \u00abThe Puzzle of the Swiss Interest Island: Stylized Facts and a New Interpretation\u00bb, <i>Aussenwirtschaft,<\/i> 57, 2002, pp. 49\u201363.\u2212 Kugler Peter et Weder di Mauro Beatrice, \u00abInternational Portfolio Holdings and Swiss Franc Returns\u00bb, <i>Revue suisse d\u2019\u00e9conomie et de statistique,<\/i> 140, 2004, pp. 301-325.\u2212 Kugler Peter et Weder di Mauro Beatrice, \u00abWhy are Returns on Swiss Franc Asset so Low?\u00bb, <i>Applied Economics Quarterly,<\/i> 2005, pp. 351\u2013372.\u2212 Spufford Peter, <i>Money and its Use in Medieval Europe,<\/i> Cambridge University Press, 1988.\u2212 Stulz Jonas, <i>Essays on the Exchange Rate Pass-Through in Switzerland,<\/i> BNS, Zurich, 2008.\u2212 Weber Ernst J\u00fcrg, \u00abFree Banking in Switzerland after the Liberal Revolutions in the Nineteenth Century\u00bb dans Dowd, K. (\u00e9d.), <i>The Experiment of Free Banking,<\/i> London 1992, pp. 187\u2013205.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La forte appr\u00e9ciation que conna\u00eet actuellement le franc et les probl\u00e8mes qui en d\u00e9coulent soul\u00e8vent deux questions int\u00e9ressantes: du point de vue historique, comment celui-ci est-il devenu l\u2019une des principales devises internationales, acqu\u00e9rant m\u00eame le statut de \u00abmonnaie refuge\u00bb? Au-del\u00e0 des pr\u00e9judices \u00e9vidents qu\u2019une telle situation entra\u00eene, la Suisse n\u2019en tire-t-elle pas \u00e9galement des avantages? 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