{"id":150489,"date":"2012-01-01T12:00:00","date_gmt":"2012-01-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2012\/01\/lampart-4\/"},"modified":"2023-08-24T00:49:15","modified_gmt":"2023-08-23T22:49:15","slug":"lampart-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2012\/01\/lampart-4\/","title":{"rendered":"Une politique mon\u00e9taire trop restrictive constitue une menace pour l\u2019emploi et la prosp\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>La Suisse a une monnaie propre, le franc, qui doit lui profiter. Si cette derni\u00e8re est trop fortement sur\u00e9valu\u00e9e, c\u2019est le contraire qui se produit. Or, c\u2019est le cas, m\u00eame au cours plancher de 1,20 franc pour un euro. La politique mon\u00e9taire est trop restrictive. Une grande partie des emplois de m\u00eame que le tourisme sont gravement sous pression. Dans une petite \u00e9conomie ouverte comme celle de la Suisse, une telle situation compromet la prosp\u00e9rit\u00e9. En effet, \u00e0 long terme, le salaire et l\u2019emploi du peintre de Coire ou de l\u2019enseignante du Toggenburg d\u00e9pendent de la bonne sant\u00e9 des exportations. La BNS doit agir afin d\u2019\u00e9loigner les fortes menaces qui p\u00e8sent sur eux et relever le cours plancher \u00e0 au moins 1,40 franc pour un euro.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nLes cons\u00e9quences de la sur\u00e9valuation du franc sont clairement visibles. Les exportations et le nombre de nuit\u00e9es sont en recul. D\u2019apr\u00e8s une enqu\u00eate effectu\u00e9e par la Banque nationale suisse (BNS) en d\u00e9cembre 2011, 85% des entreprises industrielles souffrent de cette sur\u00e9valuation. M\u00eame dans le commerce de d\u00e9tail, elles sont 63% \u00e0 faire cette constatation. Des estimations pour l\u2019\u00e9conomie suisse montrent qu\u2019une appr\u00e9ciation de 10% du franc co\u00fbte dans les trois \u00e0 cinq ans quelque 100&nbsp;000 places de travail. La sur\u00e9valuation actuelle renforce la pression sur les salaires et sur l\u2019emploi. La libre circulation des personnes rend ce probl\u00e8me particuli\u00e8rement sensible. Elle permet, en effet, aux firmes \u00e9trang\u00e8res de travailler en Suisse et donc d\u2019offrir des services \u00e0 un tarif inf\u00e9rieur \u00e0 ceux de leurs concurrentes sur place. Il faut aussi craindre que les employeurs suisses ne cherchent \u00e0 payer moins cher des employ\u00e9s recrut\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.&#13;<\/p>\n<h2>Le cours devrait \u00eatre de 1,45\u20131,50 franc pour \u00eatre \u00e9quitable<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nIl existe plusieurs m\u00e9thodes pour mesurer la sur\u00e9valuation effective d\u2019une monnaie. La plus fiable consiste \u00e0 comparer les prix au plan international \u2013 soit calculer la parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat \u2013 pour autant qu\u2019ils correspondent \u00e0 des biens commercialisables. Il ressort de la statistique des prix publi\u00e9e par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique (OFS) que le cours de l\u2019euro devrait \u00eatre de 1,40\u20131,65 franc pour \u00eatre \u00ab\u00e9quitable\u00bb&#13;<br \/>\nSelon les r\u00e9sultats publi\u00e9s en mati\u00e8re de parit\u00e9 de pouvoir d\u2019achat par l\u2019OFS (2011). En ce qui concerne, par exemple, les appareils photo et l\u2019informatique, le cours serait de 1,42 franc pour un euro, pour les meubles de 1,41 francs, pour les biens d\u2019investissement dans les domaines de l\u2019\u00e9lectrotechnique, de la m\u00e9canique de pr\u00e9cision et de l\u2019optique de 1,64 et pour la construction de v\u00e9hicules de 1,52.. Cette marge peut encore \u00eatre resserr\u00e9e en comparant, par exemple, la Suisse et l\u2019Allemagne sur le long terme. Notre voisin est aussi notre plus important partenaire commercial et le principal foyer dorigine des touristes qui nous visitent; une grande partie des concurrents internationaux \u00e0 notre industrie d\u2019exportation se trouvent, en outre, dans ce pays. Compte tenu des diff\u00e9rents rench\u00e9rissements, le taux de change (r\u00e9el) entre la Suisse et l\u2019Allemagne a \u00e9t\u00e9 relativement constant jusqu\u2019\u00e0 fin 2009 et correspondait en moyenne \u00e0 1,50 franc pour un euro. L\u2019inflation ayant, depuis lors, \u00e9t\u00e9 plus forte chez notre voisin que chez nous, le cours \u00ab\u00e9quitable\u00bb devrait se situer un peu en dessous.Le franc s\u2019est appr\u00e9ci\u00e9 contre presque toutes les devises. Cette ascension en solitaire d\u00e9ment l\u2019assertion qui veut que le franc soit fort parce que l\u2019\u00e9conomie et les finances publiques suisses sont en meilleur \u00e9tat que celles de la zone euro. Si cela avait \u00e9t\u00e9 vrai, la couronne norv\u00e9gienne aurait d\u00fb s\u2019appr\u00e9cier, d\u2019autant plus que les finances du royaume de m\u00eame que sa stabilit\u00e9 sont encore meilleures qu\u2019en Suisse. Or, la couronne n\u2019a pas consid\u00e9rablement vari\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019euro. La sur\u00e9valuation du franc n\u2019est donc pas cons\u00e9cutive aux probl\u00e8mes de la zone euro. Il faut chercher du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une sp\u00e9culation sp\u00e9cifique, autrement dit une fuite vers le franc. C\u2019est pour cette raison que la Suisse peut combattre la force du franc et la vaincre par ses seuls moyens.&#13;<\/p>\n<h2>Pas de rep\u00e8res sans pilotage mon\u00e9taire visible<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa BNS a sa part de responsabilit\u00e9 dans la sur\u00e9valuation du franc&#13;<br \/>\nBernegger M., Starker Franken \u2013 was kann und sollte getan werden?, 2011.. Elle est intervenue depuis 1978 chaque fois que son cours mena\u00e7ait de franchir une certaine limite. De cette fa\u00e7on, les repr\u00e9sentants du march\u00e9 savaient o\u00f9 celle-ci se situait et l\u2019avaient int\u00e9rioris\u00e9 sans probl\u00e8me (par exemple 0,80 franc pour un DM, puis 1,50 franc \u00e0 1,45 franc pour un euro). Or, apr\u00e8s avoir g\u00e9r\u00e9 la crise avec succ\u00e8s, la BNS s\u2019est \u00e9loign\u00e9e de sa politique mon\u00e9taire concernant le taux de change. Le 10 d\u00e9cembre 2009, elle annon\u00e7ait qu\u2019elle n\u2019interviendrait plus que si le franc s\u2019appr\u00e9ciait de mani\u00e8re \u00abexcessive\u00bb; en m\u00eame temps, elle signalait ne pas vouloir poursuivre ind\u00e9finiment sa politique mon\u00e9taire \u00abexpansionniste\u00bb. Le 18 mars 2010, elle proclamait que le taux de change serait de nouveau soumis aux forces du march\u00e9. Peu de temps apr\u00e8s cette affirmation, les limites convenues du taux de change volaient en \u00e9clats. Le mouvement a \u00e9t\u00e9 renforc\u00e9 par les d\u00e9riv\u00e9s, qui ne devaient pas servir la sp\u00e9culation, mais garantir les risques de change. Par exemple, les banques qui poss\u00e9daient des options de vente euros-francs ont brusquement \u00e9coul\u00e9 des euros et achet\u00e9 des francs, supprimant ainsi toute exposition nette aux devises. Le franc \u00e9chappe \u00e0 tout contr\u00f4le avec l\u2019abandon des limites de change par la BNS. Le march\u00e9 des devises a besoin d\u2019un pilotage perceptible, en l\u2019occurrence celui de la banque nationale. Un cours plancher permet de contr\u00f4ler les transactions en devises.La BNS a r\u00e9ussi \u00e0 mettre en place un cours plancher de 1,20 franc pour un euro qui r\u00e9siste jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Elle n\u2019a gu\u00e8re d\u00fb proc\u00e9der \u00e0 des achats de devises pour d\u00e9fendre cette limite, comme le montrent les comptes de la BNS sur ce point. Ce n\u2019est pas \u00e9tonnant: 1. La BNS est ma\u00eetresse du franc et peut (th\u00e9oriquement) en \u00e9mettre \u00e0 l\u2019infini sur le march\u00e9. Aucun sp\u00e9culateur ne peut se mesurer \u00e0 elle, ce qui a un effet de dissuasion.2. L\u2019arbitrage des march\u00e9s vient en renfort \u00e0 la BNS pour affaiblir le franc. Le cours plancher rend ainsi possible d\u2019ouvrir un cr\u00e9dit en francs avec tr\u00e8s peu de risques de change et de le placer en euros, afin de profiter de la diff\u00e9rence entre les taux d\u2019int\u00e9r\u00eat (op\u00e9rations de portage), laquelle est d\u2019environ 1,5% (sur un an). Aussi longtemps que le cours plancher demeure cr\u00e9dible, le franc ne devrait pas le franchir.&#13;<\/p>\n<h2>Protection des salaires et des emplois<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa loi sur la Banque nationale suisse confie \u00e0 cette derni\u00e8re la mission de veiller \u00e0 la stabilit\u00e9 des prix en tenant compte de l\u2019\u00e9volution de la conjoncture (article 5). Le 6 septembre 2011, la BNS r\u00e9ussissait \u00e0 imposer le cours plancher, mais elle est demeur\u00e9e passive depuis lors, bien que les prix \u00e0 la consommation aient continu\u00e9 de fondre et que le ch\u00f4mage grimpait. En Suisse, les prix ne sont pas stables et la conjoncture n\u2019\u00e9volue pas dans le bon sens; la r\u00e9cession menace de m\u00eame que la d\u00e9flation. Vu la tr\u00e8s forte sur\u00e9valuation du franc, la politique mon\u00e9taire est orient\u00e9e de fa\u00e7on trop restrictive. On le voit, par exemple, avec l\u2019indice des conditions mon\u00e9taires, qui a retrouv\u00e9 le niveau du milieu des ann\u00e9es nonante, lorsque la politique mon\u00e9taire avait contribu\u00e9 \u00e0 la longue stagnation de l\u2019\u00e9conomie suisse (voir <i>graphique 1<\/i>).&#13;<\/p>\n<h2>Pas de risque inflationniste<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nLa BNS pr\u00e9voit pour 2012 un recul des prix \u00e0 la consommation de 0,3%. M\u00eame si la masse mon\u00e9taire devait augmenter en raison des interventions, il en faudrait beaucoup pour d\u00e9clencher une inflation, autrement dit pour que les entreprises augmentent leurs prix. Les magasins de d\u00e9tail \u00e0 B\u00e2le ou les h\u00f4teliers de Davos ne peuvent demander davantage que si les clients sont pr\u00eats \u00e0 payer davantage. La force du franc va \u00e0 l\u2019encontre de telles pr\u00e9tentions. La comparaison avec l\u2019intervention de la fin des ann\u00e9es septante est plus que boiteuse. La BNS avait \u00e9tabli, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, un cours plancher de 0,80 franc pour un DM. De 1979 \u00e0 1981, le rench\u00e9rissement a touch\u00e9 le monde entier, pas seulement la Suisse. La guerre du Golfe avait fait grimper le prix du baril de 15 USD \u00e0 pr\u00e8s de 40 USD. \u00c0 cela s\u2019est ajout\u00e9 le prix des l\u00e9gumes qui, en raison de mauvaises r\u00e9coltes dues aux conditions climatiques des ann\u00e9es 1978-1981, avait en partie tripl\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi la situation en zone euro devenait extr\u00eame, il pourrait y avoir une forte demande en francs, consid\u00e9r\u00e9s comme une valeur refuge. Il pourrait \u00eatre alors utile d\u2019instaurer un contr\u00f4le sur les flux de capitaux ou une autre mesure administrative pour d\u00e9fendre le cours plancher. Il serait donc important que la Conf\u00e9d\u00e9ration mette sur pied un groupe de travail susceptible d\u2019\u00e9laborer de telles mesures.La sur\u00e9valuation du franc renforce la pression qui p\u00e8se sur les salaires et l\u2019emploi. En Suisse, il faut payer des salaires suisses, comme l\u2019exigent les mesures d\u2019accompagnement. La Conf\u00e9d\u00e9ration et les cantons doivent appliquer ce principe sans en d\u00e9vier. Ils doivent absolument surveiller les recrutements r\u00e9cents qui sont particuli\u00e8rement sensibles. Si l\u2019on constate des sous-ench\u00e8res au niveau des salaires, il faut prot\u00e9ger ces derniers en leur fixant un seuil minimum.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abDegr\u00e9 de restriction de la politique mon\u00e9taire, 1990\u20132011\u00bb<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Suisse a une monnaie propre, le franc, qui doit lui profiter. Si cette derni\u00e8re est trop fortement sur\u00e9valu\u00e9e, c\u2019est le contraire qui se produit. Or, c\u2019est le cas, m\u00eame au cours plancher de 1,20 franc pour un euro. La politique mon\u00e9taire est trop restrictive. 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