{"id":150534,"date":"2011-12-01T12:00:00","date_gmt":"2011-12-01T12:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/2011\/12\/braun-2\/"},"modified":"2023-08-24T00:49:41","modified_gmt":"2023-08-23T22:49:41","slug":"braun-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dievolkswirtschaft.ch\/fr\/2011\/12\/braun-2\/","title":{"rendered":"P\u00e9nurie de personnel et migration"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019avantage de la libre circulation des personnes le plus souvent mentionn\u00e9 dans les d\u00e9bats actuels est la possibilit\u00e9 qu\u2019elle offre de recruter du personnel tr\u00e8s qualifi\u00e9 dans toute l\u2019UE, surtout quand il fait d\u00e9faut en Suisse. Le pr\u00e9sent article cherche \u00e0 d\u00e9terminer dans quelle mesure les immigrant(e)s travaillent effectivement dans les professions qui souffrent en Suisse d\u2019une p\u00e9nurie de personnel. Notre analyse s\u2019appuie sur les r\u00e9sultats fournis par le syst\u00e8me d\u2019indicateurs de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, d\u00e9velopp\u00e9 sur mandat de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT) et du Secr\u00e9tariat d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019\u00e9conomie (Seco).&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nDeux th\u00e9matiques associ\u00e9es ont fini par dominer le discours officiel ces derni\u00e8res ann\u00e9es: 1. La <i>s\u00e9rieuse p\u00e9nurie de personnel qualifi\u00e9<\/i> dont font \u00e9tat diverses branches. Beaucoup d\u2019entreprises sont en qu\u00eate d\u2019ing\u00e9nieurs et d\u2019informaticiens; les h\u00f4pitaux manquent de m\u00e9decins et d\u2019infirmi\u00e8res\u2026 et la liste n\u2019est pas exhaustive.2. L\u2019opinion s\u2019est avis\u00e9e de la pr\u00e9sence d\u2019un <i>nouveau type d\u2019immigrant:<\/i> il n\u2019y a pas si longtemps encore, le mot faisait imm\u00e9diatement penser aux travailleurs d\u2019Europe m\u00e9ridionale. Il est aujourd\u2019hui associ\u00e9 \u00e0 des expatri\u00e9s tr\u00e8s qualifi\u00e9s, tels l\u2019ing\u00e9nieur chimiste britannique employ\u00e9 dans la branche pharmaceutique ou le professeur allemand ou fran\u00e7ais d\u2019une haute \u00e9cole.Il s\u2019agit de savoir si une grande partie des immigr\u00e9s exercent effectivement des professions marqu\u00e9es par le manque de personnel et si, \u00e0 cet \u00e9gard, une \u00e9volution a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es.&#13;<\/p>\n<h2>Qu\u2019est-ce qu\u2019une p\u00e9nurie de maind\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e?<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nQuand peut-on vraiment parler de p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e? Les entreprises ont vite le sentiment de manquer du personnel dont elles ont besoin. Nombre de responsables cherchent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment du personnel offrant une combinaison optimale d\u2019aptitudes. Peut-\u00eatre aussi, se disent-ils, faut-il offrir des salaires plus attrayants? Par ailleurs, il y a toujours des postes qui se lib\u00e8rent. Combien de temps les places vacantes ou mises au concours restent-elles effectivement inoccup\u00e9es? Quel est le taux de vacance \u00abnaturel\u00bb? Tous les postes vacants sont-ils annonc\u00e9s? Ces questions montrent bien que la p\u00e9nurie de personnel n\u2019est pas une r\u00e9alit\u00e9 clairement d\u00e9finie. Il est n\u00e9anmoins possible d\u2019identifier certains indicateurs montrant que pour une profession donn\u00e9e, la proportion de collaborateurs convenablement qualifi\u00e9s est relativement faible par rapport \u00e0 l\u2019ensemble des professions.Dans le <i>syst\u00e8me d\u2019indicateurs de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e<\/i>&#13;<br \/>\nB,S,S. et Sheldon (2009)., B,S,S a notamment d\u00e9velopp\u00e9, en collaboration avec l\u2019universit\u00e9 de B\u00e2le, quatre indicateurs de p\u00e9nurie (voir <i>encadr\u00e9 1<\/i>&#13;<\/p>\n<h3>Syst\u00e8me d\u2019indicateurs de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe syst\u00e8me d\u2019indicateurs pour le d\u00e9pistage pr\u00e9coce de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e a \u00e9t\u00e9 mis au point pour l\u2019OFFT et le Seco par le B,S,S, et le Pr George Sheldon de l\u2019universit\u00e9 de B\u00e2le. Il a, ensuite, \u00e9t\u00e9 constamment r\u00e9actualis\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 par B,S,S. Il se fonde sur les principaux enseignements fournis par le march\u00e9 de l\u2019emploi et permet d\u2019\u00e9tablir de nombreux indicateurs \u00e0 partir des statistiques officielles. Les \u00e9valuations fournissent des informations sur quelques professions, groupes de professions et branches. La p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e fait lobjet de quatre grands indicateurs:\u2212 le <i>degr\u00e9 de couverture<\/i> mesure s\u2019il y a assez de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e pour occuper tous les emplois;\u2212 le <i>rapport entrants\/sortants<\/i> montre combien de personnes quittent la profession apprise pour en \u00e9pouser une autre (et inversement);\u2212 le <i>rapport entre emplois vacants et personnes au ch\u00f4mage<\/i> indique la raret\u00e9 des emplois dans la profession concern\u00e9e;\u2212 un <i>taux de migration<\/i> sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne signale une p\u00e9nurie aigu\u00eb de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e.De nombreuses autres analyses, en particulier r\u00e9gionales, sont possibles. Les indicateurs relatifs \u00e0 la souplesse du march\u00e9 du travail sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressants: ils montrent dans quelle mesure, face \u00e0 une p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre dans une profession sp\u00e9cifique, il est possible d\u2019engager des personnes pr\u00e9sentant un autre cursus de formation. Ils signalent ainsi clairement dans quelles professions recruter des candidats. De la m\u00eame mani\u00e8re, les professionnels peuvent se faire une id\u00e9e de l\u2019\u00e9ventail des choix de professions s\u2019offrant \u00e0 eux.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\n):1. le degr\u00e9 de couverture;2. le rapport entrants-sortants;3. le rapport entre le nombre de ch\u00f4meurs et celui des postes vacants (rapport UV);4. l\u2019\u00e9volution de la migration.Une <i>forte immigration<\/i> peut donc \u00eatre un important indicateur de la p\u00e9nurie de personnel. La th\u00e8se sous-jacente est que l\u2019immigration en Suisse est largement d\u00e9termin\u00e9e par la demande&#13;<br \/>\nSheldon (2007). et que les entreprises engagent surtout des \u00e9trangers lorsqu\u2019elles ne trouvent pas de candidats qualifi\u00e9s en Suisse. Nous d\u00e9finierons comme \u00abimmigrants\u00bb les personnes entr\u00e9es en Suisse dans les cinq ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es, ind\u00e9pendamment de leur nationalit\u00e9. Ainsi une Fran\u00e7aise qui vit depuis 20 ans en Suisse ne correspond pas \u00e0 cette d\u00e9finition, contrairement, par exemple, \u00e0 un Suisse revenu r\u00e9cemment d\u2019un long s\u00e9jour aux \u00c9tats-Unis. Sous l\u2019angle du march\u00e9 du travail, cette d\u00e9finition est logique puisque la pr\u00e9sente analyse ne s\u2019int\u00e9resse pas \u00e0 la nationalit\u00e9, mais aux personnes vivant \u00e0 l\u2019\u00e9tranger qui peuvent int\u00e9resser le march\u00e9 suisse du travail.Les quatre indicateurs mentionn\u00e9s cidessus n\u2019apportent pas la preuve d\u2019une p\u00e9nurie de personnel sp\u00e9cialis\u00e9, mais en fournissent des indices. Comme il s\u2019agit d\u2019analyser concr\u00e8tement la question de la p\u00e9nurie pour une profession d\u00e9termin\u00e9e, le contexte doit \u00eatre examin\u00e9 en d\u00e9tail. Le domaine social pr\u00e9sente, par exemple, un faible degr\u00e9 de couverture. Cela s\u2019explique par le fait que dans ce segment, on engage fr\u00e9quemment des stagiaires et des personnes non qualifi\u00e9es pour appuyer les sp\u00e9cialistes&#13;<br \/>\nB,S,S. (2011).. En biologie, en revanche, le degr\u00e9 de couverture est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. L\u2019\u00e9ventail des sp\u00e9cialisations y est toutefois large: la demande est forte pour certaines d\u2019entre elles, beaucoup moins pour d\u2019autres.Le syst\u00e8me des indicateurs est tr\u00e8s utile en ce sens qu\u2019il permet de proc\u00e9der rapidement, sur la base des statistiques officielles les plus r\u00e9centes, \u00e0 une premi\u00e8re analyse synoptique des professions. Nous l\u2019utiliserons pour traiter les questions g\u00e9n\u00e9rales examin\u00e9es dans cet article. Concr\u00e8tement, nous v\u00e9rifierons si les trois premiers indicateurs vont dans la m\u00eame direction que celui des migrations afin de savoir si dans les professions o\u00f9 le nombre d\u2019immigrants est sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne, on constate aussi une p\u00e9nurie de personnel sp\u00e9cialis\u00e9 selon les autres indicateurs.&#13;<\/p>\n<h2>Des immigrants au niveau de formation \u00e9lev\u00e9<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nCommen\u00e7ons par consid\u00e9rer le niveau g\u00e9n\u00e9ral de formation des immigrants. Il s\u2019est en effet sensiblement relev\u00e9 depuis 1970 (voir <i>graphique 1<\/i>). En 1970, 60% des personnes immigr\u00e9es n\u2019avaient pas de formation professionnelle. Aujourd\u2019hui, ce n\u2019est le cas que pour quelque 15% d\u2019entre elles. En 1970, seuls 10% des nouveaux immigr\u00e9s avaient un dipl\u00f4me de fin d\u2019\u00e9tudes tertiaires; en 2010, ils \u00e9taient 55%. Cette \u00e9volution est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la nouvelle orientation de la politique des \u00e9trangers mise en place depuis les ann\u00e9es nonante (mod\u00e8le des trois cercles, libre circulation des personnes).Le fait que le niveau de formation des immigr\u00e9s soit plus \u00e9lev\u00e9 qu\u2019hier ne signifie pas automatiquement que ces personnes ont appris un m\u00e9tier dans lequel il y a en Suisse p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. L\u2019un des indicateurs utilis\u00e9s pour en mesurer l\u2019importance est le taux de couverture. Celui-ci est de 100% si le nombre des postes dans une profession est \u00e9gal au nombre de personnes qui ont appris la profession: en principe, tous les postes peuvent \u00eatre occup\u00e9s par des travailleurs sp\u00e9cialis\u00e9s. Un niveau de couverture inf\u00e9rieur \u00e0 100% est signe de p\u00e9nurie marqu\u00e9e de sp\u00e9cialistes. Il faut relever qu\u2019en moyenne, le degr\u00e9 de couverture de l\u2019ensemble des professions est de l\u2019ordre de 105%, du fait que les travailleurs sans emploi ont aussi \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s comme main-d\u2019\u0153uvre potentielle. Il convient donc de savoir si, en Suisse, les immigrants exercent aujourd\u2019hui des professions dans lesquelles le degr\u00e9 de couverture est inf\u00e9rieur \u00e0 105%. Le <i>graphique 2<\/i> illustre le r\u00e9sultat: l\u2019axe x des abscisses repr\u00e9sente le degr\u00e9 de couverture, l\u2019axe y la distribution cumul\u00e9e de la population active et des travailleurs immigr\u00e9s. C\u2019est surtout dans les professions dont le degr\u00e9 de couverture est inf\u00e9rieur \u00e0 70% que travaillent de nombreux immigrants; celles dont le degr\u00e9 de couverture est sup\u00e9rieur en occupent beaucoup moins. Cela signifie que les immigrants sont plut\u00f4t actifs dans les professions o\u00f9 r\u00e8gne une p\u00e9nurie relative de personnel sp\u00e9cialis\u00e9.&#13;<\/p>\n<h2>La situation des diff\u00e9rentes professions<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nExaminons de plus pr\u00e8s la situation de la main-d\u2019\u0153uvre et l\u2019\u00e9volution de la migration dans certaines professions. Le <i>graphique 3<\/i> montre sur l\u2019axe x le degr\u00e9 de couverture et sur l\u2019axe y la part de travailleurs issus de la migration dans la profession correspondante pour divers groupes professionnels. Un total de 39 groupes professionnels sont repr\u00e9sent\u00e9s, puisque l\u2019\u00e9chantillon des autres professions prises en compte dans l\u2019Enqu\u00eate suisse sur la population active (Espa) est trop petit pour pouvoir fournir des indications fiables sur la proportion de travailleurs issus de l\u2019immigration. Deux lignes subdivisent le graphique en quatre quadrants: celle du degr\u00e9 de couverture de 105% (moyenne suisse) et celle de la migration de 7% (quote-part de la population active ayant immigr\u00e9 en Suisse ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es). Dans le premier quadrant (en haut \u00e0 droite), on trouve les professions dans lesquelles le degr\u00e9 de couverture et la quote-part de l\u2019immigration sont \u00e9lev\u00e9s. Dans le quadrant 2 (en bas \u00e0 droite), figurent les professions dont le degr\u00e9 de couverture est \u00e9lev\u00e9 et la quote-part de l\u2019immigration est faible, etc.Intuitivement, on s\u2019attendrait \u00e0 ce que l\u2019immigration pr\u00e9sente une quote-part inf\u00e9rieure \u00e0 la moyenne pour la moiti\u00e9 environ des professions et que celle-ci soit sup\u00e9rieure pour l\u2019autre moiti\u00e9. Or, on constate non sans surprise que, dans la plupart des cas, la ligne des 7% nest pas franchie. Cela vient de ce que quelques rares professions occupent de nombreux immigrants, ce qui tire le chiffre moyen vers le haut. Nous observons, en outre, que dans certaines professions, le degr\u00e9 de couverture est bas, mais que rares aussi sont les personnes qui immigrent en Suisse pour les pratiquer (quadrant 3). Cela peut tenir, d\u2019une part, \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019y a pas parfaite ad\u00e9quation au niveau des qualifications requises et, d\u2019autre part, \u00e0 ce que dans ces professions, il est possible de recruter du personnel suisse au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une autre formation. Ce pourrait \u00eatre le cas, par exemple, des agriculteurs qui se trouvent dans ce quadrant. Il se peut aussi que pour les professions concern\u00e9es, le recrutement de sp\u00e9cialistes \u00e9trangers bute sur des obstacles tels que la reconnaissance des dipl\u00f4mes, les comp\u00e9tences linguistiques ou encore les connaissances contextuelles de telle ou telle profession. Les m\u00e9tiers du quadrant 1 (niveau de couverture \u00e9lev\u00e9 et forte immigration) n\u00e9cessitent quelques explications, bien qu\u2019ils soient peu nombreux. Dans le cas, par exemple, des ing\u00e9nieurs, m\u00eame si le nombre des dipl\u00f4m\u00e9s surpasse celui des postes disponibles, le taux de migration est largement sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. Cela s\u2019explique par le fait qu\u2019une importante proportion d\u2019ing\u00e9nieurs travaillent dans un domaine diff\u00e9rent de leur profession de base et que, par cons\u00e9quent, les entreprises \u00e0 la recherche d\u2019ing\u00e9nieurs recrutent les personnes dont elles ont besoin \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Enfin, il existe un certain nombre de professions dans lesquelles le niveau de couverture est faible et l\u2019apport migratoire important. Ce sont ici les employeurs qui trouvent difficilement du personnel qualifi\u00e9 sur le march\u00e9 suisse du travail et se tournent vers les \u00e9trangers (par exemple dans les professions de l\u2019informatique).Bien que certaines observations faites \u00e0 propos du <i>graphique 3<\/i> soul\u00e8vent l\u2019\u00e9tonnement, on peut les relativiser en prenant comme r\u00e9f\u00e9rence le rapport UV \u00e0 la place du taux de couverture (voir <i>graphique 4<\/i>). C\u2019est l\u00e0 que l\u2019indicateur de p\u00e9nurie d\u2019ing\u00e9nieurs fait basculer la tendance; le nombre de postes vacants pour un ch\u00f4meur inscrit est relativement \u00e9lev\u00e9. Cela montre qu\u2019en d\u00e9pit du degr\u00e9 de couverture \u00e9lev\u00e9 dans ces professions, une forte immigration correspond \u00e0 une p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre sp\u00e9cialis\u00e9e en Suisse. \u00c9tant donn\u00e9 que l\u2019analyse qui prend en compte l\u2019indicateur de p\u00e9nurie 2 (rapport entrants-sortants) pr\u00e9sente une image analogue \u00e0 celle qui recourt \u00e0 l\u2019indicateur de p\u00e9nurie 1, elle n\u2019est pas pr\u00e9sent\u00e9e s\u00e9par\u00e9ment.&#13;<\/p>\n<h2>\u00c9volution dans le temps<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nDans la m\u00eame syst\u00e9matique et en s\u2019int\u00e9ressant \u00e0 nouveau au degr\u00e9 de couverture, il faut maintenant consid\u00e9rer l\u2019\u00e9volution dans le temps des diff\u00e9rentes professions. Pour ce faire, nous avons ajout\u00e9 au nuage de points signalant les 39 principales professions en 2010 l\u2019\u00e9volution de certaines d\u2019entre elles pour les ann\u00e9es 1970, 1980, 1990 et 2000 (voir <i>graphique 5<\/i>). Pour les sp\u00e9cialistes des textiles, on voit qu\u2019en 1970, les besoins \u00e9taient importants (bas degr\u00e9 de couverture) et le taux de migration \u00e9lev\u00e9. Entre 1970 et 1980, le nombre d\u2019emplois dans l\u2019industrie textile a \u00e9t\u00e9 divis\u00e9 par deux. Durant cette p\u00e9riode, le taux de migration a commenc\u00e9 par subir une forte baisse et la tendance \u00e0 la suppression d\u2019emplois s\u2019est poursuivie. Le degr\u00e9 de couverture s\u2019est donc \u00e9lev\u00e9 (il y avait de moins en moins d\u2019emplois offerts par sp\u00e9cialiste textile), et le taux de migration est rest\u00e9 globalement bas. Un mouvement \u00e0 peu pr\u00e8s oppos\u00e9 s\u2019observe pour les ing\u00e9nieurs: avec la p\u00e9nurie croissante, le taux de migration a nettement augment\u00e9 entre 1980 et 2010. En ce qui concerne les sp\u00e9cialistes en TIC, enfin, jamais un degr\u00e9 de couverture \u00e9lev\u00e9 n\u2019a \u00e9t\u00e9 atteint depuis l\u2019introduction de la formation professionnelle correspondante (enseignement sup\u00e9rieur d\u00e8s 1984, apprentissage d\u00e8s 1994), et depuis 1980, le taux de migration est en hausse dans cette profession. Compte tenu des pr\u00e9visions d\u2019\u00e9volution de l\u2019emploi et du nombre toujours relativement faible de personnes suivant en Suisse une formation dans l\u2019informatique, on peut d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 affirmer que dans ce domaine, notre pays continuera de d\u00e9pendre de sp\u00e9cialistes \u00e9trangers dans les ann\u00e9es \u00e0 venir&#13;<br \/>\nB,S,S. (2010).. Il s\u2019agit d\u2019une perspective probl\u00e9matique dans la mesure o\u00f9 une migration sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne ne constitue pas une solution durable \u00e0 la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, mais devrait n\u2019\u00eatre qu\u2019une solution d\u2019attente \u00e0 court terme.&#13;<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>&#13;<br \/>\nSi l\u2019on voulait mener une discussion approfondie sur la probl\u00e9matique trait\u00e9e dans cet article, il faudrait examiner les diff\u00e9rents m\u00e9tiers en d\u00e9tail pour tenir compte de leurs particularit\u00e9s. Aussi sommaire soit-elle, notre analyse permet toutefois d\u2019affirmer qu\u2019un nombre relativement \u00e9lev\u00e9 de personnes r\u00e9cemment immigr\u00e9es sont effectivement actives dans des professions donnant des signes de p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e. Elle met aussi clairement en \u00e9vidence que dans certaines professions, le manque de personnel qualifi\u00e9 est dans la dur\u00e9e un facteur d\u2019immigration, tandis qu\u2019une baisse des besoins en sp\u00e9cialistes la ralentit.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 1: \u00abNiveau de formation de la population r\u00e9sidente \u00e9trang\u00e8re, 1970-2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 2: \u00abDistribution cumul\u00e9e des immigrants et des personnes actives, 2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 3: \u00abQuote-part des actifs immigr\u00e9s entre 2005 et 2010 compar\u00e9 au degr\u00e9 de couverture de chaque groupe professionnel\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 4: \u00abPart des actifs immigr\u00e9s entre 2005 et 2010 sous l\u2019angle du rapport UV de chaque groupe professionnel\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nGraphique 5: \u00ab\u00c9volution du rapport entre le degr\u00e9 de couverture et l\u2019immigration d\u2019actifs sur 5 ans, de 1970 \u00e0 2010\u00bb&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 1: Syst\u00e8me d\u2019indicateurs de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e&#13;<\/p>\n<h3>Syst\u00e8me d\u2019indicateurs de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\nLe syst\u00e8me d\u2019indicateurs pour le d\u00e9pistage pr\u00e9coce de la p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e a \u00e9t\u00e9 mis au point pour l\u2019OFFT et le Seco par le B,S,S, et le Pr George Sheldon de l\u2019universit\u00e9 de B\u00e2le. Il a, ensuite, \u00e9t\u00e9 constamment r\u00e9actualis\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 par B,S,S. Il se fonde sur les principaux enseignements fournis par le march\u00e9 de l\u2019emploi et permet d\u2019\u00e9tablir de nombreux indicateurs \u00e0 partir des statistiques officielles. Les \u00e9valuations fournissent des informations sur quelques professions, groupes de professions et branches. La p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e fait lobjet de quatre grands indicateurs:\u2212 le <i>degr\u00e9 de couverture<\/i> mesure s\u2019il y a assez de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e pour occuper tous les emplois;\u2212 le <i>rapport entrants\/sortants<\/i> montre combien de personnes quittent la profession apprise pour en \u00e9pouser une autre (et inversement);\u2212 le <i>rapport entre emplois vacants et personnes au ch\u00f4mage<\/i> indique la raret\u00e9 des emplois dans la profession concern\u00e9e;\u2212 un <i>taux de migration<\/i> sup\u00e9rieur \u00e0 la moyenne signale une p\u00e9nurie aigu\u00eb de main-d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e.De nombreuses autres analyses, en particulier r\u00e9gionales, sont possibles. Les indicateurs relatifs \u00e0 la souplesse du march\u00e9 du travail sont particuli\u00e8rement int\u00e9ressants: ils montrent dans quelle mesure, face \u00e0 une p\u00e9nurie de main-d\u2019\u0153uvre dans une profession sp\u00e9cifique, il est possible d\u2019engager des personnes pr\u00e9sentant un autre cursus de formation. Ils signalent ainsi clairement dans quelles professions recruter des candidats. De la m\u00eame mani\u00e8re, les professionnels peuvent se faire une id\u00e9e de l\u2019\u00e9ventail des choix de professions s\u2019offrant \u00e0 eux.&#13;<br \/>\n&#13;<br \/>\nEncadr\u00e9 2: Bibliographie&#13;<\/p>\n<h3>Bibliographie<\/h3>\n<p>&#13;<br \/>\n\u2212 B,S,S. et Sheldon G., <i>Indikatorensystem Fachkr\u00e4ftemangel,<\/i> Office f\u00e9d\u00e9ral de la formation professionnelle et de la technologie, Berne, 2009.\u2212 B,S,S., <i>Quantitativer Bildungsbedarf,<\/i> Formation professionnelle ICT, Berne, 2010.\u2212 B,S,S., <i>Fachkr\u00e4ftesituation im Sozialbereich. SavoirSocial ,<\/i> 2011 (texte in\u00e9dit).\u2212 Sheldon G., <i>\u00abMigration, int\u00e9gration et croissance\u00bb: Performances et r\u00e9percussions \u00e9conomiques des \u00e9trangers en Suisse,<\/i> Commission f\u00e9d\u00e9rale des \u00e9trangers, Berne, 2007.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019avantage de la libre circulation des personnes le plus souvent mentionn\u00e9 dans les d\u00e9bats actuels est la possibilit\u00e9 qu\u2019elle offre de recruter du personnel tr\u00e8s qualifi\u00e9 dans toute l\u2019UE, surtout quand il fait d\u00e9faut en Suisse. 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